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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES. - IMPRIMERIES CERF, 59 RUE DUFLESSIS. 



REVUE 




DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-TROISIEME 



PAKIS 

A LA LIBRAIRIE DURLACHER 



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142, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS À, ?J ^-^L. *5 

1912 



101 



UN ECRIT SADDUGÉEN 



ANTÉRIEUR A LA DESTRUCTION DU TEMPLE 



(suite * ) 



Date approximative de V exode de la secte. 

Essayons maintenant de déterminer, approximativement au 
moins, la date de l'événement qui a provoqué le départ des fonda- 
teurs de la secte. 

La rupture à laquelle se résolurent ces prêtres suppose nécessai- 
rement le triomphe d'un parti adverse. Or, ce parti, d'après Fauteur 
de notre libelle, est celui des Pharisiens. Le repérage semble donc 
facile : il suffira de choisir, entre les diverses victoires des Phari- 
siens, celle qui cadre le mieux avec les détails consignés dans notre 
lac tu m. 

On a généralement opté pour celle de l'année ()2 de L'ère chré- 
tienne, qui pour M. Btïchler est la seule qui compte 2 . Mais cette 
date s'accorderait mal avec les circonstances du récit. En effet, et 
nous croyons l'avoir démontré, l'auteur a vécu avant la destruction 
du Temple (an 70 1 ; or, lui-même nous parle d'un laps de quarante 
ans qui s'est écoulé « depuis la mort du Docteur unique jusqu'à la 
disparition de tous les combattants qui ont suivi l'homme de 
mensonge » ; autrement dire, il connaît déjà plus de quarante 

1. Voir Revue, t. LXl, p. 161. 

2. On s'appuie sur les mots ^"INH "p")n "V^pST 4 ,u signifieraient : « à la fin de la 
désolation du pays» [par les Romains]. Mais Vp veut dire « période », et non «fin ». 

T. LXIH, n° 125. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

années de l'existence de la secte. Il en résulte que la rupture 
ne saurait être postérieure à l'an 30. 

D'autres savants ont pensé à la victoire des Pharisiens sous 
Salomé Alexandra \ ce qui nous transporterait à plus de cent 
trente ans en arrière. Cette solution, d'abord très séduisante, se 
heurte à de nombreuses difficultés. Le triomphe des Pharisiens 
sous la reine hasmonéenne a surtout eu un caractère politico- 
administratif ; on ne voit pas que le parti vainqueur ait rien 
touché à l'organisation du Temple ou attenté aux droits des prêtres ; 
il n'apparaît pas non plus que les prêtres de leur bord aient, à 
l'intérieur du Temple, dépouillé tle leurs privilèges les Ahronides 
plus favorisés. Or, il n'est pas douteux que les prêtres qui se 
résignèrent à l'exil ne comptaient pas seulement des ennemis 
parmi les laïques, mais aussi dans leur propre sein. Ce ne 
sont pas des laïques qui ont pu faire un mauvais usage « de 
l'argent provenant des vœux, des interdits et des trésors du 
Temple 2 » . 

D'ailleurs, si les Pharisiens stigmatisés dans notre écrit 
étaient ceux de ce temps, par voie de conséquence, les 
Sadducéens séparatistes seraient leurs contemporains ; or, les 
Sadducéens de l'époque de Salomé Alexandra, nous les connais- 
sons par Josèphe et ils ne doivent guère différer de ceux que 
représente le Talmud : ils ne ressemblent guère à ceux qui ont 
fondé le conventicule damascénien ; ils sont loin de professer 
touchant les fêtes, le sabbat et le mariage les opinions outrées 
que rapporte notre libelle. C'est même pour cela — et à tort — 
que M. Schechter se refuse à voir dans la secte sadokite une secte 
franchement sadducéenne. En fait, le sadducéisme intégral des 
prêtres légitimistes est d'une autre espèce ou d'une.autre époque 
que le sadducéisme mitigé de ceux qui se rallièrent à la famille 
hasmonéenne. Si donc les Sadducéens de l'époque de Salomé 
Alexandra ne peuvent pas se confondre avec ceux qui allèrent se 
fixer à Damas, il en résulte que la rupture ne s'est pas produite 
alors. 

A défaut même de ces raisons, une considération aurait dû faire 
écarter l'hypothèse que nous combattons. L'auteur, en parlant 
uniquement des Pharisiens, n'a-t-il rien laissé dans l'ombre ? Les 
causes du schisme sont-elles uniquement les divergences d'ordre 

1. M. Elkan Adler {Athenaeum, 4 février 1911', suivi par M. Kaufinann Kolilcr 
American Journal of Theolot/y, XV, p. 404 et s. 

2. Voir Revue, LX1, p. 184. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 3 

moral qu'il énumère? C'est bien peu vraisemblable. 11 est plutôt à 
présumer que nos prêtres se sont retirés devant d'autres prêtres 
qui les ont dépossédés de leurs droits antiques, avec la connivence 
de docteurs laïques, suivis par le peuple. Ils ont eu des succes- 
seurs qui ont pactisé avec l'erreur et le crime ; ces successeurs ne 
sont pas des profanes ; ce sont des prêtres comme eux, mais qui 
n'appartiennent pas à la branche légitime. Or, une pareille 
révolution cléricale se constate au temps des Macchabées : les 
Hasmonéens devenant grands-prêtres, c'est la fin de la dynastie 
sadokite, c'est l'usurpation triomphante. Justement les premiers 
Hasmonéens se sont appuyés sur les Pharisiens : Jean Hyrcan, qui 
devint prince des Juifs en 13o, eut pour maîtres les docteurs de 
ce parti, et dès le début de la lutte contre les Syriens, les Maccha- 
bées avaient été soutenus par les Hassidim, qui sont les ancêtres 
des Pharisiens, s'ils ne sont pas les Pharisiens mêmes sous un 
autre nom. 

Mais l'usurpation des Hasmonéens n'est pas le seul événement 
qui ait pu soulever l'indignation des fondateurs de notre secte. 
D'autres spectacles avaient pu la motiver tout aussi bien. 

En 174, Jésus-Jason, frère d'Onias III, chef du parti helléniste, 
obtient à prix d'argent le pontificat ; Onias est même mis à mort. 
Ce crime paraît si grave que Daniel (9, 26 ; cf. 11, 22) le mentionne 
comme un des faits saillants de la période d'affliction. Cet 
assassinat n'est pas l'œuvre de Jason, mais d'un laïque, de la tribu 
de Benjamin, Ménélas, qui a acheté à son tour le pouvoir sacer- 
dotal (171 . 

Quelle indignation ne devait pas agiter les vieux membres 
de la famille ahronide à la vue de pareilles abominations ! La 
mesure n'était pas comble cependant. Comme si les persécutions 
d'Àntiochus n'étaient pas une punition suffisante, les Juifs avaient 
persévéré dans leur infidélité à Dieu et à la famille pontificale, en 
donnant la grande prêtrise à Alcime (162). Cette fois, même les 
Hassidim se rangent du côté de l'usurpateur, abandonnant définiti- 
vement les derniers survivants de la race prédestinée^ chargée de 
la direction du Temple. Pour le coup, il n'y avait plus rien à espérer 
d'un peuple si gangrené. Voilà pourquoi Onias IV ' quitte avec éclat 
la Judée et s'en va fonder à Léontopolis un temple où Dieu sera 
servi par les ministres qu'il a élus. L'exode des prêtres qui se 

1. D'après Wïllrich, cet Onias est le grand-prètre fils de Simon, et il n'y a pas 

<l 'Oih.is IV. I..' mot de Daniel mD" 1 ne veut pas clin; « retranché », mais « cessera» 
d'exercer des fonctions (comme dans Jérémie, xxxm, 17-18). 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

réfugièrent dans la Damascène est parallèle à celui des partisans 
dOnias : il est le contre-coup des mêmes déceptions '. L'auteur 
de notre opuscule a même précisé la date de cet exil ; il dit tex- 
tuellement qu'il a suivi la profanation du Temple. On ne saurait 
désigner plus nettement les criminelles entreprises d'Antiochus 
Epipliane. D'ailleurs, la profanation gréco- syrienne est visée 
expressément. Ainsi s'explique le caractère archaïque des concep- 
tions du conventicule sadducéen. 

Mais si les Macchabées ou les pontifes sont au fond du tableau, 
pourquoi jamais leur nom n'est-il prononcé et pourquoi seuls les 
Pharisiens sont-ils voués aux injures et aux invectives? C'est qu'il 
en coûtait à des prêtres de confesser que des prêtres avaient manqué 
à leurs devoirs les plus sacrés. Il était politique d'attribuer tout le 
mal à des laïques, à ces Pharisiens honnis, qui n'avaient pas reculé 
devant un attentat odieux. N'est-ce pas la même tactique que sui- 
vent les cléricaux de notre pays? A en croire ceux-ci, les lois contre 
l'Eglise ne sont pas l'œuvre des Français nés dans le catholicisme, 
mais des juifs ennemis du christianisme. 

Un autre problème doit nous arrêter. On a vu qu'un des traits 
caractéristiques de notre opuscule est l'emploi qui y est fait du 
Livre des Jubilés, des Testaments des Patriarches et d'autres pseu- 
dépigraphes. Ces écrits sont certainement postérieurs à l'an 165 et 
ont vu le jour en Palestine. Nos prêtres n'ont donc pas pu les 
emporter dans leurs bagages. Leur connaissance implique ainsi 
une date plus récente pour leur départ de Jérusalem. 

A la vérité, cette science des apocryphes récents pourrait être 
mise au compte du rédacteur de notre opuscule, et ainsi s'éva- 
nouiraient toutes les difficultés. Cet auteur, cela va sans dire, n'est 
nullement contemporain de la rupture qu'il raconte ; de fait, il 
n'ignore pas les malheurs qui ont ensanglanté la Judée après la 
rébellion qu'il dénonce; il narre même les défections qui, avec le 
temps, ont désolé son propre parti. Il a donc pu avoir connaissance 
des écrits composés en Palestine après la fondation de la secte. 

Mais il faut écarter ce biais : si l'auteur avait été le seul à possé- 
der ces livres non-bibliques, il eût été bien mal inspiré en les 
citant comme des autorités. Il les invoque comme s'ils faisaient 
partie du Canon de la secte. Seulement, va-t-il de soi que ces écrits, 
pour être promus à cette dignité, aient dû déjà être adoptés par 
les prêtres légitimistes lorsque ceux-ci étaient encore en Judée? 

1. M. Cliajes arrive à une conclusion analogue, Rivista israelitica, VII, 209; il 
place la rupture vers l'an 174. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 5 

Pourquoi ne leur seraient-ils pas parvenus après coup à Damas? 
Les exilés n'ont pas laissé sans doute de conserver des relations 
avec la métropole; ils ont suivi avec émotion les vicissitudes des 
luttes qui n'ont pas cessé avec leur exil, s'attendant chaque jour à 
être rappelés à Jérusalem : c'est l'histoire de tous les émigrés. 
Aussi bien Damas a-t-elle toujours été comme un prolongement 
de la Terre Sainte ; toutes les secousses qui ébranlaient ce pays y 
avaient leur répercussion. 

En communication avec la mère-patrie, ils ont dû accueillir avec 
joie des livres se donnant pour l'expression des héros les plus 
fameux de l'Histoire Sainte et où ils retrouvaient l'écho de leurs 
idées et surtout de leurs haines. Le Livre des Jubilés avait tout ce 
qu'il fallait pour devenir le bréviaire de la secte : même animosité 
à l'égard des Pharisiens, mêmes griefs contre leur conduite, mêmes 
invectives contre leurs turpitudes et leurs nouveautés impies. 
Dans les Testaments des Patriarches, conception messianique 
analogue, malédictions du même ton contre les criminels hostiles 
à la famille de Lévi. Dans l'histoire de Jannès et Mambrès, sembla- 
bles critiques, sans doute, à l'adresse des rebelles qui s'insurgent 
contre l'autorité pontificale. La parenté entre l'esprit qui anime ces 
ouvrages et celui des émigrés facilitait l'adoption de cette littéra- 
ture tendancieuse ou récente. On fut tout fier de cet appui prêté 
par la métropole, sans y regarder de trop près, en se contentant 
d'enregistrer tout ce qui donnait raison au parti légitimiste. Ces 
livres devinrent comme une seconde Bible, qui même fit du tort à 
la première. L'adoption en fut peut-être encore favorisée par l'igno- 
rance qui semble avoir régné parmi ces émigrés. Encore qu'il faille 
sans doute attribuer aux derniers représentants de la secte nombre 
d'altérations des textes de l'Ecriture que nous montre notre libelle, 
force nous est bien de laisser au rédacteur primitif la paternité de 
ces explications étranges duPentateuque, qui sont fondées sur des 
réminiscences fautives. 



V organisation de la secte. 

Il va sans dire que nous ignorons la constitution que se donnè- 
rent cette poignée de prêtres mécontents et leurs partisans. Il est 
dans la nature des choses que des émigrés, persuadés d'un pro- 
chain retour de fortune, ne pensent pas tout de suite à s'organiser 
d'une manière définitive. Ce ne fut qu'avec le temps et après avoir 
vu leurs espérances trahies par le sort, qu'ils jugèrent nécessaire 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de s'accommoder de leur situation nouvelle. Il esta présumer que, 
pour le choix de leur constitution, ils s'inspirèrent de l'exemple 
de groupements analogues. 

Au moment de la rédaction de notre document, la chose est 
faite, le conventicule a ses statuts. 

Il forme des camps, ce qui veut dire sans doute que les sectaires 
vivent sous la tente à la manière des indigènes et peut-être à l'imi- 
tation des Israélites du désert. 

Grâce à ce genre de vie, la communauté gardait son autonomie, 
sans courir le risque des servitudes que lui aurait values son séjour 
dans les villes, au milieu de populations païennes. Peut-être aussi 
les prêtres ont-ils cru qu'éloignés de la mère-patrie, ils devaient 
reprendre le mode d'existence qui avait précédé rentrée dans la 
Terre Promise. 

La communauté compte quatre classes : les prêtres, les lévites, 
les Israélites (c'est-à-dire les laïques) et les prosélytes. Chaque 
groupement est dirigé par un conseil d'au moins dix personnes, 
dont quatre de la tribu de Lévi, et six laïques, âgés de vingt-cinq 
ans au moins et de soixante au plus. Ces magistrats doivent être 
versés dans la connaissance des statuts de la communauté et du 
code général. 

L'une des originalités de cette organisation est l'institution d'un 
administrateur du camp qui réunit en ses mains tous les pouvoirs. 
C'est à lui que sont dénoncés les délits commis par les membres de 
la secte; c'est lui qu'on doit consulter dans le cas où l'on veut 
engager des transactions avec un étranger. A lui sont versées les 
impositions de la communauté; ce fonds sert à l'entretien des 
indigents, des vieillards et, en général, de tous ceux qui ont besoin 
du concours de leurs frères. 

L'autorité de l'administrateur est celle d'un docteur de la Loi. Le 
prêtre est-il incapable de se prononcer, dans des cas de lèpre dou- 
teuse, privilège et charge que lui confère le Pentateuque, c'est 
l'administrateur qui lui souffle la décision à rendre. Docteur de la 
Loi, il est le directeur spirituel de la communauté ; il instruit et 
prêche, racontant la gloire de Dieu à l'aide de l'Histoire Sainte. 
Pasteur de son troupeau, il protège et assiste spécialement les 
pauvres et les opprimés, et se montre tendre et bon pour ses brebis. 
Sa sévérité est réservée aux apostats. Les traîtres doivent être 
expulsés de la communauté, et défense est faite de les aider pécu- 
niairement ou autrement. Cependant les coupables peuvent être 
réintégrés dans' leurs droits, s'ils s'amendent et répudient leurs 
erreurs. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 7 

L'administrateur a encore un pouvoir discrétionnaire en ce qui a 
trait à l'admission des néophytes ; lui seul a le droit de prononcer le 
ditjnux intrare ; à lui doivent être renvoyés ceux qui veulent s'affi- 
lier à la secte, et c'est lui qui fixe aux nouveau-venus leur empla- 
cement et le rôle qu'ils auront à remplir. Avant qu'il ait prononcé, 
il est interdit de rien révéler au candidat des lois de la commu- 
nauté, et, pour être inscrit définitivement au nombre des membres 
de l'Alliance, le prosélyte doit prêter serment d'obéissance. 

L'institution de V Administrateur du camp est-elle une imitation 

de celle du Censeur romain? 

Dans cette constitution, que nous ne connaissons que partielle- 
ment, notre texte étant tronqué, certains éléments sont empruntés 
au Pentateuque, mais il en est d'inédits, qui ne se rattachent aucu- 
nement à la loi juive : telle justement l'institution de cet adminis- 
trateur. 

C'est cette nouveauté qui a fait dire à M. Schechter que l'organi- 
sation du conventicule ne saurait être antérieure au 11 e siècle de 
l'ère chrétienne. En effet, dit notre savant confrère, les fonctions 
du Mebaker sont copiées sur celles du Censor romain, et cet 
emprunt s'est fait au 11 e siècle. 

Ce théorème, qui n'a soulevé aucune protestation, doit-il être 
accepté sans réserves? 

L'emprunt fût-il admis, qu'il faudrait encore prouver qu'il n'a pu 
se faire que si tardivement. C'est ce dont M. Schechter ne s'est pas 
avisé, ou tout au moins il a négligé de nous mettre dans la confi- 
dence des raisons qui l'ont guidé. Ce n'est évidemment pas parce 
que les «censores » n'auraient été institués qu'au 11 e siècle, attendu 
qu'ils apparaissent dans les premiers temps de l'histoire de Rome. 
Notre éminent confrère aurait-il découvert que les Damascéniens 
n'ont pu avoir quelque notion de ces censores que longtemps 
après la ruine de Jérusalem et le triomphe des armées romaines? 
S'il avait porté ses recherches de ce côté, il aurait fait une autre 
découverte, c'est que notre petite colonie damascénienne ne pouvait 
aucunement connaître l'existence de pareils fonctionnaires, pour la 
raison bien simple que ceux-ci exerçaient leur magistrature unique- 
ment à Rome. L'institution des censores est propre à cette ville, 
et elle n'a jamais passé dans aucune des provinces de l'Empire 1 . 

i . Voir Isidore Lévy, Études sur la vie municipale de l'Asie-Mineure, dans Revue des 
Etudes grecques, 1899, p. 27 i ; Liebenam, Stadteverwaltung in rôm. Kaiserreiche 
p. 259. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On n'imaginera pas, je pense, que notre minuscule communauté 
cléricale avait avec la capitale de l'Empire des rapports plus suivis et 
se montrait plus curieuse de ses institutions que tant de provinces 
profondément romanisées. Un lecteur moderne, qui connaît ses 
auteurs latins, attribue trop facilement à tous les recoins de 
l'immense Empire romain, une science équivalente à la sienne. 
C'est ce qu'a fait M. Schechter : d'où l'erreur historique où il est 
tombé et où il a entraîné ceux qui l'ont cru sur parole. 

Je suis de ceux-là et c'est pour avoir suivi aveuglément mon 
savant confrère que j'ai traduit "ipnE par censeur. En fait, la racine 
npn n'a aucunement ce sens, et à tant faire que de trouver un équi- 
valent à Mebaker, il valait mieux le rapprocher de Yépiscopos. En 
effet, le verbe npa est toujours rendu dans la Septante par ém<jxé7c- 
to[xou, d'où vient ê7c'<rxoitoç (Lévit., 13,-36 ; 27, 33; Ezéchiel, 34, 11- 
12; Ps.,27, 4). 

Ce rapprochement suggère une autre hypothèse qui aurait dû 
primer celle que nous venons d'examiner : l'existence du Mebaker 
semble trahir un emprunt à l'organisation des premières commu- 
nautés chrétiennes. L'épiscopos apparaît déjà dans l'Épître aux 
Philippiens; il figure aussi, mais au second rang, dans les commu- 
nautés syro-palestiniennes de la fin du i er siècle '.. Ce sont des fonc- 
tionnaires locaux, élus par les fidèles, sans caractère sacerdotal, 
exerçant l'administration, l'intendance et la surveillance 2 . Us sont 
appelés à remplacer les prophètes et les didaskaloi dans l'œuvre de 
l'édification, quand ceux-ci manquent 3 . Dans les Épîtres pasto- 
rales, l'épiscope est l'administrateur, l'intendant de Dieu, le con- 
trôleur ; il est le gardien de la règle ou de la tradition, le cen- 
seur, le représentant du pouvoir disciplinaire 4 . Dans les Épîtres 
d'Ignace d'Antioche, l'évèque instruit les fidèles et prononce des 
homélies \ 

Il faut particulièrement noter ces paroles que les Actes des 
Apôtres placent dans la bouche de Paul : « Prenez garde à vous et 
à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis comme 
épiscopes (de manière) à paître (convenablement) l'Église du Sei- 
gneur » (20, 28). Dans notre opuscule également le surveillant est 
un pasteur qui doit ses soins à son troupeau. 

La ressemblance est patente et ne peut être fortuite. 

1. Jean Réville, Origines de l'épiscopat, p. 254. 

2. P. 255. 

3. P. 257. 

4. P. 305. Le terme « censeur » est de Réville. 

5. P. 309. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 9 

Il est inutile d'énumérer les raisons qui auraient empêché des 
Juifs, si sectaires qu'ils fussent, de se mettre à la remorque des 
chrétiens. Pour écarter la conjecture, l'examen de l'équation bnits- 
xotto; — npaE suffit. Si des Juifs avaient voulu retraduire ce mot en 
hébreu, il y a beaucoup à parier qu'ils ne seraient pas tombés juste 
sur ce terme; ils auraient choisi de préférence celui de Tps, qui 
est rendu par i-xifSKoizoc, dans la Septante de Néhémie. Mais comment 
croire à une traduction d'un vocable grec, alors que dans notre 
opuscule ne se révèle aucune connaissance de la langue hellénique? 

Une autre comparaison s'impose avec plus de force, principale- 
ment en ce qui a trait aux fonctions duMebaker, c'est celle de notre 
secte avec les Esséniens. Chez ceux-ci, le pouvoir exécutif était 
confié également à un proviseur, que Josèphe décore du nom 
d'épimélète, terme qui s'adapte parfaitement à celui de Mebaker. 
Cet administrateur veille aux intérêts communs, assigne aux 
membres de la secte la tâche à remplir, leur dicte ses ordres. Sans 
son autorisation ils ne peuvent même pas faire de dons à leurs 
parents. Dans la secte des Thérapeutes — qu'elle ait existé ou 
qu'elle soit une simple fiction alexandrine — l'-cfiipepeuT^c remplit 
un office analogue : c'est lui qui désigne à chaque membre sa 
place dans l'assemblée ] ; la fonction enseignante ou prédicante 
est du ressort du Tipôsopoç 2 . 

Mais là ne se bornent pas les ressemblances : même luxe de 
précautions pour l'admission des prosélytes, même serment 
imposé aux néophytes d'honorer et de servir Dieu de tout leur 
cœur et de ne rien révéler des choses de la secte ; même punition 
pour les coupables : expulsion de la communauté. Il faut noter 
également la commune horreur pour la volupté et un égal mépris 
de la richesse. Mais ce qui est plus frappant encore, c'est le même 
rigorisme dans l'observation du sabbat. Ce que Josèphe dit expres- 
sément des Esséniens, qu'ils sont sous ce rapport plus sévères que 
les autres Israélites, qu'ils n'osent même pas changer un objet de 
place le jour du sabbat, est également vrai de la secte damascé- 
nienne. Enfin, brochant sur le tout, chez les Esséniens aussi le 
prêtre joue un rôle religieux. 

C'est ici le lieu de se rappeler la brillante hypothèse de Lucius 
sur l'origine des Esséniens : d'après lui, ce seraient les gens pieux 
— laïques et prêtres — du temps des Macchabées qui s'éloignèrent 
du Temple de Jérusalem, parce que le culte n'y était plus dirigé 

1. Philon, De vita contemplativa, 899 c. 

2. Ibid., 899-902. Je dois ces dernières indications à mon ami M. Isidore Lévy. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par la famille abronide qui y avait seule droit '. On a, il est vrai, 
opposé à cette conjecture que l'Essénisme n'est qu'une excrois- 
sance du Pharisaïsme, une exagération des scrupules des docteurs 2 . 
Or, il n'est pas une seule des particularités qui doivent dénoter le 
pharisaïsme «superlatif» des Esséniens qui ne se retrouve dans 
la secte sadducéenne cléricale de Damas. C'est donc toute la 
question des origines de l'Essénisme qui est à reprendre et à 
reviser à la lumière du document étudié par nous en ce moment. 
Une autre revision s'impose également, c'est celle de l'origine 
des premières communautés chrétiennes. On avait trop légèrement 
écarté la possibilité d'une influence essénienne, en se fondant sur 
cette circonstance que les épiscopes apparaissent pour la première 
fois dans un pays grec 3 . Mais cette considération ne doit pas être 
retenue, car pourquoi les premiers missionnaires chrétiens n'au- 
raient-ils pas transporté là où ils fondaient des communautés les 
cadres qu'ils avaient vu fonctionner dans des groupements de 

même nature? 

Et c'est par là que nous finirons : il est difficile de discerner 
avec certitude les liens de parenté qui unissent lés Esséniens, les 
premiers Chrétiens et les Sadducéens de Damas. Vu les affinités 
de ces organisations, il vaut mieux dire qu'ils sont autant d'exem- 
plaires d'un type des groupements schismatiques juifs. Quel est 
le prototype de ces groupements? Serait-ce les Réchabites men- 
tionnés dans la Bible ? Il importe peu. 

La secte sadducéenne de Damas était-elle dosithéenne ? 

Comme personne n'a protesté jusqu'ici contre l'argumentation 
que nous venons de discuter, ainsi presque tous ceux qui ont 
rendu compte du beau travail de M. Scbechter ont accepté sans 
réserve son hypothèse, que la secte sadokite, sous la forme qu'elle 
revêt dans notre document, est une branche du Dosithéisme 4 . 

1. Ritschl et Bestmann avaient dit quelque chose d'analogue, voir Schûren 
Geschichte des jùdischen Volkes, 11, 4 e éd., p. 668. 

2. Schiirér, ib., p. 671. 

3. J. Réville, op. cit., p. 159, note 1. 

4. Seul fait exception, à ma connaissance, M. S. Poznanski [Jewijsh Review, II, p. 273). 
Nous ne discuterons pas la thèse de M. Margoliouth, qui est un exercice de haute fan- 
taisie (ibid., p. 311 ; cf. Atlienœum, 26 nov. 1910). M. K. ttohler, comme il était à 
prévoir, a renchéri encore sur celle de M. Schechter. Le titre de sou article en dit 
déjà long: Dositheus, the Samaritan heresiarch, and his relations to Jewish and 
Christian doctrines and sects (loc. cit.). 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN H 

Voici les considérations qui ont conduit à cette conjecture le 
savant éditeur : 

1° La secte sadokite ne pouvant être identifiée avec les Saddu- 
céens que nous connaissons, force nous est de la comparer à 
d'autres excroissances du Judaïsme *. Celle qui s'en rapproche le 
plus est le Dosithéisme, tel au moins qu'on peut le reconstituer 
dans la confusion des notices contradictoires et obscures des 
auteurs chrétiens, musulmans et samaritains ; 

2° En effet, certains écrivains font de Sadoc un disciple de 
Dosithée : voilà une rencontre déjà curieuse ; 

3° Ces Dosithéens divisaient l'année en mois de trente jours, 
comme semble l'avoir fait notre secte ; 

4° D'après Aboul-Fath, ils observaient le sabbat avec une rigueur 
qui frappait déjà les Pères de l'Église et qui rappelle le code de nos 
Sadokites ; 

5" Au dire d'Epiphane, ils n'entretenaient aucune relation avec 
les étrangers, dans leur haine du genre humain. Ce séparatisme 
est du même ordre que celui des Sadokites, exigeant la purification 
des vêtements touchés par les païens et interdisant la célébration 
du sabbat à proximité des étrangers ; 

6° Epiphane rapporte que les Dosithéens avaient adopté une 
constitution qui leur était propre ; telle est justement une des 
particularités qui distinguent la communauté damascénienne ; 

7° Cet écrivain chrétien ajoute qu'ils s'interdisaient la consom- 
mation d'êtres vivants ; il y a quelque chose d'analogue dans les 
prohibitions étranges auxquelles se soumettaient les Sadokites ; 

8 e Sans doute Epipbane affirme que les Dosithéens interdisaient 
les secondes noces ou même s'abstenaient de tout mariage, ce qui 
ne s'observe pas chez nos sectaires ; mais peut-être cette assertion 
n'est-elle qu'un écho infidèle de la défense, pour le mari, de se 
remarier quand sa femme répudiée est encore en vie ; 

9° D'autre part, Photius nous apprend que Dosithée était hostile 
à Juda, fils de Jacob, et que ses partisans voyaient en lui le 
Messie ; les Sadokites manifestent les mêmes tendances ; 

40° Le rapport de Schahrastani, d'après lequel les Dosithéens 
reconnaissaient en Dosithée « l'Étoile » et lui donnaient le titre 
d' « Unique », c'est-à-dire de Messie, rappelle aussi le titre 
d' « Étoile » et celui de « Docteur unique » appliqués par les Sado- 
kites au fondateur de leur secte ; 

11* Peut-être même le titre de écTco; ou Stans que, d'après les 

1. Nous avons~dit déjà ce que nous pensons de cette opinion. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

écrivains chrétiens, s'attribuait Dosithée ou Simon le Magicien, 
répond-il au mot *mym dont se sert notre opuscule pour qualifier 
les fonctions des chefs de la secte ; 

12° 11 n'est pas jusqu'aux Falaschas qui ne puissent témoigner 
du bien fondé de l'identification des Sadokites et des Dosithéens. 
En effet, ils ont le même calendrier que les uns et les autres ; ils 
observent, le sabbat, des lois aussi sévères que celles du livre des 
Jubilés et de notre secte; comme les Dosithéens, ils fuient tout 
contact avec les étrangers; comme eux, ils défendent le mariage 
entre oncle et nièce ; le terme de mnnicn ma, réminiscence de 
mesged, usité par les Falaschas pour leurs synagogues, est un 
autre indice, encore qu'il puisse être attribué à un scribe falascha; 
enfin, l'assertion que Sadoc aurait redécouvert la Loi trouve son 
pendant dans l'affirmation des Falaschas que la Loi leur aurait été 
apportée par Azaria, fils de Sadoc. 

M. Schechter conclut : la secte, primitivement sadokite, s'est 
amalgamée avec celle des Dosithéens et a fait des prosélytes chez 
les Samaritains. 

Ces divers arguments, par leur masse, font impression, et l'on 
est tenté tout d'abord de se rallier à une conjecture qui s'appuie 
sur une science si bien informée. Mais, quand on s'avise de con- 
trôler les rapprochements et de passer au crible les données uti- 
lisées, on éprouve quelque déception. 

Il y a d'abord des méprises dues à une interprétation fautive des 
textes. Ainsi, d'après le n° 6, les Dosithéens se seraient signalés 
par une organisalion spéciale; les Sadokites ayant, eux aussi, 
adopté une constitution particulière, la parenté est vraisemblable. 

Laissons de côté les critiques qu'éveille un tel procédé de com- 
paraison, car de quel droit conclure à une filiation dans l'igno- 
rance où l'on est de ce qui caractérise les statuts d'une des deux 
sectes mises en parallèle? Examinons seulement le texte d'Epi- 
phane qui a provoqué ce rapprochement, et nous constaterons que 
M. Schechter s'appuie sur une erreur de traduction. Le passage 

est ainsi conçu : 'Avàerraoriv yàp ôtxoXoYOudt, xai 7:oXtT£tat 7iap' ocÙtoïç 

efai'v; èjj/fùywv àjcé^ovrai « Ils admettent la résurrection; ils ont 
des règles de vie [plus sévères] ; ils s'abstiennent de tous les 
êtres animés 1 . » La deuxième phrase est complétée par la sui- 
vante. Que si elle ne paraît pas bien cadrer avec la première, 
c'est que celle-ci est commandée par le plan même suivi par Epi- 
phane dans la description des hérésies : les Dosithéens étant mis 

1. Hœres., I, 13. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 13 

en relation avec les Samaritains, qui nient la résurrection, il 
fallait noter en premier cette divergence, qui importe le plus à 
l'écrivain chrétien. M. Schechter a rendu le mot iroXtTeia par 
« gouvernement », parce que tel est le sens de ce terme dans 
la langue classique. Seulement dans la grécité chrétienne, il 
signifie « règle de vie, manière de vivre », et Epiphane est un 
écrivain chrétien. 

Voici quelques exemples de l'emploi de ce mot chez les Pères 
de l'Église : 

Justin, Dial. c. Tryph., 47, 4 : xyjv êwojxov rtofotetav= « la vie selon 
la Loi ». (11 s'agit des judéo-chrétiens qui tiennent encore aux 
observances légales du judaïsme.) 

Ib., 105, 6 : tyjv $aptcrai<Dv TroXiretav == « le genre de vie des Pha- 
risiens ». 

Ib., 119, 5 : Xat £^7JX60[Jl£V TjStj àlCO XYjÇ 7C0XlT£l'aÇ £V 7J £^W[JL£V == « et 

nous sommes sortis déjà de cette règle de vie qui était la nôtre ». 

Ib., 121, 3: . . . àiro uavroç [X£xàvotav 7r£7toiT|ar6at àrco xy^ç 7raXaiaç xocxt^ç 

àxàdTou yÉvouç 7roXiTeîaç =. . . « faire pénitence de toutes choses, 
conséquences de la mauvaise vieille manière de vivre, quelle que 
soit leur espèce ». 

Clément Romain, / Cor., 2, 8 : t?| xavapÉxco xoà rst^oL^.oi iroXiTeta 
x£xoa[X£vot 7ràvxa h xw cp^cœ aOxou IttexeXeTxe ±± « Parés d'une conduite 
toute vertueuse et digue de vénération, vous agissiez toujours 
dans la crainte de Dieu » (que représente aùxou) *. 

Il y a mieux, Epiphane se sert encore de la même expression 
pour caractériser les Pharisiens : oî «Êapiaoctoi 7coXtx£iaç jxe^ouç £/ovx£? 
= «Les Pharisiens ont des règles de vie plus sévères 2 . » 

Le contexte, d'ailleurs, aurait dû prévenir l'erreur commise par 
M. Schechter, car la mention d'une constitution propre à la secte 
aurait juré avec l'ensemble du morceau. 

L'argument n° 10 trahit également une méprise ; or, c'est celui qui 
en impose le plus : Dosithée est pour ses partisans 1' « Etoile » 
et 1' « Unique » ; tels sont précisément les titres également donnés 
au fondateur de la secte damascénienne. 

C'est Schahrastani qui nous fournit ces renseignements sur 
Dosithée. Or, pour lui, le Dosithéisme est une branche du Samari- 
tanisme, dont les sectateurs ne reconnaissent que l'Hexateuque. Il 
est donc tout naturel que, ne pouvant fonder leur eschatologie 

1. Nous devons ces citations à l'obligeance de M. Guignebert. 

2. Ib., 16. Ce passage nous fournit l'adjectif qui manque plus liaut, à savoir 
{AeiÇove;. On voit aussi la faiblesse de ces sortes de rapprochements : la caractéristique 
des Dosithéens est exactement la môme que celle des Pharisiens l 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

messianique que sur Nombres, 24, 17 \ c'est ce verset qu'ils 
exploitent. Le Messie, pour eux, est celui qui est annoncé par ces 
mots : « Une étoile est issue de Jacob. » 

Que si le libelle damascénien rapporte, lui aussi, ce verset au 
Messie, qu'y a-t-il d'extraordinaire dans cette coïncidence ? 
Cette interprétation du texte était-elle spécialement samaritaine- 
dosithéenne ? Dans ce cas, Akiba aurait été également Dosithéen, 
puisqu'il appliquait cette prophétie au Messie ! Mais, ce qui est pour 
nous confondre, notre document, en réalité ne dit aucunement que 
le fondateur de la secte damascénienne ait été considéré par celle- 
ci comme un Messie. Nous le montrerons plus loin. 

C'est d'aussi d'après Schahrastani que lesDosithéens donnaient à 
Dosithée le titre d' « Unique ». Or c'est tout autre chose qu'expose 
cet auteur musulman. D'après lui, les Samaritains niaient la mis- 
sion de tous les prophètes, — ce que l'on sait du reste — ne 
reconnaissant pour tel, en dehors de Moïse, que celui qui seul a été 
annoncé par Moïse en ces termes : « Dieu suscitera un prophète, 
sorti de tes rangs, de tes frères, comme moi » (Deut., 18, 15, cf. 18). 
Mais, ajoute-t-il, les différentes sectes samaritaines, dont les Dosi- 
théens, d'accord sur ce point, diffèrent entre elles sur les signes 
auxquels se reconnaîtra cet un, qui apparaîtra à la lin des temps. 
Enfin, d'après lui, il y eut un Samaritain du nom de Al-Ilfan, qui 
se crut désigné par la promesse de Moïse et se dit celui qui avait 
été annoncé, l'étoile dont parle l'Ecriture. On voit ainsi que ni les 
Samaritains ni les Dosithéens ne décernaient au fondateur de la 
secte le titre consacré de 1' « Unique » ; ils insistaient simple- 
ment sur la circonstance que ce prophète ou Messie sera seul de 
son espèce. Il n'est, d'ailleurs, pas sûr que cette insistance ne soit 
pas du fait de Schahrastani. 

Que les Samaritains, d'autre part, aient été hostiles à Juda, c'est 
tout naturel aussi : descendants de Joseph, vendu par celui-ci, nté- 
ressés à revendiquer la supériorité de leur aïeul sur celui des Juifs 
abhorrés, ils devaient fatalement chercher à déprécier Juda 2 . Que, 
parallèlement, les Sadokites, comme les Sadducéens de la nuance 
de Ben Sira, aient, pour les besoins de leur cause, grandi le mérite 
des Ahronides aux dépens de la dynastie de David, c'était égale- 
ment dans la logique des choses. Avaient-ils besoin, pour cela, de 

\. Geu., 49, 10, parlant de Juda, c'est-à-dire l'ennemi, ne leur servait de rien. 

2. Comme il faut se méfier des sources chrétiennes ! A s'en rapporter à Hégésippe 
(Kusèbe, Uist. ceci., IV. 22). on croirait que les Pharisiens, cumine les Ksséniens, 
les Sadducéens et autres sectes juives, étaient hostiles à la tribu de Judo, l'rises à la 
lettre, ces paroles sont absurdes. 



UN ÉCRIT SÀDDUCÉEN 15 

l'exemple des Dosithéens-Samaritains ? Ici encore la coïncidence ne 
trahit aucune filiation. La notice d'Eulogius\ qui a jugé à propos 
de consigner l'impertinence de Dosithée, coupable d'avoir mal 
parlé de Juda comme de tous les prophètes de Dieu, n'avait pas à 
intervenir dans le débat. 

Ce qui se comprend moins encore, c'est qu'Eulogïus soit 
invoqué pour attester la parenté des Sadokites et des Dosithéens 
dans leur commune manière d'ériger en Messie le fondateur de 
leur secte. Si le fait est vrai des Dosithéens, il ne l'est aucune- 
ment des Sadokites. Pour attribuer à la secte damascénienne 
cette conception, il a fallu en effet à M. Schechter fausser le 
sens de passages qui ne s'attendaient pas à un pareil honneur. 
Où notre savant confrère a-t-il vu que le fondateur de la secte 
damascénienne était décoré du litre de Messie ? Dans ces mots, 
d'ailleurs très obscurs : « Il leur a fait connaître [tout cela] par son 
oint, [par" son esprit saint, et c'était la vérité ». Or, cette phrase, au 
lieu de viser le « Docteur de justice » qui s'exila à Damas, se rap- 
porte à un personnage de l'Histoire Sainte qui a annoncé les 
événements à venir. On peut discuter sur le nom de cet oint, mais 
à coup sûr, ce n'est pas le fondateur de la secte, comme le prouve 
incontestablement le contexte. 

C'est cet oint, dit encore M. Schechter, qui pour les Sadokites 
était l'accomplissement de la prophétie : « Une étoile sortira de 
Jacob », c'est-à-dire le Messie prédit par ce verset. Mais, comme 
nous croyons l'avoir montré dans notre traduction, ce passage doit 
annoncer que l'interprète de la Loi quittera Jacob, c'est-à-dire la 
Judée, pour se rendre en Damascène, événement qui pour lui est 
comme un point tournant de l'histoire 2 . Bien mieux, c'est un autre 
personnage qui, lorsqu'il se lèvera — à la fin des jours — jouera 
le rôle de Messie. 

M. Schechter veut aussi que les Sadokites aient attendu le retour 
de ce Messie qui était mort, imitant ainsi à leur insu, les chrétiens. 

1. Et non de Photius, qui se borne à résumer l'écrit de cet auteur chrétien, qui a 
vécu à Alexandrie, vers l'an 600. 

2. Qu'on relise le passage : « Or tous les schismatiques furent livrés au glaive, tan- 
dis que ceux qui restèrent fidèles se réfugièrent dans le pays du Nord, ainsi qu'il a 
été dit : « J'exilerai votre roi et Kiyyoun, votre idole [l'étoile de votre Dieu] des tentes 
de Damas. » La tente de votre roi, ce sont les livres de la loi, comme il est dit : « Je 
relèverai la tente de David qui sera tombée-. » Le roi, c'est la communauté. Le Kiyyoun 
des idoles, ce sont les livres des prophètes qu'a méprisés Israël. L'étoile, c'est Vin ter- 
prèle de la Loi qui est venu à Damas. C'est là ce que dit le verset : « Une étoile a 
quitté Jacob, et un sceptre est sorti d'Israël. » Pour le sceptre, c'est le chef de toute la 
communauté qui, lorsqu'il se lèvera, renversera tous les fils de Seth ». 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais cette étrange conception ne s'appuie que sur la similitude du 
nom porté par le fondateur de la secte « Maître de justice » et parle 
Messie futur. L'appui est bien fragile. Il l'est tant que dans le ms. 
B on lit : « ...Depuis la mort du Docteur unique jusqu'à l'avè- 
nement du Messie issu d'Aron et d'Israël. » Le Messie n'est donc 
pas le Docteur unique redivivus. 

Il serait oiseux de démonter les arguments H et 12 pour en 
étaler l'insuffisance. Mieux vaut soumettre à un examen sérieux 
ceux qui paraissent être de poids. Tel est le n° 2 : à en croire 
certains écrivains, Sadoc aurait été un disciple de Dosithée, en 
d'autres termes le Sadducéisme procéderait du Dositliéisme. 

Le Dositliéisme, comme d'autres sectes analogues, offre aux 
amateurs de combinaisons un avantage incomparable, c'est qu'on 
n'en sait presque rien et que le peu qu'on en sait est un mélange 
incohérent de contradictions. Voilà un mouvement qui serait né 
plusieurs siècles avant l'ère chrétienne et aurait poursuivi son 
cours pendant plus d un millénaire, et l'on en parle comme si dans 
ce long espace de temps il n'avait jamais varié, comme si aucun 
affluent n'était jamais venu s'y déverser. Continuant la gageure, 
on cite pêle-mêle les notices des écrivains chrétiens, qui se copient 
ou se contredisent, et les auteurs musulmans, qui se bornent 
parfois à reproduire textuellement les assertions de leurs prédéces- 
seurs chrétiens. 

Pour les temps antiques, la moisson des renseignements sur le 
Dositliéisme est maigre. Le premier écrivain qui en parle estHégr- 
sippe, au n e siècle de l'ère chrétienne. Juif de naissance, ayant passé 
sa vie en Orient, son témoignage, en raison de ces circonstances, 
mériterait considération. Or, a l'en croire, Dosithée aurait vécu 
immédiatement après Simon le Magicien, c esl-à-dire au i cr siècle *. 
Origène exprime une opinion analogue ; lui le place après Jésus et 
prétend qu'il était de la même espèce que les pseudo-Messies Juda 
etTheudas, qui étaient Juifs 2 . Les pseudo-Clémentines, s inspirant 
de la même conception historique, font de lui un disciple de Simon 3 . 
Cette tradition est-elle digne de foi, la discussion tourne court 
immédiatement. Au moment de la rédaction de notre opuscule, au 
i er siècle, la secte damascénienne est constituée ; elle a ses statuts, 
ses dogmes et son code rituélique. Ce n'est pas alors qu'elle se serait 
modelée sur une hérésie à peine née et suspecte à beaucoup de 
titres. 

1. Cité par Eusèbe, Histor. eccles., IV, 22. Son point de vue est d'ailleurs assez naïf. 

2. Contre Celse, I, 57; VI, 11, etc. 

3. Reco(/nitio?ies, II, 8. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 17 

Il existe une autre tradition, c'est celle dont Hippolyte s'est fait 
l'organe: Dosithée est un Samaritain, qui a eu pour disciple Sadoc '. 
Dosithéisme et Sadducéisme seraient donc étroitement apparentés. 
Mais que vaut cette tradition, qui apparaît ainsi au ui e siècle seule- 
ment ? Elle peut bien ne traduire qu'une impression produite par 
l'air de famille qui règne entre les deux hérésies, sans prétendre à 
la rigueur d'un tableau généalogique. Cette ressemblance est cons- 
tituée par la commune négation de la résurrection. Pour les 
chrétiens qui ont recueilli la tradition et l'ont peut-être dénaturée, 
sinon forgée, les Sadducéens, qu'ils connaissaient par les Evangiles, 
devaient tenir cette négation, non du Judaïsme, mais de l'hérésie 
samaritaine. La valeur scientifique de cette soi-disant tradition se 
révèle à l'absurdité de cette explication du principe sadducéen. 
Elle se décèle aussi dans l'origine qu'elle donne du rejet par les 
Samaritains des Prophètes de la Bible : c'est Dosithée qui, le pre- 
mier parmi eux, aurait osé repousser l'autorité des Prophètes, non 
inspirés parle Saint-Esprit. Au fond, Hippolyte, ou son informateur, 
a procédé à la manière des rabbins qui expliquent le Sadducéisme 
par l'erreur d'un disciple d'Antigone de Socho, nommé Sadoc, qui 
aurait mal compris son maître. 

Est-ce un document de cette sorte qui permettra de supposer une 
action exercée parle Dosithéisme sur la secte damascénienne avant 
la fin du i er siècle? Tout ce qu'il faut retenir de cette tradition, c'est 

1. On sait seulement par Photius (cxxi) qu'Hippolyte commençait son livre des 
Hérésies par les Dosithéens. Mais on admet généralement que le traité De prsescrip- 
lionibus, attribué faussement à Tertullien, s'inspire de son livre perdu, si même il 
n'en est pas le résumé. Ce traité s'exprime ainsi au ch. 45 : « Taceo enim judaismi 
haereticos, Dositheum inquam Samaritamim. qui primus ausus est proplietas, quasi 
non in Spiritu Sancto locutos, repudiare. Taceo Sadducaeos, qui ex hujus errons radiée 
s urgentes, aùsi sunt ad hauc haeresim etiam resurrectionem carnis negare. » Ces mots 
sont copiés textuellement par saint Jérôme, Dial. adversus Lucifer ianos . Philastre, au 
iv e siècle, procède de la même source : « Dositheus quidam postea, Judaeus génère, 
ausus est dicere, secuuduin carnem solum esse vivendum in Lege Domini, deque eo 
non sperans resurrectionem futuram, née Dei spirituin, nec Angelum esse credens, nec 
futurum judicium de Lege atque Proplietis exspectans. Sadducaei post ipsum a Sacldoc 
homine Judœo qui hoc Domine vocabatur, qui discipulus fuit illins qui et confirmavit 
liane haeresin, ut ex eo Sadducaei dicerentur : secuuduin carnem aeque solum praedicant 
vivendum, circumcidendum, corpusque baptizandum . . . » La notice de Philastre sur 
Dosithée reflète les lignes de Josèphe sur les Sadducéens. Elle est faite uniquement au 
point de vue chrétien. La variante : « Juif d'origine » se retrouve dans Épiphane, 
mais celui-ci dit qu'il avait passe aux Samaritains. Un passage des Recognitiones, 
1, 54, contrairement à l'autre opinion consignée plus haut, l'ait aussi de Dosithée le 
maître des Sadducéens. Épiphane (Adversus Hsereses, I, h aères., xm) donne aux Sad- 
ducéens la même origine, tout en attribuant aux Dosithéens la croyance à la résurrec- 
tion. L'histoire qu'il raconte au sujet de la conversion de Dosithée n'est qu'une fable 
naïve . 

T. LX1II, N-» 125. £ 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que, vus du dehors, le Sadducéisme et le Dositliéisrne présentaient 
des traits communs, et cela tient à ce que l'une et l'autre doctrines 
ont gardé des traces de l'antique religion d'Israël. Mais que la 
communauté sadokite de la Damascène ait subi l'empreinte des 
Dosithéens, c'est-à-dire en définitive de Samaritains, c'est contre 
quoi proteste la haine (qui s'étale encore dans Ben Sira, l, 26, et 
dans le Testament de Lévi) des Juifs de tout bord à l'endroit du 
« peuple stupide ». 

Les arguments numérotés par nous, 4, 5,7 et 8 ne sont évidemment 
là que pour faire nombre ' ; ils n'ont qu'une valeur d'appoint, et ils 
ne résistent pas à un examen sérieux. Si les Dosithéens observaient 
le sabbat avec rigueur, Josèphe en dit autant des Esséniens, et nos 
Sadokites n'avaient que l'embarras du choix pour trouver des 
modèles au cas où leurs traditions sacerdotales et le Livre des 
Jubilés ne leur auraient pas suffi. Les Esséniens aussi, de même 
que les Chrétiens, pourraient, au môme titre, avoir inspiré l'excès 
de scrupule des Sadokites en ce qui concerne certaines unions. 
Toutes ces coïncidences prouvent uniquement qu'il y a une psycho- 
logie des sectes ; le séparatisme a ses lois internes. 

Ce n'est pas à dire qu'on ne puisse'pas relever certaines analogies 
dans les prescriptions suivies par les Sadokites et les Dosithéens. 
La notice d'Aboul-Fath 2 en particulier signale chez les Dosithéens 
des règles de vie qui se retrouvent chez les Sadokites, telles la 
coutume de remplacer le tétragrainme par le mot Elohim, l'inter- 
diction de donner à manger et à boire aux bêtes le jour du sabbat. 
Mais que prouvent ces analogies? Y a-t-il dans ces particularités 
quelque chose de foncièrement dosithéen 3 , et de quel droit faire 
du conventicule damascénien l'emprunteur plutôt que la secte 
dosithéenne? Mais à supposer qu'on découvre le critérium du 
dositliéisrne et que, grâce à cette pierre de touche, on puisse déter- 
miner ce qui a cette provenance dans l'alliage sadokite, il restera 
toujours que le mélange s'observe dans la partie législative de notre 
opuscule. Or, personne ne prétendra que le code de la secte soit 
resté intangible pendant onze ou douze siècles. Le manuscrit qui 
nous en reste et qui montre le Sadducéisme encore vivant au x e ou 

1. Sur le n° 7, remarquons que Epiphane, Hœres., 16, dit exactement la même 
chose des Nazaréens ; sur le n° 5, que, d'après le môme auteur, cette haine du genre 
humain, les Dosithéens la partageaient avec les autres, comme la pratique du sabbat 
et de la circoncision. 

2. On en trouvera la traduction dans la Chrestomalhie arabe de de Sacy, I, p. 335. 

3. Nous parlerons plus loin de ce qui a trait à la défense de prononcer le tétra- 
gramme. 



UN ÉCRIT SADDUGÉEN 19 

au xi e siècle ne représente certainement pas l'original tel qu'il est 
sorti des mains de l'auteur ; ce serait un cas unique. Or, dans quelle 
partie de l'ouvrage ont pu avec le temps entrer les interpola- 
tions, sinon justement dans celle qui est à tiroirs, dans cette col- 
lection incohérente de règles de toute nature dont la liaison le plus 
souvent se cache ? 

A notre avis, il faut faire un départ, dans le document que nous 
étudions, entre le cadre, à savoir le sermon historique, qui appar- 
tient à l'auteur, lequel a vécu avant la destruction du Temple, et le 
recueil de lois, qui, fidèle dans ses grandes lignes à la rédaction 
primitive, s'est entr'ouvert avec le temps aux nouveautés que la 
secte a acceptées du dehors. 

Ainsi se concilient les deux opinions contradictoires qui se sont 
déjà affirmées au sujet de la secte damascénienne : tandis que 
pour M. Schechter, suivi par plusieurs critiques, c'était une secte 
sadokite à base de dosithéisme, pour d'autres, en particulier M. S. 
Poznanski, c'était une variante du Pharisaïsme. Et sur quoi se fonde 
cette dernière conjecture ? Sur la présence, dans la partie légis- 
lative du libelle, de quelques prescriptions qui se retrouvent 
dans le Talmud. Nous ne nions pas ces rencontres que nous 
avons signalées, après M. Schechter, dans les notes qui accom- 
pagnent notre traduction. Mais ces infiltrations, peu nombreuses 
d'ailleurs, n'ont pas altéré l'armature du credo de la secte, qui 
a conservé son caractère franchement sadducéen. Elles ne 
prouvent pas plus le dosithéisme ou le pharisaïsme de la secte que 
l'introduction dans le Rituel juif du moyen âge de certains usages 
funèbres chrétiens ne prouve le christianisme de l'auteur du tour 
ou du Schoulhan Arouch. 

(A suivre.) 

Israël Lèvi. 



HANOUCCA ET SOUCCOT 



Le dernier fascicule de la Monatsschrift contient un brillant 
article de M. R. Leszynsky, intitulé Bas Laubhùttenfest Cha- 
nukka K . Il s'agit, on le devine, d'expliquer pourquoi le deuxième 
livre des Macchabées considère la fête de Hanoucca comme une fête 
de Souccot. 

Les textes sont au nombre de trois. 

Le premier se trouve dans le corps du livre, après le récit de la 
restauration du culte par Juda Macchabée et ses compagnons : 
« Pleins de joie, ils célébrèrent huit jours à la manière des Tentes, 
— se souvenant que peu auparavant, à la fête des Tentes, ils 
avaient vécu sur les montagnes et dans les cavernes comme des 
bêtes sauvages; — ils prirent donc des thyrses entourés de feuilles, 
de belles tiges et des branches de palmes, et entonnèrent des 
hymnes en l'honneur de Celui qui avait assuré l'heureuse purifica- 
tion de son saint lieu. En outre, ils firent passer en loi, par un 
décret de la communauté, que tout le peuple juif célébrerait 
annuellement cette fête » (IIMacc, x, 6-8). 

Dans l'Introduction épistolaire, les Juifs de Palestine invitent 
effectivement leurs frères d'Egypte, et par deux fois, à observer 
cette solennité : « Célébrez les jours de la fête des Tentes (scéno- 
pégie) du mois de Kislew » (i, 9) et : « Comme nous allons célébrer 
le 25 du mois de Kislew la purification du Temple, nous n'avons 
pas voulu tarder à vous en donner avis, afin que vous célébriez 
aussi [les jours] 2 de la fête des Tentes (scénopégie) et du feu, qui a 

1. M.G.W.J., LV (1911), 400-418. — Gomment traduire Laubhùttenfest, c'est-à- 
dire Souccot? « Tentes » est impropre, « Cabanes » est plat et « Tabernacles » est 
pédant. Pourquoi ne dirait-on pas « Fouillées » ? 

2. Le texte est altéré. Quelques-uns ajoutent « comme, a la manière de » ; Herkenne, 
Die Briefe zu Beginn des zweilen Makkabàerbuches (1904 ; Biblische Sludien, VII, 
4), p. 69-70, propose de suppléer simplement toc. L'altération parait plus profonde et 
doit avoir été entraînée par une interpolation. 



HANOUCCA ET SOUCCOT 21 

été donné lorsque Néhémie eut reconstruit le temple et Tau tel et 
qu'il eut offert un sacrifice » (i, 18). 

Si aucun de ces trois textes — même le troisième — n'était clair 
en lui-même et dans son contexte, ils s'éclaireraient l'un l'autre, 
puisqu'ils s'accordent entre eux. Ainsi, la fête dite de Hanoucca a 
été célébrée dans le principe à l'instar de la fête des Tentes et c'est 
à ce litre que les Palestiniens en recommandent la célébration à la 
Diaspora. Si nous ne possédions que le second livre des Maccha- 
bées, nous n'aurions qu'à enregistrer le fait et à le commenter. 

Mais nous possédons d'autres sources, aussi anciennes, géné- 
ralement plus véridiques, et d'abord le premier livre des Maccha- 
bées, qui ne donne pas ce caractère à la fête de la Dédicace. Mais 
nous ne découvrons pas au premier abord, entre Hanoucca et 
Souccot, des rapports internes qui expliquent l'assimilation d'une 
fête à l'autre. 

Les savants juifs, plus attentifs que d'autres à l'histoire du culte 
et des rites, ont senti la difficulté, quoi qu'en dise M. Leszynsky, et 
ils ont essayé de rendre compte de l'aspect imprévu que Hanoucca 
prend dans le deuxième livre des Macchabées. Les uns ont interprété 
les textes, les autres les ont corrigés. Rapoport a cru que Hanoucca 
avait été réellement célébré en remplacement de Souccot, et cette 
opinion a même passé dans la science courante et dans les manuels 
d'écoles 1 . D'autres ont pensé que l'assimilation des deux fêtes 
dans un livre qu'ils présument avoir été traduit de l'hébreu était le 
produit d'une faute de traduction. D'après Geiger, l'original portait 
le mot an, « fête », où le traducteur a cru reconnaître la fête de 
Souccot, qui est le hag par excellence; Graetz fait porter l'erreur 
sur le mot roun, qui aurait été lu nsro 2 . Autant d'explications 
artificielles, qui auraient peut-être découragé M. Leszynsky, s'il les 
avait connues. 

La sienne est plus subtile. La fête de la Dédicace fut appelée primi- 
tivement la fête des Branches, en hébreu niDio- in(Hagha-Sokhot), 
par une consonnance voulue avec le nom de la fête de Souccot- 

1. Rapoport, dans Ha-Schahar, IV, 432 et s. (cf. Herzfeld, Geschichte, I, 271); 
S. Krauss, dans Revue, XXX, 28-29; S. Bàck, Geschichte des jûdischen Volkes..., 
2 e éd.. p. oS : M. Brann, Geschichte der Juden..., I, 73. — Cette explication, 
suggérée par une lecture superficielle du texte de II Macc, x, 6-8 (mais voir le com- 
mentaire de Grimm, ad loc), est déjà indiquée par Azaria de Rossi, Meor Enayim, 
en. li, p. 158 Benjacob. 

2. Geiger, Urschrift, 227 (l'explication de Geiger est qualifiée d'ingénieuse par son 
ami J. Derenbourg, Essai, p. 62, n. 2); — Graetz, dans Monatsschrift, XXVI (1877), 
p. 9 (réfuté par Krauss, l. c, p. 29, n. 3). Brull, Jahrbùcher, VIII, 34, cite les deux 
c onjectures, qu'il trouve inutiles. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cette « découverte » résout « d'une manière surprenante toutes les 
énigmes » que soulèvent la fête et le livre. C'est un trait de lumière 
qui illumine l'histoire de Hanoucca et la composition du deuxième 
livre des Macchabées. 

Qui sait si la fête dite de Souccot n'était pas à l'origine une fête 
de Sokhot? En tout cas, au temps des Macchabées, c'était bien une 
fête des Tentes et le « joli jeu de mois » ne pouvait tromper 
personne ; seulement on eut deux fêtes qui se faisaient concur- 
rence. Malgré tout, la Diaspora ne voulut pas de la nouvelle fête. 
Les Pharisiens préférèrent, à plus forte raison, l'ancienne fête 
biblique, et c'est seulement après la chute des Hasmonéens qu'ils 
adoptèrent sa rivale. La fête s'appela donc successivement la Puri- 
fication, la fête des Branches, la fête des Lumières et finalement la 
fête de l'Inauguration, Hanoucca. 

Quand le nom de « fête des Branches » eut disparu, on fut 
fatalement amené à lire Soukkot au lieu de Sokhot, et les branches 
devinrent des tentes. Or, cette erreur de traduction est commune à 
la correspondance introductive et à l'ouvrage proprement dit, 
abrégé de Jason de Cyrène. Donc la correspondance comme 
l'ouvrage sont des traductions d'originaux hébreux, et la corres- 
pondance se trouvait déjà (à sa place chronologique) chez Jason, 
qui est lui-même le traducteur. L'unité et l'historicité du deuxième 
livre des Macchabées sont ainsi sauvées '. 

Laissons de côté la combinaison littéraire et la construction 
historique; tenons-nous en au point de départ. S'il n'est pas sûr, 
le reste devient douteux. 

A la base de tout est la bévue du traducteur, qui n'a pas 
reconnu le mot sokhot. Et nous donc ! « Branche se dit en hébreu 
(et en araméen) sokJia, rms, au pluriel sokhot, maio (on trouve 
aussi la forme masculine et l'orthographe avec ») ; c'est un mot 
qui n'est nullement inusité : voir les dictionnaires ». Les diction- 
naires nous apprennent qu'un tel mot ne se trouve que dans un 
seul passage de la Bible, dans Juges, ix, 48-49, où l'expression 
tr^y rono peut se traduire par « branche de bois », mais signifie 
plutôt « fagot, fascine », de la racine *pia, « hérisser d'épines, 

1. On voit que M. L. abonde dans le sens de feu Niese. Il ignore les fortes objections 
que M. Israël Lévi a élevées contre cette partie de la thèse de Niese (Revue, XL1I1, 
222-232). 11 abandonne d'ailleurs les positions intenables de Niese. Loin de s'offusquer 
de la contradiction entre les deux récits de la mort d'Antiochus Epipbane,il fait honneur 
de tous deux à Jason. Quant à la mention de Juda (Macchabée) en l'an 188 des Séleucides, 
il s'en débarrasse en supposant une faute de traduction (Judée pour Juda), déjà conjec- 
turée par Brull, l. c, 31. 



HANOUCCA ET SOUCCOT 23 

clore d'une haie ». Singulières palmes que des épines! C'est 
seulement à l'époque de la Mischna que l'usage du mot se géné- 
ralise dans le sens de branche *. 

Admettons que le mot était usité plus tôt avec cette acception : 
qu'est-ce qui prouve que la fête a tiré son nom de là? Le texte lui- 
même, répond M. Leszynsky, le texte primitif, qui était ainsi 
conçu : « Ils fêtèrent les huit jours des Branches et portèrent donc 
des tiges, des rameaux et des palmes ». Le traducteur a trans- 
formé les Branches en Tentes, il a intercalé entre les deux phrases 
la parenthèse « se souvenant qu'ils avaient passé la fête des Tentes 
dans les montagnes et dans les cavernes » et, brochant sur le tout, 
il a encore remanié « les huit jours des Tentes » en « huit jours à 
la manière des Tentes ». Quelles manipulations ! Le nom de la fête 
était expliqué aussitôt que donné : il ne l'a pas compris, il a donc 
ajouté de son cru une explication « d'ailleurs très forcée et insuffi- 
sante » et, par-dessus le marché, il a été obligé de modifier les mots 
qu'il avait voulu expliquer. Mais ce n'est pas assez d'invraisem- 
blances : si l'auteur hébreu avait voulu expliquer le nom de la fête 
des Sokhot, il aurait dû reprendre ce mot en désignant les objets 
portés pendant la procession, et alors le traducteur n'aurait pas pu 
se tromper. 

Soit, à cette fête on porte des branches. Mais le rite était-il telle- 
ment spécial à cette fête qu'il pût lui donner son nom ? Il était 
commun, — c'est M. Leszynsky qui le remarque — à toutes les 
processions triomphales. En l'espèce, c'était celui qui était usité 
dans le Temple àSouccot.Etc'estbien ce que veut dire le deuxième 
livre des Macchabées: «Ils célébrèrent les huit jours à la manière de 
Souccot (se souvenant qu'ils avaient auparavant passé cette fête 
dans la détresse) : ils portèrent donc des branches, des rameaux, 
des palmes. » Le texte qui devait être « une preuve frappante de 
la justesse de l'explication » est celui qui en établit l'inutilité. 

Perfide ironie du sort! Hanoucca aurait porté un nom que nous 
avons peine à reconnaître et qui aurait été inconnu de toutes les 
sources, sauf de celle qui l'a méconnu tout en en connaissant 
l'origine. 

Non, l'artifice est vain ; le nom n'explique rien. Les fêtes, insti^ 
tutions sociales, ne se modifient pas au gré des partis et des archéo^ 
logues; leurs dénominations ne se font pas par des jeux de mots et 
ne se défont pas par des fautes de lecture. 



1 . Voir le Dictionnaire de Levy et les textes cités, pour le figuier, Revue, LXII, 
220, n. 3. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Entre Souccot et Hanoucca il doit y avoir autre chose qu'un rap- 
port de noms ; il doit y avoir un rapport de fond. Le deuxième livre 
des Macchabées ne confond pas Hanoucca et Souccot; il assimile 
une fête à l'autre. C'est dans cette voie qu'il faut chercher. 
M. Krauss a signalé les analogies entre les deux fêtes 1 ; à sa suite, 
M. Leszynsky a serré la question de plus près, mais il a laissé 
échapper la solution qu'il tenait déjà. 

Hanoucca est la fête de la Dédicace du Temple. N'est-ce pas aussi 
le caractère de celle qui a reçu le nom de Souccot ? Cette fête 
accompagne l'inauguration du temple de Salomon : d'après le livre 
des Rois, les Israélites s'assemblèrent à Jérusalem au moment du 
pèlerinage, au septième mois (ÏRois, vm, 2), et solennisèrent deux 
fois sept jours (v. 65). La date et la durée de la fête soulèvent des 
problèmes pour la critique; ce qui nous importe et ce qui nous 
suffit, c'est l'interprétation traditionnelle, qui est ancienne : d'après 
les Chroniques, l'inauguration du Temple, qui se prolongea pen- 
dant sept jours, fut suivie d'une fête de sept jours, couronnée 
elle-même par un huitième jour (du 15 au 22 du septième mois), de 
sorte que le peuple s'en retourna le 23 (II Chr., vu, 8-10). Ce qui 
est vrai du premier Temple l'est du second. A l'approche du sep- 
tième mois, tous les Judéens se réunirent à Jérusalem ; l'autel fut 
restauré, les sacrifices furent offerts dès le premier du mois et au 
jour prescrit on célébra la fête de Souccot (Ezra, m, 1-6) 2 . 

Si Souccot est la fête de l'inauguration du Temple, c'est que c'est 
la fêle du Temple, la fête du pèlerinage, soit que le pèlerinage au 
Temple se fît aux anniversaires de son inauguration, soit plutôt 
que l'inauguration ait été célébrée à l'époque consacrée pour le 
pèlerinage. Le nom essentiel de Souccot, c'est Hag, c'est-à-dire 
pèlerinage, vieille institution sémitique 3 . A Souccot a lieu le grand 
pèlerinage annuel, quand les travaux des champs sont terminés et 
qu'on vient « se réjouir devant Dieu » (Lévit., xxm, 39-41). A 
l'époque messianique ce sera le pèlerinage universel, le rendez- 
vous des peuples à Jérusalem (Zacharie, xiv, 16-19) '. 

1. Revue, XXX, 28-32 ; cf. XXXII, 48. 

2 Nous ne pouvons tirer parti du récit de la célébration de la fête de Souccot sous 
Néhémie (Néh., vm, 14-18) ; la fête suit ici la reconstruction, non du Temple, mais de 
l'enceinte de Jérusalem ; aussi n'est-il pas question de sacrifices. Le 3 e Ezra (v, 53) 
a d'ailleurs confondu Zorobabel et Néhémie, en quoi il a suivi une tradition perdue, 
présupposée également par la lettre de II Macc. i-ii (voir Biichler, Das apocri/phische 
Esrabuch et Das Sendschrei/tcn tier Jerusalemer an die Juden in Aegypten. . ., 
dans Monatsschrifl, XLI). 

:). Vuir en dernier lieu Feuchtwang. dans Monatssclivift, LV (1911), 56. 

4. M. Leszynsky a été bien mal inspiré de chercher dans ce texte de Zacharie, que 



HANOUCCA ET SOUCCOT 25 

Entre Souccot et Hanoucca le lien est le Temple; les deux fêtes 
sont des fêtes de Dédicace, des fêtes du Temple. 

N'est-ce pas assez? Quand Juda Macchabée entra à Jérusalem et 
restaura le culte, quels exemples offrait L'histoire religieuse pour 
la célébration d'une fête d'inauguration ? L'inauguration du Taber- 
nacle dans le désert n'avait pas été solennisée par une fête 1 . Les 
seuls précédents étaient fournis par l'inauguration du premier 
Temple 2 et par celle du second, qui avaient toutes deux coïncidé 
avecSouccot. On célébra donc et on institua une fête dans le même 
genre et peut-être se crut-on d'autant plus autorisé à reprendre la 
tradition de Souccot que, le culte ayant été interrompu pendant la 
persécution, les pèlerinages de Souccot n'avaient pu avoir lieu. 
Hanoucca gagnait ce que Souccot avait perdu. C'était la nouvelle 
fête du Temple. 

La nouvelle fête d'inauguration fut donc modelée, autant que 
faire se pouvait, sur celles du passé, qu'on confondait avec Souc- 
cot. A ce titre, elle fut célébrée huit jours, c'est-à-dire la durée de 
la fête de pèlerinage par excellence ; à ce titre, elle fut solennisée 
par la procession des palmes, c'est-à-dire par la cérémonie caracté- 
ristique de Souccot, et par le chant du Hallel, c'est-à-dire par la 
récitation des psaumes du Temple 3 . Naturellement on ne pouvait 
songer à habiter, à cette époque de l'année, dans des tentes — qui 
n'avaient d'ailleurs aucun rapport avec le Temple — ; mais qui sait 

quelques critiques placent à l'époque macchabéenne — que n'y placent-il pas ? — sa fête 
de Sokhot. La privation de pluie dont sont menacés les peuples qui ne se rendront pas 
à Jérusalem est une allusion à un caractère populaire de la fête de Souccot, où « on 
est jugé pour l'eau », dit une vieille mischna {Rosch ha-Schana, i, 2). Voir Feucht- 
wang, l. c, p. 52, et Jew. Encycl., s. v. Tabernacles. 

1. La lettre des Judéens aux Juifs d'Egypte invoque le cas de Moïse (II Macc, 
il, 10) et Brùll a supposé que c'était non seulement pour légitimer la nouvelle fête, 
mais encore pour en justifier la durée, à l'aide d'une combinaison présumée de Lévit., 
vin, 33 et ix, 24 (/. c, 35-36). Mais l'exemple de Moïse est seulement allégué parce 
qu'il a obtenu la descente du feu céleste sur l'autel. C'est probablement plus tard 
qu'on a choisi pour la lecture liturgique de Hanoucca le chapitre vu des Nombres, 
qui raconte l'inauguration du culte dans le Tabernacle et énumère les sacrifices 
offerts pendant douze jours par les chefs des tribus. Hanoucca ne durait pas douze 
jours et on n'y offrait pas de sacrifices spéciaux. L'aggada a exploité ensuite le choix 
de cette lecture (Briïll, /. c. ; Krauss, l. c, p. 27), qui pourrait être en rapport avec 
le cycle triennal; mais des midraschim comme la Pèsikta rabbati ne peuvent entrer 
en ligne de compte pour l'époque ancienne. 

2. C'est ce qu'a déjà indiqué M. Lewin, Lehrbuch tter judischen Geschichte und 
Litteratur (3 e éd., 1900;, p. 29. 

3. Nous espérons établir ce dernier point dans une étude sur le Hallel dans la liturgie; 
voir provisoirement Graetz, Kritischer Co/nmentar zu den Psalmen, 1, 56-57 (Graetz 
renverse d'ailleurs les choses en supposant que le Hallel, institué pour Hanoucca, fut 
transporté à Souccot par analogie des deux fêtes). 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

si les lumières de Hanoucca ne sont pas une transposition, favo- 
risée par quelque rite populaire, des illuminations dont le Temple 
était le théâtre à Souccot * ? 

Hauoucca risquait d'éclipser Souccot. Mais la vieille fête biblique 
devait reprendre ses droits. Elle se prêtait mieux, elle se prêtait 
seule à un pèlerinage. Hanoucca pouvait être la fête de la Dédicace, 
Souccot restait la fête du Temple. Hanoucca ne pouvait devenir la 
fête du Temple, parce qu'il lui manquait le culte du Temple, les 
sacrifices; Hanoucca ne pouvait devenir Souccot, parce qu'il lui 
manquait le rite de Souccot, les tentes. On était libre d'instituer 
une fête à l'instar de Souccot, de la prolonger pendant huit jours, 
de la célébrer par des processions et par des chants; on n'était pas 
plus en droit d'offrir des sacrifices non prescrits par l'Ecriture 
qu'on n'était en état d'imposer au peuple la construction de 
cabanes. Ici la loi, là l'usage étaient contre. Hanoucca pouvait 
recevoir quelques attributs de Souccot, mais non en usurper le 
nom. Hanoucca était une contrefaçon de Souccot. 

On dut s'en apercevoir bientôt à Jérusalem. Deux fêtes du Temple, 
à quelques mois d'intervalle, c'était trop. La fête biblique de Souc- 
cot était installée dans le Temple; sa jeune rivale dut se contenter 
de la synagogue et de la maison ; si elle fut peut-être à l'origine 
une fête de pèlerinage 2 , elle ne le resta guère. Hanoucca ne pou- 
vait se maintenir qu'en se différenciant. 

Ce qu'on avait conçu à Jérusalem, on pouvait le retenir dans la 
Diaspora. 

Nous quittons maintenant les hypothèses pour les textes, car 
nous abordons notre véritable terrain, celui du deuxième livre des 
Macchabées. 

Tous les critiques, même ceux qui nient l'authenticité de la cor- 
respondance épistolaire qui forme l'introduction, conviennent que 
le but de l'ouvrage est d'intéresser la Diaspora au rétablissement 
du culte de Jérusalem et d'obtenir, sinon sa participation réelle, 
au moins son adhésion morale. Les plus ingénieux supposent en 

1. Soucca, v et parallèles. Hypothèse avancée par M. Leszynsky. Une combinaison 
analogue avait^déjà été soutenue par Rapoport. Nous croyons plutôt qu'un rite du 
solstice d'hiver (comparer les feux de la Saint-Jean) a été plaqué sur la fête de 
Hanoucca, — qu'il a sauvée. 

2. Hanoucca était la date extrême pour apporter les prémices au Temple (Biccourim^ 
i, 6, cité dans Pesahim, 366 ; cf. j. Bicc, i, 8, 64 6, 1. 17) ; est-ce parce que la terre 
ne produit plus normalement après cette date, comme l'entend // Sifré, § 297 (127 6» 
Friedmann), ou aussi parce qu'on se rendait encore à Jérusalem pour cette fête ? 
C'était naturellement aux fêtes de pèlerinage qu'on apportait les prémices. 



HANOUCCA ET SOUCCOT 27 

outre l'intention de détourner les Juifs d'Egypte du Temple 
d'Onias, qui a perdu toute raison d'être après la restauration du 
culte régulier dans le Temple légitime. Nous n'avons nul besoin de 
scruter les arrière-pensées et de lire entre les lignes. Tout le 
deuxième livre des Macchabées est une glorification de la Ville sainte 
et surtout du Temple, pourvu par une série de miracles du feu 
sacré (ch. n), sauvé par un miracle de l'attentat sacrilège dHélio- 
dore (ch. m) et qui, s'il a souffert par les fautes des Juifs, n'a pas 
tardé à rentrer en grâce avec eux (ch. v.). Àntiochus, qui s'est atta- 
qué au Temple, a trouvé une mort honteuse (ch. tx) et le Temple a 
recouvré sa splendeur (ch. x). Voici la moralité, j'allais dire la phi- 
losophie de l'histoire : « Antiochus osa pénétrer dans le Temple le 
plus saint de l'univers et emporta de ses mains impures les vases 
sacrés; tout ce que d'autres rois avaient consacré pour la plus 
grande gloire du lieu à , il le ravit de ses mains profanes. Il ne son- 
geait pas, dans son orgueil, que c'étaient les péchés des habitants 
qui avaient attiré le courroux du Seigneur sur la ville et que pour 
cette raison seulement le Lieu saint était ainsi livré en proie. 
N'était l'abîme des péchés où l'on avait glissé, cet homme, tout 
comme Héliodore, ne se serait pas plus tôt avancé qu'il aurait été 
flagellé et guéri de sa témérité. Or, ce n'est pas pour le Lieu que le 
peuple avait été élu, c'est pour le peuple que le Lieu avait été 
choisi par le Seigneur. Aussi le Lieu lui-même, ayant souffert avec 
le peuple dans le malheur, eut part aux bienfaits qui suivirent, et 
cette demeure, maintenant abandonnée pendant le courroux du 
Tout-Puissant, devait être, quand le Souverain suprême se fut 
apaisé, restaurée dans toute sa magnificence » (II Macc, v, 15-20) 2 . 
Les héros du premier livre desMaccabées, ce sont les Maccabées; le 
héros du second, c'est le Temple. 

Cette apothéose du Temple de Jérusalem n'est pas d'un Jérusalé- 
mite. Elle est dans le goût de la Diaspora. Les Juifs de la Diaspora 
étaient fort attachés au sanctuaire central; ils s'y rendaient en 
pèlerinage et l'enrichissaient de leurs dons 3 ; leur littérature l'exalte 
à l'envi, depuis le Pseudo-Aristée jusqu'à Josèphe, en passant par 
Philon. C'était leur titre de gloire, à leurs yeux et à ceux des 
païens. 

C'est à eux surtout que les victoires de Juda Macchabée devaient 
apparaître comme couronnées par le rétablissement du culte légi- 

1. L'auteur y tient, voir m, 2-3 ; ix, 16. Le chap. li du Meor Enai/im est le déve- 
loppement de ce point, sur lequel on peut voir Schiirer, II 4 , 362-3G3. 

2. Comparer le résumé des faits dans la « préface » de l'auteur, n, 19-22. 

3. Voir Schùrer, III*, 147-149, 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

time et la célébration d'une fête de Dédicace. Ils se représentaient 
fort bien que Juda et ses compagnons, qui avaient été obligés de 
fuir la ville sainte pour vivre dans la montagne la vie des bêtes 
(II Macc, v, 27), tandis que le sanctuaire était profané par le culte 
idolâtre, par les orgies et les bacchanales (vi, 2-7), n'eurent rien de 
plus pressé, après avoir battu l'ennemi, que de reprendre la ville 
et le Temple, pour restaurer le culte au jour anniversaire de sa pro- 
fanation (x, l-o) et célébrer une fête de huit jours à l'instar des 
Tentes, imitation qui pouvait paraître d'autant plus justifiée qu'ils 
n'avaient pu célébrer cette fête pendant la persécution (x, 6) \ 
Donc, procédant à la manière des Tentes, ils prirent toutes sortes 
de feuillages et entonnèrent des cantiques en l'honneur deDieu(x,7) 
Enfin, ils décidèrent que ces huit jours seraient fêtés annuellement 
par tous les Juifs (x, 8). Aussi ceux de la Diaspora furent-ils invités à 
célébrer « la fête des Tentes du mois de Kislew » (i, 9), véritable 
fête duTemple,àlaquelle se rattachaient tant de souvenirs, la dédi- 
cace du Tabernacle par Moïse (n, 9-11), celle du Temple par Salomon 
(n, 12-8), sa destruction sous Jérémie(n, 1-7) et sa reconstruction 
sous Nébémie (i, 18-36) 2 . 

Les Juifs de la Diaspora voyaient ainsi la fête de Hanoucca sous 
les espèces de celle de Souccot, dont elle avait plus d'un trait. Ce 
que les deux fêtes avaient de commun, ils y tenaient par ailleurs ; 
ce qui les distinguait était négligé par eux. Ce qui les frappait et 
leur plaisait, au moins autant qu'à Plutarque, c'était la procession 
aux palmes, analogue à celles des temples païens ; c'est ce que 
notre auteur a surtout retenu et il ne dit nullement, par contre, 
qu'on habitait alors des tentes. Rien ne prouve que les Juifs de la 
Diaspora habitaient des tentes même à Souccot ; le texte de Plu- 
tarque qu'on allègue 3 reflète la célébration de la fête, non dans la 
Diaspora, mais à Jérusalem \ Chaque fois que Josèphe, si prompt à 
jeter de la poudre aux yeux, vient à parler de Souccot, il glisse sur 
les tentes et s'étend sur les autres rites de la fête 5 , et le doux 

1. M. Lcszynsky objecte à l'auteur qu'au moment de Hanoucca l'impossibilité de 
célébrer Souccot avait cessé déjà depuis quelque temps. Mais il ne prend pas garde 
qu'aussi longtemps que le culte n'était pas rétabli, cette fête ne pouvait être célébrée. 
En outre, notre auteur ne connaît qu'une seule campagne, terminée par la défaite de 
Nicanor et immédiatement suivie de l'entrée àJérusalem et de la purification duTemple. 

2. Nous prenons l'introduction en bloc, telle qu'on la lisait dans la Diaspora quand 
l'ouvrage eut reçu la forme qu'il a conservée, après les interpolations dissociées avec 
tant de perspicacité par M. Biichler. 

3. Schiirer, III 4 , 144, n. 30. 

4. Voir Bùchler, Revue, XXXVII, 181. 

5. Voir ibid., 190. 



HANOUCCA ET SOUCCOT 29 

Philon, à l'àme bucolique, ne voit dans les tentes que matière à 
fade allégorie '. A plus forte raison n'avons-nous aucune raison de 
supposer, avec Schiirer 2 , que Hanoucca était célébré dans la Dias- 
pora comme Souccot Tétait dans la Palestine, par des tentes. 
Savons-nous même si Hanoucca y était célébré par des illumina- 
tions ? Josèpbe l'appelle « fête des Lumières », mais l'explication 
forcée qu'il donne de ce nom fait soupçonner que la Diaspora ne 
connaissait pas plus les lumières que les tentes 3 . De Souccot elle 
savait à peine le nom et le terme de « scénopégie » n'évoquait pas 
plus, pour un Juif parlant grec, les cabanes rustiques que celui de 
« Tabernacles » ne le suggère spontanément à un « Israélite » de 
nos pays. 

Et bien qu'on ait toutes les raisons de confondre Souccot avec 
Hanoucca, on ne les identifie pas, on les compare. La nouvelle fête 
est célébrée « à la manière des Tentes » et, si on se hasarde à l'ap- 
peler « scénopégie », on a soin d'ajouter que c'est « la scénopégie.. . 
du mois de Kislew ». On rattachait ainsi Hanoucca aune fête connue 
et en honneur, mais on ne se compromettait pas ; il n'était pas à 
craindre qu'on prît le nom à la lettre et l'invitation au sérieux. 
Car on était accommodant ; on interprétait « largement » les pres- 
criptions religieuses et la piété était plus « spirituelle » que subs- 
tantielle. La fête de Hanoucca se laissait ainsi acclimater sous le nom 
de fête des Tentes et la greffe, qui ne pouvait réussir à la longue 
sur le vieux terroir judéen, devait prendre tout de suite sur un 
terrain d'alluvions. 

Pour reconnaître Hanoucca dans le deuxième livre des Mac- 
chabées, il ne faut nullement retourner en Palestine et retrouver 
l'hébreu — sous peine d'inventer une fête inconnue ; — il suffit de 
rester dans la Diaspora grecque, où le livre est né et dont il traduit 
le langage et les idées. La fête de Hanoucca paraît avoir été modelée, 
à l'origine, sur celle de Souccot ; dans la Diaspora, la présenter 
comme une « scénopégie », c'était le meilleur moyen de la faire 
connaître et de l'accréditer — en théorie. 

M. Liber. 

1. De Septenario, II, 297. 

2. L. c. 

3. Antiquités, XII, vil 7, § 323 Niese (trad. éd. Reinach, 111, 109). On pourrait 
objecter le texte du satirique Perse, s'il visait les lampes de Hanoucca (Krauss, l. c, 
p. 36, n. 2), mais il vise les lampée du sabbat (voir Th. Reinach, Textes, 264-265) 



LA PURETÉ LÉVITIQUE DE JÉRUSALEM 



ET LES TOMBEAUX DES PROPHÈTES 



(suite et fin*] 



On pourrait croire que toutes les hypothèses qui précèdent 
manquent totalement de solidité, parce que fondées sur des textes 
purement théoriques de la halacha, et soutenir qu'il est impossible 
que la Montagne du Temple ait caché dans son sein des cadavres. 
Mais voici un fait positif, la découverte d'ossements humains en 
cet endroit, qui va fortement é ta ver les résultats déjà obtenus. La 
Tossefta rapporte ce qui suit 2 : « R. Simon b. Azzaï dit : Il arriva 
qu'on trouva des ossements à Jérusalem dans (la salle du) bûcher 
et que les docteurs voulurent pour cette raison déclarer Jérusalem 
impure. Mais R. Josué leur dit : Ce serait une honte et un 
opprobre pour nous de prononcer l'impureté de notre Temple. Où 
sont les noyés du déluge ? où sont ceux qui furent tués par 
Nabuchodonosor ? où sont les victimes de la guerre jusqu'à 
maintenant 3 ? Là où des ossements sont trouvés* c'est impur ; là 
où ils sont seulement présumés, c'est pur. » L'emplacement où les 
ossements avaient été trouvés était, d'après une baraïta {Zebahim 
113 a), la salle du parvis des femmes sur la Montagne du Temple 
où l'on gardait le bois pour l'autel [Middot^ n, 5) ; on les y avait 

1. Voir Revue, t. LXII, p. 201. 

2. T. Edouyot, ni, 3 : ni73£y IHS^TD nU53>73 "WJ p "pJTaia ^21 "IÏÏN 

•on "jrjb -ipa .D^biow n« N»ab a^an iiapai Enifrri -pts ù^iflbi^a 
mnn ma 5ia»n ^rw rr\x /uvna n« ntsusï) rrabai i:b ton mena ïvir^ 
mm "wm tidn bnN ,i*te:S* i^i iitartbfta ISlttstb n^i-in rt"»* isnaia: 

nnu pdo. 

•5. Gnttz et Bâcher, locis ci lundis, traduisent : « ceux qui ont été tués depuis la 
dernière guerre ». Mais le texte ne me parait pas favorable à cette traduction ; il faut 
plutôt entendre : ceux qui ont péri à la guerre depuis Nabuchodonosor jusqu'à présent. 



LA PURETÉ LÉVIT1QUE DE JÉRUSALEM 31 

trouvés étendus à la surface l ou dans le sol, préalablement fouillé, 
de la salle. C'était, d'après les docteurs, la preuve qu'il y avait 
là d'autres tombeaux encore, et tout le plateau de la Montagne 
du Temple devait être considéré comme champ de tombeaux et 
partant déclaré impur. S'il est fort invraisemblable en soi qu'il 
fallut des fouilles pour déceler les ossements, l'exemple donné par 
R. Josué des milliers de victimes enterrées évidemment dans les 
profondeurs du sol de Jérusalem, montre clairement qu'il s'agit 
d'ossements déterrés. Et comme R. Josué fait allusion à plusieurs 
batailles, il semble admettre que les ossements de la Montagne du 
Temple étaient probablement ceux des victimes de ces batailles 2 . 
Son objection avait pour but de réfuter l'opinion des rabbins qui 
admettaient que la découverte d'ossements prouvait l'existence 
d'autres cadavres ; à ce compte, des milliers de cadavres auraient 
dû se trouver à Jérusalem, et pourtant on n'en trouvait pas, 
évidemment parce qu'ils avaient tous été complètement enlevés 3 . 
Quant à la date de cet incident et du débat qu'il provoqua, il ne 
paraît guère douteux au premier abord que le rabbin qui y figure 
ne soit le célèbre tannaïteR. Josué b. Hanania, qui mourut vers 130 4 . 

1. Voir Maïmonide et RABD sur Edow/ot, vu, 5 ; Derenbourg, Essai, 196, n. 1. 

2. C'est ainsi que les mêmes mots indiquent formellement des victimes dans Ahilot, 

xvi, 5: ...-nntt bam Dtt* qx,? upb>a û^Vnnna tànmïJ miD. 

3. Cf. Sanh., 82 a : D^im 5U3 w'WTa b* 3irO rP13M "13 ÊTT! m "173 NI 

■njÈa jo-ho mm Rhaibia Nmrï ttdv& «ths ^n irpT .mnN i-un dnt 
mm map :naa mm map .mna Tisn ntfT mib^y ama mm D'otovp 
aino "lap-ï -n»n rrnap ma a^ro-i a^*hm bté fcflfcaSiA ^Nn n?2N .rnas 

D^btiîTT "nsnub HNbnE ^bUJm. R. Hiyya b. Abouya dit : Sur le eràne de Joiakim 
étaient inscrits ces mots : « cette punition et encore une autre ». Le grand-père de 
R. Perida trouva un crâne jeté à une porte de Jérusalem et portant ces mots : « cette 
punition et encore une autre »>, il l'enterra, mais le crâne réapparut, et cela deux fois. 
Alors il dit : c'est le crâne de Joiakim, dont il est écrit (Jérém., xxn, 19) : « 11 sera 
enterré comme un âne, traîné et jeté au-delà des portes de Jérusalem ». Quoique le 
crâne ait été trouvé en dehors de la ville et que le fait se passe après la destruction 
de Jérusalem, c'est toujours un exemple de la découverte d'ossements humains lors de 
fouilles pratiquées devant Jérusalem. La Septante sur II Chron., xxxvi, 8, sait que 
Joiakim fut enterré dans le jardin d'Ouzza (II Rois, xxi, 18, 26) ; d'un autre côté, 
R. Juda, dans Lév. r., xix, 6, croit qu'il fut condamné par Nabuchodonosor, mis à 
mort et placé dans un àne éventré, tandis que d'après R. Néhémia, il fut mené à 
travers toutes les villes de la Judée, puis tué, et sa chair dépecée, jetée aux chiens. 

4. Ailleurs encore R. Simon b. Azzai rapporte des enseignements de R. Josué (Bâcher, 
Agada der Tannaiten, I, 407). Il doit s'être intéressé particulièrement à l'examen 
des tombeaux, car on lit dans une baraita (Nazir, 65a) : nOlED m3^ÏD 7T73DT fi^Dn 

m*aat« vbv iibinaa -is-im mrpn id? btâia wy p dvû» pnr ■•an -ien. 

Quelle est la mesure de la riDIDn d'un cadavre? R. Yohanan dit au nom de ben 
Azzaï : on enlève de la terre d'en bas et on creuse à une profondeur de trois doigts 
dans la terre vierge. Le R. Yohanan cité dans une baraita doit être un tannaïte ; 
d'après Tossafot, s. v. Nin, ce serait R. Yohanan b. Nouri. Mais il peut y avoir eu, 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Aussi plusieurs savants rapportent-ils le fait à la tentative des Juifs 
de Palestine, au temps d'Adrien, de reconstruire le Temple de 
Jérusalem 1 . D'autres y retrouvent l'épisode raconté par Josèphe : 
les Samaritains jetant, dans la nuit précédant le jour de l'offrande 
du sacrifice pascal, des ossements humains dans les cours du 
Temple 2 . Mais la forme sous laquelle la discussion entre R. Josué 
et ses collègues est racontée dans la Mischna ftEdouyot suggère 
une autre explication, plus naturelle. On y lit en effet 3 : « R. Josué 
a attesté que des ossements trouvés dans la salle du bûcher étaient 
impurs, tandis que les docteurs disent : on les recueille os par os 
et tout est pur ». D'après ce texte, ce ne fut pas le cas môme de la 
trouvaille d'ossements qui fut soumis à la décision de R. Josué et 
de ses collègues; mais R. Josué renseigna ses collègues sur les avis 
d'autorités plus anciennes. C'est ainsi que dans la môme Mischna 
iïEdonyot, on le voit citer d'autres décisions antérieures pour 
mettre fin à des débats théoriques entre Schammaïtes et Hillélites 
à Jamnia en invoquant des précédents et des lois rendues autrefois. 
C'est donc par erreur que la baraïta l'a présenté comme l'auteur 
d'une opinion qu'il n'a fait que rapporter. Le cas lui-même remonte 
comme d'autres du môme traité, aux dernières années qui ont pré- 
cédé la destruction du Temple, alors que R. Josué vivait à Jérusalem 
en disciple de R. Yohanan b. Zaccaï et pouvait avoir connaissance 
directement des lois religieuses qu'on portait et de ce qui se passait 
dans le Temple et à l'école ' . C'est à cette époque que, pour refaire le 
terrain de la salle du bûcher dans le Temple, on aura creusé le sol, 
ce qui fit découvrir des ossements humains. Les rigoristes, qui 
voulaient sauvegarder à l'extrême la sainteté de la Montagne 
du Temple, penchaient à faire déclarer la Montagne champ de 



comme ailleurs, R. Yonatban, qui était le seul maître qui fût en rapports parmi ses 
collègues avec ben Azzai (v. Houllin, 70 b ; Radier, /. r , 1, 407, u. 5). R. Eléazar b. 
Sadoc dit semblablemeut (Nazir, ibid. ; T. Ahilot, n, 4) : "njna 717031 "UTnTÛ 

p-nn mDopn nsi •j-wp- na bai: pits n a-n -iT^btf ^an otd •noiDn 
^nmbi n?j ^ *i2^n amb rpasTo nwam mp^on dm w:w "pN" 1 " 1 " 1 " n ^ 
ap-i Tvnn «5735 maas*. 

1. Graetz, Geschichte, IV, 3 e éd., note 14, p. 412; Radier, Anada der Tannai tan, 
I, 2« éd., p. 159. 

2. Antiquités, XVIII, ir, 2 ; voir J. Derenbourg, Essai, p. 196, n. 1. 

3. Edoui/ot, vin, o : orra a^yn -ma 1:0:73312 m?3X* bv anûirp -«m T^n 

Tina 3Dm UX.? ail? ap*573 a^Dn 1172 8 .D^KTaBi La Mischna éd. Lowç n'a 
pas les mots a^TJZÛ DITS, mais ils sont attestés i»ar le manuscrit de Munich et 
d'autres textes. 

4. Se rappeler son importante communication sur la circulaire officielle de R. Simon 
b. Gamaliel et de 11. Yohanan b. Zaccaï aux communautés palestiniennes (Hoffmann, 
M id rase h Tannaïm, p. 175 et s.). 



là pureté lévitique de Jérusalem 33 

tombeaux et exigeaient probablement une exploration attentive de 
tout le plateau. Mais ridée de considérer l'emplacement sacré 
comme impur était si monstrueuse que d'autres docteurs furent 
amenés à restreindre l'impureté à l'endroit de la trouvaille et à 
demander qu'on y pratiquât des fouilles. Il se peut qu'en même 
temps on ait suggéré l'idée d'éloigner tous les tombeaux situés 
auprès des emplacements qui avaient quelque rapport avec le culte 
du Temple '. 

Un récit qui met en scène R. Yohanan b. Zaccaï indique aussi 
que cette recherche des tombeaux remonte aux dix dernières 
années avant la destruction du Temple 2 . « Le prêtre qui est 
occupé à chercher des tombeaux peut se nourrir d'aliments sacer- 
dotaux. Les disciples de R. Yohanan b. Zaccaï lui posèrent cette 
question. Gomme il leur répondit par la négative, ils lui rappe- 
lèrent qu'il leur avait précédemment déclaré que c'était permis. 
Alors, lui : Vous avez raison; j'ai oublié des choses que mes mains 
ont faites et que mes yeux ont vues, à plus forte raison des choses 
que mes oreilles ont entendues. Non qu'il ait ignoré la loi, mais il 
voulait seulement tenir ses disciples en éveil. D'autres disent que 
cette question fut adressée à Hillel par ses élèves. » C'est donc 

1 . La salle du bûcher parait avoir été sous un autre rapport encore un emplacrnent 
mystérieux. Une baraïta de l'école de Pi. Ismaël ( Yoma, o4 c) raconte qu'un prêtre y ayant 
laissé tomber sa hache, du feu jaillit des profondeurs et le consuma. La Mischna de 
Schekalim (vi, 2) rapporte qu'un prêtre remarqua une fois qu'une dalle du pavage se 
distinguait des autres ; à peine l'avait-il raconté à un collègue qu'il mourut : on en 
conclut que l'arche était enfouie là. Dans une baraïta que le Talmud cite à ce propos, 
on se demande où l'arche était cachée. R. Juda b. Lakisch croit que c'est sous la place 
même qu'elle avait occupée dans le Saint des Saints; puis on lit: "p^paN "pam 

mrra dt» ba*a irus "jnaa n©*» .naa pniKn rt^r> tnata>n th retomba 
naiBE firmo ns^-in pn nàm trxyn "Pi nb^ba a^sa» a^xDTai i?aia» 
r^roiz n^rro n«Tn naxnn ne* nfim ni "nanb -imcm Na .rrrmama 
pœib Tirpia i?Tn nnaoa nn^ïï iy nain na "117353 p^aon «b .mnnarra 
•montai iax nMjpi aa-npa rpba» ia">pn ïtwpi ^a-i ^an ,naa "p-iNn. Dans la 

dernière baraïta, celle de R. Hoschaïa, on raconte que le prêtre donna un coup de 
marteau sur le pavé, et évidemment celui-ci sonna creux. II me semble qu'il s'agissait 
de l'endroit de cette salle où ou avait trouvé des ossements humains et que les autorités 
voulurent empêcher qu'on y poursuivit des recherches pour une raison quelconque, 
dans la crainte qu'un ne découvrit d'autres ussemcuts. 

2. t. Ahilot, xvi, 8 : .-\ynin ban« pa ban mpBTa tj>7213 banet p-nan 

,bai« ira anb -ra» /^pîmo irrça p"na ">îot p pnr p-i n« -m^abn yssm 

■•ra* ix-n ">-n itoanc rtwn ,am7aN na-* an:> n7a« .basrta larnnb nb t-ien 
rpnB xb^ anv rrn »bo «bi .rraai rtTaa nna ba» "»:tn i27a*aiaa *nrooi 
rrn «b© «bi îbawD pTn bbn n« chbik spi .D^TTabnn pn nîb iapa7a 

a"n n 7abnrî PN riTb OpaTa n^nffl ÎON am^. he même flottement dans la tradition 
se remarque dans T. Paru, iv, 7, au sujet des vêtements avec lesquels 1<; grand-prêtre 
préparait la cendre lustrale ; on y trouve répétées aussi les phrases caractéristiques 
employées par R. Yohanan b. Zaccaï. 

T. LXUI, N 125. a 



34 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

R. Yohanan lui-même qui avait pris part à la recherche des 
tombeaux et cela, comme le prouve son oubli, un certain temps 
auparavant, évidemment encore à Jérusalem ; ce qui confirme 
l'hypothèse, c'est qu'il avait participé à la combustion d'une vache 
rousse, opération pour laquelle la constatation de l'existence du 
tombeau était, nous l'avons vu, d'une haute importance 1 . Sans 
doute les écoles des Schammaïtes et des Hill élites avaient déjà 
débattu sur la manière d'examiner les terrains où des tombeaux 
avaient été trouvés 2 . Mais ce fait même montre que l'examen en 
queslion était une nouveauté, et, de plus, le débat des deux écoles, 
qui porte sur une question d'ordre plus général, peut avoir eu lieu 
peu avant l'époque de R. Yohanan b. Zaccaï. De même, un autre 
passage contient une discussion des deux écoles sur l'examen d'un 
champ de tombeaux 3 . Or, il est possible de déterminer avec une 
certaine précision l'époque du débat entre les écoles rivales touchant 
les champs de tombeaux. On lit, en effet, dans la Mischna 4 : 
Gomment un vignoble où Ton a trouvé un tombeau en labourant 
peut-il être vendangé dans les conditions de pureté lévitique ? On 
purifie les hommes et les outils au moyen d'une double aspersion 
d'eau lustrale, suivant la règle ; ces gens commencent la vendange, 
portent les raisins en dehors du champ de tombeaux; d'autres 
reprennent les raisins et les portent aux pressoirs. Si les vendan- 
geurs touchent les autres hommes, ceux-ci deviennent impurs, 
d'après l'opinion des Hillélites; les Schammaïtes disent : les 
moissonneurs doient tenir les faux entourées d'une écorce ou les 
vendangeurs doivent couper les raisins avec des couteaux de silex, 
les mettre dans un panier et les porter au pressoir. Comme les 
commentateurs l'ont déjà remarqué, cette discussion repose sur 



1. Voir suprà, Revue, LXH, 211-212. 

2. t. Ahilot, xvi, 6 : rnai n?DN mnai D^nia p-na a-nai» tNttïî ma puan 
ma û*n73iK D*»am »^p» *ai *nan rinx matti n?jN p-na d"H731n bbn 
rp3»i rmtx p-na D"nj3iK bbn mai n»N fpsîûi hton pma onttiN to»18 

:;. Ahilot, xvin, 4: jim noa tnrob a-piiara bbn mai "'ned ma d^iiei 
■pa nnniN bbn mai Dépita û"nai« \ntjU3 ma -pTabi ,n»innb D^p-na 

■pplia. Cette discussion présuppose une controverse, non conservée, des deux écoles 
sur les eus dans lesquels il faut et il suffit qu'on recherche s'il n'y a pas de tombeaux. 
L'examen étHit suffisant pour le sacrifice pascal, niais non pour L'usage de la terouma, 
dont un prêtre ne doit pas manger après qu'il a marché sur un 0~IDn ma ; les deux 
écoles sont en désaccord pour le naziréeu qui se trouve dans ce cas (v. aussi T.AhiL, 
xvn, 13). 

4. Ahilot, xvin, 1 : D^ban 33H DTNn 79 S^T7Û ,anan ma Q*na&ia Tara 
bWbTOl ont] o-bapsa Donnai onan mab yin D^arxiEi D*nKi3i ,aisiisi 
na Tm« D-nwiN "•«»«: ma .bbn ma -nais D'WEB îbaa îbèt iïm en ,p:ô 
mb ■fbiTai na->aan "pnb jmDi masa n'xià ia a^oa bswn. 



LA PURETÉ LÉVITIQUE DE JÉRUSALEM 35 

celle deHillel et de Schammaï touchant la vendange de raisins dans 
un vignoble pur l . Les deux docteurs ne pensaient pas encore à un 
champ de tombeaux présumés — ce cas ne se présente pas dans 
leurs débats — pas plus qu'à d'autres points des lois de pureté 
lévitique, lesquels n'ont été imaginés et développés que dans leurs 
écoles seulement. La misclina elle-même qui parle de la vendange 
dans un champ de tombeaux fait partie, d'après les « rabbins de 
Césarée » 2 , des dix huit mesures qu'une majorité de Schammaïtes 
a imposées malgré les Hilléliles et qui même, d'après les conclu- 
sions prudentes de Lerner, remontent à l'an 50 3 . Cette loi de 
pureté lévitique sur la plus ancienne manière de traiter le champ 
de tombeaux, qui est si étroitement apparentée à celle des tombeaux 
de Jérusalem et est en rapport direct avec le nom de R. Yohanan 
b. Zaccaï et avec son temps, nous ramène ainsi, et de très près, à 
l'activité de ce docteur. Il serait donc assez vraisemblable que les 
deux écoles aient eu à examiner aussi la question delà purification 
de Jérusalem et de la Montagne du Temple souillées par des 
tombeaux et des ossements humains. Lorsque des ossements 
furent trouvés dans la salle du bûcher sur la Montagne du 
Temple, les Schammaïtes peuvent avoir émis l'opinion qu'il fallait 
prononcer l'impureté de la Montagne du Temple ; les Hillélites, 
peut-être R. Yohanan b. Zaccaï, mirent tout en œuvre pour 
l'empêcher. 

Des textes aggadiques parlent, sans assez de précision, il est vrai, 
d'ossements humains et de tombeaux sur la Montagne du Temple. 
R. Simon b. Zabdaï dit que, lors de la purification du Temple, 
sous le règne d'Ezéchias, on trouva sous l'aulel le crâne du Jébu- 
site Oman' 1 . D'après cette remarque, le roi païen en question, qui 
vivait encore lorsque David construisit un autel sur l'emplacement 
de sa grange (I Chron., xxi, 15-28), là où devait être un jour la 
Montagne du Temple (II Chron., m, 4), a dû être enterré au même 
endroit où Salomon bâtit plus tard son Temple. 11 n'y a pas lieu 
d'admettre qu'un amora aurait avancé une telle assertion s'il n'avait 
connu un enseignement plus ancien, remontant à l'époque tannai- 
tique, touchant la découverte d'un crâne sur la Montagne du 
Temple. Aussi bien une autre aggada connaît-elle une date dif- 
férente pour un fait analogue : lorsque les Israélites voulurent 



1 . Sabbat, il a. 

2. j. Sabbat, i, 7 (3c, 1. 48). 

3. Magazin, \\ (1SS2), 118 ; X (1883), 129, 142 et s. 

4. j. i>esa/ùm, ix, i (36c, i 66] : mTwn ftrtri iKîfcn *5i:prl pi» 5id înbâbia, 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

agrandir l'autel, ils trouvèrent le crâne d'Arawna sous l'autel 1 . 
D'après les indications rabbiniques 2 , cet agrandissement eut lieu 
après le retour de la captivité de Babylone. Mais il se peut que nous 
ayons là la projection dans le passé d'un incident bien postérieur, 
la découverte d'ossements à l'emplacement de l'autel. On sait 
que les Pères de l'Eglise assurent qu'Adam fut enterré à Golgotha, 
à l'endroit qui devait être le théâtre de la crucifixion de Jésus 3 , et 
il se peut qu'ils aient en cela remanié une source juive 4 qui par- 
lait de l'inhumation d'Adam sur la future Montagne du Temple ou, 
plus exactement, sur l'emplacement de l'autel à venir 3 . 

Une preuve plus convaincante de la découverte à Jérusalem 
d'ossements qui firent suspecter la ville sainte d'être un champ 
de tombeaux est la défense singulière d'y planter des arbres. 
Nous avons vu que, parmi les privilèges de Jérusalem énu- 
mérés dans la seconde recension des Abot de R. Nathan, ligure 
l'interdiction d'y planter aucune plante, à l'exception du jardin de 
roses ; la première recension défend de planter n'importe quelle 
plante, aussi bien que des jardins ou des jardins de luxe* la baraïta 
de Baba Kamma défend de planter jardins ou jardins de luxe, 
hormis les jardins de roses qui remontaient au temps des premiers 
prophètes. Mais la forme la plus accusée de l'interdiction est celle 

1. Aggadat Schir ha-Schirim sur m, 4: -m T" HT nZDIN 5ÔT "PnTrtN 

Tnsarra iy .rmnan rna iht -naKi , »o'n'»n rm-iN "pe pia- na Denis 
naT^n by rpoinb bwrcr 133 ibjriD r^DD /vmn mn bc* -«en n^a ba 
«in -pna «mpn boa fctsi naT73n nnn nains rmnN bo inbabna 1K£»1 
bsio* bia maampn n». 

2. Middot, m, 1 ; Zebahim, 616 et s. 

3. V. Ginzberg, Monatsschrift, XLIU (1899), p. H9 et s. 

4. Ibid., p. 70. Les questions et réponses des * trois saints », cités par Ginzberg, 
disent qu'Adam, comme l'apprend la tradition juive, fut enterré à Hébron dans le 
caveau «le Machpéla, mais que son corps fut enlevé par des anges et inhumé au centre 
de la terre, à Jérusalem. C'est exactement l'endroit où s'éleva plus tard l'autel. 

5. Cf. [dus baut, p. 31, n. 3. — Une curieuse baraïta est celle de T. Aboda zara, 

iv, 3 (cf. Ketoub.. nia): naran nnn -nap nb^iO btnc yi^a maprr bai, 

plus complète dans Aboth R. Nathan, xxvi (41 b) : "ib^fiO bNT»a" , yiN3 "Hapn ?a 

-naan &oa nnn ^iip ib^ND naTTDn nnn Tiapn bai ...naT?3n nnn -nap ; 

Midrasck Tannaïm, éd. Hoffmann, p. 58 : D^bTEVPa mapa b^"")'^ V""lNa mapn 
HiaDn Naa nnn mapa D^blDWa mapm. « Celui qui est enterré en Palestine 
est comme s'il était enterré sous l'autel », ou : « celui qui est enterré en Palestine est 
comme s'il était enterré à Jérusalem, et celui qui est enterré à Jérusalem est comme 
s'il était enterré sous le trône de Dieu », ou : « celui qui est enterré en Palestine est 
comme s'il était enterré sous l'autel, et celui qui est enterré sous l'autel est comme s'il 
était enterré sous le trône de Dieu ». Même s'il ne faut voir là que des images hyper- 
boliques qui décrivent la sainteté émiuente de l'emplacement du tombeau, on croit 
deviner à la base le sentiment vague que des hommes saints étaient enterrés sous 
L'autel. 



LA PURETÉ LÉVITIQUE DE JÉRUSALEM 37 

de laTossefla de Negaïm ' : « Jérusalem ne doit pas être plantée, ni 
ensemencée, ni labourée , on ne doit pas y laisser de tas de fumier, 
ni des arbres, à l'exception du jardin de roses qui y était depuis le 
temps des premiers prophètes, et on n'y laisse pas de tas de fumier 
à cause de l'impureté lévitique ». Le molif de la défense n'est indi- 
qué dans aucun des passages cités ; le Talmud en donne un, sin- 
gulier : la mauvaise odeur, c'est-à-dire, d'après Raschi, l'odeur 
des mauvaises herbes qu'on jetterait dans la rue, ou l'odeur du 
fumier, M. Krauss, ayant abordé à faux ce sujet épineux, a abouti 
à une conclusion que rien n'appuie, à savoir que la défense se rap- 
porte seulement au Temple et que l'interdiction de labourer doit se 
rattacher au fait que les Romains ont fait passer la charrue sur la 
la Montagne du Temple 2 . Mais nous retrouvons à un autre propos 
la même défense expresse de piauler et d'entretenir des arbres. 
La Mischna d'Ahilot enseigne, en effet 3 : « Dans un champ où la 
charrue a déterré un tombeau on peut planter n'importe quelle 
plantation, mais on ne doit semer aucune graine, à l'exception de 
celles qu'on moissonne... Dans un champ où un tombeau a été 
perdu, on peut semer n'importe quelle graine, mais on ne doit 
planter aucune plantation, et on ne doit pas y laisser d'arbres, à 
l'exception de ceux qui ne portent pas de fruits; enfin, ce champ 
communique l'impureté lévitique par le contact, le port et le 
recouvrement. Un champ contenant des caveaux ne doit être ni 
semé, ni planté, mais la terre en est pure et peut même servir à la 



i. t. Negaïm, yi, 2 : ■pT^pio "pan nimna «bi py-iîa *6i p?cra *6 rtran 
PWTa D'à nnTTO Q"»"H"H pa^an "pn mib-N na "pw^pTa p&n pidêck fia 
rwmo ■'3373 ninoc» r?a T^pa Tan travaenn D^aa. Sous cette forme 

les tas de fumier sont mentionnés deux fois ; mais il est pour ainsi dire certain que 
la première mention est inutile et même erronée, car elle interrompt rénumération 
des plantations. Comme, d'autre part, le jardin de roses existait déjà quand la défense 
fut portée et qu'il est indiqué comme exception à la règle, l'addition "p73"<"<p?3 pN 
dans la Tossefta est exacte : aucun nouveau jardin ne doit être planté et aucun des 
jardins existants ne doit être conservé. 

2. Revue, LUI, 31 et 34, note 5. 

3. Ahilot, xviu, 2: yû3 ba P3*:a3 -lapn pk smnn "p pioid P^a ÏTCblZJ 

N73LT3 "I3" , ÎCI MÏ37331 3*373:2 M?3^7J"I . ...*iatp3ï1 21112 V" 1 " y ^ r ^ P3HT3 P3"W 

bn«a ; ib.i 3 •. yvz ba p^aa na^Ki ^-it ba Pania naipa nzp na^ia msj 
yn2i N73^?:i nvre mai* nantis pio \s^W2 yin mab-N -n "pTa^pTa pan 
bnsai «cwai : ib., 4; D^pian mna rnwn pjnta «bi pj'Uj «b *paia rnia 

UJlpb 3"m3P P37373- — Au sujet des termes dont se sert la Mischna, R. Simson de 
Sens renvoie à un passage parallèle à la Mischna 3 dans la Tossefta iï Ahilot, xvn, 10, 
où R. Juda défend de semer aussi bien que de planter, et R. Simson explique de même 
notre mischna au lieu d'y voir la permission de semer, guidé par cette considération : 
si même le labourage du champ est défendu, parce qu'il pourrait faire remuer un 
cadavre étendu dans la terre, l'ensemencement l'est à plus forte raison. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fabrication de pois pour sacrifices. » Ce texte parallèle nous 
apprend qu'on défendit de planter et de semer à Jérusalem parce 
qu'un ou plusieurs cadavres y avaient été déterrés et qu'on vou- 
lait prévenu- une nouvelle impureté en empêchant d'en travailler 
dorénavant le sol. Il aurait fallu creuser le terrain pour planter un 
nouvel arbre, ce qui aurait pu amener la découverte d'autres 
cadavres ; les racines auraient pu entrer en contact avec des osse- 
ments humains et partant l'arbre et ses fruits auraient répandu 
l'impureté. Un seul jardin fut excepté de la mesure à cause de son 
ancienneté et quoiqu'il ne contînt pas seulement des roses 4 , mais 
qu'il fût en même temps un verger. Il est clair qu'il n'était pas 
situé sur la Montagne du Temple, comme le montre aussi la loca- 
lisation vague « à Jérusalem ». 



IV 



MORTS ET OSSEMENTS DANS LES RUES DE JERUSALEM 

M. Krauss a essayé de prouver que la mesure qui vient d'être 
examinée ainsi que d'autres privilèges de Jérusalem, énumérés 
dans la baraïta, s'appliquaient primitivement à la Montagne du 
Temple seulement et n'ont été étendus que par erreur à toute 
la ville de Jérusalem. Pour se convaincre que cette opinion 
est inadmissible, il aurait dû lui suffire de prendre garde à cette 
phrase, qui ne manque dans aucune des versions de la baraïta 
relative à ces privilèges : on ne laisse pas passer la nuit à un mort 
dans Jérusalem. Sans doute une baraïta 2 permet d'apporter le 
corps d'un mort dans le camp lévitique, c'est-à-dire à Jérusalem 
sur la Montagne du Temple, jusqu'au mur du parvis intérieur. Mais 
comme le montre le contexte, il s'agit là de délimiter, par des 
exemples extrêmes empruntés à la théorie, les différentes zones 
au point de vue lévitique; dans la réalité, il n'est jamais venu à 

1. Gomme l'admettent Givetz, Geschicfite, III, 4 e éd., 505, et Krauss, /. c, p. 32 et 
s., induits en erreur par le nom du jardin. Mais R. Juda rapporte {Maasser., n, 5) 
qu'on vendit une fois trois à quatre figues du jardin de roses pour un as et qu'on ne 
donna jamais de prélèvement ni de dîme de ses fruits. Il semble que la mention de 
l'exception faite pour ce jardin ne s'est conservée que parce qu'un docteur soutenait 
qu'on ne devait planter aucun jardin à Jérusalem, à quoi un autre répondit eo 
signalant l'existence de celui-là. 

2. Pesahim^la, T. Kélim, i, 8 : N73^ 6Ô1 mb r»DITB3 033^ nm» n» Nttai 

"i73r rp*n mnas* ns npaa np-n -i73N2u: inx.y n?a ibis» éôn iins nnbn nu 

"ïnJTTraa V2V ; la Mechilta de R. Simon, p. 39, a rP3!l 1H pour rmb rttTO. 



LA PURETÉ LÉV1TIQUE DE JÉRUSALEM 39 

l'idée de personne d'apporter un mort sur la Montagne du Temple. 
Et pourquoi un cadavre n'aurait-il pas pu y rester pendant la nuit, 
s'il pouvait y rester le jour? Peut-on croire que, si un homme 
tombait mort sur la Montagne du Temple, son corps y était gardé 
la nuit au lieu d'être immédiatement enlevé? Mais en dehors même 
de ces considérations, la défense en question s'explique par un 
fait bien connu : c'est que le mort, en Palestine, était enterré 
immédiatement après le décès et en tout cas avant la tombée de la 
nuit, si possible (Deutér., xxi, 23). Il en était ainsi à l'époque rab- 
binique, comme on le voit par la miscbna suivante ' : « Celui qui 
laisse passer la nuit à son parent mort transgresse un commande- 
ment ; c'est seulement si le retard est causé par le désir d'honorer 
le mort, en lui procurant une bière ou des vêtements mortuaires, 
que le commandement n'est pas transgressé. » Cet usage était déjà 
observé avant la destruction du second Temple; on le voit par cette 
interprétation du Sifra' 2 : « Il est de règle qu'à Jérusalem on ne 
laisse pas un mort passer la nuit », aussi bien que par le récit 
de la fuite de R. Yohanan b. Zaccaï, dont les disciples, emportant 
leur maître dans une bière hors de Jérusalem assiégée, diseut aux 
gardes de la porte : « Ne savez-vous donc pas qu'on ne laisse pas 
un mort passer la nuit à Jérusalem 3 ? » Contrairement à d'autres 
villes, à Jérusalem un mort ne devait en aucun cas rester une nuit, 
évidemment parce qu'on tenait à assurer autant que possible à la 
ville sainte la pureté lévitique, qui s'imposait en premier lieu 
pendant les fêtes de pèlerinage, mais qui était toujours nécessaire 
eu égard au Temple et aux sacrifices. 

Ce qui montre que telle est bien la raison de la défense, c'est 
une autre défense, formulée dans la même baraïta et également 
relative au stationnement du mort à Jérusalem : on ne doit pas 
dresser des ossements humains au milieu de la ville''. Cette règle 
se rapporte à l'usage d'exposer le corps, placé sur un brancard, 

1. Sanhédrin, vi, 5 : .nOTP «ba "1312 1PÏÏ Ptf •pbttîl bp, tfbN "nba 11 flbl 

vby -îan* -ira 'pa'nam fnK ib N^n? Tnapb "irbn- Pans Sanh., 47 a ; 

Semahot. xi ; Sifrê Deut.,221 ; Midrasch Tannaïm, 132, c'est une baraïta qui porte : 

■p-iN ".'3 firanb mpîipE ib aranb m-p^r vby ?i^h rprob irbn j'?]c np 
P73 bp Tnaab Nbtf irai rroijn bap vby naiy i3 ,, « ^s^ipm. Pans Sanh., 

46 A, R. Simon b. Yohaï «lit: nCJn N53 "Pb? "laiJffi TP72 Ptf "pbnb "p 72 

TVDyp N3a -pirp in» pn pbcb lfiOE îsnapn nnp "3 -itdis Tittbn, il est 

défendu, d'après Deut., xxi, 2!î, de laisser un mort passer la nuit sans sépulture. 
Peut-être les Juifs de Galilée n'enterraient-ils pas leur morts le jour même, de sorte 
que R. Simon tient à montrer que c'est enfreindre la loi. 

2. Sifra, sur Lévit., xxvi, 25, p. 112a, §1. 

3. Abot R. Nathan, iv, 12a (voir plus haut, Revue, LXII, 204). 

4. ûin mEE* rbina *pTW7a "pan. 



40 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sur la place ou dans la rue, où avaient lieu des lamentations publi- 
ques, usage dont les sources talmudiques parlent comme d'un l'ait 
connu 1 . Il n'v a là rien d'extraordinaire et l'exécution de la défense 
n'offrait aucune espèce de difficulté. Mais les Abat de R.Nathan 
donnent, au lieu de « dresser », la leçon « faire passer » : on ne 
doit pas faire passer des ossements humains par Jérusalem 2 . Cette 
fois, la défense vise l'usage de transporter le corps d'un endroit 
dans un autre à fin d'inhumation 3 ; elle n'a rien d'invraisemblable 
en soi; elle n'a d'autre but que de garantir la pureté lévitique, qui 
serait compromise par le séjour d'un mort, source d'impureté 
grave. 

C'est le même principe qui a commandé la défense de construire, 
aux maisons de Jérusalem, des balcons et des corniches débordant 
sur la rue /( : il est formellement indiqué qu'on prévenait ainsi l'im- 
pureté lévitique transmise par recouvrement 5 . Dans aucune autre 
législation on ne nous demanderait d'établir par des preuves la 
vraisemblance d'une telle mesure. Les Grecs et les Romains se 
réservaient le droit de réglementer l'architecture des maisons aux 
angles des rues. Pourquoi donc la défense serait-elle invraisem- 
blable ici? Serait-ce parce que la prescription de la baraïta n'est 
pas inspirée par le besoin d'assurer la sécurité des passants et la 
liberté de la circulation ni par le désir de favoriser la beauté des 
maisons, mais par la préoccupation de garantir aux piétons la 
pureté lévitique dans leurs rapports avec le Temple? Du même coup 
on reconnaîtra que l'interdiction ne se rapporte pas au Temple et 
à ses dépendances, où une telle impureté mortuaire ne se présen- 
tait pas et où on n'avait pas besoin de prendre des mesures pour 
les empêcher de devenir impurs 6 . 

1. Semahot, xi : ybvt .maan n« •prroa "pan aima cnh r« prraa 
maarï by *to nana pbi* "psi wwi by n^y nana. Comp. Moëd Kaian.m, 8 : 
ùbvb D^tt» b'à tfbi nocrtn pm yyhnb «b© aima na?ûr: n« ■prPSE pN 

"113371 " , 3E72. Les jours de demi-fètes on ne doit pas exposer la bière d'un homme 
pour raison de lamentation publique. 

2. otn m73E* naina p-psa*» pN. 

3. Semahot, xm : tfb QlpMb Dip?::73 Cmpn ^3M1 TO3 m 73 S* T3*73n 

...Qïrby 3iz^ «bi 7173:13 ^aa b* «bi rirsca «bi pipa «b arrr. Celui qui 

transporte des ossements ou des écrits saints d'un endroit à un autre ne doit pas les 
poser sur une voiture, ni sur un bateau, ni sur le dos d'un animal, et il ne doit pas 
s'asseoir sur ces ossements ou sur ces écrits. Ici aussi on emploie le verbe -p a 37 73, 
alors que la baraïta parallèle de Bèrachot, 18 a, a ^pblTan. 

4. Tossefta Negaïm et Abot R. Nathan (voir plus haut). 

5. naoaian bïw ■•aca a^a-in monb m'finanTai " v irT nairn fwatTO p»i. 

v. aussi jer. Nazir, vu, 56 /;, 1. 9. 
6. Ajoutez que dans le Temple, le parvis dit des femmes avait des balcons : p"0 



LA PURETÉ LÉVITIQUE DE JÉRUSALEM 41 

Quand bien môme le motif de la défense n'eût pas été indiqué et 
qu'on se fût borné à formuler la prescription', nous aurions été 
amenés à retrouver le motif en examinant le contexte ainsi que 
les autres textes halachiques relatifs aux balcons et corniches. Car 
il est bien vrai que la Miscbna de Baba lîatra interdit de construire 
des balcons et des corniches en saillie pour ne pas gêner la circu- 
lation dans la rue 2 ; mais comme, dans notre baraïta, les articles 
précédents constituent tous des mesures de précaution ayant pour 
effet. d'empêcher que les cadavres communiquent leur impureté, 
celui quia pour objet les balcons et les corniches doit trahir des 
préoccupations et viser des mesures du même genre, et telles que 
nous en trouvons effectivement dans la Mischna d'Ahilot. Seule- 
ment, comme les règles énoncées par notre baraïta sont — nous 
l'avons montré - - antérieures à l'an 70, on doit se demander à 
quel moment du développement de la législation sur la pureté lévi- 
tique la loi de Nombres, xix, 14, 18 (tout dans une véritable tente 
est rendu impur par le cadavre quelle recouvre) a été étendue aux 
balcons et corniches. 

Les mischnas anonymes d'Ahilot, xiv, 1 et vin, 2, donnent déjà 
cette extension comme règle ; dans celle de xiv, 3, K. Yohanan b. 
Nouri et R. Josué b. Hanania discutent sur le point de savoir si une 
canne placée au-dessus de la porte et faisant saillie en quelque 
sorte forme recouvrement d'un cadavre, et R. Yohanan observe 
que la canne ne doit pas être, à cet égard, plus qu'une corniche 3 . 
Nous en déduisons que, vers 90-130, il était incontestablement établi 
qu'une corniche était assimilée à une tente au point de vue du 
recouvrement. En outre, dans Ahilot, xiv, 4, 5, R. Eliézer et 
R. Josué examinent des questions de détail relatives à différentes 
espèces de corniches au sujet de l'impureté lévitique. Cette contro- 
verse, comme la précédente, porte naturellement à croire que déjà 
les deux écoles des Schammaïtes et des Hillélites, dont les opinions 
sont représentées par R. Eliézer et R. Yohanan b. Nouri, d'une 
part, et par R. Josué de l'autre, s'étaient mises d'accord sur la 
propriété de la corniche, et c'est peut-être la raison pour laquelle 
nous ne trouvons pas dans nos sources un examen de la question 

iwa mT*a m*nanTa ©bta "nay afin mbp ■''rb "p** 3 l~'^ vt ma -lama 
naaman ma nrrarca rvwn d^E» BtDia mnn obo (T. Soucca, iv, î ; Babu, 

5! h ; Yerouscbalmi, v, 55 6, I. 37) ; et il n'est fait nulle part allusion à une objection 
qu'aurait faite un docteur soucieux de pureté lévitique. 
1 . Comme dans la baraïta de Baba kamma, 82 b. 

2. b. b., m, 8 : D-onn m©nb mîconm itt "pÈrEiE T». 

3. tt- je ht -nnrp bN. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

principale et générale, celle des corniches mômes 1 . Par contre, 
nous trouvons, sur un détail de cette question une discussion qui 
montre clairement jusqu'où les deux écoles poussaient l'application 
du principe. On lit, toujours dans le même traité 2 : si des fossoyeurs 
recouvrent un four qui est placé dans une maison et dont la 
cheminée est cintrée et dirigée du côté du dehors, tout est impur 
d'après l'opinion des Schammaïtes ; d'après les Hillélites le four 
est impur, mais la maison est pure. R. Akiba dit : même le foui- 
est pur. Ici, et dans un cas analogue 3 , le corps d'un homme forme 
le recouvrement simultané du cadavre et du four, nécessaire pour 
rendre impur ce dernier et indirectement la maison elle-même par 
suite du cadavre. Même des objets meubles, tel que l'aiguillon à 
bœufs posé sur l'épaule du laboureur, sont considérés comme 
formant recouvrement du cadavre que la charrue a déterré par 
hasard à ce moment, et cette règle, comme le montre la critique de 
R. Tarphon, était reconnue avant ce docteur, c'est-à-dire avant 
Fan 70 4 . Or, comme le même principe s'applique aux saillies des 
maisons, telles que balcons et corniches, il est plus que probable 
qu'avant la destruction du Temple ces motifs architecturaux 
étaient déjà inclus dans la loi du recouvrement de cadavres et, 
partant, interdits à Jérusalem. Comme les Schammaïtes, dans 
leurs exigences pour la pureté lévitique, allaient ici fort loin, il est 
vraisemblable que ce sont eux les auteurs de cette extension si 
large de la loi sur la tente et qu'ils l'ont fait passer dans les actes 
le jour où ils ont disposé d'une forte majorité dans le conseil qui 
faisait autorité. 

Il est possible que, si l'on a exigé l'enlèvement de tous les arbres 
de Jérusalem, c'estqu'on craignaitque les arbres communiquassent 
l'impureté en recouvrant des cadavres ou des parties de cadavres. 
Car non seulement les arbres d'un jardin dont les branches 
dépassent sur la rue doivent être taillés suivant le fil à plomb à 

1. Un fondement biblique de l'extension de la règle à tous les objets faisant saillie 
est indiqué par R. Isaac dans Si/'rc', Nombres, 12(5 : □ "^nN/ûn ?D ni'^J'b ^373 

n?3 bneo DibrtKnn br> ia roy bpr: y-natw rra h7:in pn^r "an .bmao 

£F»»3 D" , b"»nN7:n 5D in ÏT^jD "pn 1:PN ")V2n- îl est singulier que Sifrê zoula 
sur Nombres, xix, 14, p. 142, Horovitz [TÏÏ2 PN , *pb^N70n bD nnn bnKn mm 

n^bom ■pcpcm D^Dcm ninn^j- mn:>72m nm:m PTQn . nai» "»3N 

...nLÛTryJU bm?l), qui a exactement la même énumération qu'A/iilof, vin, 2, ne 
donne pas m^nT^m "pPTrt- Divergence de principe ou énumération incomplète? 

2. Ahilot, v, i : ib^nNm yinb rm^p lavi n^n -pn? iw Nin^ -n:n 
-nsnn D"n73iN bbn mm neld ?bn D n nm« ^araia ma .n^n "naip voy 
mna niDn- t)N n73iwS Nmpy ^D-i .-nna marn ntdu- 

3. Ibid., xi, 4-6. 

4. Ibid.. xvi, 1. 



LA PURETÉ LÉVITIQUE DE JÉRUSALEM 43 

cause de l'impureté lévitique ', impureté qui est causée par le fait 
que le feuillage forme recouvrement sur des cadavres et des 
hommes 2 ; mais encore, nous apprend une baraïta sur le signa- 
lement des tombeaux, on ne marque pas les emplacements qui sont 
sûrement impurs, on marque seulement ceux qui sont douteux, et 
ces derniers sont : le recouvrement formé par un arbre des objets 
qui dépassent sur la rue par dessus la baie et un champ dans lequel 
on a trouvé un cadavre 3 . On craint que l'arbre n'ait été planté là 
parce qu'il s'y trouvait un tombeau'', et, comme le dernier est 
recouvert par le feuillage, celui qui passerait sous l'arbre serait 
atteint d'impureté grave. 

Mais le principe de la source douteuse d'impureté était-il- déjà 
formulé et reconnu à l'époque du Temple ? On ne peut rien 
conclure de Nazir, vu, 3, où R. Josué parle d'une manière géné- 
rale d'impuretés qui ne rendent pas le nazir tellement impur que 
la période de son naziréat en soit interrompue ; quoiqu'il soit cer- 
tain qu'il vise l'énumération du paragraphe précédent, il n'est pas 
prouvé qu'il connaissait chaque article de cette énumération. Mais 
la question est tranchée sans plus par la baraïta suivante 3 . R. Josué 
dit à R. Eliézer : Ne reconnais-tu pas, toi aussi, qu'un nazir qui a 
marché sous des arbres dont le feuillage forme recouvrement ou 
sous des pierres ressortant de la clôture doit compter les jours en 

1. Baba balra, u, ii: V)D73 rbnpMn 133D fbiKïl 3S "*I731N 113>731D ^m 

2. Baraïta dans Baba batra, 21b en bas : !1N73"Il3:"! bnN "'3D73 iSlsn. 

3. Moëd katan, 5 6 en haut : by 1">^T£73 baN mNIHH by yî^XU T^«l 

chdh rr'Di msnsi mddd mpTon in ib«i nippon; comp. Ahilot, vim, 2: 
-\-urt 173 pwsrpn m an om yntfn by -p">?3 Nima p»& mddon p ibfct Ces 

trois sortes d'impureté lévitique se retrouvent à propos du nazir, dans Nazir, vu, 2, 
avec d'antres du même caractère : yiNl D"lDn mai nUIDni madOrj bajtf 
...nbS73 "l"«T3rî ]\X ibfit by ...pDTTTl bbiam dV3*n (ne suffisent pas à rendre 
le Nazir impur). Dans Nidda, vu, 5, on dit des Samaritains qu'on les croit pour les 
signalements de tombeaux, mais non lorsqu'il s'agit d'impureté lévitique : b^ 1*573tt2 

o-idh ma by «bi rmnDH by toi maaon by «b i"»373ND i*w n-nap \\\%. 

4. C'est ce qui ressort clairement de la baraïta de Nidda, 57 « : naNUJ mil) &T3n 

.nap bx idi3 by êôn m3»73 13TOD ">sb "iap aw i^n nmb imd pM nap rra 
W?s 19«m<b *»eb nap vnnn i*a i?anb 173N3 y-usn by ^p^ ainra p-w 

"iap btt) "ID13 by tib&. Le Samaritain est cru quand il dit que dans un champ où un 
tombeau s'est perdu, il ne s'en trouve aucun, car sa déclaration ne se rapporte qu'au 
tombeau lui-même ; de même quand il dit qu'il ne s'en trouve aucun sous un arbre 
qui forme toiture sur la terre. Tos. Nidda, vi, 16, a, au lieu de ces mots : « un arbre 
qui forme tente sur un tombeau » -Qp *)3"t^ nappai by b" , nN73n lb*W- Cf. Targoum 
Yonathan et Targoum Yerouschalmi sur Genèse, l, 1, et Tossafot, sur Nidda, 57 a. 

5. Nidda, 68 6 : 3T3 mi73 Hn« ^N Hn«1 fW^N " , a"lb) JlBirP 13") ib -|»N 

mi:» rrnnm •parvea rniTsœ manoi mddd "f^nis -rraai np naniz) 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sautant? Les deux docteurs doivent donc avoir connu ces cas 
d'impureté douteuse comme cas incontestés, tout comme le premier 
de ces cas, le champ dans lequel on a trouvé, en le labourant, un 
cadavre, cas où nous avons reconnu une extension des lois de 
pureté innovée probablement par les Schammaïtes * . Gomme 
Jérusalem avait en sou sein des tombeaux, les uns certains, les 
autres présumés, et que ces derniers ne pouvaient pas toujours être 
retirés, on était obligé, d'après l'opinion des rigoristes, d'enlever 
les arbres plantés dans les rues. 

C'est encore le désir de prévenir l'impureté lévitique provoquée 
par des parties de cadavres qui est le fondement de la dernière 
défense énumérée parmi les privilèges de Jérusalem. Elle est ainsi 
conçue : on ne fait pas (ou : on ne laisse pas) à Jérusalem de tas de 
fumier à cause de l'impureté lévitique; on ne fait pas de tas de fumier 
à Jérusalem dans la rue 2 . Il y en Vivait naturellement dans les 
cours de presque toutes les maisons, où ils ne compromettaient pas 
la pureté lévitique des passants et ne pouvaient pas être interdits 
à ce titre. En revanche, l'autorité à laquelle incombait le soin 
d'empêcher autant que possible l'impureté lévitique de se produire 
devait procéder à l'égard des las de fumier exposés dans la rue 
comme à l'égard des balcons et des corniches des maisons et à 
l'égard des plantations d'arbres ; et de même que, dans les autres 
cas, c'était seulement la protection de la rue qui était matière à 
légiférer, il en était ainsi ici, comme la seconde version des 
Abot de R. Nathan le dit formellement (des maisons dans la rue). 
Aucun mot ne donne le moindre semblant d'indication pour 
restreindre la défense à la Montagne du Temple, et comme la même 
impureté pouvait atteindre celui qui se rendait au Temple dans 
n'importe quelle rue de la ville, mais non pas le Temple même, on 
n'a aucune raison, jusqu'à preuve du contraire, d'établir un 
rapport quelconque entre la défense en question et le sanctuaire. 

Si ce résultat est clair, parce qu'évident, on s'expliquera une 
autre règle, en apparence contradictoire. Une mischna prescrit 3 : 
on n'élève pas de poules à Jérusalem à cause des sacri lices ; dans 
toute la Palestine les prêtres n'élèvent pas de poules à cause de la 

1. Il est vrai que le passage parallèle de la Tossefta de Nidda, ix, 13, a tout autre 
chose à la place de ces mots : *pn:i "Hp n«TD1 *p3 ^Sa bj> 2U)"P N"I~U3 "TT33 
"JTTVDD VF ; mais cet autre texte ne donne guère de sens. 

2. Tossefta de Negaïm et Abot H. Nathan : *3D73 mPSÏÏN ~3 D^tt^pE "PKI 
rîNttlUn ; baraïta : mriD'Otf m "pO")^ V^l i deuxième version de A bot H. N. : 

D"»3"in msnb ns-inra mnpiDN "piau «m. 

3. Baba fcamma, vu, 7 : fc*bï O'Wpn ^3D7J D v b'£l" , P3 ^biaS^n pbl^?2 "pN 

minan ^db bani^ ynsa û^ro. 



là pureté lévitique de Jérusalem 4s 

pureté lévitique des aliments. La Tossefta formule la défense 
autrement ' : on n'élève pas de poules à Jérusalem à cause des 
sacrifices, mais s'il y a pour les poules un jardin ou un tas de 
fumier, on peut en élever. M. Krauss - trouve fort singulière la 
contradiction entre la Misclina et la Tossefta, sans même essayer 
de saisir le sens, pourtant fort simple, des termes employés. Un 
jardin ou un tas de fumier était situé derrière la maison ou dans 
la cour, non dans la rue 3 ; les poules n'étaient pas gardées, mais 
étaient dans la cour, où elles se tenaient sur le tas de fumier 7 '. Dans 
la rue le fumier n'est supportable qu'à certaines époques et seule- 
ment pour peu de temps : « Si quelqu'un porte du fumier dans la 
rue, un autre doit le transporter en même temps dans le champ 3 . » 

1. t. B. k. f vin, 10: v^ dn .zrciprr "'Sde n^bïn-pa ■pbiww "pb-jatt "pN 
nm?3 -t ""in hdutn -un nra orrus'a. 

2. L. c, p. 29. — On doit admettre que cette défense a été observée aussi long- 
temps que le contraire n'est pas prouvé. Les objections de M. Krauss sont sans valeur, 
car la défense n'a pas toujours existé, mais a probablement été portée peu d'années 
seulement avant la destruction du Temple et même alors elle n'a pas été généra- 
lisée. Dans sa Talmudische Arcliàoloçfie, 11, 137, M. K. ajoute : « Nous constatons 
positivement qu'il y avait des poules à Jérusalem à l'époque du Temple. » Mais aucun 
des textes qu'il allègue ("133 dans Tamid, i, 2, et Yoma, i, 8 ; bl33"in dans Edou;/ot, 
vi, 1) ne contredit le résultat déduit des passages cités par nous. 

3. Voir p. ex. Houllin, 12 a. Gomp. la baraïta de Pesahim, 86: « Issi b. Juda 
disait : « Ta vaclie paîtra dans le pré et aucune bête féroce ne la blessera, ta poule 
grattera dans le tas de fumier et aucune belette ne la blessera»; Berachot, 25a; 
j. Aboda zara, i, 5 (39c/, 1. 44), Baba mecia, 86 6. 

4. Voir Baba batra, m, 5; rrftm "P73273 rPTI . npTn DH5 ©^ffl Û"na*7 15N 

...rrpTn rwN nxna ibaT in" 13 " 1 pb-unn ywiai otth a^-pai -nsn ixrra 
rrobe maa in nobé pitt* ibaïb mpw n©3H n^n fina pbisonn o^an 

npm 1T "«-1- : de même Nedarim, v, 1 : "p-potf HT73 HT n^DT! 1115123 ■pfin'HDn 

d^bitt-in b-iabi -mm aw; wo Twnb dation dttodi . .-narra KD^b. 

Dans les deux cas les poules sont dans le jardin. 

5. Baba mecia, x, 5: bararn fcfxi73 Braran û^a-irr msnb nbaï fcrarnan 

baT73. Cf. Baba kamma, m, 3, et j. Baba mecia, x (12 c, 1. 48) : Dltt p"lTD "OP 

nns «a ,mos imrronb bas ivi im»b a^a-n rrrcna mxn nnsa "iba.T 
nnsa nbat dis pniD D^baTn nyœa -r»i« rnv ^an ,a^n ht ■'"in pnm 
D373 bj«3 dt> D">aba n^nai dis ^baia "psm'û *na a^ann muna rrawi 

yn^n PN bïOttPb yOlïT 1 b^n:n p ; passage parallèle dans la baraïta de Baba 
mecia, 1186 : Tossefta, xi, 8 : DIS D">baT PNXin PSUM 173TN min"* "ai Ni3n 

■»b:na Epvro «me ^ia dt a^bffl ba vmin a^an- msnb ibaï éoxto 
y-i«n n« b^-i^-a yimm b^nsn p dstj byœ nwna ibanan aiws. Un des 

docteurs, celui <[ui n'est pas nommé et qui est évidemment 11. Méir, défendait de 
transporter le fumier dans la rue ; au contraire, R. Juda, tenant compte des besoins de 
l'agriculture, permettait de déposer du fumier pour trente jours devant l'entrée de la 
cour, dans la rue, afin que le fumier fût trituré par les hommes et les bêtes. 11 est 
vrai que ce délai se place au second siècle et en Galilée, où Pi. Nathan y prit part, mais 
il confirme ce que nous savions par ailleurs, à savoir que le tas de fumier avait sa 
place pendant toute l'année dans la cour. Cf. encore T. Baba mecia, xi, 12 ; Baba 
batra, li b ; j. B. b., i, 5 [13 a, 1. 23) : ÛTin£ "*ob pbnnB "lSïTâlB bat, «le 
fumier d'une cour commune à plusieurs se partage d'après les portes ». 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Aucune source ne précise la nature de l'impureté lévitique du 
tas de fumier, à cause de laquelle les poules ne doivent pas être 
élevées à Jérusalem. Mais la baraïta de Baba Kamma sait que 
c'est à cause des insectes 1 . Toutefois comme le mot ï-j^wia, sans 
aucune détermination, désigne difficilement une impureté de cette 
espèce et que le même mot désigne, dans la même énumération, 
l'impureté produite pat' des fragments de cadavres, il me semble 
possible qu'ici aussi l'auteur ait en vue cette dernière impureté : 
des poules, en grattant le sol, peuvent déterrer des parcelles 
d'ossements humains, dont il suffit de la grosseur d'un grain d'orge 
pour rendre impur par le contact 2 . 

C'est sur le même principe que me paraît fondée la défense de la 
baraïta de faire, à Jérusalem, des fours pour cuire des vases de 
terre. Le Talmud 3 indique comme motif la fumée dégagée par 
ces fours; ce serait donc une mesure de police analogue à celle 
prise plus tard par R. Natan pour éloigner, à une certaine distance 
des villes, les fours qui peuvent être portés au rouge 4 , et ce rabbin 
aurait étendu à toutes les localités une règle antérieure édictée 
seulement pour Jérusalem. Mais le contexte qui encadre cette 
ancienne prescription fait soupçonner une loi lévitique. Comme le 
sol de Jérusalem ne devait pas être fouillé dans la crainte qu'on 
n'y découvrît des tombeaux, il était logique d'y défendre d'y 
dresser des poêles \ Une autre considération pourrait avoir pesé 
dans le même sens : c'est que le sol de Jérusalem devait être 
considéré comme champ de tombeaux présumé et qu'il y avait 

1. B. k.,$2b: D^ptfî D1TD7J, mieux DT£Hï3 DITE 73, ainsi expliqué par Kaschi : 
les insectes vivent dans le fumier et causent beaucoup d'impureté eu y mourant ; ils 
rendent ainsi les sacrifiées impurs à Jérusalem. Comp. Ktttm, VIïî, 5, où il est question 
d'insectes avalés par une poule. Dans Lév. ?\, xxv, 5, une vieille poule dit à son petit: 
« Va gratter ton tas de fumier*. Sur la Misclina, Kaschi observe que les poules ont 
Tliabitude de gratter les tas de fumier: elles peuvent doue facilement introduire dans la 
maison un os d'insecte de la grosseur d'une lentille et rendre ainsi impurs des sacri- 
fices. La mention d'un os d'inserte étonne ici, e;ir pour un insecte il suffit de y~\'0 
TTiïiyD pour entraîner l'impureté et on n'a pas besoin d'un os. liabbiuovicz note en 
effet que ces mots manquent dans une édition de Venise. 

2. Nazir, vu, 2. Cf. T. Ahilol . xvn, 8: nm33 HDÏÎN 13 fttf}*tJ D"iD™ f»a 

p ^vaiD pn n?:^ V2-\j>ni2 pp* mrrji icronb bi3*l D^nDa rt-wy 

"irjC3?3 b>T?73a ; il s'agit d'un tas de fumier dans un champ dû on a détené un 
cadavre. La règle est postérieure à 13o. 

3. Baba kamma, 82 b. 

4. t. B. b., i, lu : rraa D^an -pjri p rrr^DDH rïfc f^lTITi. 

5. On peut objecter qu 'on ne défend pas ici des vases non cuits, de sorte que ce qui 
parait avoir été interdit, ce n'est pas de creuser, mais de cuire l'argile. Mais *J1\^!3D 
semble avoir pris le sens d'atelier de potier en général ; voir T. Para, v, 1 ; Haynii/a, 

26 a: nto'b *p bm .oin "tes by ■patow n:rî soi-pn r? ^373 n: irbw-i-pm 
D^braY-pn matins ■ptuia* r^ti). 



LA. PURETÉ LÉV1TIQUE DE JÉRUSALEM 47 

lieu d'appliquer la règle d'après laquelle la terre d'un tel champ ne 
doit pas être employée dans la fabrication de vases pour sacrifices \. 
Un dernier point dans la liste des privilèges de Jérusalem 
présente des difficultés particulières ; c'est celui qui est ainsi 
formulé dans la Tossefta de Negaïm : on ne donne pas de place à 
Jérusalem à un a«3Vi na, tandis que les Abot de R. Nathan disent : 
on ne fait pas de place à Jérusalem à un aunn -a. Qu'est-ce qu'un 
g lier toschab ? La littérature talmudique ne permet pas de 
répondre clairement à cette question. D'après R. Méir, c'est un 
païen qui a déclaré, en présence de trois docteurs, qu'il n'adore 
pas d'idoles ; d'après R. Juda, c'est un païen qui a accepté 
d'accomplir les sept préceptes de Noachides ; d'autres disent que 
cette acceptation ne suffit pas encore à lui conférer ce caractère ; 
il faut que ce soit un prosélyte qui a accepté tous les commande- 
ments, hormis l'abstention de la chair d'animaux crevés 2 . Ainsi 
les opinions sur le guer toscJiab étaient encore très discordantes 
au second siècle et nous ne savons laquelle représente une 
conception ancienne. Si nous laissons de côté les textes dont le 
sujet est étranger à notre étude, il en reste un qui expose les 

1. AhiloL xvin, 2-4. 

2. Aboda zara, 64 b : ïWaffi ^sa 1"Ô3> ba^pta ba attin 13 ")rirtX ">a;TPM 

ba a-nai» û^Dm .-pn?3 ^m "nan mî mw Tia*b atbïï û^-ian 
«b ib« û"n73iN D'nnN ,r» "y a Drpby ibap© mara yata vhy bapia 
v»by bapv mbaa bain na ht aiain -13 invR «b» aiain na bbab iNa 
m'^as no^a fin mina rmmi mas ba a^pbu.reôamo/, vm, 1 (8rf, 

1. 30 et s.)- Baba mecia, v, 6 : tfinia igeE b'ôrW»%J bna 1tf£ "pbap» I^N 

pi ma-ia ima ynbm "jrra tmbi D*na3n )n bna ^gat "pbapa bas nw 

acin H^a. Ou ne doit pas accepter d'un juif du pecus ferreum, parce que c'est de 
L'usure; mais on peut en accepter d'un non-juif, comme on peut aussi lui emprunter 
et lui prêter à intérêt ; il eu est de même du g. I . Nous voyons donc le g. t. assimilé 
ici à un non-juif. Ibid., ix, 12 : "pN* TOID "jnn lET^a DTfflW la XQ"* acin -O 
"ipa "7? ^n« TQV9 nblJB ^bn Nb DTC7J ia. « Le précepte de payer au jour- 
nalier son salaire le jour même s'applique au g. /., mais non la défense de garder 
chez soi jusqu'au lendemain le salaire du journalier ». Par B. m., \i\b, nous appre- 
nons que cette règle appartient a R. Yosé b. R. Juda (vers 200); mais une autre 
baraïta citée au même endroit nous apprend qu'elle avait déjà été enseignée par 
L'école de R. Lsmaël (bKTMtEH " i ai "•a'I N3P), soit vers lâïî-l&0. Negaïm, m, 1 : 
a'ûlD "131 "Haan 1» "pn DW3a "pNEûa 1 ^ ban, « tout homme devient impur 
parla lèpre sauf le païen et le g. t. » : ici il est assimilé au païen. — Maccot, n, 3; 

t. Maccot, n, i : ?yn y in jmv b? ybia bfima'n bôrw» ">-p 99 yb"w ban 
a*ain na ">"P b* «bw nbia i3*»n aiann -i:n a®nr na ^"p. « Quiconque tue un 

juif par megarde doit s'exiler et si un juif tue n'importe qui, il doit s'exiler, sauf s'il 
tue un g. t. : celui-ci ne doit s'exiler que s'il tue un g. /. comme lui » : dans les deux 
cas il n'est pas assimile au juif. Comp. Sifré Deut., § 181 : ")73"l? "nfàbn rï73 

r a»in nab zûid i-rn ,a*nn«b ldid -i-rn .û^^d ©ba irrsn vian inrn 
nan ■'bao inan na^ tcn i7:n:d in3n rrnnn inanp naa inan : le 

non-juif et le g. t. sont exclus du « compagnon », ce qui montre au moins que le 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rapports du guer toschab avec les lois lévitiques. Il est ainsi 
conçu ! : « Les païens et le guer toschab ne rendent pas impur à la 
suite de pertes séminales, mais ils sont en tout impurs comme des 
hommes ayant eu une perte séminale ; on brûle à cause d'eux les 
prélèvements sacerdotaux, mais on ne se rend pas coupable à 
cause deux d'impureté du Temple et de ses sacrifices ». L'antiquité 
de cette règle relative aux païens résulte du fait que le sang et la 
salive des païens entraînaient l'impureté lévitique 2 , non seulement 
en théorie, mais aussi dans la pratique, telle qu'elle était observée 
dans le Temple de Jérusalem 3 . Comme le païen cause l'impureté 
lévitique aussi longtemps qu'il n'a pas adopté le judaïsme avec 
tous ses préceptes, en devenant un prosélyte complet, le guer 
toschab n'avait pas besoin d'être mentionné spécialement; et si les 
non-juifs devaient être tenus k distance du Temple et de toutes 
les choses saintes pour que la pureté lévitique restât intacte, il 
en était de même, sans aucune distinction, pour le guer toschab. 
Donc, lorsque à l'époque qui est présumée dans nos listes des 
privilèges de Jérusalem, on s'efforçait de sauvegarder cette pureté, 
avec une rigoureuse logique, dans toute la ville sainte ', le guer 

second n'est pas un juif, mais n'est pas non plus un non-juif. Sifrê zouta sur 
Nombres, xxxv, 22 (p. 185 Horovitz) : bs ,^ttpb ans ÏTN ,M10b anE T*V *D 
3TZ5inb ans in^-l : le y. t. est exclu du "irjJH d'Exode, xxi. 14; mais le non-juif 
est seul entièrement exclu, ibid., sur xxxv, 15 [031*13 3winb*l 1lb~\ bKTJT "133*3 
abp73*3 nbtt~ D-nS'r; ÏÏO nï^nn) et il est placé sur le même degré que le pro- 
sélyte dans Sifrê Nombres, 160, p. 61 « : "pD73 d"Hâb ,bNTC^ "«33b N3K 'Ô "pK 
DDirn BtDinbl nabi "I73lb "n?:bn. Mechilta R.Simon, sur Exode, xxi, 14: /în^n 

»b i&-iy ,bNiu5"»a miasn onb para Donnât nx ^s» co^ie .3E3in nab ans 
ano irwn -1731b Trabn /îK-nDca rinstn ib td^sj a«nr n^ pn êtii-in 

3*t3in "133 ans 1H3H D"nnNb. « Je pourrais croire que seul le non-juif est à exclure 
parce que pour lui le commandement (de le nourrir) n'existe pas a l'égard du juif, 
niais que le g. t. ne doit pas être exclu parce que le commandement existe pour lui : 
c'est pourquoi la Tora l'exclut formellement en employant le mot 17J3H ». 11 est clair 
que le g. t. se distingue par quelque chose du non-juif, ce que confirme la discussion 
citée en premier lieu. Cf. Schûrer, Geschichte, 111, 4 e éd., p. 177 et suiv. 

1. t. Zabim, n, 1 : -«s \>y qjo rn"na pfiroaw ;:^ asnnrn nsm n^irt 
mannn r« drrb* psmioi drrnan; bsb p3T3 pN«a rwîa "parao» is^tcw 

Ttnpl Snp73 PN7:ia by irhba» p3"»TI *p&n. Il n'est guère douteux qu'il faille 
lire TJin n3ÏTh car c'est celui-ci et non le vrai prosélyte qui est assimilé au païen, 
voir R. Simson de Sens ad locum: Schwarz, Die Erleichterungen <ler Scàammaiten, 
p. 77, n. 3 ; effectivement le Sifra, sur Lévitique, xv, 1 (p. 74 d), connaît seulement le 
prosélyte et le comprend avec les Juifs. 

2. Edouyot, v, 1 ; Nidda, iv, ,'3; c'est un des allégements des Schammaïtes. 

3. T. Yoma, iv, 20, et parallèles. 

4. Car autrement cette exclusion ne s'explique qu'au moment de la fête du pèleri- 
nage. C'est ainsi qu'au témoignage de Josèphe, Bellum, T. xi, 6, Hyrcan 11, lorsque la 
fête approcha, envoya un message à Hérode pour l'empêcher d'entrer à Jérusalem, 
car il ne devait pas faire venir des non-juifs à Jérusalem à côté des Juifs, ceux-ci 



LA PURETÉ LÉVITIQUE DE JÉRUSALEM 49 

tosckab, bien qu'il observât quelques commandements fondamen- 
taux, devait être exclu en même temps que les païens. Nous ne 
savons pas, du reste, jusqu'à quel point cette règle s'accordait avec 
la réalité. Il est intéressant de noter que le « métèque » est exclu 
du tableau messianique des Psaumes de Salomon, tracé par un 
Pharisien : « Le métèque et l'étranger ne demeureront plus avec 
eux 1 . » Mais ce que le poète veut peindre, c'est la pureté du pays, 
d'où est bannie l'iniquité et qu'habite seul un peuple saint ; la 
pureté lévitique était étrangère à ses préoccupations. C'est seule- 
ment quand les Schammaïtes, par l'une des « dix-huit mesures », 
eurent dénoncé le non -juif comme communiquant l'impureté 
au plus haut degré et à tous les points de vue 2 , que s'imposa la 
conclusion qu'il fallait l'éloigner pour toujours de la ville 3 . 

Arrivés au terme de cette étude, embrassons d'un coup d'œil le 
long chemin que nous avons parcouru. Dans les vingt dernières 

s'étant purifiés en vue de la fête. Dans le texte parallèle des Antiquités, XIV, xi, 5, 
le message est ainsi énoncé : « Comme le peuple s'était sanctifié, les non-juifs ne 
doivent pas être admis. » D'un autre côté, Josèphe dit, Bellum, VI, ix, 3, à propos du 
sacrifice pascal : « Car les lépreux, ceux qui ont eu une perte séminale, les femmes 
en train de se purifier de leurs règles et ceux devenus impurs autrement ne doivent 
pas prendre part à ce sacrifice, ni non plus les non-juifs, qui auraient pu se trouver 
présents au culte. » Comme le texte que nous étudions ne parle nullement de fêtes, 
mais défend d'une manière générale de faire une place au guer toschab à Jérusalem, 
il doit avoir pour but d'assurer à Jérusalem une pureté plus rigoureuse et constante. 

1. Psaumes de Salomon, xvn, 31 (28). Ryle et James, p. 139, remarquent là-dessus : 
« La pensée qu'il y avait des étrangers aux portes était insupportable aux Juifs à cette 
époque. L'auteur désire seulement que le pays soit réservé au peuple élu tout seul. Un 
tel exclusivisme produisait une impression très défavorable sur l'étranger qui entrait 
en rapports avec des Juifs; c'est un point trop fréquent pour que nous soyons obligés 
d'y insister. » Tout cela est fort juste ; mais quelques mots d'explication n'auraient 
certainement pas été déplacés après ce passage et cent autres. C'était le désir naturel 
du Juif d'être laissé eu paix; est-ce donc un sentiment propre aux Juifs ou commun 
à tous les hommes? Pourquoi les commentateurs n'expliquent-ils pas aussi quels sont 
ceux que le poète vise en parlant des étrangers et des métèques ? Ce ne sont certaine- 
ment pas les Romains, qui venaient seulement de prendre Jérusalem; ce sont d'autres 
non-juifs qui s'étaient établis à Jérusalem et en Judée. On n'admettra pas non plus 
sans peine qu'il s'agit des Iduméens, qui n'étaient plus seulement des métèques depuis 
qu'ils avaient reçu la circoncision. Ce doivent avoir été des Syriens des contrées voi- 
sines qui avaient immigré de toutes parts et qui ne doivent pas avoir eu égard toujours 
aux sentiments religieux des Juifs. La référence des commentateurs à Joël, iv, 17 b 
("71? 713 "nny «b □'nn ^np D^b'iîTV iirpm) n'a probablement rien à faire 
ici, ear il ne s'agit pas là de païens installés dans le pays, mais d'armées de passage. 

2. Sabbat, 17 b ; j. Sabbat , i, 4 (3c, 1. 40). Voir Lerner, dans Magazin, IX, 118, note. 

3. La règle de la Tossefta de Negaïm, vi, 2, dtd ^Dinii ^"i^DIDW *pN"l, est 
ainsi expliquée par la Tossefta de Maasser schéni, i, 12 : D^PS "p-p^lDfa *pN 

£o C|k nttiN piii: -in "iT*b« "*nn -D^aattî brc pc ^;s73 D-boTva 

mZû n 72T!. Ou ne loue pas de maisons à Jérusalem, parce qu'elles appartiennent à 

toutes les tribus; R. Eléazar b. R. Sadoc dit : des lits non plus (cf. Yoma^ 12a). 

Cette motivation montre le même principe théorique qui est formulé dans la baratta 

T. LX1II, n° 123. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

années qui précédèrent la destruction de Jérusalem, le hasard fit 
découvrir sur la Montagne du Temple et dans la ville ancienne des 
tombeaux ; on soupçonna alors que le sol de la ville en cachait 
beaucoup d'autres. Ceux qui représentaient la tendance rigoriste 
en matière de lois de pureté lévitique voulaient qu'on procédât 
à des fouilles dans toute la ville ; mais, comme ils ne purent 
imposer cette mesure, ils obtinrent qu'on éloignât de Sion les 
tombeaux connus, à l'exception de ceux de la dynastie davidique, 
d'Isaïe et de Houlda. De plus, on défendit tout ce qui, formant 
recouvrement des tombeaux présumés, aurait pu entraîner 
l'impureté, les arbres et les buissons, les balcons et les corniches, 
ainsi que tout ce qui aurait pu la provoquer d'une autre manière : 
les tas de fumier, l'inhumation, la conservation pendant la nuit, 
l'exposition publique et le transfert des morts dans la ville, les 
plantations dans le sol suspect de contenir des tombeaux. Enfin, 
les non-juifs, étrangers ou métèques, furent alors exclus de la ville 
dans le but de garantir la pureté lévitique. Plusieurs indices don- 
nent à penser que celte rigueur, dans la sauvegarde de la pureté 
lévitique, fut l'œuvre des Schammaïtes et que les dispositions de 
détail que nous avons examinées ne furent que la mise à exécu- 
tion d'une des dix-huit mesures qu'une majorité de Schammaïtes 
lit passer de force, contre les Hilléliles, entre les années 50 et 60. 
Remarquons enfin que, d'après ce que nous venons d'établir, les 
prétendus privilèges de Jérusalem devaient apparaître en partie 
comme de lourdes charges. Cette constatation autorise l'hypothèse 
que la liste primitive ne comprenait que des mesures restrictives 
et que les véritables privilèges, comme nous l'avons d'ailleurs vu, 
représentent des additions postérieures. 

Londres. A. B'ÙCHLER. 



d'après laquelle Jérusalem ne peut être rendue impure par la lèpre des maisons parce 
qu'appartenant à toutes les tribus {Yonia, 12 a ; Èaba hamma, 82 6; Sifra, sur 
Lévit.,xiv, 34 [p. 73 a]: 5"6ipiT -j^l IJPJâSa nN72U72 DDPTinN .DDPTinN fiT3n 
DVapa nN7ûIû73- La règle qu'on ne donne pas de place au guer loschab à Jérusalem 
découlerait-elle de cette théorie de la propriété indivise de Jérusalem, en vertu de 
laquelle les Israélites seuls auraient des droits sur cette ville, à l'exclusion du toschab ? 
Dans ce cas, l'article du g. I. ne ferait pas partie de ceux qui ont un caractère lévi- 
tique. Remarquons encore que, d'après l'addition de R. Eléazar b. R. Sadoc, il ne 
serait question ici que de la location des maisons à court terme, à savoir pendant les 
fêtes de pèlerinage, comme le fait croire le passage qui suit sur le dédommagement 
des loueurs de lits. On s'explique mieux ainsi le motif donné, que les maisons 
n'appartiennent pas aux possesseurs. Les pèlerins n'avaient pas besoin de payer de 
loyer pour les chambres qu'ils occupaient pendant leur visite à Jérusalem, suivant l'ob- 
servation explicite de Raschi : Û"Ô:n ""blSÔ DSTna nN D"TI3 ^»3 i^TOOJÛ pN. 



•> 



LA VICTOIRE DES PHARISIENS 



SUR LES SADDUGEENS 



EN MATIERE DE DROIT SUCCESSORAL 



Y a-t-iL jamais en un jour de fête pour rappeler la victoire rem- 
portée sur les Sadducéens en matière de droit successoral ? 

La question que je soulève ici doit, je le confesse hautement, 
plonger tous les savants compétents dans une profonde surprise. 
Quoi, m'opposera-t-on, le doute le plus léger peut-il surgir 
après la relation circonstanciée que le Talmud nous donne à ce 
sujet (Baba Batra, 115 b) ? La baraïta citée à ce propos par Rab 
et que nous retrouvons dans Meguillat Taanit, v, n'est-elle pas au- 
dessus de tout soupçon? Cette lutte entre Pharisiens et Sadducéens 
(ou Boéthuséens) n'est-elle pas attestée, en outre, par la Tossefta 
de Yadaylm, n, 20? Les partis ont été longtemps en conflit au 
sujet du droit d'héritage, et les Pharisiens ont fini par remporter la 
victoire ; on ne saurait en douter. La question que je soulève se 
rapporte seulement au jour commémoratif qui aurait perpétué le 
souvenir de cette victoire. Et c'est justement parce que Rab cherche 
à étayerson enseignement à l'aide d'une baraïta, qui a trouvé place 
dans Meguillat Taanit, que je me suis pris à hésiter. Ainsi donc, le 
plus ancien des amoras babyloniens a cru nécessaire de mettre en 
garde contre ce principe de droit que la fille hérite avec la fille du 
fils 1 , principe que tout le monde aurait dû reconnaître sadducéen 
et aurait connu comme tel dans la réalité — uniquement parce qu'il 
provenait des Sadducéens ! Cette circonstance, étrange en tout 
état de cause, ma engagé à étudier de près le problème. 

1. pn na uy nan urpn. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



1 



Le rouleau des jeûnes, que déjà la Mischna mentionne 1 , enregistrait 
les trente-cinq jours pendant lesquels il était défendu de prendre le 
deuil ou de jeûner. Il est le seul document postbiblique qui ait pu 
être fixé par récriture, afin d'avoir la plus large diffusion pour l'édi- 
fication du peuple. On connaissait donc très exactement le contenu 
de ce rouleau 2 , et partant aussi l'importance historique de chacune 
desfêtes commémorativesqui y avaientétesuccessivementinscrites, 
Jusqu'à la fin de l'époque des Tannaïtes 3 ces fêtes furent conscien- 
cieusement observées par le peuple entier. Chacun savait qu'à tel 
jour les Sadducéens ont succombé en ce qui a trait à leur principe 
en matière de droft successoral. Et alors Rab, qui émerge encore de 
la période des Tannaïtes, qui est encore considéré parfois comme 
un vrai Tannaïle, s'en vient apprendre à ses disciples que le prin- 
cipe d'après lequel la fille cohérite avec la fille du fils est d'origine 
sadducéenne ! Comment devons-nous raccorder cela ? Ou bien les 
auditeurs de Rab connaissaient le rouleau des jeûnes, et alors sa 
leçon était superflue. Ou bien ses auditeurs ne connaissaient pas 
auparavant le principe de droit énoncé par lui, et alors le rouleau 
des fastes ne le connaissait pas non plus. 

A cette difficulté s'en ajoutent plusieurs autres, dont la moindre 
n'est pas la confusion qui règne dans Meguillat Taanit. Pourpou- 

1. Taanit, ti, s : i-nnab moat "nasb /rooab «bn r>aa»n nV^na airon ba 
Tnnabi mxh ,ne«*nnb «bi .tidn Tnrwbi tsm ,n»iK ""ov 'n .nm» 
nm?a Tnrwbi no« vaDb -rai» *qv 'n nrcm, 

2. Cola ressort tout particulièrement d'Eroubin, 62b. Ci'. Rasrhi, sur Sabbat, 136, 

s. v. rnajn nb*»a7o. 

3. Voir la controverse entre R. Méir et II. YoSé dans R. H '., 196, puis Eroubin, 626 
cf. Tossafot, s. v. n"72 *paa), et Taanif, 17 6. Très importante est cette observation 

du R. A. B.D. [apud Àscheri, Taanit, n, 24); nWnb 73"" ,nbj33 n"73 "ÎTOM"! NH 

b"« /îo'nria Nn"»:yn iTa "pana an p*nB&na ,ma "jrTta »b x"n bat* ,Tn^ 
ïrâam di^td inb -ib« km ,nboa "•bnaa b"« ,enn aima dt« ^nh pan 
,i73Np o^NiiwNn "^a Rav^n ,n"» nboa «rratm -mapn nh wanon .n"n 
mi»7a «pn nTasp rfsKi ,n"7a rtbtaa pra an nra a"en ^ewn *a*btn -in a 
mas rP2*ri -ina mn «b wano n"7a nbaai mon ba« ,oa-na or nbaai. 

Il est donc fort douteux qu'on n'ait plus observé, en Babylonie du temps de Rab les 
jours en question ; eu tous cas, leur importance historique ne pouvait pas être totale- 
ment disparue de la conscience populaire ; à plus forte raison n'avait-on pas besoin 
d'en rafraîchir le souvenir à l'école. Il est donc tout à t'ait impossible que Rab ait du 
dire à ses auditeurs (pie le 24 Ab était un jour inscrit dans la Meg. Titan, et (pieu c 
jour les Sadducéens avaient succombé avec leur principe suecesswal. 



LÀ victoire des pharisiens sur les saddugéens 



53 



voir avoir raison de ces difficultés, je mets ici les deux relations 
l'une en face de l'autre en priant le lecteur de ne pas faire attention, 
pour le moment, aux corrections que j'y introduis : 



Meg. Taan.y v 1 . 

ri -i a rr y a n » i ta •*' ib y a 

r-nab73 vi^n ,n3^t: n a a n 
^3dto aa^naD rma a^sn ttî fn 
CD"«-i73iN [-nn ans?] (tarpnirnia) 
n^a t maaisîDT] pn ay nan îanTi 
■ws "pai 'pm anbaa totoph 
,0^731» a^piisnia ^attl .{bani2*< 
tanb bccaa [pn na ay nan otti 
,.aab ^372 n.t a^avo T"a"n b"N ^"a-n 
nai ib rrwirna ins ann n">n tfbi 
■n^3a acasTa rprra ins pT>3 yin 
np?3 n^an ^3a nn n73"i "ib lE-i&n 
c**o ^na?3 nfton ^ra paoTr ^na 
pnr ■•an Tby Nnp /^izrn'inia a"iaa 
"ivp "m nbao nîn »np»n rw T"a 
"1731N mat aman ,ywi "«atrp -nriri 
,'iai na&n rwi "pyas ^sa rYaài 
it:n by 'pyax Na^a ^rob» ab^ 
,nn« pai b"N ,Hsy -37373 -rbirn 
&tnn sbi abnyaia naiia b"» /anaia 
nbaa nTPiaa. nabia ïiwbo ïmr 
b"« /»3nans nn« ipan b"a ,taabia 
nna ne pia ^a na rrapi) h"a ,«b 
"!73Nn ^aan a? pibnb a^nN aip73a 
nna ■pan b*anm ,a^3:in ay pibnb dtikh aip?aa nna y-nn pta *naa 
wiwon n*a t maasm) laoTn »b« ton yn ,tpaan ay pibnb na* 
.a"-p rma©* ïaaaia a-n miNi Cp-iaia rrna "psi -rm Dlbaa 



ita&a Bat m, 115 6. 

i73iNn ba , 2 an i73N N3"in an iek 
e*^TD3 ib^DN pn na a y na »-pn 
î6n ■wwd ,ib ■pyTara p» bMn-O'ac 
nya-iNa) eoan-i .la^pnns n^yr 
(t^eanb wan [ma] (naaa) a-niayi 
©Tii fnwiN "ppn^ t 1 "^ ["»3B7a] 
b"« ya'n pb bea^ ,pn na ay na 
tm« n n n »bi ,aab ni 1*3» craie 
rr»n«3 nn k s pTTa v^n nm m^mnia 
^aa na n73i ^7:int 1133a a=:aa73 
m^an Ta /wro ^sa naTa n^an 
KnpBn DM V^by N-ip p"U3D Nb Ta73 
"a©r i-inn -i^y-o ^:a nb^ nTn 
.mayi ^yaxi baipi pib ynsn 
,ri3yi rr«i "ïiyas 133 nba* a-<nai 

173N ^y ivas NT3 173533 N?N 

nnM *pa ^an b"N ■ nsy i^bim 

!~n*in Nnn «bi nave b"a ^anans 
/aaab-a nbaa nn v 3a îajbœ ntabo 
caip7aa nna ne p-a iaa mab n73 
nna y-nnia inaa -i73Nn ,^n«ïi 
ûvn iriTïn ain^ai # iTmn canpna 

**aia a^ (nn)i»y 



1. Je cite d'après l'édition de Neubauer dans Mediaeval Jewish Chronicles, II 
(Oxford, 1895], p. 10-11. 

2. C'est ainsi qu'il faut lire ; dans quelques manuscrits les mots nn 17:N manquent 
certaines éditions, d'autre part, ont ^31 ">EK (voir Dikd. Sof.). 

3. Je passe les enseignements des amoras qui interrompent le récit. 

4. Si je ne mets pas les mots aia ai" 1 vay BVn imNl entre parenthèses, ce 
n'est pas parce qu'il n'est nullement impossible que, mal compris par un fçlossateur, 
ils aient entraîné dans la baratta l'insertion d'un extrait de Merj. Ta an. Le jour où 
ils ont vaincu les Sadducéens, les Pharisiens se sont donné une fête : IttJy a"P IPINI 
L]"^■ , — comp. Toss. Yoma, iv, 20 : ^"na 7~lW\y n^n 3ia ai" 1 "!- De cette fête on a 
fait une journée conimémorative, qui ne pouvait être que le 24 Ab mentionné dans 
Mecjuillut Taanit. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pour simplifier la discussion, nous devons commencer par 
Megiitilat Taanit, et ici, il nous suffit de pénétrer un peu plus 
profondément le contenu du texte pour reconnaître aussitôt que 
nous avons affaire à deux scolies remontant à des époques et à des 
sources différentes. Imputer à un seul scoliaste tant d'inepties, 
comme l'ont fait Graetz l et d'après lui M. Brann 2 , ce n'est pas de 
l'équité historique. Un homme quel qu'il soit et si peu qu'il connaisse 
de l'histoire peut-il affirmer tout d'une haleine que la môme fête 
commémorative a été instituée deux fois, d'ahord sous les Hasmo- 
néens, puis plus de deux cents ans plus tard sous Rabhan Yohanan 
b. Zaccaï ? Rendre responsable le même homme de tant d'absur- 
dités, c'est aller trop loin. Une analyse critique aboutit à un autre 
résultat : c'est que nous avons affaire à deux explications. La 
première, à laquelle on aura de la peine à découvrir une source 
talmudique 3 , remonte à une époque où le peuple savait encore par 
une tradition vivante que pendant la domination grecque l'ancien 
droit successoral de la Syrie avait été introduit par le gouvernement 
même en Palestine et que la fête du 24 Ab commémorait, non une 
victoire particulière, mais la remise en vigueur du droit mosaïque, 
effectuée sous les Maccabées. Le Yerouschalmi ne contient rien sur 
l'ancien droit successoral syrien et on est en droit de douter qu'à 
l'époque où la première scolie de la suscription elliptique en ques- 

1. Geschichte der Juden, III, 2° édition, note 1, p. 424. 

2. Monalsschrifl, 1876, p. 410 et suiv. 

3. M. Brann est particulièrement injuste envers le glossateur quand il lui reproche 
d'avoir fondu le passage de j. liaba Batra, vin, 1, avec la baraïta du Bahli. Ce 
passage doit être mis hors de cause lorsqu'il s'agit d'une fête hasmonéenne ; même le 
glossateur n'était pas assez dépourvu de sens pour mettre en relation un passage 
talmudique qui reflète l'époque des origines .du christianisme avec des institutions 
maccabcennes. Je reproduis ici le passage tout entier pour montrer comment on 
s'âftûrçait dans le cercle des apôtres de prouver que le principe NirQ fcT"m N"H3 
■pn~p mig dans la bouche de Jésus ne contredisait nullement la Loi de Moïse : ijn 

airo "jbiD3£> ,minnuj mbrrj bDn n»T nbm airon nria ï»ynw< 'i 
■»?3Dn ,num-> nan «nnia ,Nin j-nn -na">* ,Drm*m inna insi ,Dnnai 
tZT [cnJ (n«) «n \s "pH pi ^um ]*win ,rn&o 1*1118 rm p D-n*nN D^ia 
,ynizj irrais "ib «•* dn nh ,na ib *p N DN i ^nz> sm •pavirr ,*pnû jrrtHfl 1S 
]in na D^mN ^iliîi .na *n*b R&n B|m ,[na] (na) «ft*H "\->v\i2 Tintr 
/iai ■rçniB'ïn ^:a nDTD hn^h «aa n: n?3 n um "ji^ni ,Jnw "jmrj: PiaîH 

'131 pn naa DmttN DN ,vfo b"tf (cf. H. H., 110a;. Cette discussion avec les 
adeptes du christianisme primitif donne un surcroit de signification au récit du Bahli 
(Sabhdl, ll&à-b) sur le philosophe auquel Camaliel II et sa sœur Imma soumettent la 
solution de leur affaire d'héritage. L 1 « incorruptible » ne se doutait- il pas qu'on 
cherchait à fonder sur le texte biblique le principe mis dans la bouche de Jésus ou 
reconnaissait-il le bien fondé de l'objection soulevée par les Juifs? Cf. Giidemann, 
HelUjionsqeschicklLicke Studien Leipzig, 1870), p. 65 et s.; D. H. Millier, dans 
W. Z. K. M., XIV, 389, 390 ; Israël Lévi, Revue, LXI, 149. 



LA VICTOIRE DES PHARISIENS SUR EES SADDUCÉENS &5 

tion a été introduite dans le rouleau des jeûnes, le ïalmud baby- 
lonien ait renfermé quoi que ce soit se rapportant à la fête du 
24 Ab. Car, pour le dire tout de suite ici, les mots tynrayn rt*a*18*â 
KS3**ïb N3nn ma, par lesquels commence la baraïta du Babli, ne 
peuvent pas avoir été employés par Rab, ne fût-ce que parce qu'il 
ne devait pas laisser à ses auditeurs un doute sur le mois dont il 
s'agissait. La leçon corrompue de nos éditions naaa tmizîsn n^a-un x 
est due au zèle d'un copiste qui se croyait très savant et qui, ayant 
pris '-»a pour une abréviation de Y'va, a écrit, à la place, le nom du 
dixième mois. Celui qui voudrait soutenir que Rab a parfaitement 
pu citer littéralement le passage de Mêguillat Taanit assumerait 
l'obligation de nous expliquer pourquoi Rab, s'il supposait que ses 
auditeurs étaient tellement familiarisés avec le calendrier des fêtes, 
était obligé de leur apprendre que le principe de droit nan umn 
fan na ny est sadducéen. Non, Rab n'a pas cité Meguillat Taanit, et 
encore moins en a-t-il cité un passage comme baraïta en l'intro- 
duisant par K^n. La suscription extraite de Meg. Taan. et placée 
dans Baba Batra, 4 15 b, est une addition postérieure, qui, soit 
qu'elle ait été provoquée par les mots arj dv im dv "imai, ou 
qu'elle ail une autre origine, a amené un deuxième glossateur du 
calendrier des jeûnes à introduire la baraïta du Rabli comme 
seconde explication. On reconnaît encore aujourd'hui aux corrup- 
tions du texte que le deuxième scoliaste ne voulait pas évincer, 
mais compléter la première explication. L'irrémédiable confusion 
des deux scolies ne s'est produite que plus lard, par le fait d'un 
copiste demi-savant, qui s'est cru obligé de mettre sous le même 
bonnet des parties qui ne se connaissaient pas. Le malheureux 
ne se doutait même pas qu'il visait à l'impossible. Car peut-on 
franchir l'abîme de deux siècles sur le pont d'un seul jour 
commémoratif ? 

Je n'ai donc eu qu'à mettre en ordre les parties disloquées et 
emboîtées, de manière à présenter deux explications. Pour justifier 
les corrections que j'ai apportées à la baraïta, il suffit de peser 
laquelle des deux explications est la plus juste. D'après la première 
scolie, le 24 Ab est un jour commémoratif de la restauration de la 
jurisprudence juive dans les affaires d'héritages; d'après la pre- 
mière explication, les mots «wnb wan signifient : « Nous sommes 

1. Cf. Dikd. Sof., ad loc, où Rabbinowicz cite plusieurs manuscrits du Talmud 
qui ont îra r^a^ÊO D^-.ttîJa. Raschbam a lu de même ; cf. En Yaakob. Si le 
ms. de Munich porte rpa R^DûPI D"H*J^a, cette faute s'explique très simplement 
par la confusion avec la suscription elliptique du cliap. x de Meg. Taan. : D'HIER a 

«3"H by Nnia^D «aTP naaa naiMffli. 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

revenus à notre droit ou à notre jurisprudence. » D'après la seconde 
scolie, le 24 Àb est le jour de la victoire des Pharisiens sur les 
Sadducéens en matière de droit successoral ; d'après cette explica- 
tion, les mômes mots signifient ; « Nous sommes revenus à la mise 
en pratique de notre droit dans le sens pharisien 1 . » En d'autres 
termes : nous avons dû, jusqu'à cette victoire, appliquer et mettre 
en pratique le droit successoral des Sadducéens. Je ne demande 
pas à quelle notion le terme Naa^r convient mieux, mais seulement 
s'il est vraisemblable que la théorie sadducéenne soit entrée dans 
la pratique après le règne de Salomé Alexandra. Le calendrier des 
jeûnes n'enregistre- t-il pas le 28 ïébet, jour où les Sadducéens 
furent complètement éliminés du Sanhédrin par Simon b. Schétah? 
Après cette déconfiture ils ne pouvaient plus, même sous les princes 
qui les favorisèrent, recouvrer assez de pouvoir pour mettre hors 
d'usage, de parle gouvernement, le droit successoral des Pharisiens. 
Dans l'hypothèse la plus favorable, ils auraient pu, dans leurs dif- 
férends relatifs à ce droit, ne pas se conformer à la doctrine phari- 
sienne. Or, si les Pharisiens n'ont jamais été obligés d'appliquer 
dans leurs propres familles les principes successoraux des Saddu- 
céens, les mots Naanb awan, contiennent une conlradictio in adjecto. 
Ne fût-ce que par cette considération, j'estime qu'il est pour le 
moins invraisemblable que Hab ait rattaché la baraïla citée par lui à 
la suscription elliptique «aa-nb Nann rv2 i"D3. Du coup, la correc- 
tion que j'ai apportée au texte de Baba Batra, 115 b, est suffisam- 
ment justifiée. Kab ne s'est jamais avisé de croire que Naa*Hb «ann 
signifie « nous sommes revenus à notre droit pharisien » ; il ne lui 
est jamais venu à la pensée de citer la Meguillat Taanit à l'appui de 
son dire. Cette Meguilla était familière au cercle des élèves de Rab 
et c'est pourquoi je soutiens, bien qu'il m'en coûte d'être obligé de 
rompre avec une interprétation plusieurs fois séculaire, cette 
thèse : les mots de Rab ib^rN pn na d* bhti ro ikmaïi ba 
Vpnnit nwn txmo "«3dm ib twnd vn croa bjourara obligent à 
admettre qu'il n'y a jamais eu un jour commémoratif rappelant 
la victoire remportée sur les Sadducéens en matière de droit 
d'héritage. 

1. Il est singulier que les Scheeltot, chap. 135, .tient N3"HD Naan^ na:aa n"33. 
Serait-ce encore une confusion avec Meg. Taan., ch. 10? Le Yalkout, I, 774, lit "nn 



LÀ VICTOIRE DES PHARISIENS SUR LES SADDUGÉENS 57 



II 



On ne doit pas oublier, du reste, que les Sadducéens, avec toute 
leur capacité politique et leur maîtrise comme hommes d'Etat, 
n'étaient rien moins que gens d'action. Après la destruction du 
Temple, leur pouvoir fut annihilé, car pour la politique, où ils 
jouaient encore un rôle, il n'y avait plus de place en Judée. Même 
avant la disparition de l'indépendance nationale il leur manquait, 
au moins en matière religieuse, le courage de l'initiative. Rien n'est 
plus caractéristique, à cet égard, que le mot mis par le Talmud 
dans la bouche du père d'un grand-prêtre sadducéen : « Mon fils, 
nous avons beau être Sadducéens, nous craignons les Pharisiens 1 ». 
S'ils ne pouvaient, comme fonctionnaires du Temple, trouver assez 
de courage pour appliquer leurs idées, combien moins doivent-ils 
s'être efforcés, comme membres du Sanhédrin, de faire passer 
leurs principes dans les actes. Leur opposition au droit successoral 
des Pharisiens eut tout aussi peu d'influence sur la vie pratique 
que n'en eut leur thèse obstinée, répétée à chaque occasion, sur la 
Fête des semaines, qui devait être célébrée tous les ans un diman- 
che, même quand le premier Nissan ne tombait pas un samedi. La 
cause doit en être cherchée, non seulement dans les circonstances, 
dans l'attachement indéfectible du peuple aux Pharisiens, mais 
aussi dans le fait que les Sadducéens ne pouvaient échapper à la 
pensée accablante d'être inconséquents. L'inconséquence rend les 
hommes mous et les mène à des demi-mesures ; des demi-pensées 
ne produisent jamais des actions entières. De plus, les Sadducéens, 
a bien considérer, n'avaient pas de principe proprement dit. mais 
seulement un article de foi. Ils professaient le caractère impératif 
de la loi écrite et rejetaient résolument l'obligation de vivre selon 
la tradition. Les Pharisiens, au contraire, avaient un principe. Ils 
ne pouvaient reconnaître la Tora de Moïse comme divine que si 
elle était valable pour tous les temps à venir. Une loi qui serait 
divine et ne serait pas en même temps éternelle, ce serait la plus 
grande contradiction qu'on puisse imaginer. Or, celte Tora a été 
donnée au peuple à une époque déterminée et elle risque, comme 
tout ce qui est né dans le temps, de s'immobiliser et de se pétrifier 
si elle ne continue pas à être développée conformément à l'esprit 
éternel qui est en elle ; le principe de cette évolution est la tradi- 

1. Yoma, 19 6 : mOTIOn 173 13K bWnn ,13K "ppiWD V 'D?N ,m. 



-1 .■< 



K8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion. C'est dans ce principe que résidait la puissance invincible des 
Pharisiens. C'est là qu'ils puisaient leur énergie, car à moins d'être 
infidèles à eux-mêmes, ils devaient obtenir que la Tora fût mise en 
valeur dans la vie et que toutes les règles découlant du principe de 
l'évolution fussent entourées de l'autorité impéralive de la loi. 
Quel que soit le point de vue duquel on considère les luttes ardentes 
entre Pharisiens et Sadducéens, on ne peut se défendre de l'im- 
pression imposante que produit la logique des premiers, soutenue 
par leur indomptable énergie. 

L'inconséquence des Sadducéens apparaît aussi dans l'opposition 
qu'ils faisaient au droit successoral tel qu'il avait été développé par 
la tradition. La véritable raison pour laquelle ils refusaient de 
reconnaître la prérogative de la petite-fille sur la fille n'était nulle- 
ment, comme le croyait Abraham Geiger^, de nature politique; 
elle était d'ordre religieux : ils niaient tout simplement la règle 
traditionnelle vhy i^y nb "pa a», » si le fils n'est plus en vie, ses 
descendants prennent ses droits ». Pour eux, la fille du fils n'était 
pas la descendante d'un homme, c'était seulement une femme ; ils 
interprétaient à la lettre les mots ib "pN pi (Nombres, xxvn, 8) et 
comme il n'y a plus, de facto, d'héritier masculin, la tante et la 
nièce, comme si elles étaient sœurs, se partagent également l'héri- 
tage du père ou du grand-père. Cette interprétation avait une 
conséquence logique : c'est que la fille du fils mort n'obtenait rien 
en présence des frères de son père. Les Sadducéens sont-ils allés si 
loin ? Il semble que non. Ont-ils, d'un autre côté, reconnu à la fille, 
mise sur le même rang que la nièce, un droit de succession à côté 
des frères? Bien moins encore ; car ils en seraient arrivés alors au 
droit successoral des apôtres et ils auraient été obligés de désa- 
vouer la lettre de la Tora. Ils restaient donc à mi-chemin. Car de 
deux choses l'une : ou bien la nièce en présence de l'oncle est une 
femme comme sa tan te, et alors elle n'a droit à rien à côté de l'oncle, 
tout comme la sœur à côté du frère ; ou bien elle partage, à la place 
de son père, avec l'oncle, mais alors il est contradictoire de ne pas 
reconnaître à la sœur, à côté du père, le même droit qu'à la nièce 
à côté de l'oncle. 



1. Urschrift, p. 143-4. Il ramène tout le débat à l'amitié des BoÔthuSéénS pour 
Hérode et à l'hostilité des Pharisiens à son égard. Seulement il oublie non seulement 
qu'il n'y a aucune raison pour reculer si tard la misehna de Haha haïra, vm, 2, qui 
formule la règle nab 'pjQ'np "p 5p 1D"n"> ^NST" 1 ?$1 rob D"np p, Nais encore, 
ce qui est plus important, qu'à l'époque de R. Yohanan b. Zaccaï les Bérodiens étaient 
depuis longtemps médiatisés, de sorte qu'aucun parti ne pouvait plus se passionner 
pour ou contre eux. 



LA VICTOIRE DES PHARISIENS SUR LES SADDUCÉENS 59 

On voit que les Sadducéens, attachés à la lettre, pouvaient très 
facilement être mis dans l'embarras et on comprend que, mis une 
fois au pied du mur ils devaient se réfugier dans la dialectique. 
Mais le syllogisme auquel ilsont recours pour leur défense est aussi 
mal fondé qu'il peut l'être, parce qu'il part d'une prémisse opposée 
à la thèse des Pharisiens, et, par conséquent, sous-entend comme 
reconnu ce qui doit être prouvé. Nous sommes d'autant plus éton- 
nés que Rahban Yohanan ben Zaccaï, au lieu de démonter tout de 
suite son adversaire, réponde par la conciliation de deux versets 
qui paraissent se contredire 1 . Sans doute c'était sa méthode avec 
les Sadducéens, justement parce qu'ils tenaient aveuglément à la 
lettre de l'Ecriture, de les embarrasser au moyen de versets 2 . Mais 
comment la référence à un point de la généalogie de la famille de 
Séir réfute-t-elle la règle sadducéenne *prs rn ûj p3ïi uî-pn? 

Déjà les Gueonim se sont efforcés de découvrir un rapport interne 
entre cette généalogie et le syllogisme sadducéen. Le premier dont 
une explication nous a été conservée est Saadia. Il croit que Rah- 
ban Yohanan ben Zaccaï a montré aux Sadducéens la contradiction 
dans laquelle ils tombaient en excluant de l'ordre de succession le 
bâtard, soit le descendant illégitime à la première génération, avec 
la fille légitime, et en déclarant capable d'hériter l'arrière petit-fils 
comme descendant à la seconde génération, tandis que, d'autre 
part, ils considéraient la fille, uniquement parce qu'elle est une 
descendante au premier degré, comme cohéritière de la nièce 3 . 

1. L'exposé du Babli (Baba Ba/ra, t. c. ; cf. Pes., 54 a) ne se retrouve que dans le 
Yalkout, I Rois, 774. Bevéscliit. rabba, lxxxii, 15, ne fait aucune mention de tout le 
débat; on y lit seulement : "HP ,-TOT "HP rt33> n33> mp^b mnsn rjN"l 7TO 

rrvyzi r>zy (rî)-rbim ton b? "pyass «aia n'sn x Nin *in obub /irrro 

n^y'O pi pyDi: p(l) nzy (p). Dans le Tanhouma, Vayyéscheb, à côté d'autres 
unions incestueuses, on trouve : PN "ITO73 mb"n Ï73N BJ "pyax Nni2 "173373 

rroi^bnN riNin , n33> ptdn in"»3 b* Nn m ta ^pi thn 'thu nitos ,my 

'"Dl D7P3U) , J" , 373 Mais v. Tossafol, B. b., I. c, s. v. 173373, et la remarque du 
Maharscha. 

2. V. Meguilla Taanit, ch. i et ch. vin. 

3. Arouch, s. v. nsy : 11*3* «ma TO373 mbro ma an m a "pbma w pis a 
i3n nn rroi 'tpnxn rs -i73Nia ^cb '■» .rrjy HD7373 "p'nm ton by 
\*pY\m vm ,D"iSD Nb "ina73 nNan ipa ,wvn "ina na73 nNnn 

"•fiOT p J3HT 1 P"l ^p3"l /T*3H PN UTl"P ^N -|T7373n *a D^TOIN *JPTO^3 

■pjasa 3D73PDT /p*73tai picn 3UJ73PH3 nxi N3i ,nm ta |iP73 la-nanb 
n33 &nn« prça> mam P73ia iiyaxa toin -pn n73 *ib -i73N -pn ,H33n 
rnN p nito: ndh nisq Nim 133 p N"inta rrN mm ,-177373 corn 
;m« cnr 13»« irP73 Na N"in\a rrax* natjn ,in« un"p ina na73 N-inia 

)D1TD HT .HT 1^3 "IT nb-»anrï miDP3 HT "I2T2 1T HIDN mmntO *pP73 
b"T pN3 '"H3>0 3"1- I-e gaon n'avait même pas besoin de dire qu'il s'agit ici de la 
succession de Séir. 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cette explication de Saadia, avec laquelle celle de Rabbénou 
Guerschom i concorde entièrement, ne peut pas satisfaire, car, 
outre qu'il n'est pas question du point principal dans la discussion, 
la question du Talmud m rw "nn Kttbm n'a aucun sens. Rabban 
Yobanan ben Zaccaï voulait seulement produire un X quelconque 
comme mamzer. Si les Sadducéens, bien plus rigoristes que les 
Pharisiens, déclaraient le bâtard incapable d'hériter, il est indiffé- 
rent pour eux que Rabban Yohanan ben Zaccaï ait qualifié, à tort 
ou à raison, Ana de bâtard. 

Nous connaissons une seconde explication, celle de R.Hananel 2 . 
D'après lui, Rabban Yobanan ben Zaccaï, pour réfuter la distinc- 
tion établie parles Sadducéens entre descendants au premier et au 
second degré, établit qu'Ana, descendant de Séïr à la seconde 
génération, est mis sur le même rang que son père Sibeon. A 
celte explication on peut objecter qu'Ana est justement traité, non 
comme descendant au second degré, mais comme descendant du 
premier degré, puisque, issu de la femme de Séïr, il est considéré 
comme le fils de celui-ci ; la meilleure preuve en est que son frère 
Aya n'est pas nommé parmi les héritiers directs de Séir 3 . 

Samuel ben Méir (Rascbbam), qui semble bien avoir connu 
l'explication de R. Hananel, est, contrairement à sa prolixité ordi- 
naire, fort concis ici. Il ne dit pas formellement, mais il insinue 
que Rabban Yohanan ben Zaccaï, en faisant allusion i\ la généalogie 
d'Ana, a voulu faire ressortir le principe a^na \n -nn a^a -«33. 
Rabbénou Tarn repousse cette interprétation, en faisant remarquer 
avec raison qu'on ne peut pas conclure de l'assimilation des petits- 
fils avec les fils à celle des petites-filles avec les fils. Si Ton veut 
bien comprendre la réponse de Rabban Yobanan ben Zaccaï, on 
doit s'assurer qu'Ana n'était pas le fils, mais la fille de Sibéon, la 
petite-fille du Horite Séir, et comme cette Ana a partagé avec les 
fils de son grand-père l'héritage de celui-ci, il est établi que la fille 
du fils évince sa tante comme béritière. D'après Rabbénou Tarn, 

1. Arouch, l. c\, se borne à dire : P!"H?D a~0 U3TD b"T DlO")5 "l3aTï. après 
quoi il cite seulement l'explication de la discussion suivante. Dans le commentaire 
imprimé de R. Guerschom, on trouve cette brève explication : TTnn l jr!" , "i3T72T 

"»"D3W "«733 dm- nai irott Ras? ï"d:\x ©tp ire* iT72?3i nanon jn-b 
nntt *pa "jpT ime* ibw n?a&n ,pn na Dip?^ n©"TP -r« iro73 rwa© 
'•di [^nn nal (nan p) d* asn na \a-rn »bo ^rmai ^jtjis. 

2. Également citée dans V Arouch, L c. : d"-\X'>D nem N3 b"T n"~ bo "inN / "'D 

baioi ftnb i73D t T>yis b© i:a ifiop t»*© b© isa p "pjaa: p na*© 
,pjia ©non V&o ,jn ina "jbiâi ,pa n"- pn p© "p»bb ,H3:n "p^a^i 
ina ro nn ina ht© -iTaib. 

3. Cf. Zh'Ad. So/'., a<i Pes., 54 a, et Tossafot, ibidem, s. v. -py© ^33 nb*t 



LA VICTOIRE DES PHARISIENS SUR LES SADDUCÉENS 61 

Rabban Yobanan ben Zaccaï a eu recours à cet argument pour pré- 
parer par là la réfutation subséquente du syllogisme sadducéen. 
Comme si cette réfutation si naturelle avait besoin d'être préparée! 
Le a fortiori du Sadducéen est, je l'ai déjà montré, un cercle 
vicieux. Mais, sans même tenir compte de ce fait, je dois répéter 
qu'Ana, homme ou femme, figure comme descendant de Séir avec 
les héritiers de ce dernier au premier degré, et non au second, et 
que, par conséquent, la Tora dit : dans la maison d'Esaii, on appli- 
quait le principe prr uy mrr urpn ou, pour employer les termes 
mis dans la bouche de Jésus, "prrp verra amm ana. 

Qu'on me permette de comprendre la citation que Rabban Yoha- 
nan ben Zaccaï fait de l'Écriture, non comme une réfutation, mais 
comme une confirmation de la thèse sadducéenne, comme une 
confirmation ironique, à la vérité. D'abord, je voudrais faire remar- 
quer que, d'après les termes bibliques (Genèse, xxxvi, 2, 14), Ana, 
belle-mère d'Esaù, était une fille de Sibeon. Outre cette femme, 
deux hommes portaient le même nom : un fils de Séir le Horite, 
donc un frère de Sibeon (v. 20], et un fils de Sibeon (v. 24). Quand 
donc Rabban Yohanan ben Zaccaï affirme qu'Ana, la belle-mère 
d'Esaû, est issue de la fille de Séir, il s'inspire certainement moins 
de son imagination que d'une légende accréditée depuis des siècles 
pour dire ceci à son adversaire : Oui, vous avez parfaitement raison 
de soutenir que la fille est la cohéritière de sa nièce, que toutes 
deux reçoivent des parts égales de l'héritage de leur père et 
grand'père. Seulement je ne connais qu'un seul cas où votre prin- 
cipe a été appliqué ; il est vrai que ce cas est attesté parle texte de 
l'Ecriture, qui pour vous est décisif dans sa lettre : Ana, issue de la 
femme du Horite Séir, hérite d'abord, conjointement avec ses 
frères, de son père, qui passait pour tel aux yeux du monde, et 
après la mort de Sibeon, son véritable père, elle doit évidemment 
entrer en possession de sa succession. Cette Ana hérite donc deux 
fois, car elle est en même temps fille et petite-fille ou tante; la 
première fois elle hérite comme fille, la seconde fois comme petite- 
fille de Séir; elle hérite, pour parler comme vous, Sadducéens, 
d'abord comme na, puis comme pn nn ; elle partage donc, comme 
fille, avec elle-même comme nièce ou petite-fille. Voilà donc une 
preuve historique de la légitimité absolue de votre thèse purement 
biblique. Vous auriez ainsi pu appuyer vous-mêmes sur le texte de 
l'Écriture votre principe de droit pn m d? nnn ©T»n, car si ce cas 
sest présenté dans une famille de bâtards de la race d'Esaii, ce 
n'est pas cela qui va vous gêner! 

Cette réponse de Rabban Yohanan ben Zaccaï en dit plus que 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vingt discours. Elle apprend, entre autres, que le principe succes- 
soral des Sadducéens n'a jamais eu de valeur pratique dans le 
judaïsme. Ainsi donc, c'est Rabban Yohanan ben Zaccaï lui-même, 
le véritable héraut du débat, qui fournit, à mon humble avis, la 
preuve irréfutable qu'à aucune époque le droit successoral mosaïco- 
pharisien n'a été abrogé par les Sadducéens. La baraïta du Babli 
parle seulement d'une défaite de l'adversaire, non d'une abolition 
de la loi sadducéenne 1 . Le jour où Rabban Yohanan ben Zaccaï 
réduisit les Sadducéens au silence, ayant produit une impression 
de victoire, a certainement été fêté par les Pharisiens dans un 
banquet. Mais il n'y avait pas la moindre raison de l'inscrire dans 
le calendrier des jeûnes. Les Pharisiens ont eu d'autant moins 
l'idée d'en faire un jour de demi-fête qu'ils auraient seulement 
grandi par là leurs adversaires. Ils ont eu la sagesse de n'en rien 
faire. 

Vienne, avril 1911. 

Adolphe Schwarz. 



1. Elle ne dit rien de plus que D"in£31 ; c'est la scolie seulement qui ajoute 
ib^^TD D"pn imNI, niais il ne faut pas oublier qu'immédiatement avant il > e 

'im ui'D'on a-wn^n ma -p rpgjqîai uien.n pV^jp&fefftrfi ;.c, provient 

de la scolie de Meguillat Tuanil. 



UN 



FRAGMENT POLÉMIQUE DE LA GUENIZA 



Léon Schlossberg a publié, il y a plus de trente ans, un opus- 
cule polémique en langue arabe ', qu'il a ensuite rendu accessible 
par une traduction française 2 : il le considérait comme « très 
important pour la théologie critique ». Ce qui fait, à notre avis, 
l'importance de cet ouvrage, ce n'est pas que « les versets de l'Évan- 
gile qu'on y trouve présentent des leçons différentes du texte 
reçu », mais la manière dont est conduite la polémique. De plus, 
l'opuscule est un des plus anciens du genre, sinon le plus ancien : 
il aurait été écrit censément en l'an 514. Le manuscrit s'en trouve 
à Paris, à la Bibliothèque Nationale (n° 755 du Catalogue). 

C'est aussi de Paris que nous vient la plus récente publication 
relative à cet écrit. Le Consistoire israélite de Paris, dont M Schwab 
décrit en ce moment les manuscrits provenant de la Gueniza du 
Caire 3 , possède un fragment de 2 feuillets in-8°, de 48 lignes à la 
page, qui a été édité dernièrement par M. R. Gottheil s ; or il est 
apparu que ce n'est autre chose qu'un fragment de l'ancienne 
Kissa éditée par Schlossberg 5 . Replacé dans l'ouvrage intégrale- 
ment conservé, ce fragment se comprend mieux du même coup. 
Le vœu de M. Gottheil, qui souhaitait qu'on trouvât bientôt d'autres 
parties du même ouvrage, va se trouver réalisé maintenant par le 
fragment publié ici. 

1. E|pOtfbî* rVm&Û'E TT^]) Controverse d'un évêque, Vienne, 1880. 

2. Controverse d'un évêque, Paris et Versailles, 1888 (faite sur une traduction alle- 
mande inédite). 

3. Revue, LXII, 107 et s., 267 et s. 

4. Mélanqes Éar'twig hcrenboury, Paris. 190'J, p. 83 et s. 

5. S. Poznanski, dans Rivlsta /.st., VI, 187. M. Poznanski intervertit les deux pages 
du second fragment édité par M. Gottheil ; il indique quelques références bibliogra- 
phiques. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En effet, M. E.-N. Adler, avec sa libéralité habituelle, a mis à 
ma disposition un petit manuscrit qui complète le fragment de 
la Gueniza appartenant au Consistoire de Paris et publié par 
M. Gottheil. Ce qui prouve que les deux fragments de la Gueniza 
vont ensemble, ce n'est pas seulement l'identité du contenu, mais 
aussi la disposition extérieure : dans les deux cas ce sont deux 
feuillets petit in-octavo, dont chacun a 18 lignes 4 . Il va sans dire 
que le nouveau fragment n'est pas autre chose, lui non plus, qu'une 
portion de l'ancienne Kissa. Néanmoins les deux textes présentent 
d'assez nombreuses variantes et comme d'ailleurs la Kissa a été 
éditée défectueusement, je crois que le mieux est de publier notre 
nouveau texte intégralement 2 . 

Pour déterminer le caractère littéraire du fragment Adler (A), 
trois points doivent être établis : 1° sa relation avec son plus proche 
parent, le fragment de la Gueniza édité par M. Gottheil (G); 2° la 
place qu'il peut avoir occupée dans la Kissa qui s'est conservée en 
entier (À r ) ; 3° une comparaison avec l'opuscule hébreu Nestor le 
prêtre (iV) 3 , qui est, comme on sait, étroitement apparenté à la 
Kissa arabe ; ce n'est du reste pas ici le lieu d'examiner la nature 
de cette parenté, d'autant plus que nous possédons jusqu'à présent 
trop peu de matériaux pour pouvoir trancher définitivement cette 
question. 

M. S. Poznan ski a déjà posé les équations suivantes '' : G 1 er frag- 
ment, in init. = K, p. 9, 1. 30 = TV, p. 11, 1. 10-22; G, 2e fragm. 
= K, p. 6, 1. 1 et s. = N, p. 5, 1. 2 et s. Le même savant a remar- 
qué que les fragments ne concordent pas entièrement avec le texte 
de K, lequel texte est, lui aussi, plein d'erreurs et de lacunes. En 
étendant ce jugement, on dira que le texte hébreu de TV présente 
également, tant dans le plan que dans le style, des variantes nom- 
breuses et importantes par rapport au texte arabe de K. Que si 
j'ai avancé tout à l'heure que notre nouveau fragment (A) est un 
fragment de la Kissa, on ne doit pas penser à une identité littérale, 

1. Pour être plus précis, le f° a a 19 lignes, les f°» 6 et c en ont chacun 17, le f° d 
de nouveau 19; on peut donc admettre une moyenne de 18 ligues. 

2. M. Salomon Gandz m'a aidé à lire le texte arabe ; je dois quelques indications litté- 
raires à MM. A. Poznanski, de Vienne, et S. Poznanski, de Varsovie. 

3. iTDiDn "nno3 HDD nach einer Vaticanischen Handsckrift herausgegeben 
von A. Berliner, Alloua, 1875. Cf. Berliner, Ans meiner Bibliothek, Francfort-s.-M., 
1898, n° 71, p. 77; S. Poznanski, Zur judisch-arabischen Literatur, Berlin, 1904, 
p. 28 et 87. Le nom de Nestor est porté aussi par un moine <|ui devint ensuite le maître 
de Mahomet, v. Gottheil, A Christian Bahira legend, dans Zeitschrift fur Assyrio- 
logie, XIII, 197. 

1. Rivista Isr., VI, 187. 



UN FRAGMENT POLÉMIQUE DE LÀ GUEN1ZA 65 

mais seulement à la similitude du contenu. Un grand morceau de 
notre fragment, celui qui parle de l'amour prescrit dans la Tora à 
l'égard du père et de la mère (lignes 6-45), ne se trouve même pas 
dans K ni dans N. Par contre, on peut établir les concordances 
suivantes : A, 1. 17 = K, p. 12, 1. 24 = N, p. 12, 1. 12 ; A, l. 20 
= A, p. 12, 1. 40 = N, p. 5, h 33 (le même sujet revient dans TV, 
p. 12, 1. 12). Les souffrances de Jésus sur la croix que notre frag- 
ment décrit avec beaucoup de réalisme (A, 1. 25) 1 et dont la pein- 
ture, en raison du désordre du texte, reparaît un peu plus loin 
(1. 47), ne se trouvent que pour le fond dans K (p. 6, 1. 7) 2 , mais 
non pour les expressions et pour le style ; la parenté est plus 
grande avec N. Jésus chevauchant sur l'âne, qui figure, chose 
singulière, deux fois dans notre texte (A, 1. 29 et 1. 6Q), correspond 
à ce qu'on lit dans K, p. 13, 1. 2-3 et dans N, p. 12, 1. 35-36; il n'est 
pas jusqu'au mot arabe qui ne soit le même 3 . Le jeûne de Jésus 
(A % 1. 43) n'est qu'indirectement objet de discussion dans les autres 
textes 4 . L'argument fondé sur l'impossibilité pour un Dieu de 
vivre neuf mois dans le sein obscur d'une femme se retrouve avec 
les mêmes motifs dans tous les textes : A, h 67-71 = K, p. 7, 
1. 19-23 = TV, p. 13. 1. 1-6 (cf. TV, pli, 1. 14). 

Ces rapprochements montrent assez que la disposition des sujets 
varie avec chaque texte. Pour ce qui est de notre fragment, nous 
devons nous borner à constater le fait, sans qu'il scit possible ou 
licite d'intervertir les pages. On ne voit donc pas dans quelle partie 
de la Kissa notre fragment devrait être incorporé pour constituer 
un élément d'un ouvrage entier. Nous ne sommes d'ailleurs pas 
certain, à cause du mauvais état du texte de la Kissa, que l'ordre 
qui y est suivi soit authentique ou justifié. Par contre, on peut 
déterminer avec quelque certitude la place de notre fragment A 
par rapport au fragment G, n° 1, auquel il est étroitement appa- 
renté. En effet, G x contient : 1° une controverse sur la généalogie 
de Jésus ; 2° les faiblesses de Jésus (le sommeil, l'usage du vin, etc.); 
3° l'abrogation des lois. Ce sont là, dans un ordre assez logique, les 
principaux thèmes qui séparent les Juifs et les Chrétiens. Les 
points contenus dans notre fragment A paraissent avoir été dispo- 



i. [N]THUJ "piV |WV, cf. N., p. 12, 1. 34 : n^T 3>n jpyi y^ "O 3HD *7"|J 

2. Cf. la traduction française, p. 10. 

3. IDjbfit, en hébreu "p:?rr (glose : "117311"), à la ligue suivante "HEnn seule- 
ment. 

4. K, p. 19, 1. 3 et s. (cf. trad. française, p. 26), N, p. 9, 1. 2 : développé plus lon- 
guement et mieux dans N, p. 12, I. 38-40. 

T. LXHI, n° 12.i5. 



66 RliVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ses d'après ces thèmes, mais je n'ai pu découvrir un lien direct 
qui ferait de A la simple suite de G. 

Notre fragment commence par les mots qui se retrouvent 
presque littéralement dans la Kissa (p. 12, 1. 26), passage qui 
permet précisément de le restituer comme suit : « Gomment donc 
peux-tu dire qu'il n'est pas un homme ' ? » Les mots qui suivent 
sont les mêmes dans A et dans K 2 . Mais ensuite l'ordre devient 
entièrement différent. 

La parenté de tous les textes signalés est parfaitement garantie, 
non seulement par le contenu, mais aussi par la langue et notam- 
ment par le retour de certaines tournures. Une des formules qui 
reviennent souvent est celle-ci : « Je m'étonne que tu n'aies pas 
honte de soutenir ceci ou cela 3 », ou celle-ci : « Ne sais-tu donc 
pas... 7 '? «Nous avons déjà parlé des répétitions de certains 
thèmes. Tous les textes en question sont caractérisés par cette 
singularité, qui, jointe à d'autres, oblige à les considérer comme 
irrégulièrement et superficiellement composés. Il faut en dire 
autant des citations de la Bible et du Nouveau Testament, qui sont 
fort inexactes et difficiles a retrouver J . Cependant les auteurs se 
montrent parfaitement familiarisés avec les faits de l'histoire évan- 
gélique, qui sont, du reste, aussi bien que ceux de l'histoire 
biblique, enjolivés de traits qu'on peut, suivant le cas, qualifier 
d'aggadiques ou d'apocryphes. Ainsi le fragment G cite, comme l'a 
bien vu M. Goltheil, la sage-femme Soulmi (Sulamilh), personnage 
provenant des Apocryphes du Nouveau Testament; comparer 
rân>0 dans K, p. 10, 1. 1 ; fiwbo dans A, 1. 64; TV, p. 11, J. 13; 
p. 13, 1. 4. Mais ce qui prouve le mieux la parenté ou plutôt l'iden- 
tité de G et de A, c'est la forme oio* 1 ou ibiizt pour le nom de Jésus, 
qui figure dans l'un et dans l'autre, tandis que dans K ce nom est 
toujours écrit "•o*^ 6 . 

1. "JN33N in D n b M3N [bipn "npn EpDl]; dans K il manque in et la phrase 
devient 1&*0283 0*3 H3N- 

2. 'iD b"»33N3N ■* bwNp Hp"l. 

3. K, p. io, i. I : -ott innorn ^rmb •nnm a'wnnn Nb r\^ ; ib., 1. n : «b 
pnnON vtpassim; G\ 1. 6 : ^nnon fcô Bpa "ptt ^aàJD, cf. 1. 12 ; 4, 1. 4 : abc 
■nhbn, cf. i. 30; n, p. 5, i. 26 : œian îô Y»kt; ib., p. i, i. 8 : yô» "•;&* ftnrti 

TDIDD «b ym; cf. encore ibid., p. 8,1. 34; p. 10, 1. 5; p. 10, 1. 16; p. 11, 1. 14 et 19. 

4. K, p. 7, 1. 19 et p. 10, 1. 18 : pbjfl NttN ; P- 7, 1. 31 : ûb^n N73 ; p. 8, 1. 22: 
ûb*n D"b«. Cf. G 1 , I. 3, 11, 28; A, 1. 5 et 24; N, p. 6, 1. 23 : jnn tihrt; ibid., 
p. 5, 1. 19 : "|JHn N^n ; ib., p. 5, I. 31 : irin Nbm, et passim. 

5. Sur ce point v. Geldïiher, dans Z. D. M, G., XXXII, 341 et s. ; Schreiuer, ibid., 
XLII, 591 et s. ; Goldzilier, Revue, XXX, 1 et s. ; le même, dans Z. A. W., XIII, 315 
et s.; Schreiuer, d.ius Semitio Studies (Mélanges Kohut), p. 495 et s. 

6. Sur cette forme du nom, voir Revue, LV, 148-1 51 - 



UN FRAGMENT POLÉMIQUE DE LA GUEN1ZA 67 

Nos textes représentent sans contredit ce qui s'est conservé de 
plus ancien dans la littérature juive en fait de polémique systé- 
matique contre le christianisme. (Vest une autre question de savoir 
si elle a influencé de n'importe quelle manière la littérature posté- 
rieure. Un parallèle avec cette littérature devrait être institué sur 
une plus large base que celle que permet le but de cette publica- 
tion. Néanmoins, dans l'analyse que nous allons donner du con- 
tenu de notre fragment nous ferons quelques références à des 
ouvrages polémiques du même genre. 

1° Attitude de Jésus envers ses parents (lignes 1 à 5). La dureté 
de Jésus vis-à-vis de ses parents et de ses proches a souvent été 
incriminée par les polémistes *. 

2° Il est absurde de soutenir que Dieu a une mère (lignes 13-14). 
Reproche fréquent 2 . 

3° Jésus atteste lui-même qu'il est homme (lignes 16-19). 

4° Jésus était connu à Nazareth comme un homme ordinaire 
(lignes 20-24). 

o" Les souffrances de Jésus sur la croix (lignes 25-27). 

6° Il est infamant d'aller à âne (lignes 28-31 et 49-52). C'est pro- 
bablement une idée foncièrement musulmane qui se fait jour dans 
ce reproche. En effet, le calife Moutawakil crut livrer les Juifs et 
les chrétiens au mépris en leur défendant notamment de monter à 
cheval et en ne leur permettant que les ânes et les mulets 3 . Du 
reste, à Byzance aussi on ne laissait pas les Juifs monter à cheval 4 . 
D'après le Talmud 5 , déjà le roi de Perse Sapor se moquait de la 
prédiction prophétique (Zacharie, ix, 9) d'après laquelle le libéra- 
teur d'Israël, le Messie, ferait son entrée sous l'aspect d'un pauvre 
et monté sur un âne; le rabbin Samuel, qui réplique au roi, paraît 
admettre que l'âne monté par le Messie devrait être un animal de 
couleur blanche, tel qu'il convient à un roi messianique. La tradi- 
tion chrétienne connaît aussi quelques qualités particulières de 
l'âne monté par Jésus : ainsi il était encore intact, c'est à-dire qu'il 

1. Isaac Troki, Iltzzouk Emouna, II, ch. 29, tire argument de ce que même les 
plus proches parents de Jésus ne croyaient pas en lui. La question de l'attitude de 
Jésus à l'égard des parents et surtout de la mère, attitude si fâcheuse si on l'envisage 
du point de vue humain, a été traitée tout récemment par G. Friedlander, The Jewsh 
Sources of the Sermon on Ihe Mnunl (Loin h es, 1911), |>. 43 et 57. 

2. Déjà le Midrasch combat l'idée que Dieu puisse avoir un père, un tils on nu frère; 
voir les textes dans l'u-uwaire de Strack, Jêsu, diê ffàreiiker und die Christen Leip- 
zig, 1910). p. 38. 

3. Deppin^, Les Juifs dans le Moyen Age (Paris, 1834), ch. i. 

4. Benjamin de Tudele. éd. (iriinhut, p. 21. 
■■'t. San/iedrin, 98 a. 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'avait été précédemment monté par personne * ; cette idée ne 
devait naturellement faire aucune impression sur le polémiste 
juif, même s'il Ta connue, ce qui est fort invraisemblable. Tout 
compte fait, on ne comprend pas très bien qu'un Juif se moque de 
ce qui est au fond biblique, c'est-à-dire juif. 

7° Confession solennelle de l'unité de Dieu (lignes 31-37). On 
trouve quelque chose d'analogue dans la Kissa et dans Nestor, au 
début de l'ouvrage, mais avec plus de développements et dans un 
esprit foncièrement philosophique. 

8° Du jeûne (déoe) de Jésus et de sa tentation par Satan (lignes 
37-45) 2 . 

9° Encore les souffrances de Jésus sur la croix et l'usage de 
l'ânon (lignes 46-5*2) ; comparer 5° et 6°. Tous les polémistes juifs 
du moyen âge se servent du cri de désespoir poussé par Jésus en 
croix (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? ») 
pour montrer qu'il ne pouvait s'aider lui-même, par conséquem- 
ment, qu'il n'était pas Dieu 3 . 

10° Longue démonstration (lignes 52-71) tendant à établir à 
l'aide d'Isaïe, xlvi, 1 et suiv., et I Rois, vin, 27,'qu'alors que ni le 
ciel, ni la terre, ni le sanctuaire ne peuvent contenir Dieu, com- 
ment le sein obscur d'une femme aurait-il pu le contenir pendant 
neuf mois? A ce propos, on rappelle la fuite en Egypte et de nou- 
veau l'entrée sur l'âne. Ce long morceau commence par ces mots : 
« Je m'étonne de toi, que tu n'aies pas boute à cause de (fw) Daoud 
et de son fils Souleïman ''. » L'argument qui suit et qui est tiré de 
la construction du Temple semble être le développement de cette 
sentence' 5 . Quoique les paroles de I Rois, vm, 27 soient pro- 
noncées seulement par Salomon, l'auteur nomme également le roi 
David, parce que c'est lui qui avait conçu le premier l'idée de cons- 
truire un temple. Mais comme le texte biblique en question (ver- 
sets 25 et s.) contient une allusion des plus claires à la promesse 
divine rapportée dans II Samuel, vu, 8 et s., il se peut que notre 
polémiste, en nommant David et Salomon, ait songé en même 

1. Winer, Biblisches Realœôrterbueh, 3 e éd., s. v. Esel. 

2. Isaac Troki, op. cit., Il, cli. 7, prouve par la tentation de Jésus que celui-ci n'est 
pas Dieu. 

3. Voir G 2 {Mélanges Hartwig Derenbouvg, p. 89) et N, p. 5, 1. 4 et 30; puis David 
Kimlii, Milhémel Hoba (Constantinople, 1710), 136; Joseph Kinihi, ibid., 23a et 37*/: 
Simon b. Sémali Duran, ibid., 47 a-b ; Lipman Miililliausen, Nissahon (éd. Hackspan, 
Nuremberg, 1644 , § 275, p. 150 et s. 

4. Plus concis dans N, p. 13, I. 1 : 133 n735©1 TH *p33>?a. 

5. Dans N le lieu est en efïet bien marqué : rP3 "p H33K DTD3 111 "IttN "O 



UiN FRAGMENT POLÉMIQUE DE LA GUENIZA 69 

temps au passage 1T Sam., vm, 4.4, où Dieu, dans le message à 
David, père de Salomon, désigne celui-ci comme son fils. Effecti- 
vement ce passage est cité, avec d'autres du même genre, par cer- 
tains polémistes 1 pour montrer que d'autres hommes sont vis-à-vis 
de Dieu dans un rapport de filiation sans se nommer pour cela 
Dieu. L'allusion à David et à Salomon pourrait donc constituer 
dans notre fragment un article à part, distinct de ce qui suit. 

11° Avec une intention satirique bien marquée, l'auteur, dans 
cette pensée : « Comment un jeune ânon aurait-il pu le porter? » 
insère la remarque : « c'est donc la croix qui l'a porté » (lignes 66- 
67) 2 . Comp. K, p. 7, 1. 25 et surtout p. 12, 1. 13, où ce point ne 
forme également qu'une remarque intercalée ironiquement 3 . 

12° Le dernier morceau de notre fragment (lignes 71-72) con- 
tient l'ordre donné par Jésus à Pierre de prendre un dirhem dans 
la ville ; de même dans N (p. 13, 1. 7), sans qu'on voie mieux en 
quoi ce trait fournit matière à polémique. Ce point figure dans le 
Nestor hébreu presque à la fin de l'ouvrage; nous pouvons donc 
admettre que ce n'est pas par hasard que notre fragment s'arrête 
ici, mais qu'il touchait effectivement à sa fin. Notre hypothèse, 
d'après laquelle la place de notre fragment A est à la suite du 
fragment G, se trouve ainsi confirmée. 

Texte. 

^««b» ">a bsp npi .^osn "in D"»b rsDN la 

in o^bs "«273 nrON ^3î*i ■<»« 3m yn 2 

in mn p fa D*r oio* 1 &tinb .^e 3 

rwb« 133>n wion abs .îibnia 4 

*Db*n N72N .ÎTVTpbN hlZtl^ h p' 3în 5 

mae* mi p ■rwrinbK ""s bsp nbbs "jn 6 
ïtoni ma» uni» pi bnp^ n?:Ni 7 

1. V. David Kimhi, /. c, p. 17a : ÏTzSbttîl TH 133 D"»pb»3 nEIN Nin pi 

'idi a«b ib mrw "»3ni pb "»b !-pït soîi. 

2. nauîâ f7n*573tn (les lettres 33 qui précèdent sont inintelligibles). 

3. Jésus dit : naicSb» "nttjb NbN j-pB p3^ "JN370 "HP D3 TO-sb» p&n 
TVhy 3bl]£ "HbN, etc. Dans la traduction française (p. 19) la phrase « sinon, sans 
doute, sur le bois infamant où il a été attaché » est mise avec raison entre parenthèses. 
Dans N, p. 12, 1. 18, la phrase ainsi conçue : Q{* "O p "|b NïM Mb "flïjsn pi 
[ïT^by] 3bsc:'^ mip3 ; rien que des arabismes. 

4. Sur b^âSN chez les Musulmans, voir M. Goldziher, dans Z. D. M. G., XXXII, 
348 et s. 

5. 7a est suppléé d'après le sens. 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

*ftR ïwn s ^ ^fi n^n b«ps .bnp-< 8 

bat* "{To «psn nnb -iban Nbi "pibfcr io 

*b *]*h% wn ^narri biù* ttbba •;« h 

.^w» "pNba nbbN *ib« 4 yN-ib« 12 

8 'n "jn ->nnon «b t]"0 ^373 na*NB 13 

6 '73 p bip nbba ^ts un mb p 14 

■"rr mowbN p bipn tj-toi . "jns-non 15 

D"P "HtÇa Î1&D3 N730 "7pE mOT 16 

p -»:p ûb bNpi ornas T Tbn boa n 

pwb &o N733N onD-'b -nanbN 18 

9 'n 'n Ï1DD3 8/ * imz) ip NÎïlB 19 

ïib^bab» !m$K5b« bnN p 10 'n 'n 20 b 

Vn 1» -ibNp did^ rmp -"m unions 21 

pN ann p*b rrosnbN 12 rn«rj " NiNtib 22 

fipjwm N3W nn*DN"i -i«;obN 23 

oio-' IN w 'n N73N . ,3 '* neoTm» 24 

[n]t"ju3 pn* pn3>-i irwbN nriNSN 25 

m?abN ^oe3 pâba bapn *wn bn« 26 

— .mfcbN ya ïWJ nri^b^ ->oc3 p-i 27 

yô arrw onsacb bNp oio^ p 15, n 'n 28 

332NE . fiâs-iN Tn iDjb» 16 m ^b 29 

17 pNbN r^n in ^nnon Nb cpa ^373 30 

n'îb» p in^N nsn ?T»n aiaia 3i 

1 . Le mot niin, on le sait, a passé eu arabe. 

2. E est surmonté d'un point dans l'original. 

3. napa '■> = miain rrnï* = Pécalogue, 

4. Les abréviations sont marquées dans l'original par un point supérieur. Pour 
éviter toute confusion avec les points diacritiques, nous substituons des apostrophes 
aux points. Lire 1&2P. 

5. Lire y*wb«. 

6. bnpn. 

7. Effacé. Lire N73- 

8. Sic. Lire "»bST 

9. *hy. 

10. N"H2a H?«. 

H. ûb*n N73N. 

12. Dans l'original 'N est les deux fois au-dessus de la ligne. 

13. «513*. 

14. nb*n. 

15. Db*n N73N. 

16. Lire *pî ; cf. I. 49. 

17. Dans l'original 'n est au-dessus de la ligne. pN par excellence = nbbN pN 
= Jésus. 



UN FRAGMENT POLÉMIQUE DE LÀ GUENTZA 7i 

mtr Nb *ffc« n nbN im n^-n ""rr 32 

nb "p^tû Nbi Frinab Ti» Nbi 33 

noD3 B|xi '■{Niai nab73 ^d 34 

1 "iriNibN abaym ^psanc ^nNi r;3N 35 

2 '■on* Nb -nbat TDi'bN iiob» irtNbN 36 

k '9 3 -vtî nias» — .[M]ibi Nbi anNS 37 c 

? anar p ^d bipn ttP8 ïtbojaba 38 

abbi HtefcMÊ ^d ni 1 * n ibN utn 39 

?bipn u^n in ftbb» *j7a mciraba 40 

5 ^bîa ab;a* anar "nb» in nbp "jnc 41 

np pnNar "n?3*b pdnd rrnnbN 42 

mnabN *d N73"n '12 oie ûmt 43 

b« rrpbi ûnb n^a ibN ns "rn 44 

nb b»pn ino3n n-nat *s inu^u: 45 

bN naNaiN dio^ in ûbrn N73N 46 

172TN bn73 THtB 6/ 3> pin T-U 47 

bNp un mTabN "^n "^osa niba ba.pl 48 
7 u3>bN nai ^b là anfiji onasb 49 
bN 3Nii o-iuD naHNar oban «bn 50 

fiab^l *pa072 "JN03Nb T,Nan *-|N73n 51 
6p5 ^373 [N]a33>D .[N]a-|Nn "173T OID^ 52 

8 'n 'n .mbi ■jjrboi iini 173 wiori Nb 53 
; [N]ma 9 ib ^3N n a-i nbbN : bNp uni "jn 54 d 
y? mn ma n N iinhn^ nbbN nb bNpo 55 

nWMQPPtt ? ">35*&1 1ND73 711 m 3 ^Nl 56 

1N373 "^ND ^nmp Nb?3 y^NbNI ""CTO 57 

btfpD ? ^pP0?3 1N373 *N ^D1 ^JO"' 58 

oip^ [N]ma *jb "V33N ^an iTrtn nb 10 "a: 

anbND .^naT ïtb îbs-n ^«dn ï-pb 

nas^i «b*Ni naaN la 'n "pNan u 'n 'y 

4. "7 est douteux. 

2. â et 1, pointés par moi, sont douteux dans l'original. 

3. trn? 

4. ->by. 

5. Le '3 final est à peu près entièrement coupé. 

6. [N]p-J3>; cf. 1,25. 

7. Sic. Lire îDjbfi* ; cf. 1. 29. 

8. ûb*n N73N. 

9. Lire *|b. Cf. 1. 59. 

io. aarN. 

,u> (l> 

h. ^-an î*. 
12. -»bym. 



59 
60 
61 



72 



REVUE DES ÉTUDES, JUIVES 

WTP rû«1 ÈTO rtfSP I» 17273 62 

nncs 'a d^-its nnbfcn nbb» 1^ 63 

2 net:o ! -min Hnbipm Nn:^n *s 64 

-isw *b« rusai in riibïwn (?) «men 65 

(?) -35 rtnbnm "pas isy nbfcrh 6g 

3 2iD îpo nbba o^ "jns iNs (?) iiawD 67 

^220^ Nb b»p "IN ïlblp ^D UN*! 68 

4 ■p&^ban nanEoba* *abttnn «bi ■»« 69 

in rr*n in ani ribarp trsi 70 

onoeb b«p oio^ •;« 5 'n 'n . -iwsn 7i 

... 6 br abc arm &cb aba« arrw 72 

Traduction. 

...Qu'il n'est pas un homme. Et il a dit dans l'Évangile 7 : « Celui qui 
aime sa mère et son père plus que moi n'appartient pas à moi. » Je vois 
donc que Jésus affirme que celui qui l'aime doit être comme lui 8 . N'as-tu 
donc pas honte? ô serviteur de Dieu !... 11 t'ordonne d'offenser la majesté 
divine (?). Ou ne sais-tu donc pas que Dieu a dit dans la Tora 9 : « Celui 
qui tue son père et sa mère doit être mis a mort et celui qui injurie son 
père et sa mère doit être mis à mort. » De plus, il a dit dans les Dix com- 
mandements, qui ont été révélés par Moïse fils d'Amram 10 : « Honore tes 
deux parents et ne te relâche pas dans la bonté envers eux, afin que 
Dieu prolonge ta vie et te fasse du bien dans le pays que le Seigneur ton 
Dieu te donnera. » 

Je m'étonne de toi que tu n'aies pas honte de soutenir que Dieu a une 
mère — : il est puissant et élevé au-dessus de ce que tu lui associes. 

Et comment affirmes-tu que le Messie fait vivre et mourir, alors que 
lui-même s'est désigné comme homme le jour où il lava les pieds de 
Pierre 11 et dit" : « Le fils de l'homme n'est pas venu pour être honoré, 
mais pour servir? » Ainsi il témoigna sur lui-même qu'il était un 
homme. 

1. En hébreu: np3^3 = nbaftpbftt 

2. Cf. rPBlbtC dans N, p. 11, 1. 13, 23, 27 et p. 13, 1. 4. 

3. Lecture douteuse. 

4. Plus exactement "pinNbNI. 

5. ob:>n n?:n. 

6. Voit 1 plus haut l'analyse du texte. 

7. Voir Marc, m, 35 ; Matthieu, xn, 50: Luc, vm, 19 et s., surtout Matth., x, 37. 

8. Reproduction libre du sens des passages évangélîqués; 

9. Exode, xxi, 15; Deut., xxvu, 16. 

10. Exode, xx, 12; Deut., v, 16. 

11. D'après Jean xm, 5, Jésus lava les pieds de tous les apôtres, mais c'est surtout 
avec Pierre qu'il en parle. 

12. Ne se trouve pas tel quel dans les Évangiles, mais cf. Luc, xxu, 27. 



UN FRAGMENT POLÉMIQUE DE LA GUENIZA 73 

Ne sais-tu donc pas que les gens de Nazareth, la ville galiléenne de 
Syrie — c'était la ville 1 de Jésus — dirent 2 : « D'où celui-là a-t-il cette 
sagesse? N'est-il pas le lils du charpentier, ses frères ne sont-ils pas chez 
nous et ses filles 3 ne sont-elles pas mariées chez nous »? 

Ou ne sais-tu pas que la souffrance a atteint Jésus et que comme un 
humain il a sué surabondamment \ en disant alors 3 : « Mon âme est 
proche de la mort » et 6 : « En vérité mon àme est désemparée, affligée à 
cause de la mort? » 

Ou ne sais-tu pas que Jésus a dit à Pierre 7 : « Va, amène-moi un ànon 
maie, afin que je le monte. » Et alors je m'étonne de toi que tu n'aies 
pas honte de représenter le Fils comme quelqu'un qui va à àne ! 

J'atteste que Dieu fait vivre et mourir et qu'il est le Vivant qui ne 
meurt jamais et il n'y a pas de révolte contre son commandement et il 
n'a pas de compagnon dans son royaume et c'est ainsi aussi qu'il s'est 
dépeint comme unique. Qu'il soit célébré et exalté, l'un, Tunique, le 
seul, qui vit longtemps, qui ne s'est associé ni un compagnon ni un 
enfant. 

Réponds-moi, je te prie (?), à la question : Que penses-tu de celui qui 
jeune? de celui qui se retire dans son jeune : cherche-t-il le pardon de 
Dieu, ou qu'en penses-tu? Que si tu dis que celui qui jeune cherche 
par là la pénitence — et par ma vie! tu dis la vérité — Jésus a jeûné 
quarante jours dans le désert s jusqu'à ce qu'il vint à Bethléem et que le 
Satan sous face humaine le rencontra et lui dit [ce qu'il lui dit] 9 . .. 

Ou ne sais-tu pas que la souffrance a atteint Jésus et que comme un 
humain il a sué surabondamment en disant : « Mon àme est proche de la 
mort. » Il dit alors à Pierre : « Viens, amène-moi un ànon mâle. » Mais 
son ami (?) Pierre ne le comprit pas et amena un âne, qui appartenait à 
un pauvre homme, et Jésus le monta et s'éloigna en fuyant. 

Maintenant on doit s'étonner de toi, que tu n'aies pas honte à cause de 
David et de son fils Salomon ,0 . . . 

Ou ne sais-tu pas que David a dit n : « Dieu, mon Seigneur, je veux te 
bâtir une maison » et Dieu lui dit 1S : « David, quelle maison veux-tu 

1. C'est-à-dire : la patrie de la famille. 

2. Mattli., xin, 54 et s.; Maie, vi, 2 et s. 

3. Il s'agit des filles de Joseph. 

4. Luc, xxn, 44 : iôpoo; (le passage n'est pas reconnu authentique par tous les 
témoins du texte). 

5. Ne se trouve pas textuellement. 

6. Matth., XXVI, 38; Marc, xiv, 34; Jean, xn, 27. 

7. Matth., xxi, 2; Marc, xi, 2; Luc, xi\, :!0 ; Jean, xn, 15 ; mais nulle part Pierre 
n'est formellement cité; de plus, d'après les Évangiles ce n'était pas un àne mâle, mais 
une àuesse avec ses petits. 

8. Matth. iv., 1 — 1 1 ; Marc, i, 12 et s. ; Luc, iv, 1-13 ; cf. 1 Rois, xix, 8. 

9. Complété d'après le sens présumé. 

10. Comp. l'analyse donnée plus haut. 

11. Cf. II Sam., vu, 2 ; I ChroQ., xvn, 2. 

12. Ib. et Isaïe, lxvi, 1. 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

me bâtir? quelle maison et quel endroit peuvent me contenir? Le ciel 
est mon trône et la terre est pleine de ma gloire. Quel endroit peut 
donc me contenir et où peut-il y avoir une demeure pour moi? » Alors 
David lui dit encore : « Mon Seigneur, je veux te bâtir une maison où ton 
nom sera sanctifié et ta gloire agrandie 1 . » Donc le Seigneur — il est 
puissant et élevé, qu'il soit loué et exalté ! — est bien trop grand, trop 
élevé et trop puissant pour que quelque chose le contienne, et tu soutiens 
que Marie a porté Dieu neuf mois dans son sein, que sa nourrice Ta 
porté sain et gras, que lui 2 et sa mère l'ont porté en Egypte 3 , qu'un 
jeune ânon l'a porté et que l'a porté (?)... Que si Jésus était un Dieu, 
David a menti quand il a dit 4 : « Rien ne peut me contenir, le ciel et la 
terre ne peuvent me porter. » Comment donc le sein d'une mère, une 
nourrice ou un âne pourraient-ils le porter? 

Ou ne sais-tu pas que Jésus a dit à Pierre : « Va, cherche-nous un 
dirhem 8 ? » Alors il ne cessa pas. . . 



Vienne, septembre 1911, 



S. Krauss. 



1. Ne se trouve nulle part textuellement. 

2. Joseph. 

3. Mattli., ii. 14 et s. 

4. Cf. I Rois, vm, 27. 

5. Probablement allusion à Matt., xvn. 21. 



ETUDE 



SUR 



LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 

DU V e AU XIV e SIÈCLE 

(suite et fin 4 ) 



APPENDICE III 



UN TROUBADOUR JUIF : BOFILH 



On commettrait une singulière erreur si l'on se figurait que les Juifs 
de Narbonne étaient exclusivement adonnés aux affaires lucratives du 
commerce et de la banque. Nous avons vu plus haut que les juiveries 
narbonnaises pouvaient s'enorgueillir d'un nombre assez respectable de 
philosophes, de médecins, d'érudits. Elles avaient aussi leurs poètes. Dans 
une de ses « tensons » les plus curieuses, Guiraut Riquier, troubadour de 
Narbonne, donne la réplique à certain Bofilh 2 : 

« J'ai entendu dire, Botilh, que tu sais trouver et faire des couplets; 
mais je veux savoir en peu de mots pour quel motif tu chantes. As-tu 
peur de quelque chose? As-tu une dame pour qui tu doives chanter? 
Chantes-tu par amour de la jonglerie ou des libéralités du premier venu? 
Ou bien chantes-tu pour que ta réputation grandisse? Car ton chant a de 
la valeur si tu as des raisons de chanter 3 . » 

1. Voy. Revue, t. LV, pp. 1 et 221 ; t. LVIII, pp. 75 et 200; t. LIX, p. 59 ; t. LXI, 
p. 228 et t. LX1I, p. 1 et 248. 

2. La tenson de Guiraut Riquier a été publiée, avec quatre autres du même auteur, 
par C. Chabaneau dans la Revue des Langues romanes, t. XXXII (1888), pp. 112-113, 
d'après le ms. 22543, f° 35 6, de la Bibliotbèque nationale. 

3. Auzit ay dir, Bofd, que saps trobar 

E fas coblas; mays saber vue! h breumen 

Per can cbantas. As de re espaven, 

as dona per que o deyas lar ? 

si cantas per plag de joglaria, 

Ni per aver de lunh home que sia, 

O si chantas que ton pretz s'en enans, 

Car ton can val, s'as razou per que chans. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les questions de Riquier sont un peu malicieuses. Bofilh ne serait-il 
qu'un vulgaire jongleur qui écrit et déclame des vers par métier, au lieu 
d'un poète inspiré et désintéressé qui chante par amour de sa dame et de 
la gloire? Mais Bofilh fait une réponse digne d'un troubadour : 

« Guiraut, je chante pour réjouir mon cœur et par amour de celle qui me 
maintient joyeux ; car j'aime la renommée, la joie et la jeunesse; mais je ne 
chante jamais pour gagner de l'argent ; je t'en donnerais plutôt, car j'en 
donne à plusieurs pour l'amour de mon amie, qui est aimable, généreuse, 
gaie et digne; et je chante pour elle, puisqu'elle me fait bon accueil l . » 

Voilà Guiraut parfaitement renseigné sur les intentions poétiques de 
Bofilh. Le troubadour juif a tout le désintéressement de ses confrères 
chrétiens. Il chante pour son plaisir et pour celui de sa dame. Le gain 
est son moindre souci. Bien loin de songer à se procurer des ressources 
par la poésie, il est tout disposé, si son amie l'ordonne, à ouvrir sa 
bourse au premier besogneux venu. En vrai paladin, Bofilh subordonne 
tout à l'amour de sa dame. 

Guiraut devrait s'estimer satisfait ; mais il déplace la discussion du ter- 
rain poétique sur le terrain religieux, et un peu grossièrement reproche 
à Bofilh sa qualité de Juif : 

« Bofilh, je veux te demander encore autre chose : puisque tu chantes 
par amour, pour ton plaisir et pour ta dame, dis-moi fermement à quelle 
loi tu appartiens; et pourtant je devrais m'abstenir de l'interroger sur ce 
point, car il ne convient pas qu'un traître qu'on rencontre se tienne sur 
notre chemin. Or, toutes tes paroles et tous tes actes sont odieux à Jésus- 
Christ que vous avez supplicié*. » 

• 

1. — Guiraut, ieu chan per mon cor alegrar, 
E per amur de ley quem ten jauzen, 

E car me platz pretz e joy et joven ; 
Mas ges non chan per aver acaptar, 
Ni jes non quier, enans t'en donaria, 
C'a mans ne do per amor de m'amia, 
Qu'es cuend'e pros e gay'e ben estans ; 
E chan per lieys, car mi fa bels semblans. 

2. — Bofilh, enquer te vuelh mays demandai"; 
Pus per amor cantas nit tens jauzens, 

Ni per domna, e di m'o sertamens, 
De cal ley(s) es ; [ejdegra m'en cessar, 
Car nos tanh jes que om que irachors sia 
Cui escontra tengas [en] nostra via, 
Car totz tos ditz e tos f'atz sou pezans 
A Jesu Crist, car lo avetz esglans. 

M. J. Anglade, auteur d'uu remarquable ouvrage sur Le troubadour Guiraut Riquier 
(Paris et Bordeaux. 1905, in-8°), prépare une édition des œuvres de ce poète ; il est 
d'avis d'apporter quelques modifications au texte publié par Chabancau. notamment 
pour les Besoins de la métrique, de suppléer e et en aux 4* et 6 e vers de la troisième 
strophe et de corriger c eu que au ?j e . M. Anglade, en outre de ces corrections, a bien 
voulu revoir notre traduction de la « tenson » de Riquier. Nous le remercions bien 
vivement ici de son extrême ohligeance. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 77 

Riquier ne saurait rappeler plus durement à son interlocuteur qu'il 
appartient à un peuple dont les ancêtres crucifièrent le fils de Dieu. Mais 
sous cette allusion blessante autant qu'intempestive, Bofilh ne bronche 
pas, et très ironiquement fait remarquer à Riquier qu'il transforme le 
débat poétique en controverse théologique. 

« Si vous laissez propos d'amour pour sermonner, cessez de parler et 
mettez un vêtement blanc, Guiraut; et puis grande sera la controverse, 
ma dame refusant absolument d'adorer la croix; mais s'il y avait en toi 
amour ou courtoisie, tu ne me reprocherais pas le tutoiement comme une 
folie; l'amour veut que les amants se tutoient; aussi personne ne doit 
s'en plaindre l . » 

Le vêtement auquel Bofilh fait allusion s'applique sans doute à l'aube 
que revêt le prêtre pour monter en chaire, ou mieux encore à la robe de 
bure blanche que portent les Frères Prêcheurs, contradicteurs habituels 
des rabbins et des philosophes juifs. La dame de Bofilh est juive comme 
lui, ou tout au moins hérétique, le refus du signe de croix faisant partie 
des erreurs relevées par l'Eglise à la charge des hérétiques albigeois ou 
cathares. Le texte qui nous est parvenu de la tenson de Riquier doit pré- 
senter ici des lacunes. Bofilh justifie l'emploi du tutoiement entre amou- 
reux. C'est donc que Riquier vient de lui en faire le reproche. Le dialogue 
continue sur le même ton, à la fois vif et sarcastique : 

« — Bofilh, personne ne peut aimer plus fermement, personne n'a 
moins de goût pour le sermon que moi, surtout s'il faut y sacrifier une 
cour agréable ! Mais j'ai dû te reprocher ton tutoiement ; et toi, comme un 
fou, tu répands ta folie. 77 ne te convient pas de parler de vêtement grossier. 
Et un jugement qui, certes, a du prix, celui [du seigneur] d'Oupia 2 » 

Riquier reprenant habilement l'objection que vient de lui adresser Bofilh 
lui fait entendre qu'on est malvenu à parler de vêtement spécial quand les 

1. Pus plag d'amor layssatz per sermonar, 

Laysal parlai* e vist blanc vestimeu, 
Guiraul, o pueis er grans Vesputamen, 
Que jes mi dons no vol crotz adhorar, 
E si en tu fos arnor ni cortezia, 
Jal tuegar nom tengra» a l'olia, 
C'amors vol ques tuejols aymans, 
Per que degus non deu esser clamans. 

M. Anglade propose de lire espurr/amen (purification) au lieu (Vesputamen, qui lui 
paraît un mot inconnu. Le blanc est bien, en effet, la couleur qui convient pour une 
cérémonie de purification. 

— Bofilh, anc hom no poc pus ferm amar 

Ni en sermo non ac mens son enten 

Que yeu, per tal que en lays domney plazen. 

May repenret de^uy de! tuejar, 

E tu coin fol despendes ta folia, 

Qur vestimen vilas dir aot taohia, 

Nil jutjamens pero tan per prezaus 

Sel d'Opian. . . 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lois vous font une obligation d'en revêtir un de tel, ou de porter tout au 
moins, bien en vue sur une partie du costume, une marque distinctive 
comme la rouelle. Le troubadour chrétien termine par une déclaration 
de rupture : 

« Je laisse la tenson; jamais plus je ne te répondrai, car la raison te 
fait défaut et tu dis une vilainie. J'en passe par le jugement de messire 
Bertrand, celui d'Oupia, qui est raisonnable en amour. 

« Ta réponse, ta compagnie, je n'en veux plus désormais; ma réputa- 
tion y perd; et mon savoir qui était grand en sort amoindri, car avec ton 
savoir en plus (?) le mien a chu d'un pan '. » 

Bertrand, seigneur d'Oupia', était un chevalier de l'entourage du 
vicomte Amauri I er3 . C'est donc apparemment à la cour vicomtale que 
Riquier a fait la connaissance de Messire Bertrand. Le dernier biographe 
de Riquier, M. Anglade, nous déclare que le troubadour narbonnais a 
nommé le seigneur d'Oupia au moins cinq fois de 1254 à 1259. D'après lui, 
la tenson que nous venons d'examiner devrait se placer en 1257 ou 1259. 
C'est précisément l'époque où le roi Louis IX et son frère Alphonse de 
Poitiers employaient tous leurs efforts à réduire les quelques avantages que 
les Juifs avaient réussi à conquérir sous les règnes précédents. Sans 
penser comme Louis IX, qui, repoussant toute idée de discussion avec les 
Juifs, conseillait de les aborder, non avec des arguments, mais à la pointe 
de l'épée, le poète Hiquier se décidait en définitive à rompre toute 
relation avec le « perfide » Bofilh. 

Il est probable que Bofilh n'est pas un personnage de fiction ; mais 
n'aurait-il jamais existé, son cas n'en serait pas moins intéressant à étu- 
dier, car il resterait un type représentatif de personnes ayant réellement 
existé et dont Riquier aurait connu le ou les modèles parmi les poètes 
juifs do sa ville natale. 

M. Anglade conclut son examen delà tenson qui met aux prises Riquier 
et Bofilh 4 , en déclarant qu'il n'y a pas « dans la littérature provençale 
d'autre exemple de tenson entre un poète juif et un troubadour a. Il est 
vrai d'ajouter que le genre littéraire des tensons a été très cultivé par les 
écrivains juifs, mais sous la forme presque exclusive de controverses entre 

1. — La tenso lais, c'ueymay not respondria. 
Car razot falh e dizes vilânia, 

E passi m'en per mo senlior Bertran[s], 
Sel d'Opian, i|u'es d'amor benenans. 
— Ta resposta no vuelh ni ta pari;i 
D' est' or' enan, car ma valor s'en bria 
E mos sabers n'es mermatz qu'era grans, 
Car ab ton pus m'en es cazutz ns pans. 

D'après M. Anglade, vêlas doit être corrigé en vilus (du latin vllanus, de paysan). Le 
dernier vers est très obscur. Riquier veut-il ctirti que son savoir augmenté île celui de 
Bolilli, au lieu de s'élever, baisse d'un pau ? 

2. Oupia, village de l'Hérault, arr. de Saint-Pons, canton d'Olargues. 

3. UlsL de Lang., t. vm (1879). Preuves, ce. 1093, 1097. 

4. Anglade, Le troubadour Guiraut Riquier, pp. 86-88. 



ÉTUDE SUK LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 79 

des abstractions ou des personnes fictives, par exemple le corps et l'âme, 
l'Eglise et la Synagogue ». 

Quoi qu'il en soit, la tenson de Riquier prouve surabondamment que les 
Juifs narbonnais n'étaient pas inaccessibles à la poésie et qu'ils avaient 
au plus haut degré le culte du désintéressement et le sentiment de l'idéal. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



I 

[918 ou 919], 7 juillet. — Tours-sur-Marne. 

Le roi Charles le Simple reçoit sous sa mainbournie Vévêque Erïfons et le 
prêtre Goufard, serviteurs de l'église Saint-Quentin de Narbonne, à 
laquelle il fait donation, entre autres immeubles, de plusieurs moulins 
qui appartenaient aux Juifs. 

A. Original perdu. 

B. Copie du xn 8 siècle dans un fragment de cartulaire de la cathédrale de Narbonne 

(Bibl. nat., ms. lat. 11015, f° 15 v°). 

C. Traduction française faite au xvn e siècle d'après une seconde copie différente de B, 

et conservée autrefois aux Archives de l'archevêché de Narhonne, sous la cote 
n° 16 (Bibl. mun. de Narb., Inventaire ms. des arch. de l'archev. de Narb., t. I, 
f« 30-31 v). 

D. Il existait une troisième copie de A dans un livre coté n° 2, 8 e feuillet (Ibid., 

t. I, f° 653). 
a. Catel, Mémoires de l'histoire de Languedoc, pp. 778-719, d'après C ou D. — 

b. Dom Devic et dom Vaissette, Histoire de Languedoc, l ,c édition, t. II, p. 55; 

d'après C ou D — //. Dom Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de la 

France., t. IX, pp. 521-522; d'après b. — c. Dom Devic et dom Vaissette, llist. 

de Lang., éd. Privât, t V, Preuves, ce. 133-135; d'après b et B. 
Iniuq. : Bréquigny, Table chronologique des diplômes, t. I, p. 375 ; llist. de Lang. 

éd. Privât, t. V, Preuves, c. 1550, n° XXXI Y (analyse). 
Établissement du texte d'après B. 

De Matapedilii et de porta Coriani 2 usque ad Celatam 3 et usque in 
médium flumen Ataze et usque ad lavatorium Goriani cum Montejudaico. 

1. Cf. M. Steinsclineider, Bangstreit-Literatur, ein Beitrag zur vergleichenden 
Literatur- und kulturgeschichte, Vienne, 1908, in-8°. Nous remercions vivement 
ici M. Liber d'avoir bien voulu parcourir à notre intention la brochure de M. Stein- 
schneider. 

2. B porte à droite la note marginale suivante : De antiqua porta Coriani que 
destructa [est in] medio flurninis. 

3. Celata B. Corr. Celatam. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

In nomine sancte et individue Trinitatis, Karolus, divina propiciante 
misericordia, rex Francorum. Si fidèles nostros exnostre largitatis gratia 
reddimus ditatos, erga nostram fidelitatem promptiores 1 comperiemus 
illorum animos. Idcirco volumus sancte Dei ecclesie fidelium tam pre- 
sentium quam futurorum nostrorumque sagacitati innotescere quod 
quidam episcopus Erifons, noster 2 fidelis, habitans Narbonam, perquen- 
dam venerabilem archiepiscopum Rotgarium Treverensis 3 ecclesie atque 
deprecationibus Vuillelmi, nostri magnimarchionis, nobis peromniadevo- 
tissimos fidèles, nostram h u militer expetisset 4 atque postulasset celsitu- 
dinem, ut enm atque Vulfardum 5 , presbyterum ejusque nutritum 6 , ex 
quibusdam rebusobDei misericordiam honorare eosque sub mundeburdo 
tuicionis nostre suscipere dignaremur. Quorum humillimis precibus, 
tam ob Dei amorem quam jam supradictorum nostrorum fidelium, vide- 
licet Rotgarii atque Vuillelmi, faventes ad 7 placidam deprecationem, pio 
assensu suscipientes eisdem 8 Erifonso episcopo Vulfardoque 9 presbytero, 
qui sunt servientes Ghristi, Domini nostri, necnon et beati Quiotini mar- 
tyris, cujus ecclesia est fundata 10 infra Narbone muros, per nostre régie 
auctoritatis lt preceptum concedimus terrain et molendina que sunt subtus 
pontem ipsius Givitatis, que pertinere Judeis videntur et ipsa molendina 
que sunt in loco quem vocant Mactapedilii lî , si militer ipsls Judeis perti- 
nentia ,3 . Ipsaque terra quam cis concedimus et omnibus servientibus 
ecclesie Beati Quintini sic habeat terminos : ex porta Coriani " usque ad 
locum quem vocant Celata, et inde usque ad médium flutnen Ataze, que 
ipsam terram circumvallat undique donec perveniat ad lavatorium ipsius 
Coriani, cum ipso Montcjudaico. Hec omnia perpctualiter ad babendum 
damus huic ecclesie superius memorate ejusque servientibus per prag- 
maticum ,5 nostre régie potestatis atque concedimus. Et 16 ut tam ipsi 
quam posteri ea 17 firrnius tenere valeant et lê hec nostre régie auctoritatis 
constitutio inviolabilem in Dei nomine obtineat vigorem, hoc pragma- 
ticum !9 regale' supradictis fidelibus nostris Erifonso episcopo Vulfar- 
doque, ejus presbytero, posterisque illorum fieri jussimus et anuli nostri 
manu propria confirmantes impressione sublerfirmare precepimus. 

Signum Karoli (monogr.), gloriosissimi " régis. 

Gozlinus", notarius ad vicem domini Arvei, archiepiscopi summique" 
cancellarii, recognovit et subscripsit. 

Datum nonas julii, indictione octava 2 '*, anno tricesimo ij 29 redintegrante 

1. Dromtiores b. — 2. nostri B. Curr. noster. — 3. Trevireusis 6'. — 4. expetiisseta. 
— 5. Vultfardum b, c. — 6. nutritum omis par a. — 7. ac a, b'. — 8. eidem b\ — 
9. Vultfardoque b, c. — 10. fundata est b, b\ — H. authoritatis b, c. — \1. Maitape- 
dilii a. — 13. pertinentibus B, b, c. Corr. pertinentia b\ — 14. Loriani a. — 15. brac- 
maticum B. Corr. pragmaticum. pi'agmatiam a. pragmaticam b. — 16. b. c omettent 
et. — 17. ejus B. Corr. ea. eatn 6, c. — 18. b, c ajoutent ut. — 19. braematicum 
B. Corr. pragmaticum — 20. régule B, b, c. Corr. regale b\ — 21. gloiiosimi 8. 
Corr. gloriosissimi. — 22. Gezlious B. Corr. Gozlinus. — 23. archiepiscopi atque 
cancellarii. dans Vinlerliqne summique B. — 24. VIII b. Corr. ij 6' c. — 25. xxxij 
6. Corr. xxij h\ c. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 81 

atque régnante Karolo l , rege gloriosissimo \ Actum in villa Turnis in Dei 
nomine féliciter. Amen 3 . 



II 

1091, 23 juillet. — [Narbonne], 

Cession faite par Dalmace, archevêque de Narbonne, du consentement 
des chapitres de Saint-Just et de Saint-Paul, à Pierre Raimond, 
sacriste de Saint-Paul, moyennant le prix de cent sous narbonnais et 
une redevance annuelle d'une demi- livre de poivre, d'un manse confron- 
tant, au nord, celui de Bonjucef, à l'ouest, celui de Maïr Crasso. 

(Bibl. nat., collection Doat, t. LVII, f os 77-78.) 

In Ghristi nomine, ego Dalmatius, Narbonensis archiepiscopns, cum 
consensu et voluntate clericorum sanctorum Justi Pastorisque beatique 
Pauli confessoris, donatores ac venditores sumus tibi Petro Raymundi, 
sacriste sancti Pauli, ipsius mansi qui advenit nobis ex comparatione et 
donatione Poncii Gualterii et antecessorum suoruin. Manit'estum enim 
quod nos prescripti donatores simul in unum donarnus ac vendimus tibi 
prescripto Petro Raymundi sacriste prescriptum mansum, qui affrontât, 
èx parte orientis, in manso de nobis prescriptis donatoribus, a parte 
meridiei, in manso qui fuit de Deodato Atonis, a parte aquilonis, in 
manso de Bonojucef, de parte circii, in manso de Maïr Crasso, quantum 
iste quatuor affrontationes includunt totum ab integro, sicut determina- 
tum est a te et a nobis donatoribus. Donarnus ac vendimus tibi prescripto 
Petro et quibuscumque tu vendere et alienare volueris cum nostro consi- 
lio, propter centum solidos narbonensis monete, quos donas nobis in 
presenti, etetiamper mcdiam libram piperis, quam modo donas nobis 
per unumquemque annum propter recognitionern in festivitate sanctorum 
Justi et Pastoris, reddes nobis et successoribus nostris tali videlicet condi- 
tione et tenore, sicut prescriptum est, totum ab integro quicquid ibi 
habemus velhabere debemus de nostro dominio in tuo tradimus jure et 
potestate, ut teneas et possideas tu et quicumque cum nostro consilio 
emerint velacquisierint. Et liceat tibi ipsos parietes de ipso manso augere 
et elevare quantum volueris et quibuscumque cum nostro consilio ven- 
dideris sicut de alodio tuo. Si quis contra banc cartam donationis, vendi- 
tionisque venerit ad irrumpendum, non boc valeat vendicare, sed 
componat in duplo cum omni melioratione et insuper firma et stabilis 
permaneat omni tempore facta carta venditionis decimo kalendas augusti, 

1. B omet Karolo. 

2. gloriosisimo B. Corr. gloriosissimo. 

3. B omet Amen. 

T. LXllï, W 125. H 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

anno millesimo nonagesimo primo, régnante domino nostro Jesu Christo 
seciindnm carnem. Dalmatius, gratia Dei Narbonensis archiepiscopus. 
Signum Pétri, canonici. Signum Bernardi, archidiaconi Signum Poncii, 
canonici. Signnm Pétri Udalgerii. Signum Guillelmi Bernardi. Signum 
Pétri, sacristesancti Pauli. Signum Bernardi Raymundi, signum Bernardi 
Amelii, signum Pétri Seniofredi, signum Johannis, clericorum sancti 
Pauli. Signum Berengarii Miehaelis, qui hane cartam scripsit cum literis 
in octavo... suppositis, sub die annoque quo supra. 

Hoc est translatant quod ego Johannes Hominis Dei, notarius Narbo- 
nensis publions, transtuli in quodam originali scripto, quod, prout in eo 
continebatur, dictas Berengarius Muchi scripsit et signo suo signaverat 
verbo ad verbum, nil addens vol minuens. "Quod originale et hoc prcsens 
transcriptum duo infrascripti publici Narbonenses notarii et Raymundus 
Poncii, juris litteratus, videntes, legentes et examinantes invenerunt 
utrumque bene per omnia convenire. Anno nativitatis Christi, millesimo 
ducentesimo octuagesimo septimo, decimo kalendas madii. Ego Vesia- 
nus Guiraudi, publicus notarius Narbone, subscribo. Ego Matheus de 
Vaure, notarius Narbonensis publicus, subscribo. 



III 

1092, 8 avril. — [Narronne]. 

Cession faite par Pierre liaimond, saerisle, du consentement de Dalmace, 
archevêque de Narbonne, et des chapitres de Saint- Just et de Saint- 
Paul, à Abonwr et à Abraham « Israélites », moyennant le prix de deux 
cents sous nûrbonnaU et une redevance annuelle d'une demi-livre de 
poivre à fournir aux chanoines, d'un manse confrontant, à l'est, le 
manse des dits chanoines, au midi, celui de Dieudonné Aton, au nord, 
celui de Bonjucef, à l'ouest, celui de Mair Crasso. 

(Bibl. nat., collection Doat, t. LVII, l' 0s 79-81.) 

In nomine Domini, ego Petrus Raymundi, sacrista, cum consensu et 
voluntate Dalmatii, archiepiscopi Narbonensis, et canonicorum sancti 
Justi et Pastoris et beati Pauli confessons, venditor su m tibi Abomari et 
Abraham, Isralite, et posteritati vestre vel progeniei. Manifestum enim 
quod vendo vobis cum illorum consensu ipsum mansum, qui fuit Poncii 
Gallarii, qui mini advenit ex eomparatione predicti archiepiscopi et pre- 
fatis canonicis, qui affrontât, a parte orientis, in manso de prefatis cano- 
nicis, a meridie, in manso qui fuit Deodati Atonis, a parte aquilonis in 
manso de Bonojucef, a parte circii, in manso de Maïr Crasso. Ouantum 
iste atfrontationes includunt, sit; vendo vobis prefatum mansum integri- 
ter, sicut terminatum est, simul cum ipso ex eo quod est rétro domum 
Poncii Galtarii, propter pretium solidos ducentos monete Narbone, quod 



ÉTUDE SUK LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 83 

vos mihi dedistis et nil apud vos emptores remansit. Sien t est manifes- 
tum, prefata quoque omnia, que vobis vendo, de meo jure in vestrum 
trado dominium et potestatem, ut habeatis et teneatis atque possideatis 
vos et posteritas vestra post vos et habeatis lieentiam ipsos parietes de 
ipso manso augere et elevare, quantum volueritis et faciatis ibi quicquid 
faeere volueritis sine illacontrarietate. Dabitis quoque omni anno propter 
reeognitionem mediam libram piperis ad festivitatem sanctorum Justi et 
Pastoris eisdem eanonicis prescriptis. Et qui hoe voluerit vobis infrin- 
gere, ego faeiam vobis tenere et habere sine enganno et si non potuero, 
çomponam vobis in duplo cum omni melioratione. Et insuper firma et 
stabilis permaneat omni tempore facta car ta venditionis sexto idus 
aprilis, anno millesimo nonagesimo secundo incarnationis Ghristi, 
régnante Philippo rege. Signum Pétri Raymundi, sacriste, qui hanc ven- 
ditionem fecit, firmavit et testes tirmari rogavit. Signum Bernardi Ray- 
mundi, capitis scole 1 . Signum Bernardi Amelii. Signum Pétri Seniofredi. 
Signum Deodati, eanonici sancti Pauli. Signum Poncii Andrée de Jaeha. 
Signum Ermengandi Isarni. Signum Guillelmi Ermagni. Signum Johannis 
Raymundi, qui hoc scripsit subdie et anno quo supra. 

Hoc est translatum quod ego Johannes Hominis Dei, notarius Narbo- 
densis publicus, transtuli a quodam originali scripto. Quod, prout in eo 
continebatur, dictus Johannes Raymundi scripserat, signo suo signaveral, 
verbo ad verbum, nil addens vel minuens. Quod originale et hoc presens 
transcriptum duo infrascripti publici Narbone notarii et Raymundus 
Poncii et Guilielmus Vallavis etGuillelmus Gambadocii et Petrus Bonati, 
juris literati, videntes, legentes et examinantes invenerunt utrumque 
bene per omnia convenire. Anno nativitatis Ghristi millesimo ducente- 
simo octuagesimo septimo, decimo kalendas madii. Ego Vesianus Gui- 
raudi, publicus notarius Narbone, subscribo. Ego Matheus de Vaure, 
notarius Narbonensis publicus, subscribo. 



IV 

1154, 27 OCTOBRE. — [Narbonne]. 

Engagement à Pierre Causic par Bonisaac Saunier, sa femme Mairona 
et ses filles, Regina el Bonamancipa, dune saline de 150 aires, sise au 
Pradel, en garantie d'un emprunt de 200 sous melgoriens remboursable 
à deux ans de date. 

(Arch. mun. de Narb., pièce non inventoriée, parch., orig.) 

In Uei nomine. Manifestum sid quod ego, Bonisacus Salnerius, et uxor 
mea Mairona et tiliee {sic) mee Regina ac Bonamancipa debitores su m us 

1. Dont : coraule. 



§4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tibi Petro Causico et omnibus illis pro tuo profituo requirere voluerint, 
ce solidorum melgorensium bonorum et integrorum et bene percurribi- 
lium de iiij or denariis sine inganno. Et propter hoc debitum prenomina- 
tum inpignoramus vobis jamdiclis et vestris cl areas de salinis cnm 
coctoriis et ostremiis et marejatoribns et aculeis et cum introitibus et 
exitibus suis et cum omnibus suis pertinences, quas salinas habemus in 
Pradello. Affrontant au te m predV.te saline de altano in stagnum; de 
meridie in salinas nostras et de Jacho, de circio in carreira, de aquilone 
in aculea et salinas Guillelmi Mainardi. Quantum inter istas iiij°r affron- 
taciones includitur, totum integriter inpignoramus tibi et tuis jamdictis 
ut tu et tui jamdictum pignus habeas. teneas et possideas tamdiu donec 
ij annos completos habeas. Quibus completis, deinceps tu et tui, homines 
et femine, et quoscumque jusseris jamdictum pignus habeas teneas et 
possideas tamdiu de anno in annum, de festo in festum sancti Martini, 
donec nos vel nostri persolvamus tibi veltuis sine tuo inganno predictos 
ce solidos. Si verojamdicta monetamutataesset aut diminutade illo valore 
aut de illa lege qua hodie est, per ratio nem de xLviij solidis melgoren- 
sium per marchum argenti fini, ad rectum pensum Narbone, nos vel 
nostri persolvemus tibi vel tuis sine tuo inganno predictos ce solidos 
completos in argentum tinum et optimum. Habeas etiam tu et tui licen- 
ciam dimitendi et impignorandi jamdictum pignus cuicumque volueris 
propter tuum prenominatum averum donec totum tibi reddatur sine tuo 
ingannno {sic). Plivimus tibi per legem quam colimus, quod de omnibus 
istis predictis non te ingannemus ullo modo nec ingannare te faciamos 
nec ingannare te dimitamus. Et si jamdictum pignus non vellemus vel 
non possemus tibi vel tui bonum facere stare sine tuo inganno, damus 
tibi returnum in omnibus nostris rébus, quas habeas, teneas et possi- 
deas tamdiu donec emendatum et restitutum sit tibi et tuis sine tuo 
inganno. 

Signé : ?'a rmrp n'3 rp?N pn£"< nn ^na (Nathan fils d'Isaac) 

(Elie fils de Juda défunt). 

Facta carta vj kalendas novembris, anno domini M°G°L IIII , régnante 
rege Lodoicho. Signum Bonisaci et uxoris mee Mairone et filiarum nos- 
trarum, qui simul omnes jamdicti hanecartam fîeri jussimus, firmavimus 
firmarique rogavimus. Signum Matan et Elie. Signum Haimundi Uotlandi. 
Signum Arnaddi de Vitraco. Signum Pétri Jervasii. 

Arnaddus scripsit vice Bernardi Porcelli. 

Signé : "H2 nn pn^ (Isaac fils de Lévi). 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 85 



H99, 15 novembre. — [Narbonne]. 

Engagement à Bernard de Saragosse et à Ermengarde, sa femme, par 
Pons de Coursan, Esclarmonde, sa femme, et Bérenger leur fils d'une 
pièce de terre, soumise à la directe de Clarimos (Kalony me) et de Bondia, 
en garantie d'un emprunt de 40 sous melgoriens remboursable à deux 
ans de date. 

(Arch. mun. de Narb., pièce non invent., orig. parch.) 

In nomineDomini,anno incarnationis ejusdem MCXGVIIII, régnante rege 
Philippo, xvij kalendas decembris. Notnm sit bec andientibus qnoniam 
ego Pontins de Goreiano et ego Eselarmunda, uxor ejns, et egv Beren- 
garins, filins eornrn, nos omnes pariter per nos et nostros debitores 
sumus tibi Bernardo de Saragossa et nxori tue, Ermengardi, et infantibus 
vestris et cuicumque vos mandabitis verbo seu scripto xl solidorum 
melgorensium bonorum et percurribilium, quos nobis accomodatis et 
traditis et nos a vobis plenarie reeipimus et sumus inde bene paceati. Pro 
quibus xl solidis melgorensium mittimus et tradimus vobis et vestris in 
pignore bona fide cum hac carta sine omni vestro inganno totam illam 
peciam terre cum suis pertinences etjuribus quam habemus in terminio 
Prati judaici super Glarimoscium et Bondiam. Quam peciam terre partiti 
sumus cum Arnaldo de Corciano, fratre mei Pontii, et modo nostram 
partem, sicut nunc partitum et bodulatum est, vobis in pignore mittimus 
et obligamus pro supradictis xl solidis melgorensium. Affrontât autem 
hec pecia terre, ab altano in parte fratris mei Arnaldi de Goreiano, de 
meridie et circio in terra Pontii Durandi et in terra Rosse Femine, de 
aquilone in carraria. Quam peciam terre habeatis et teneatis jure vestri 
pignoris, perceptis inde gauditis non computandis in paccam, de isto 
festo sancli Andrée ad ij annos et deinde postea de anno in annum, donec 
nos vel nostri reddamus et persolvamus vobis vel vestris xLSolidos melgo- 
rensium vel argentum finum ratione marche valentis nunc pro recto penso 
Narbone XLviij solidos, si forte hec moneta affollaretur. Ciaudimentum 
vero totum quod inde habucritis non computetur vobis in paccam. Liceat 
vobis et vestris impignorare jamdictam peciam terre cui volueritis pro 
vestro avero cum consilio dominorum quibus dabilis quartum fideliter 
de fructu qui inde exibit.Nos vero erimussemper vobis et vestris guirentes 
et def'ensores ab omni emparatore et de hoc damus vobis et vestris 
returnum et pignus in omnibus nostris rébus honoris et averi ubicumqne 
invenire poteritis donec vobis emendetur quicquid inde perdideritis. Si 
tempore redemptionis garactum ibi habueritis, habeamus illnd nos et vos 
médium per médium ita quod vos mittatis ibi medietatem sementis et 
nosaliam. Sibladum ibi fuerit, habeamus inde medietatem cum medietate 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sementis quam vobis reddamus et quod de hoc nec hoc vos in aliquo non 
ingannemus nec ingannari faciamns sed neque suslineamus. Ego Pontius 
de Corcianonostra bona fide promittoet ego uxorejus,Esclarmunda, tactis 
sacrosanctis corporaliter utro Evangeliis, et ego Berengarius, eorum filius, 
hoctotum laudo etconcedo. Hoc fuit factum cnm consilio Bondie et Beren- 
garii de Mociano qui habet partera ?uam seniorivi ab eo in pignore, et 
consilio Gillelmi de Rivo qui habet partem Clarimoscii in pignore qui 
omneshabuerunt inde suum foriscapium, de quo nichil recuperare debent 
Bernadus de Saragossa neque sui. Hujus rei sunt testesHaimundusTictor, 
Ranbertus Raimundi Sicardi. Petrus Martini scripsit. 

Signé : *iy ntzi» "D *nb (Lévi fils de Moïse, témoin). 



VI 

1244, 20 décembre. — [Narbonne]. 

Cession par Abraham, fils de feu David de Montpellier, aux consuls de 
la Cité, du droit qu'il avait de placer des bancs et des tables sur un 
patu, situé sur la place de la Cité, sous la réserve qu'il pourrait cons- 
truire un mur sur une partie de ce patu, y ouvrir une fenêtre et y ados- 
ser un escalier. 

(Arch. mun. de Narb., 5« Thalamus, f° 32 r° et v°.) 

In nomine Domini, anno nativitatis ejusdem M CG XL IIII, régnante 
rege Ludoyco, x kalendas januarii. Sit notum cunctis hec audientibus 
quod ego, Abraham, Judeus, filius quondam David de Montepessulano, 
per me et per omnes heredes et suceessores meos non invitus neque 
deceptus in aliquo sed de mea propria ac spontanea voluntate dono, 
solvo, diffinio et penitus desemparo communitati seu univcrsitati Civita- 
tis Narbone et vobis consulibus ejusdem Givitatis, scilicet Petro Raimundi 
de Montehruno, militi, et Guillelmo Fabri, filio quondam Guillelmi Fabri, 
Petro Boverio, Aimerico de Marmoreriis, Guillelmo Gotmarii recipien- 
tibus hec et stipulanlibus pro vobis ipsis et pro cadcm universitate totum 
illud jus et rationem quod et quam habeo et habere debeo tam ex conces- 
sione domine Ermengardis, olim vicecomitisse Narbone, etdomini Aime- 
rici, similiter vicecomitis Narbone, patris istius domini Amalrici, faciendi 
tabulas vel aliud quodlibet editicium seu condercerium vel exitum aut 
introitum in illo patuo quod est versus meridiem, juxta et ante operato- 
rium meum, in foro jamdicte Civitatis, juxta operatorium Johannis Lau- 
rencii quod est ex parte altani, salvo et retento mihi quod possim facere 
et modo facio, de assensu et concessione vestra, parietem novum in 
illo augmento et solo quod ratione istius compositionis et donationis et 
diffinitionis de predicto patuo accipio et retineo mihi, de tribus palmis 
et dimidio de canna quod très palmos et dimidium mensurando Jevavi et 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARRONNE 87 

habui, nnde teneo me bene perpaccatum et contentum. In quo pariete, 
de assensu et concessione vestra et ratione istins diflfinitionis, possum et 
possim facere uxaleriam nnam tantummodo de quatuor palmis de canna 
in amplitudine, juxta predictnm operatorium Johannis Laurencii, ad in- 
trandnm et ad ascendendum et descendendtun et exeundum per scalarium 
in solarium ejusdem operatorii mei predieti.Promitto etiam vobis eonsu- 
libnsetuniversitati predicteetitaestinter me et vosfirmatumetstatiitiim et 
sic concedo qnodde cetero ego vel mei posteri in illo patuo vel forisillud 
patiuim predictnm et parietem novtimet situm et constru'ctum in predic- 
tis tribus palmis et dimidio versus macellum et peissonariam aliquod 
condercerium nec tabulam vel tabulas neque bancum aut bancos vel 
aliud quodlibet impedimentum non faciamus nec fieri faciamus neque 
facere possimus aliquo modo, nec uxaleriam vel uxalerias ibi habeamus, 
nisi tantummodo predictam uxaleriam de quatuor palmis per quam ascen- 
ditur in solerium, ut predictnm est, et si tieret omnino, removeatur. Et 
vos possitis illud condercerium et tabulam et tabulas et bancum et ban- 
cos et quodlibet inpedimentum indc penitus removere. Verumptamen si 
solerium vel soleria super predictnm operatorium fecero, in pariete ejus- 
dem operatorii novo jamdicto possim facere abannum conveniens et 
hostia et fenestras quot voluero desursum et super illud aubannum et 
possim facere très gradus de quatuor palmis in amplitudine juxta opera- 
torium Johannis Laurencii, per quos ascendalur et intretur per uxaleriam 
predictam de quatuor palmis et ascendatur ad solerium et ad scalarium 
et ad soleria. Paries vero predictus sic recte mensuratus est per probos 
et légales viros, de circio in altanum duas cannas et seplem palmos de 
uno angulari in aliud et duas cannas et v palmos de angulari superiori 
seu desursum usque ad postatum operatorii Johannis Laurencii habet Et 
sic hoc donum et diffinitionem et hec omnia predicta et singula firma et 
valilura vobis predictis consulibus et dicte universitati laudo, concedo et 
confirmo, promittens vobis per stipulationem bona fide quod non feci 
nec faciam aliquid quominus valitura consistant. Et nos predicti consules 
Petrus Raimundi de Montebruno, Gnillelmus Fabri, Petrus Boverius, 
Aimericus de Marmoreriis, Gnillelmus Gotmarii, per nos et universitatem 
Civitatis jamdicte, habito diligenti consilio et deliberatione proborum 
hominum et totius consilii ejusdem Civitatis, hec omnia et singula tirma 
perpetuo et valitura concedimus, laudamus et confirmamus, donantes et 
concedentes tibi predicto Abrahe et posteris tuis in pérpetuum predictos 
très palmos et dimidium, in quibus facias et constituas parietem novum 
et quod facias in eo aubannum convenienset super eodem aubanno hostia 
et fenestras, quot et quantas volueris et uxaleriam de quatuor palmis, 
juxta operatorium Johannis Laurencii, ex parte altani et scalarium, ut 
superius dictum est. Promittimus etiam tibi et tuis quod nos et dicta uni- 
versitas semper hec vobis firma et stabilia liabcbimus et observabimus et 
contra non veniemus neque veniri faciemus aut sustinebimus. Ad hec 
fuerunt présentes et testes Gnillelmus Haimundi de Montepessulano, Ber- 
nardus de Bagis, Gnillelmus Fabri, tilius quondam Pétri Haimundi Fabri, 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Raimundus de Lacu, Sicardus Fabri, Bertrandus de Bosco, quorum consi- 
lio et assensu et multorum aliorum proborum hominum predicte Civi- 
tatis facta fuerunt hec.Et très Judei Eliazar de Natan, Bondia de Sorgeriis, 
Judas de Natan similiter fuerunt testes. Guillelmus de Pauliniano. publi- 
cus Narbone notarius, scripsit. 

Hoc est translatum quod Raimundus Catalani, publicus Narbone nota- 
rius, pro domino Amalrico, Dei gratia vicecomite et domino Narbone, 
transtulit. 

VII 

1246, 11 octobre. — [Narbonne]. 

Bonmacip, fils du roi juif feu Clarimos, cède à la léproserie de la Cité 
de Narbonne le domaine direct de trois pièces de terre, moyennant le 
prix de cent quarante sous melcjoriens. 

(Arch. mun. de IN'arb., 4 e Thalamus, f 05 176-177.) 

In nomine Domini. Anno nativitatis ejusdcm millesimo ducentesimo 
quadragesimo sexto, régnante rege Ludovico, ydus octobris. Sit notum 
cunctis hec audientibus quod ego Bonusmancipius, Judeus fîlius con- 
dam Ciarimocii, per me et per omnes heredes et successores, gratis et 
bona fide, vendo et justo titulo pure et perfectc vendicionis trado domui 
misellorum Civitatis Narbone et tibi fratri Johanni Adalberti comendatori 
et aliis fratribus et sororibus ipsius domus presentibus et futuris, videli- 
cet meas très partes quarti et seniorivi et foriscapii in tribus sextayratis 
ex illis sex sexlairatis terre quas per duo loca habetis, in terminio Civi- 
tatis Narbone, ad Ramianum. Item vendo vobis duas meas partes quarti 
et seniorivi et foriscapii et laudamenti cujusdam pecie terre quam 
habetis in termino Sancti Georgii, que affrontât ab altano in honore 
infant il m condam Johanni;» Andrée, de meridie in honore Johannis 
Radcirc, de circio in honore Pétri de Sancto Jorio, de aquilonein honore 
qui tenetur a Geraldo Adomaro. Set una de predictis peciis seu sextaira- 
tis affrontât ab albano in terra que fuit Guillelmi Paratoris et uxoris ejus, 
que fuit lilia Aycardi, de meridie in honore Bernardi Adalberti et in alia 
honore misellorum, de circio in honore Guillelmi Fabri, de aquilone 
iu honore Pétri de Montebruno, et alia affrontât ab altano in 
honore ecclesie Sancti Gosme, de meridie in honore Pétri de Mon- 
tebruno, de circio in honore Guillelmi Fabri et in honore ipsius 
domus de aquilone in honore Gaufridarum. Quas siquidem partes 
predictas quartorum et seniorivorum et foriscapiorum et laudamentorum 
et totum quicquid ibi habeo et habere debeo aliquo modo vendo et trado 
etpenitus derelinquo predicte domui et tibi fratri Johanni Adalberti et 
aliis fratribus et sororibus, ut supradictum est, ad omnes vestras volun- 
tates plenorie et perpetuo faciendas et omnia jura et actiones sive peti- 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 89 

tiones atque exceptiones que proinde michi compétent, adversus quas- 
libet personas vobis cedo, prout melius dici et intelligi [potest], ad 
vestram et ejusdem donms utilitatem pro precio centum qaïadragin ta soli- 
dorum malgorensium, quos a vobis habui et aceepi. De quo precio et vendi- 
cione su m et teneo me bene per vestrum paeeatum.et contentum et in eis 
renuneio exceptioni non numerate peccunie. Ego vero et mei in nostra 
propria persona et nostris expensis erimus et tenemur esse semper vobis 
et predicte domui dehiis que vobis vendo, boni et légales guirentes et 
deffensores ab omnibus amparatoribus et evictione, sine nostro dampno 
et restituere et emendare ad vestram eommonitionem et voluntatem 
totum qiiicquid inde vobis amparatum vel jure evictum fuerit, simul 
cnm omni gravamine et expensis quod et quas inde feceritis et sustinue- 
ritis, unde credamini vestro simplici verbo sine sacramento et judicio 
et testibus. Et quod hanc venditionem et hec omnia predicta et singula 
firma et valitura predicte domui et vobis semper habeam et observem et 
nullatenus unquam contraveniam occasione majoris precii vel valoris 
predicte rei vendite vel alio quocumque modo nec fecerimus nequefaciam 
aliquid quominus vobis valeant per stipulationem et nostram bonam 
fidem, promitto obligans in predicte domui et vobis pro hiis omnibus et 
singulis omnia bona mea habita et habenda ubique in vita et in morte. 
Ad hoc fuerunt testes Bertrandus Geraldi de Cucciaco, Bernardus Du- 
ranti, sabbaterius de Narbona, Matafia, Judeus, filius Habrac Salnerii, et 
Guillelmus de Pauliniano, publicus Narbone notarius, qui hec scripsit. 
Hoc est translatum ! 



VIII 

1284, 10 janvier. — [NarbonneI. 

Charte de franchises octroyée par l'archevêque Pierre IV de Montbrun 
à sa juioerie moyennant le prix d'entrée de dix livres tournois et à 
charge d'une redevance annuelle de dix sous par feu. 

(Bibl. rnuu. de Toulouse, ms. 626, t. II, i ' 692-695.) 

Garta Judeorum commorantium in jurisdictionc domini archepiscopi 
Narbonensis. In anno nativitatis Ghristi MCGLXXX1V, illustrissimo domino 
Philipo rege régnante, quarto ydus januarii, noverint universi quod ego 
Guercius miles, vicarius curie reverendi patris domini Pétri, Dei gratia 
archiepiscopi Narbonensis, attendens utilitatem ipsius domini archiepis- 
copi, cupiens ut Judei, qui sunt exemplaria tidei christiane, concurrentes 
et venientes ad juridictionem archiepiscopalem causa domicilii faciendi 

1. Premiers mots delà formule qui termine les actes transcrits dans les registres 
consulaires appelés Thalamus. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ab illieitis exaction ibus deft'endentur, idem ego Guercius miles, viea- 
sius prenominatus vice et authoritate domini archiepiscopi memorati, 
habens respectum ad omnia supradicta in favorem dictorum Judeorum 
nnne commorancium et illorum qui pro tempore fuerint suorumque 
successonim qui morara trahent domicilium faciendo in juridictione 
antedicta eisdem et vobis Bonisac de Stella, David de Gaslario. Samuello 
Bonjusas, Jacob Sasala et Oescas de Florenciaco, Judeis, vestro nomine 
et pro aliis Judeis jurisdictionis predicte domini archiepiscopi. dono et 
concedo imm imitâtes et libertates infra scriptas. 

1. Videlicet quod si aliquis homo vel femina accusaret aliquem Judeum 
vel Judeam commorantem in jurisdictione predicta, quod ille accusator, 
si directe accusaverit, ad penam tallionis se débet obligare, prout jus 
postulat et reqnirit et usus judiciorumhabet. 

2. Item recipio dictos Judeos in tuicione, custodia et deffensione dicti 
domini archiepiscopi et juridictionis ejusdem in licitis et honestis. 

3. Item quod si christianus vel christiana existens in jurisdictione 
domini archiepiscopi qui racione mercature cuicumque Judeo vel Judée 
obligatus de predictis Judaicis domini archiepiscopi fuerit vel diem 
acceptaverit ad solvendum in curia supradicta compellatur spiritualiter 
vel temporaliter secundum postulaverit ordo juris. 

4. Item quod si aliquis Judeus vel Judea detineatur pro civilibus in 
curia domini archiepiscopi antedicta ac pro aliquibus debitis vel pro ali- 
qua su m ma pecunie in qua fuerit obligatus et hoc ad instanciam alicujus 
Judei vel Judée aut etiam christiani vel christiane, primo petita licencia 
ab officiali scu vicario ejusdem curie ac etiam ab aliis curialibus geren- 
tibus vices eorum in absentia corumdem, in vespere sabatina, neenon et 
aliarum festivitatum corumdem Judeorum, possint recedere, obtenta' 
licentia ab eisdem. Que quidem licentia prestari débet a curialibus ante- 
dictis et in crastinum festivitatis ipsins seu diei sabatine redire sine 
nuncio retentus debeat remanere, ut prius quousque convenerit de his 
pro quibus fuerit ai'restatus ; hoc tamen locum non habeat in aliquo 
crimine personali. 

5. Item etiam quia nullus Judeus vel Judea de foro et jurisdictione 
predicta domini archiepiscopi ampliusdare prefato domino archiepiscopo 
pro talia, quista sive dono, servicio, pro anno aut in anno aliquatenus 
compellatur nisi tan tu m illud de quo conventum est inter me et predic- 
tos Jûdeos dare annis singulis, ut inferius continetur. 

6. Item etiam quod omnes predicti Judei et singuli eorumdem soluto 
censu annuo supradicto si voluerint quandocumque exire et recedere 
cum omnibus rébus suis a foro et jurisdictione prefati domini archie- 
piscopi sine ejus impedimento et suorum, ita tamen quod in hiis fraudem 
aliquam non committant, et in eo casu dominus archiepiscopus et sui 
debeant ipsos Judeos sic se transferentes ad alia loca guidare per terram 
suam tantum et ejusdem domini archiepiscopi jurisdictionem temporalem, 
salva tamen compositione dudum facta de Judeis inter dominum archie- 
piscopum et dominum vicecomitem Narbone. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NAKBONNE 91 

7. Item quod si paler et lilius stenl in suu manso sou hospicio et 
faciant unum larem et veniant ad imam mensam, du m modo filius non 
fuerit emancipatus ac etiam uxoratus et luera que idem talis filius 
faciet non fuerint a lucris et bonis paternis separata, non tencantur 
solvere nisi pro una persona tantum domino arehiepiseopo sepedicto. 
Si tamen contingat quod filius uxoratus seu emancipatus separatus fuerit 
a pâtre et a suo domieilio vel bona patris et filii iuerunt separata, pro 
duabus personis dare et solvere teneantur. Si vero postquam sic fuerint 
separati et bona fuerint divisa seu etiam separata, vellent unire et 
unum facere domicilium et venire ad unam mensam, nihilominus 
pro duabus personis servicium annuum domino arehiepiseopo dare et 
solvere teneantur. 

8. Item si de hiis qui debebuntur super pignoribus et pênes creditorem 
et debitorem dubitaretur, fiât jus brève tam dictis Judeisquam suis debi- 
toribus antedictis. 

9. Item quia sipredicti Judei pignora de argento receperint ab aliquibus 
et ipsa pignora per duos annos tenuerint et alia pignora raubarum per 
unum annum, transactis dictis duobus annis, pignora argenti et transacto 
uno anno ipsa pignora raubarum, pelita licentia et obtenta, ab officiali 
curie domini archiepiscopi Narbonensis, possint vendere et distrahere 
pro suis debitis pro quibus ipsa pignora posita fuerant vel obligata. 

10. Item etiam servata et retenta consuetudine Narbonensi scripta in 
Narbona et in suo robore duratura, nullus Judeus vel Judea de juris- 
dictione et foro predicti domini archiepiscopi possitamittere capitale suum 
in pignoribus seu de pignoribus que pênes se habebunt, nisi illa pignora 
essent in pannis, raubis seu ornamentis ecclesie seu in raubis sanguino- 
lentis vel cum gladio perforatis et in raul)is seu pannis multatis, 
in quibus non est mee intentionis, nomine domini archiepiscopi, posse in 
aliquo obligari, volens fraudem et maliciam vitare que posset in talibus 
perpetrari. 

Quas libertates et immunitates dono et concedo vobis vestrisque* 
successoribus peremniter, ut melius dici potest et excogitari, ad vestram 
utilitatem et domini archiepiscopi Narbonensis et promitto bona fide 
plivita predicta omnia servari perpetuo et contra non veniri, sicut superius 
continetur. 

Recognosco vos mihisolvisse et tradidisse numerando pro dicta donacione 
eteoncessione ac etiam pro intrada decem libras turonensium, confitens 
ipsas me habuisseet récépissé numeranda nomine archiepiscopi antedicti, 
renuncians exceptioni pecunie non numerate sive etiam non accepte vobis 
vestrisque successoribus pro ipsis decem libris, pactum de non petendo 
ulterius in perpetuum faciendo. 

Dabitis insuper pro hac concessione et donacione domino Narbonensi 
arehiepiseopo quilibet vestrum pro igné annis singulis pro eensu decem 
solidos turonensium in festo Natalis Domini per eaque sunt superius 
prendata. 

Nos vero dicti Judei superius nominati pro nobis nostrisque successo- 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ribus et pro Judeis qui nunc sunt et pro tempore fnerint, recipimus 
h u militer et cum multitudine gratiarum liberalitates predictas et 
promittimus pro nobis nostrisque successoribus esse fidèles domino 
archiepiscopo et jurisdictioni ipsius et nu lia m fraudem in aliquo ullo 
tempore committemus. 

Etnichilominus pro nobis aliisque Judeis jurisdietionisdominiarchiepis- 
copidare promittimus pro quolibet ignedecem solidos turonensium annis 
singulis in dictofestoNativitatis Domini domino archiepiscopo Narbonensi 
obligando omnia bona nostra presentia et futura. Et quia si aliquis Judeus 
esset rebellis seu contradictor in solucione decem solidorum predieto- 
rum in festo Natalis Domini antedicto, sit licitum vicario curie domini 
archiepiscopi seu subvicario seu alicuicumque tenenti jurisdictionem 
dicti domini archiepiscopi contradictores pignorare pro sua voluntate 
seu alias ipsos contradictores compellere secunduni quod eis videbitur 
faciendum. 

Et quod sic predicta teneamus et etiam observemus, nosJudei superius 
nominati juramus ad sanctam legcm mosaycam a nobis corporaliter 
tactam . 

Hujusrei sunt testes G. Villerubee, rectorecclesie de Villasicca, B. Ver- 
neda, rector ecclesie de Monterotundo, B. de Vicco, B. de Celliciis, 
Andréas R. Marcelli, G. Gauderii. 

Postmodum pridie idus januarii, venerabilis pater dominus P., Dei 
gratia archiepiscopi Narbonensis, omnia supra eidem diligenter lecta et 
exposita per me notarium infrascriptum in presentia testium int'rascrip- 
torum laudavit, confirmavit et etiam approbavit, presentibus domino 
Natali, domino Arnaldo de Vallibus, canonico et succentore ecclesie 
Narbonensis, Baimundo Pétri, rectore ecclesie de Cassio Castello et 
magistro G. Mauricii et me Petro H. Sarralarii, notario publico Narbone, 
qui presens fui in omnibus supradictis. 



IX 

1287, 13 DKCEMBRE. — [TaRRAGONEJ. 

Mandement d'Alphonse FIT, roid" Aragon, enjoignant au viguier de Barce- 
lone de mettre en liberté Toros, fils de Mamet, Juif de Narbonne } qui 
était venu à Barcelone pour s'y marier avec la fille (CAstrugue, veuve 
de Joseph Ravaya. 

(Archives de la couronne d'Aragon, Registre 74, fol. 36.) 

Romero de Marimundo, vicario Barchinone et Vallensis vel ejus locuni 
tenenti. Noveritis nos ad instanciam Astruge, uxoris quondam Juceffi 
Ravaya, concessisse quod Torocius, Judeus, filins Mameti, Judei de Nar- 
bona, qui venerat Barchinonam pro tractando matrimonio inter ipsum et 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 93 

filiam dicte Astruge, que m vos captum tenetis pro eo quod est de 
Narbona absolvatur a captione predicta. Quare mandamns vobis quatinus 
ipsum Torrocinm ineontinenti, visis presentibus, absolvatis, et quod 
absolvatis etiam fidejussores per vos nobis datos, scilicet dompnam Sibi- 
liam de Saga et quod de cetero ipsa de causa ipsum vel Juceffum, magis- 
trum su u m, non detineatis. Datum ut supra [Terrachone, idus decembris 
M°CC<>LXXX septimo]. 



1292, 4 novembre. — [GarcassonneJ. 

Mandement du lieutenant du sénéchal de Carcassonne aux deux receveurs 
royaux de la sénéchaussée, leur enjoignant de restituer au vicomte de 
Xarbonne Aimeri V les 25 livres tournois que le procureur du roi 
avait recues.de quelques Juifs vicomtaux, condamnés pour apostasie par 
le tribunal de l'Inquisition ; et présentation dudit mand' ment aux deux 
receveurs royaux par Amauri, fils aine du vicomte. 

(Bibl. nat., Doat, t. XLVIl, f°» 218-220.) 

AnnoDomini millesimo ducentesimo nonagesimo secundio(s*c),diemar- 
tis post festum omnium sanctorum, notum sit quod nobilis vir dominus, 
Amalricus de Narbona, miles, filius nobilis viri domini Aimerici, vice- 
comitis et domini Narbone, presentavit et tradidit discretis viris dominis 
Nicolao Companh et Simoni Guidaloli, receptoribus domini régis in senes- 
callia Carcassone et Biterris quandam literam in papiro scriptam cum 
contrasigillo nobilis viri domini Lamberti de Tureyo, militis, tenentis- 
locum domini Simonis Brisatesta, militis, senescalli Carcassone et Biterris 
in dorso sigillatam, ut prima facie apparebat, cujus ténor talis est : 

Lambertus de Tureyo, miles, dominus de Saxis, tenensque locum 
nobilis viri domini Simonis Brisatesta, militis, domini régis senescalli 
Carcassone et Biterris, discretis viris Nicolao Companh et Simoni 
Guidaloti, receptoribus reddituum domini régis, salutem et dilectionem. 
Cum in proximo preterito parlamento Parisius per arrestum consilii 
domini régis fuerit declaratum quod incursus bonorum quorumdam 
Judeorum de Narbona domini Aimerici, vicecomitis et domini de Narbona, 
condempnatorum de crimine apostasie per inquisitores heretice pravitatis 
ad ipsum dominum Aimericum, sicut de suis Judeis propriis debeat 
pertinere et dominus senescallus nuper ante suum recessum ordinaverit 
coram procuratore domini régis et quibusdam aliis suis curialibus illud, 
quod levatum fuerat per dictum procuratorern domini régis super incur- 
sibus heresum de bonis Judeorum predictorum debere restitui vicecomiti 
supradicto. Ideo vobis mandamus quatinus viginti quinque libras 
turonensium, quas dictus procurator domini régis de bonis dictorum 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Judeorum dicitur habuisse, et vobis reddidisse et computasse nobiseum, 
si est ita, quod de eis vobiscum computaverit eas reddatis domino 
Aimerico predicto de pecunia doniini régis, vel alii eas recipienli suo 
nomine, vel mandate Datum Carcassone, die martis post festum onnium 
sanctorum, anno domini millesimo ducentesimo nonagesimo secundo. 
Reddite literas sigillatas. Actum fuit hoc inGivitate Carcassone in compu- 
tario domus, in qu'a morantur receptores antedicti in presentia et testi 
monio Bernardi Raimundi de Valle, Bertrandi de Bravo, Johannis Jacobi de 
Givitate Carcassone, Sampsonis, clerici dictorum receptorum et mei, 
Bernardi de Brugayrot, publici notarii Carcassone domini régis, qui 
presentationi predicte interfui et requisitus per dictum dominum Amal- 
ricum et mandatus per predictos receptatores hanc cartam recepi, 
scripsi et signavi, domino Philippo, rege Francorum, régnante. 

Hoc est translatum cujusdam publici instrumenti originalis, cujus 
instru menti tenorem habet Samuel Secalli, Judeus Narbone, dicti domini 
Aimerici, et cum dicto originali presens transcriptum fuit correctum. 



XI 

1303, 16 juillet. — [Narbonne]. 

Quittance délivrée aux consuls du Bourg par Astruc-Bonafous du Caylar, 
Sabron Vivas, Juifs de Narbonne, pour la somme de 180 livres 
tournois, qui leur restait due sur les 2A0 livres, valeur de trois charges 
et demie de poivre que les dits Juifs et un troisième, Bondia-Moïse [de 
Surgères], avaient vendues auxdits consuls. 

(Bibl. nat., eoUectiOfl Doat, t. LI, f°" 206-207.) 

Anno nativitatis Christi millesimo tricentesimo tertio, domino Philippo. 
rege Francorum régnante, decirao septimo kalendas augusti. Noverint 
universi quod nos, Astrugius Bonafocii d'Escallario et Sabron Vive,Judei 
Narbone, gratis cum hoc publico instrumento confitemur, et in veritate 
recognoscimus vobis magistro Petro Boneti, jurisperito consuli Burgi 
Narbone, et Bernardo Dalh'ni, locumtenenti Berengarii Boneti, conconsulis 
dicti Burgi pro vobis quibus supra nominibus et nomine Berengarii de 
Riparia et Berengarii deCabanellis et Johannis de Aquisvivis et Guillelmi 
Peyrusserii dicti Burgi conconsulum, stipulante et recipienti et vestris, 
nos a vobis quibus supra nominibus habuisse, et Qiinientndo récépissé 
centum et octoginta libras turonensium, nos contingentes de illis 
ducentis quadraginta libris turonensium, in quibus Bernardus Bardine 
et Bernardus Porcelii et Bernardus de Melgorio et Joannes Berengarii et 
Petrus Adde, vestris predeeessores dicti Burgi consules pro ipso 
consulatu erant etiam nobis et Bondia Mosse, Judeo, astricti et obligati 
pro tribus carguis et dimidia piperis, quas a nobis dicti predeeessores 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 9b 

vestri consules causa emptionis habuerunt et receperunt nomine consu- 
latus predicti et universitalis dicti Burgi, ut hec omnia constant per 
quoddam publicum instrumentum ipsius debiti inde confectum manu 
Guillelmi Salairani, notarii, quod instrumentum integrum tanquam 
cassum et inane vobis nominibus quibus supra tradimus. Et sic de dictis 
centum octoginta libris turonensium, nos contingentes pro parte nostra 
de debito antedicto, nos etiam et nostrum quilibet a vobis bene per- 
paccatos tenemus et contentos. Et in eis renunciamus exceptioni dicte 
pecunie non habite. Et ideo vos de dictis centum et octoginta libris turo- 
nensium, et universitatem ac bona dicti Burgi absolvimus. et acquitamus 
in perpetuum et pactum de ulterius aJiquid non petendo vobis velconsu- 
libus et dicto consulatui in perpetuum facientes. Et quod ita hec omnia 
vobis et dictis conconsfuljibus attendamus, compleamus et contra non 
veniamusnostris bonis tideyspromittimus. Hujusrei sunt testes Bernardus 
Pauli, burgensis, Guillelmus Catalani, mercator, Guillelmus Poncii, 
notarius et ego Raimundus Jacobi, publicus Narbone notarius, qui hec 
scripsi. 



XII 

1303, 5 NOVEMBRE. — [NARBONNE]. 

Quittance délivrée aux consuls du Bourg par Salonwn de Montpellier, 
Juif de Narbonne, de la somme de 21 livres tournois sur 24 livres, 
montant de trois charges d'alun. 

(Bibl. nat., collection Doat, t, LI, f° 8 201-202.) 

Anno nativitatis Ghristi millesimo tricentesimo tertio, domino Philippo 
rege Francorum régnante, [nonas novembrisj.Noverint universi quod ego 
Salomon de Montepessulano, Judeus Narbone, gratis, pro me et meis, 
cum hoc publico instrumento confiteor et in veritate recognosco vobis 
[magistro Petro Boneti], jurisperito, consuli Burgi Narbone, pro vobis et 
nomine dominorum Berengarii de Ripparia, Berengarii Boneti, Berengarii 
de Cabanello, Johannis de Aquisvivis et Guillermi [Peyrusserii], stipu- 
lanti et recipienti et veslris quod Arnaudus de Rosolenchis, pelliparius 
dicti Burgi, ut asseritis, deputatus et perconsilium dicti Burgi ad recipien- 
dum penam de questaseu tallia in dicto Burgo imposita nunc de duodecim 
solidis turonensium pro denario ac etiam per vos, ut asseritis, vendita 
Johanni de Palayano, bladerio et suis [sociis], necnon et ipsam penam 
persolvendam illis quibus vos seu predecessores vestri estis et fuistis 
obligati quoquo modo vobisque etiam présente et mandante mihi satis- 
facere [viginti imam libris] et sex solidos et octu denarios turonenses de 
illis viginti quatuor libris turonensium, in quibus domini Bernardus 
Porcelli et Guillelmus Gathalani et Bernardus de Malgorio et Johannes 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

[Berengarii] et Petrus Adde, [vèstri] predecessores consules, se mihi obli- 
garunt pro tribus carguis aluminis et cum publico instrumcnto confecto 
anno predicto [decimo nono kalendas septembres per manum Raimundi 
Jacobi], notarii infrascripti, proutin ipso instrumento pleniuscontinetur, 
quod instrumentum predicto Arnaudo de Rosolenchiis de vestro speciali 
mandato reddo tamquam [cassum et inane et sic] de dictis viginti una 
libris turonensium et sex solidis et octo denariis et etiam de toto dicto 
debifo predicto viginti quatuor librarum turonensium me a vobis et 
vestris sociis consulibus ac dicto [Arnaudo de Rosolenchiis] bene per- 
paccatum teneo et contentum. Et in eis renuncio exceptioni dicte pecunie 
non numerate sive non accepte et idem vos dictum magistrum Petrum 
Boneti et stipradictos dominos dicti Burgi consules et universitatem et 
singulos ejusdem necnon et vos dictum Arnaudum de Rosolenchiis et 
bona quecunque dicti consulatus a supradictis viginti quatuor libris turo- 
nensium, necnon et generalitem ab omnibus que dicto consulatui usque 
in diem presentem petere possem ratione quacumque absolvo et acquito 
in perpetuum, et ex predictis virginti quatuor libris turonensium, necnon 
et ab aliis omnibus que ratione quacumque predicto consulatui usque in 
diem presentem petere possem pactum tïrmum et validum de ulieritis 
aliquid non petendo vobis et dictis consulibus dicti Burgi in perpetuum 
faciendo et quod ita hec omnia vobis et veslris attendam cornpleam et 
contra non veniam per firmam stipulationem interpositam vol)is promitto. 
Hujusrei sunt testes: Raimundus Marquesii. Bernardus ïalairani, nuncii 
dicti consulatus, Petrus dePodio, civis Narbone, et ego Raimundus Jacobi, 
publicus Narbone notarius, qui hoc scripsi. 



XIII 

1303, 5 NOVEMBRE. — [NaRBONNe], 

Quittance délivrée aux consuls du Bourg par Davin d'en A/fagim, Juif de 
Narbonne, de la somme de 26 livres sur une dette de 28 livres consentie 
aux premiers par le second le 14 août 1303. 

(Bibl. nat., collection Doat, t. LI, f os 202 v<>-204.) 

Anno nativitatis Christi millcsimo tricentesimo tertio, domino Philippo 
rege Francorum régnante, nonas novembris. Noverint universi quod ego 
Davinus d'en Aft'agim, Judeus Narbone, gratis per me et meos cum hoc 
publico instrumento eonfiteor, et in veritate recognosco vobis, magistro 
Petro Boneti, jurisperito consuli Burgi Narbone, pro vobis, et nomine 
dominorum Berengarii de Riparia, Berengarii Boneti, Berengarii de Gaba- 
nellis, Joannis de Aquisvivis et Gnillermi Peyrusserii, dicti Burgi 
consulibus, stipulanti et recipienti, et vestris quod Arnaudus de 
Rosolenchiis, pelliparius dicti Burgi, ut asseritis, deputatus et per consi- 
lium dicti Burgi ad recipiendum pecuniam de questa seu tallia, in dicto 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 97 

Burgo nuncimposita de duodeeim solidis turonensium pro denariis, ac 
etiam per vos, ac supranominatos consules, ut asseritis, vendita Joanni 
de Palanhano, bladerio, et sociis suis, necnon et ipsam pecuniam persol- 
vendam illis quibus vos seu predecessores vestri, consules dicti Burgi, 
estis et fuistis obligati quoquomodo vobisque etiam présente et 
mandante in viginti sex libris et sex solidis et octo denariis turonensi- 
bus, in quibus domini Bernardus Porcclli et Guillermus Gatalani et 
Bernardus de Melgorio et Joannes Berengarii et Petrus Adde, vestri 
predecessores consules, se mihi obligarunt pro sex marchiis boni argenti 
et cum instrumento confecto, anno predicto, decimo nono kalendas 
septembris, per manum Raimundi Jacobi, notarii infrascripti, prout in 
instrumento plenius continetur, quod instrumentiim predicto Arnaudo 
de Hosolenchiis, his presenti, de vestro speciali mandato reddo et trado 
tanquam cassum et inaneetsicde dictis viginti sex libris sex solidis et 
octo denariis turonensibus, necnon et de dicto debito viginti octo libra- 
rum turonensium, me a vobis et vestris sociis dictis consulibus ac dicto 
Arnaudo de Rosolenchiis bene perpaccatum me teneo et contentum. Et 
in eis renuncio exceptioni dicte pecunie non numerate, sive non accepte. 
Etideo vos dictum magistrum Petrum Boneti et supradictos dominos dicti 
Burgi consules et universitatem et singnlos ejusdem, necnon et vos 
dictum Arnaudum de Rosolenchiis et bona quecumque dicti consulatus 
a supradictis viginti octo libris turonensium, necnon el generaliter ab 
omnibus que dicto consulatui usque in diem presentern petere possem 
ratione quacumque absolvo et acquilto in perpetuum. Et ex predictis 
viginti octo libris turonensium necnon et ab omnibus aliis que ratione 
quacumque predicto consulatui usque in diem presentern petere possem 
factum firmum et validum de ulterius aliquid non petendo vobis et 
dictis consulibus dicti Burgi in pepetuum faciendo. Et quod ita hec 
omnia vobis et veslris attendam et compleam et contra non veniam per 
firmam stipulationem interpositam vobis promitto. Hujus rei sunt testes 
Raimundus Marquesii, Bernardus Talayrani, nuncii dicti consulatus, 
Petrus de Podio, civis Narbone, et ego Raimundus Jacobi, publicus 
Narbone notarius, qui hec scripsi. 



XIV 

1303, 5 NOVEMBRE. — [NaRBONNEJ. 

Quittance délivrée aux consuls du Bourg par Aslruc Quatre, Juif de 
Narbonne, au nom de Crescas Bonet, Juif de Lunel, de la somme de 
26 livres sur une créance de 28 livres tournois. 

(Bibl. nat., collection Doat, t. LI, fol. 204 v-206.) 

Anno nativitatis Ghristi millesimo tricentesimo tertio, domino Philippo, 
rege Francorum. régnante, nonas novembris. Noverint universi quod 
T. LXIU, h» 125. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ego Astrugus Gatre, Judeus Narbone, nomine et vice Gresque Boneti, 
Judei de Lunello, gratis cum hoc pnblico instrumento quo supra nomine 
confiteor et in veritate recognosco vobismagistro Petro Boneti, jurisperito 
consuli Burgi Narbone, pro vobis et nomine dominonim Berengarii de 
Riparia, Berengarii Boneti, Berengarii de Gabanellis, Joannis de Acquisvivis 
et Guillelmi Peyruserii, dicti Burgi consulibus, stipulant! etrecipienti et 
vestrisquod Arnaudus de Rosolenchiis, peiliparius dicti Burgi, ut asseritis, 
deputatusetperconsiliumdietiBurgiadrecipiendampecuniamdequestaseu 
tallia in dicto Burgo nunc imposita de duodecim solidis turonensium pro 
denariis ac etiam per vos et supranominatos consules, ut asseritis, vendita 
Johanni de Palanhano, bladerio, et sociis suis, necnon et ipsam pecu- 
niam persolvendam illis quibus nos seu predecessores vestri consules 
dicti Burgi estis etfuistis obligati quoquo modo vobisque etiam présente 
et mandante in viginti sex libris et sex solidis et octo denariis turonen- 
sibus de illis viginti octo libris turonensium, in quibus domini Bernardus 
Porcelli et Guillermus Gatalani et Bernardus de Melgorio, Johannes 
Berengarii et Petrus Adde, vestri predecessores consules, se mihi 
obligarunt pro sex marchis boni argenti et cum instrurnento confecto 
anno predicto, decimo nono kalendas septembris, per manu m Raimundi 
Jacobi, notarii infrascripti, prout in ipso plenius continetur, quod instru- 
mentum predictum Arnaudo de Rosolenchiis, his presenti, de vestro 
speciali mandato reddo et trado, tanquam cassum et inane et sic de 
dictis viginti sex libris, sex solidis et octo denariis turonensibus, necnon 
et de toto dicto debito viginti octo librarum turonensium, me nomine 
quo [supra] a vobis bene perpaccatum me teneo et contentum. Et in eis 
renuncio exceptioni predicte pecunie non numerate, sive non recepte. Et 
ideo vos dictum magistrum Petrum Boneti et supranominatos dominos 
dicti Burgi consules et universitatem et singulos ejusdem, necnon et vos 
dictum A m au du m de Rosolenchiis et bona quecumque dicti consulatus 
a supradictis viginti octo libris turonensium, necnon et al) omnibus aliis 
que ratione quacumque predicto consulatui usque in diem presentem 
petere possem absolvo et in perpetuum diffînio et ex omnibus supradictis 
universis et singulis pactum firmum et validum de ulterius aliquid non 
petcndo vobis et diclis conconsulibus dicti Burgi in perpetuum faciendo, 
et quod ita hec omnia vobis et vestris ego et dictus Grescas attendamus, 
compleamus et contra non veniamus per firmam stipulationem interpo- 
sitam nomine quo supra vobis promitto. Hujus rei sunt testes. Raimundus 
Marquesii, Bernardus Talairani, nuncii dicti consulatus, Petrus de Podio, 
civis Narbone, et ego Raimundus Jacobi, publicus Narbone notarius, qui 
hec omnia scripsi. 



ÉTUDE SUR LÀ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 99 

XV 

1306, 24 décembre. — [Narbonne]. 

Quittance délivrée par le receveur des dettes des Juifs aux consuls du 
Bourg, débiteurs des Juifs David- Vidal de Melgueil et Bondia de 
Sur g ères. 

(Arch. mun. de Narb., pièce non invent., parch., orig., 
fragment de sceau de cire rouge appendu sur simple queue de parchemin.) 

Noverint universi quod ego, BernardusRasoris, deNarbonamercator, ad 
levandum et recipiendum débita que Judeis Narbone debebantur deputa- 
tus per venerabilem virum dominum Gerardum de Cortona, clericum 
domini régis et nobilem virum dominum Petrum de Machirino, militem 
domini régis, ejus constabularium Carcassone, tenentern locum nobilis 
viri domini Johannis de Alneto, militis domini régis, senescalli Carcas- 
sone et Ritterris. in eadem senescallia auctoritate regia super facto 
Judeorum destinatos, habui et recepi a Bernardo Bardine, burgense Nar- 
bone, consule Burgi Narbone, nomine suo et aliorum conconsulum dicti 
Burgi, viij libras vj solidos viij denarios turonenses parvos de Turo- 
nis, valentes xxv libras debilis monete, et hoc de quodam debito xxxj 
librarum quinque solidorum turonensium in quibus David Vitalis de 
Malgoriis et Bondie de Surgeriis, Judeis Narbone, erant consules Burgi 
Narbone obligati cum instrumento facto manu Guillelmi Recordi, notarii 
Narbone, anno domini mccc quarto, xj kalendas januarii, utdixit. De quibus 
viij libris vij solidis viij denariis turonensibus parvis de Turonis predictis 
nomine domini régis teneo bene perpaccatum et contentum, hoc salvo quod 
de residuo dicti debiti quod dixit esse usura, et valore monete quitabit 
voluntate domini régis. In cujus rei testimonium sigillum meum dixi 
presentibus apponendum. Datum et actum Narbone, ix kalendas januarii, 
anno domini mccc sexto. 

Jean Régné. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE 

DE PARIS 
PROVENANT DE LA GUENIZA DU CAIRE 

(suite *) 



B. 1. fcaw, « Règles ».. Explication des préceptes positifs et négatifs. 
Écrit, rabbin, égypt. 10 flf. in 4°, lacérés. 

2. Explication d'usages rituels de Pàquc, avec allusions cabbalistiques. 

Notes marginales. Écrit, orientale. 2 if. in-4°, légères déchirures. 

3. Sommaire, en arabe, des préceptes religieux classés par catégories. 

Écrit, carrée égypt. 2 ff. in-4°, troués, mouillures. 

4. Aspersions sacerdotales. Fragm. de f. in-4°, coupé du haut. Écrit. 

rabbin, ancienne. 

5. De l'application des pénalités pour dommages causés. Même écrit. 1 f. 

in-4°, déchiré du bas. 

6. Id. Même écrit. 1 f. in-4°, déchiré du haut et de côté. 

7. De la consécration sacerdotale par l'onction, en arabe, se référant à 

Exode, xl, 15. Écrit, carrée égypt. 1 morceau et 1 fragm. in-4°, 
déchiquetés. 

8. Du droit des créanciers sur le douaire de la femme ; en arabe. 1 f. 

in-4°, parchemin, déchiré. 
9-10. Des règles de la na^nffl (abatage rituel). 4 ff. in-4°, en mauvais état. 

11. Dans quel état doit être le aVlb. 1 f. in-4°, déchiré. 

12. Des règles de succession. 1 f. in-8°, troué et déchiré. 

13. Constatation pour fixer les dommages-intérêts. 1 f. in-4°, trous. 

14. De la ncrns), en arabe. Écrit, carrée. Morceau de f. in-8°. 

15. Ici., en arabe. Même écrit. 6 ff. in-4°, déchirés en longueur. 

16. Des prières et des ablutions sacerdotales, en arabe. Écrit, carrée 

égypt. 2 ff. in-4°, trous. 

1. Voyez Revue des Études juives, t. LXll, p. 107 et 267. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 101 

17. Interdictions bibliques, n os 35-36. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-4°, 

coupé du haut. 

18. Des lois de jachère pendant la septième année. Même écrit. 2 ff. in-8°, 

larges trous. 

19. De l'interdiction à une femme mariée de montrer ses cheveux. 2 ff. 

in-4°, déchirés en haut. 

20. Cas d'interdiction de la viande ÎTiD-itt. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-4°, 

trous. 
21-22. Cas litigieux de succession. Écrit, africaine serrée. 2 f. in-4°, 
chaque pièce en mauvais état. 

23. Delà cuisson de mets permis avec des mets interdits. Écrit, carrée. 

2 ff. in-4°, larges trous. 

24. Allumage de la lampe du Sabbat. Écrit, africaine. 1 f. in-4°, 

déchiré du haut. 

25. Mélange interdit de laitage et viande. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-4°, 

entamé de trois côtés. 

26. Des conditions du divorce. Petite écrit, rabbin. 1 f. in-4°, abîmé. 

27. Règle de iaa ntfl ims (Lévit., xxn, 28), en hébreu, avec version 

arabe. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4°. 

28. Devoirs féminins de la Halla et de l'allumage des lumières du Sabbat ; 

en arabe. Écrit, orientale. 1 f. in-4°, déchiqueté du bas. 

29. Des règles du couteau servant à l'abatage des animaux, en arabe. 1 f. 

in-4° déchiré. 

30. Des relations conjugales illicites. Écrit, carrée. If. in-f°, parchemin 

troué. 

31. Devoirs envers les morts. Même écrit. 1 f. in-f°, long parchemin; 

trous et déchirures. 

32. Règles relatives au Temple de Jérusalem, chap. u. 1 f. in-f°, long- 

parchemin déchiré. 

33. Procédure juridique en cas de transgression des préceptes religieux. 

Écrit, cariée. Restes mutilés de 2 ff. fragm. in-4°. 

34. Règles de charité. Partie du Yoré Déah, tr. fTp-JX, §257. 1 f. in-4°, 

vieux. 
35-39. Règles relatives, 1° à la septième année, fpsnau), 2° au Sabbat, 
3° au grand prêtre. 5 ff. in-4°. 

40. Des mélanges hétérogènes dans les plantations. Écrit, carrée. 1 f. 

in-4°. long. 

41. Règles relatives a l'offrande des prémices. 2 ff. in-4° usés. 

42. Fragm. relatif au devoir du « vengeur du sang » (Nombres, xxxv, 19) ; 

en arabe 1 morceau in-4°, en très mauvais état. 

43. Règles du jeune, 1 er et dernier feuillet d'un cahier, chap. u et m. 

Écrit, carrée égypt. 2 ff. in-4°. 
4t. Du divorce. Belle écrit, rabbin. 1 f. in-4°, mouillures. 
45. Du Lévirat. Petite écrit, rabbin.; rubriques en lettres carrées, à 

l'encre rouge ; parchemin à 3 col. 1 f. in-4°. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

40. Pénalités applicables au séducteur d'une jeune tille; en arabe. Écrit, 
carrée espagnole. 4 ff'. in-4°, déchirés. 

47. De la pénalité du retranchement; hébreu et arabe. Même écriture. 

Fragm. de f. in-4°. 

48. Règles du divorce, en référence avec la Mischna Guittin, vu. 2 ff. 

in-4°, nombreux trous. 

49. Même sujet. Ecrit, rabbin. 2 ff. in-4°, un peu lacérés. 

50. De l'état du douaire de la femme ; en arabe. Écrit, orientale. Fragm. 

51. Du Lévirat. Écrit, rabbin. 4 ff. petit f° collés. 

52. De la sustitution légale. Morceau troué et déchiré de 1 f. in-f°. 

53. Commentaire de Maïmonide sur la Mischna mains, ix, 4-9. Belle 

écrit, rabbin., hébreu et arabe. 2 ff. petit in-f°. 

54. Projet d'impression du "pnN T, recueil de règles rabbiniques Ecrit. 

afric. 2 ff. longs, dont 1 blanc. 

55. Devoirs matrimoniaux. Écrit, rabbin, pâlie. 1 f. in-4°, délabré. 

5G. Règles d'association. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-4°, déchiqueté du bas. 

57. Mode de conférence rabbinique. 1 f. in-4°, taché, déchiré du haut. 

58. Règles sur l'association et sur l'esclavage, en abrégé. Même écrit. 1 f. 

in-4°, abîmé. 

59. Des fautes involontaires et de leurs suites légales. Mauvaise écrit. 

1 f. in-4°, en très mauvais état. 

60. De la pureté sacerdotale. Cite Isaac ibn Giat. Moitié latérale de 1 f. 

in-4°. 

61. DT13T, ch. i, 16-25, et ch. n, 1-2. Écrit, carrée de transition. 1 f. in-4°. 

62. Défense de prendre l'oiseau avec ses petits (Deutér., xxu, 6-7), selon 

les règles tirées de Houllui, 138-9. Texte arabe, ch. xiii. 3 ff. 
in-4°. Piqûres de vers. 
63-64. Règles de rraTKZî. Écrit, rabbin, égypt. 2 ff. in 4°, chacun troué. 

65. Instructions au sujet du ttffisn va. 1 f. in- 12°. 

66. Du ■Jtt33»n, du miapn ma ; en arabe, contenant le cas de la ï-iEnn 

contaminée par le cimetière. 2 ff. in-4°, déchirés. Ecrit, ordin. 
égypt. 

67. Yad Hazaka, de Maïmonide, Kidoutch ha-Hodesch, IV, 1-6. Écrit. 

carrée égypt. 2 ff. collés et cassés. 
(Le n° 68 est devenu n° V, A, 83). 

69. Consultation arabe sur un cas de Lévirat. Il y est question de la 

rjtta" 1 nains, dont l'auteur donne le texte. Même écrit. 1 f. in-4°, 
troué. 

70. Répertoire de droit civil, par référence à des avis formulés, n os 172 

à 204. Sont cités, K3Û"n ,TON 'i ,n'n^'n /OTMB mmn. Écrit, 
rabbin. 3 ff. in-4°. 

71. Index alphabet, de sujets divers, avec références aux Ps. Ecrit, afric. 

et chiffres arabes. 5 ft. longs. 

72. Passages de divers midraschim sur Deutér., xxxn, xxxiu. Écrit, orient. 

ff. in-4°, déchirures. 

73. En regard des sections hebdomadaires du Pentat., énumération de 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 103 

cliap. des Prophètes ou des Hagïogra plies, avec indications de 
traités talrmidiques Écrit, carrée, dont le Œ est singulier. 2 ff. 
in-4°. 

74. Relevé des versets bibliques cités dans l'ouvrage qui précède. 3 tl. 

à 2 col., dont 1 blanc. 

75. Dissertation en arabe se référant à l'histoire d'Esther. Écrit, carrée 

égypt. I 1*. in-4°, déchiré de côté. 
7(3. Règles de nWITO, Ecrit, carrée. Enluminure de séparation. 2 ff. 
in-16\ déchirés. 

77. Ici., en arabe. Écrit, orientale. 1 f. in-8°, plusieurs trous. 

78. Td., grande écrit, carrée. 1 f. in-4° ? troué et déchiré. 

79. Fragment relatif à "pb^ttJan an 1 :, in-8°. 

80. Les préceptes négatifs 325 et 326 des prescriptions religieuses ; en 

arabe. Écrit, égypt. 1 f. in-4°, déchiré de toute la moitié super. 

81. De l'attestation en justice. Fragm. eu arabe. 

82. Du choix des administrateurs à l'approche des fêtes. Écrit, africaine. 

1 p. in 24° et un fragment. 

83. Des mélanges hétérogènes dans les plantes. Fragm. de parchem. à 

2 col. 

84. Des formules de bénédictions pour les consommations. 2 ff. in-4°, 

déchirés. 

85. Préceptes de liturgie, avec références à la Bible. Petite écrit, judéo- 

allem. 2 ff. in-4°, déchiquetés en haut à droite. 
8G. Règle sabbatique. Ecrit carrée, moitié inférieure de 1 f. in-4°. 

87. Des mets impropres à la consommation. Petite écrit, semi-rabbin. 

1 f. in-4°, parchemin, à larges trous. 

88. Importance d'un nom clans une famille, par rapport au lévirat. Écrit. 

carrée. 1 f. in-4°, jauni, peu lisible, et le côté droit déchiré. 

89. Fragm. de comment, talmudique qui parait se référer à Sabbat, 55 6. 

Ecrit, rabbin, ancienne. Morceau in-4 , jauni, troué, déchiré. 

90. Reconnaissance ou négation de dette. Même écrit. 1 f. in-f°. déchiqueté. 

91. Observations, en arabe, relatives à la bénédiction sacerdotale. Écrit. 

orientale. 1 f. in-4°, abîmé. 

92. Droits d'une veuve sur la succession du mari. 1 f. in-4° et 1 fragm. 

jaunis et troués. 
93-95. Index de versets bibliques cités dans le Talmud. Écrit, rabbin. 

3 pièces in-f ' ; la l re en mauvais état, la 2 e et 3 e de 2 ff. 

96. Méthode talmudique, en arabe. Ecrit, carrée calligraphiée. 2 tt. in-4°, 

piqués de vers, 

97. Gomment, sur le traité Berakhot, commencement. Ecrit, orientale. 

Au verso, passage du Talmud jérus., même tr., ch. i. Écrit, 
carrée. 1 f. in-f°, écorné. 

98. Morceau de comment, sur le même traité, ch. u, £ 3. Fragm. de f°in-4°. 

99. Gomment, sur un passage du f" 6 h. Ecrit, africaine. 2 ff. in-4°. 

100. Discussions talmudiques sur ci; traité, ch. iv fin et \. Écrit, rabbin. 

2 ff. in-4°, trous et mouillures. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

101 . Comment, sur Teroumot. I f. et 1 fragm. troués et déchires de côté. 

102. Gomment, arabes sur Bernai, vi et vu, et sur Houllin, ni-iv. Écrit. 

égypt. 4 ff. in-4°, délabrés. 

103. Gomment, sur Halla. Même écrit. 2 ff. in-4°, écornés. 

104. Gomment, sur divers traités de la 2 e section mischnique. Écrit. 

rabbin. 3 ff. in-4°, trous et déchirures. 
J05-116. Divers comment, sur Sabbat, dont 2 pièces ont 10 ff. in-4°. 
j.17. Gomment, sur Pesakim et d'autres. Écrit, africaine. 2 ff. 1/2 in-f°. 

118. Comment, talmud. sur Bosch Hasckana, iOb. 1 f. in-4°. 

119. Id. sur Beça ; cite Raschi, puis "n'N ,h i, Alfasi, Nahmanide. Belle 

écrit, rabbin. 10 ff. in 4°. 

120. Comment, talm. sur Yoma, Soucca et Moëd Katan. 4 ff*. in-4°. 

121. Fragm. de f. in«f°, relatif à Soucca. 1 f. in-4°. 

121. Gomment, sur le même traité. 15 f. in f°, déchiquetés du bas. 

121. Ici. Même écrit. 1 f. in-4°, trous, large mouillure. 

122. Id. sur Taanit, il a et b. Écrit africaine. 1 f. in-4°, troué. 

123. Id. Rosch-Haschana, î, 1. Écrit, rabbin. 1 f. in-f", troué et déchi- 

queté du haut. 

124. Id. Beça, en. n, et Ketoubot, ch. i. Môme écrit, jaunie. 2 ff'. in-4°. 

125. Id. Moëd Katan, ch. m. 1 f. in-4°, quelques trous. 

126. Id. Bihhourim, ch. iv, de l'androgyne. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. 

in-4°, troué. 

127. Discussion sur une explication des Tossefot dans Yebamot, i. Cite 

tn^Vn D"-irn: = Salomon Algazi, de Smyrne. Écrit, rabbin. 2 ff. 

in-4°, dont 1 blanc. 
128-129. Comment, sur Yebamot, ch. n et vi. Chaque pièce 1 f. in-4°. 
130-131. Id. sur Ketoubot, vu, 1 avec référence, au Tour, Eben Haezer, 

§ 72. Chaque pièce 2 ff. in-4°. 

132. Id. Kiddouscliin, n. Écrit, rabbin, ancienne. 1 f. et 1 fragm. in-4°. 

133. Id. Ketoubot, xi, §4. Ecrit, orientale. 1 f. in-4°, écorné et déchiré 

du haut. 

134. Id., avec dissertation sur le contrat et le douaire. Même écrit. 1 f. 

in-4°. 

135. Observation se rattachant à Yebamot, vi, 6. Ecrit, africaine. 1 f. 

in -4°, écorné. 

136. De la prestation de serment, se référant à Baba Ranima. Cite Y2'N""i 

et les cr^orpDi-iD ^rnn. 2 ff. in -4°, dont \ blanc. 

137. Comment, sur Baba Kamma, i et n. Écrit, africaine. 2 ff. in-4°. 

138. Id. sur Baba Mecia, v, fol. 62-63. Ecrit, orientale. 1 f. in-4°, lacéré 

en bas. 

139. Id. sur Baba Kamma, iv, en arabe. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4°. 

140. Id. sur Baba Balra, i. Écrit, africaine serrée. 2 ff. à 2 col. in-4°. 

141. Du profit ou surcroît de valeur, avec référence a llaha Mecia, îv. 

Invoque Maïmonuie [rvw '"")), Haï Gaon et YnN'n. Écrit, rabbin. 
4ff. in-4*. 

142. Remarque de R. Abraham b. David sur Baba Mecia, vi, en réponse 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 105 

à une observation d'Àlfassi sur le même point. Ecrit, africaine. 
1 f. in-4°, déchiré. 

143. Gomment. surBabaluimma, i, 3 6 et 96; en arabe. 1 f. in-4°, déchiré. 

144. Id. sur Baba Balra, ni. Écrit, africaine. 4 ff. in-4°. 

145. De l'amende pour vol, avec référence à B. Kamma, 68. 1 f. petit f°, 

abîme. 

146. De la constitution tics tribunaux ; dissertation en arabe, d'après les 

principes de Sanhédrin, î, 1 f. in-f°, trou. Ecrit, orientale. 

147. Notes talmud. sur Nazir, iv, v, vu, vin. Écrit, rabbin. 2 ff. in -4°, 

jaunis. 

148. Fragm. du nriDTS de R. Nissim sur Sanhédrin, publié par M. Israël 

Lévi, dans R.E.J., XLIV, 294 (cf. XLVI, 190). 1 f. in-4°. 

149. Comment, de Rasehi et de Tossafot sur Schebouot, i. 2 ff. in-4°, 

écornés. 

150. Ici. sur le même tr., f. 24a-6. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4°, troué. 

151. Id., f. 386 et 47a. Sont cités m«73n W3 et R. Mose b. Josef. 1 f. 

pet. f°, larges trous. 

152. Ici., vi. Grande écrit, rabbin. 1 f. in-4°, écorné. 

153. Note sur Maccot, 20b. Écrit, orientale. 1 f. in-4°, à 2 col. 

154. Comment, sur le même traité, m, 20a. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4°, 

troué. 

155. De la pénalité delà flagellation, avec référ. au aHût"! '0 de Maïmo- 

nide. Écrit, orient. 2 ff. in-4°, parchemin. 

156. Comment, sur Schekalim, m, 5, fin; en arabe. Ecrit, rabbin. 1 f. 

petit f°, troué. 

157. Des dates païennes dans un contrat, et référence à T"a>, 83. 1 f. in-f°. 
158-168. Comment, en arabe sur Abot, i, 2; l, 4, 7, 15; n, 10 et 11 ; 

m, 5, 16; iv, 5 et 6 ; v, 1 ; vi, 13. Pièces diverses de 1, ou 2, ou 
3 f. in-4°. 

169. Id. sur Houllin, ni, 6; en arabe. Écrit, carrée égypt. 2 ff'. in-12°, 

larges trous. 

170. Ici, même traité, ni, 3 ; en arabe. 2 ff. in-4°, écornés. 

171-172. Id. sur le même traité. Chaque pièce 1 f. in-4° ; la première 
est trouée. 

173. Des cas de pénalité du retranchement; se réfère à Zebahim, 107 et 

113 6. 1 f. petit f°, troué du haut 

174. Explication en arabe des « 13 règles de R. Ismaël », avec exemples 

de démonstration, n os . 8 et 9. Ecrit, rabbin, orientale. 2 ff. in-4°. 

175. Comment, d'un passage de la Pesikta. Ecrit, africaine. 1 f in-4°. 

176. rmn naiDTa 'O CTTto, par le petit fils de Joseph JVTi. Le commen- 

cement est daté d'Adar270 (=1510). Même écrit, serrée. 1 f. in-4°. 

177. Discussion talmud. sur des avis divers de R. Josué et de R. Hiyya. 

Écrit, rabbin, jaunie. 2 ff. in-4°. 

178. Id., en arabe, sur R. Josué b. Hanania. Écrit, africaine. 1 f. in-8°. 

179. Développement explicatif d'un passage de Houllin, 16 a. Écrit, carrée 

égypt. 2. ff. in 4°. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

180. Doctrine de R. Yohanan b. Zaccaï, comparée à celle de ses contem- 

porains ; en arabe. Écrit, orientale. 3 ff. in-8°. 

181. Discussion talmud. au sujet du sort de la hd^D73. 2 ff. in-8°. 

182. Ici., interdictions alimentaires. 2 ff. in-4°, trou. 

183. Id. en arabe. Écrit, rabbin, égypt. 2 ff. in-4°, fendillés et troués. 

184. Enumération partielle des préceptes religieux positifs, n° s 1-153, 

série inachevée. Petite écrit, rabbin. 2 ff. in-8°, dont 1 blanc. 

185. Suite de préceptes, série incomplète du commencement et de la lin. 

Ecrit, rabbin, ancienne ; texte en partie vocalisé. 4 ff. in-12°. 

186. Répertoire méthodique (partiel) des règles rabbin, depuis celles de 

msnnp jusqu'à celles de nzm "pan. Écrit, orient. 3 ff. in-4°. 

187. rnsan ^yffl. Explication des préceptes bibliques. Même écriture. 

2ff. in-4°. 

188. Respect des préceptes, § 4. Renvois bibliques en marge. Écrit, rabbin. 

1 f. in-8°, déchiré du haut. 

189. Règles religieuses diverses, avec explication en arabe. Écrit, serrée 

égypt. 3 ff. in-4° et 1 fragm., le tout en mauvais état. 

190. Pénalités selon les décisions talmud. Fin du vn e degré, rtm», et 

vin degré (incomplet). Les défauts des moqueurs, D" l £b, sont 
divisés en 3 classes. Ecrit, rabbin-; rubriques en lettres carrées. 

2 ff. in-8°, endommagés du bas. 

191. Fragm. du p'tt'O, d'Isaac de Corbeil. Fragm. in-4°. 

192. a'7a'o de Moïse de Coucy ; version arabe. N 08 40-43, 1 f. in-4°, déchiré 

en haut et à gauche. 

193. Explication des préceptes religieux; en arabe. Ch. xxu fin et 

ch. xxiii, traitant des précept. des Tufilliii, de la synagogue, des 
vêtements, etc. 2 ff. in-4°, déchirés. 

194. Crimes et délits involontaires. N«« 231-248. Ecrit, carrée 1 f. in-4°, 

trait. 

195. Du précepte de la circoncision. Écrit, orientale. 7 ff. rongés en 

haut. 

196. ttmrtn œitp, 7 e mois, § 8, 9, 11. Écrit, orient. Encre rouge, 3 ff. 

in-fol. 

197. Id. par Maïmonide, ch. ni et ch. iv commencement, 1 f. in-4° déchi- 

queté. 

198. Des biens consacrés. Comment, arabe. Ecrit, rabbin, égypt. 1 f. 

in-4°. 

199. Des saintetés interdites aux profanes. 1 f. in-fol., larges trous. 

200. Du ^ipn. Cite les empois, le B3"«n, le ma. Signé Salomon Cohn 

y-y. 3 ff. in-4° et 2 bl. 

201. Règles de dîmes. Écrit, carrée. I f. gr. in-4° déchiré du bas. 

202. Traité des fêtes, en arabe. Écrit, carrée égypt. 2 ff. in-4°, élimés à la 

marge extérieure. 

203. Travaux autorisés aux jours de demi-fête. Écrit. 1 f. in-4° déchiré. 

204. Du second jour de fête, en arabe. 1 f. in-4° écorné. 

205. Des azymes à Pàque. Écrit, afric. 1 f. in-4°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 107 

200. Prescriptions pour la fête de Pàque, nos 409 à 474, fol. 2o-29. Fin du 
traité, le dernier n° concernant la Pentecôte. Écrit, rabbin. 5 ff. 
petits. 

207. Même sujet, §§ 430-2 du fn* 1*13115. Même écrit. 2 ff. in-4°, dont 

1 blanc. 

208. Des pèlerinages au temple de Jérusalem. Pet. écrit, rabbin, serrée. 

1 f. in-4°, troué. 
209-221. Règles de riBTna, certains morceaux en arabe, in-4° et in-8°. 
Le n° 210 a 8 ff. ; le n° 211 a 6 ff. (en partie collés). Au f. 2 du 
* n° 219, il est dit que ce n'est l'usage ni de ns"l£, ni de i":DD, 
mais de n"n2tt (Magbreb?). 

222. Règle du D"in "n0"O, en arabe. Écrit, carrée égypt. 2 ff. in-8°. 

223. Cas de nsiu pour défaut à la trachée ou au poumon. 2 ff. in-12. 

224. Règles du même ordre; inspection hygiénique des viscères, avec 

figures. Quelques termes techniques en espagnol. Ecrit, rabbin. 
3 ff. in-4° large. 

225. Aliments permis ou défendus. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in 4°, 

déchiré du bas. 

226. Des animaux purs et des animaux impurs, en arabe. 2 ff. in-4°, 

larges trous. 

227. Des impuretés par contact, en arabe. Ecrit, orientale. 2 ff. in-4°. 

228. Sur l'impureté et les Samaritains. Même écrit. Ratures et renvois en 

marge. 2 ff. in-4°, élimés au bord. 

229. Des règles d'impureté. Texte inachevé au milieu de la 2 e p. 1 f. 

in-4°, grand trou. 

230. De la propagation de l'impureté. Fragm. de fol. in-4°. 

231. Autres cas d'impureté, en arabe. Belle écrit, carrée. 1 f. in-4°. 
232-3. De la graisse interdite, en arabe. Écrit, orientale. 2 pièces in-4°, 

la l r « endommagée. 

234. Règles concernant les mélanges d'aliments interdits. Écrit, carrée. 

1 f. in-4°. 

235. Du mélange d'objets interdits avec d'autres permis. 2 ff. in-4° dont 

1 blanc. 

236. De l'interdiction du r,w:rt Ta. Cite Maimonidc. Écrit, rabbin. 1 f. 

in-4° écorné. 

237. Formule de diplôme en arabe pour amu? au Caire; points diacri- 

tiques et vocalisation arabe. Écrit, contemporaine de Maïmonide. 
Au 2° f., série de versets bibliques. 2 ff. in-4°. 

238. Des unions interdites aux Cohanim. Écrit, rabbin. 1 f. in-4°. 

239. Obligations des femmes juives. Même, écrit. 2 ff. in-4°, écornés et 

troués. 

240. Règles de conduite et de liturgie. Ecrit, carrée égypt. 1 f. in-fol. 
24t. Lois des Noachides (païens soumis aux seules lois morales). 1 f. 

in 4°, piqué de vers. 
242-3. Des diverses formules de bénédictions a réciter, et en quels cas. 

2 ff. in-fol., troués et 2 ff. in-4°. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

244. ranpn i^D. Table des matières. Écrit, rabbin. 2 ff. in-4°, huileux, 

écornés. 

245. ■punpTOn "ÔICD; Comment, sur 1. n, §£ 14 et 16, et sur xix, 15. Écrit. 

afric. 1 f. in-4°. 

246. Tour, DiTrrrViK, tr. Tefillin. Écrit, orient. 2 tf. petit in-8°, dont 

1 blanc. 

247. Ici., Û^T, min 'o ^Nbs ,nbn. Les notes citent Aboudraham, 

l'Agour, etc. 12 ff. in-4\ 

248. Règles du Se fer Tora et du temple à Jérusalem. 2 ff'. in-4° fendillés. 

249. Id., pour Roscii ha-Schana, §§ 590-9 et § 616. 4 ff. d'une édit. 

in-4°. 

250. Meguilla, etc. Aux 2 dern. pages, figure la ms^n nbMîO. 8 fragm. 

in-4°. 
251-8. Extraits divers et comment sur nT3>H *pK, dont le 1 er sur le 

chap. cm. 2 ff. in- 4°, écornés, et autres pièces in-4°. 
259. Id. De la possession présumée, selon le C3BM "JCH. 2 ff. in-4°, 

écornés. 1 blanc. 
260-74. Comment, divers sur le ESTE» jcn, §§ 67, 103, 105, 160, 210, 225, 

271, 348, 372. 

275. Extraits de la collection de notes sur n^yi D^n, 64a, n" 239, au 

nom de va'P'l sur Alfassi, et un autre extrait de R. Jacob Weil, 
Consultations (femme soupçonnée dinconduile et prestation de 
serment). Écrit, orientale. 3 ff. in-4°. 

276. Extraits du iB'aV"i (solution de vœu). Même écrit. 2 ff. in-4°, 

1 blanc. 

277. Extraits du D'T'w'n, et un autre extrait du tD'a'^'i ; questions pécu- 

niaires; monnaie indiquée en D^ENpvr (ducats). 2 ff. in-4°. 

278. Cas de donation in extremis. Notes de D"i'C~i. 2 ff. in 4° dont 

1 blanc. 

279. mbbp mnn 'o. Écrit, carrée calligraphiée. 1 f. petit in-4°. 

280. Dm3 mD73. Ecrit, afric. 1 f. in-4°. 

281. Conditions d'acquêt. Ecrit, rabbin. 1 f. in-4° a 2 col. troué. 

282. Fragment de comment, halachique, arabe et hébreu. Parchemin. 

Belle écrit, carrée. 1 f. in-4°. 

283. Fragment de règles, ch. u, pour mariage et divorce; en arabe. Ecrit. 

carrée. 1 f. in-8°. 

284. Sommaire d'un traité des dommages en 14 chap. Grande et belle 

écrit, rabbin. ; indication des chap. en leltr. carrées. 1 f. in-fol. 
iroué et déchiré. 

285. Lectures liturgiques. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-4°, déchiqueté en 

long. 

286. Lectures bibliques. Même écrit. 3 ff. in-4°, en pareil état. 

287. Des bénédictions à réciter; indications. Ecrit, rabbin. 7 ff. délabres 

in-fol. 

288. Instructions pour la bénédiction le jour du Sabbat. Même écrit. 1 f. 

in-fol. abîme 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 109 

289. De la bénédiction sacerdotale. Même écrit. 1 f. in-4°, déchiré en 

long. 

290. Du port des bijoux par les femmes, le Sabbat. Écrit, carrée. 1 f. 

in-fol. à 2 col., parchemin déchiré et troué au milieu. 

291. Fixation des jours de fête. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-4°, entamé, 

troué. 

292. Fin de comment, sur Rosch ha-Schana. Écrit, rabbin, du temps de 

Maïmonide. 3 moitiés infér. de ff. in-fol., dont 1 blanc. 

293. De la construction du temple de Jérusalem. Écrit, rabbin, égypt. 

if. in-4°, délabré. 

294. Règles pour la transcription du Sefer Tora. Écrit, rabbinique. 

Rubriques en lettres carrées. 1 f. in-fol., déchiré du haut et 
du bas. 

295. Des cendres de la vache rousse. Même écrit. 1 f. in-4°, déchiré et en 

fragment. 

296. Gode religieux, 1VJ, partie relative aux dommages-intérêts. Mor- 

ceau de Tédit. incunable, 6 ff. in-fol., entamés de toute la lon- 
gueur. 

297. Traité de nzrmD en hébreu, avec traduction littérale en arabe. 

Écrit, rabbin, égypt. 2 ff. in-4°, largement écornés. 
298-301. Même sujet. Même écrit. 1 ou 2 ff. chaque pièce, en mauvais 

état. 
302. min "p*»Tn73 m» bip. Longue introduction écrite sur 2 col., en 

lignes diagonales. Écrit, africaine; texte en lettres carrées, 10 ff., 

les uns in -4°, d'autres en long in-fol. 

C 1. Consultation juridique sur la responsabilité du dépositaire. Écrit, 
rabbin. 8 ff. in-fol. 

2. De l'association. Même écrit. 2 ff. in-4°, déchirés du haut. 

3. Du divorce. 1 f. in -4' en mauvais état. 

4. Des droits de la veuve sur la succession du mari. Écrit, rabbin, égypt. 

1 ff. in-fol. délabré. 

5. La valeur de l'attestation d'un converti. 2 ff'. in-4" dont 1 blanc. 

6. Des créances de la femme; droit de reprise. 2 ff. in-4°, écornés et 

troués. 

7. Des cas de contrainte. Discussion des Tossaphistes. Fragm. in-4°. 

8. Cas douteux de succession. Ecrit, rabbin. 1 f. in-4°, troué, élimé en 

marge. 

9. Questions de dépôt. 2 ff. in-8°, déchirés en haut. 

10-12. Modes d'acquisition. Recours des créanciers. Succession. 3 pièces 
in-4°, la 3* en 2 ff. 

13. Donations entre vifs. Écrit, judéo allemande. 4 ff. in-4°, délabrés. 

14. Règles de civilité, n us 8-19. Belle écrit, carrée, 1 f. in-4°, abîmé. 

15. Composition des tribunaux; celui de 23 membres. Ecrit, rabbin. 

égypt. 1 f. in-4°, jauni, troué et déchiré des 2 côtés. 

16. Des ■ptzmp. Même écrit, 1 f. in-4°, découpé du haut. 



HO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

17. Des unions interdites. Ecrit, rabbin, 1 f. in-4° écorné. 

18. Dissertation sur le mariage et le divorce. Cite «'n'O^'l et Jac. Weil. 

Écrit, africaine ancienne. 16 ff. in-4°. 

19. Du E33. Cite Maïmonide, Alfassi. Même écrit. 4 ff. longs. 

20-23. Même sujet. Écrit, rabbin. La l«" e et la 4^ pièces sont en 1 f. in-4°, 
jauni, entamé; la 2 e en 2 ff., d'écrit afric, cite y'n'o'n ; la 3^ en 
2 ff. 

24. De la valeur des contrats. Même écrit. 2 ff. in-4°, jaunis. 

25. Des honoraires dus au médecin. Écrit, rabbin. 1 f. in-4°, piqué de 

vers. 

26. Explication rabbinique d'une reconnaissance de dette, avec remarques 

en arabe. Écrit, orientale, 1 f. in-12 

27. État d'une dette remontant à 3 jours, en arabe. 1 f. in-8° entamé. 

28. Questions pécuniaires, en arabe. 1 f. in-12, fendillé. 

29. Propriété d'une trouvaille. Cite les '3WM mnan. Écrit, africaine. 

1 f. in-8° écorné. 

30. Question d'héritage. Écrit, carrée égypl. 1 f. in-8°, entamé de côté. 

31. De la prestation de serment. Petite écrit, rabbin, serrée. 2 fragm. 

in-4°. 

32. Traité du droit civil. Extr. de 5 sections. Écrit, rabbin. 6 ff. in-4° 

délabrés. 

33. Du contrat de mariage. Écrit, afric. 1 f. in-4°, troué et coupé du 

haut. 

34. Débat entre débiteur et créancier sur la véracité de la créance. 

Même écrit. 2 ff. in-8° longs, échancrés en bas. 

35. Constatation de dette. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in 12, écorné. 

36. Discussion sur la garantie des biens. Ratures et renvois. 2 ff'. in-8°. 
37-8. De la confection des contrats. 1 f. gr. in-4° chaque pièce, délabrée. 

39. Formules pour contrats divers. Écrit, afric. 2 ff. in-4° à 2 col. 

40. Droits d'une divorcée ou d'une veuve. 1 f. in-4°, déchiqueté du haut. 
4t . Des mineurs. Petite écrit, rabbin, serrée. 2 ff. in-4° à 2 col. 

42. Les revendications en vertu d'assurances. 1 f. in-4° troué. 

43. Conditions de contrat, avec commencement de formule. 2 ff. in-4°. 
44-45. Du dépôt et de ses conséquences. Écrit, rabbin. 2 ff. in-4°. 

46. Même sujet, en arabe. Écrit, carrée. 2 ff. parchemin in-12. 

47. Dissertation juridique de droit civil, ch. xix-xxr, dettes et revenus. 

4 ff. in-fol. 

48. De l'acquisition par l'emplacement. 1 f. in-4°, trous et déchirures. 

49. De l'estimation d'une valeur. Écrit, rabbin, égypt. 1 f. in-4°. 

50. De l'abandon npsn. 1 f. in-4°, entamé en marge. 

51-2. Règles sur la possession des esclaves, en arabe, la l re pièce. 1 f. 
in-4° chaque. 

53. Du prêt à intérêt mn-im "JW3, en arabe. 6 ff. in-4° et 2 blanc, 

troués, fendillés. 

54. Même sujet, explication du texte biblique (Lévit., xxv, 36). 1 f. in-4°, 

troué, écorné. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 111 

55. Traité de droit civil : l re seet., ch. xn : 2 e sect., ch. i incomplet. 2 ff. 

in-4*, déchirés en bas. 

56. Td., demandeur et défendeur. Écrit, rabbin. 2 ff. in-4°. 

57. Dommages et pénalités. Même écrit. 8 ff. in-4°. 

58. Même sujet. Cite Atfassi. 1 f. in-fol. , troué et échancrure latérale. 

59. Date de l'adolescence légale. 1 f. in-fol.. fendillé. 

60-61. Des immeubles en association. Avis du n'n'tf'n. 1 pièce en 2 ft. 

in-4°, et une autre 1 f. in-4°. 
Gr. fol. 62. Répertoire par sujets, avec références aux Midraschim, 2 ff. 

gr. fol. 

D. 1. Consultations diverses. 5 ff. in-8°. ban "ppn pour l'office du 1 er 
jour de Pàque. 1 f., et Kabbale 8 ff. Ensemble 14 ff. in-8° abîmés. 
2-30. Ici. Écritures diverses et de tous formats. 

31. Œion mnr^n. Répertoire de consultations de N à b. Écrit, orientale. 

2 ff. in-fol. , l'un déchiré au bas. 

32. Question de transport le samedi, avec référence au Talmud, Sabbat, 

xxiv, Éroubin, x. 2 ff. in-4°, dont 1 blanc. 

33. Consultation concernant rmo, en arabe. Écrit, rabbin., 1 f. in-4° 

piqué de vers. 
34-5. Consult. relative au as. 1 f. in-4° chaque pièce, la l rC déchirée du 
haut. 

36. Témoignages contestés en cas de divorce. Écrit, rabbin, orientale. 

2 ff. in-4°. 

37. Cas de séparation d'époux. Même écrit. 2 ft. in-4°. 

38. Deuil subit d'un nouveau marié. Écrit, aricaine. 2 ff. in-4°. 

39. Attributions du don paraphernal ; comment, du ïïti sur Eben 

Hézer, ch. lxxxv. 2 ff. in-4°, dont 1 blanc. 

40. Reprise de biens d'une succession. Ecrit, africaine. 2 ft. in-4°, dont 

1 blanc. 

41. Décisions par contrainte. Cite les notes d'Askari, vers la fin. Même 

écrit. 4 ff. in-4°, dont 1 blanc. 

42. Amende pour vol. Consultation sur le tt"n, § 348, par Modin. 2 ft. 

in-4°, dont 1 blanc. 

43. Consultation sur l'intérêt. Cite R. Ascher, le 1VJ et R. Ephraïm. 

Petite écrit, rabbin, serrée. 1 fragm. et 3 ff. déchirés du haut et 
du bas. 

44. Ici. sur des cas d'achat et de vente. Belle écrit, rabbin. 1 f. in-fol. 

45. Id. rédaction d'un contrat de mariage ; se réfère à nT^n pN, 

ch. xcm. 1 f. in-4°. 

46. Id. cas de dommage survenu. Cite R. TNTmtt (?). 2 longs ft. 

étroits. 

47. Id. des biens de mineurs. Écrit, rabbin, orientale. 1 f. in-4°, déchiré 

du bas. 

48. Id. Vente d'un esclave. Même écrit. Notes en marge. 4 ff . in-4°, le 

4« troué. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

49. Id. Cas d'impureté. Marge droite élimée et échanerée. 1 f. in-4°. 

50. Id. Naufrage de Maïmon. Ralaki à Marseille. Écrit, orient. 2 ft. 

in-4°. 

51. Consult. sur la question de responsabilité. Début : rrttPïn nbtt yrv® 

...n'« -nnin epob nnv -im wnp. Fin : npjn "; apb »n«3rj 
"irôy ta r"'pD73r; ^"inn (...?) tfp. Écrit, minuscule africaine. 4 ff. 
in-4°, coupés. 

IV. — Liturgie. 

A. 1. Fragm. de rituel de prières hébraïques, avec indications en arabe 
et points- voyelles. 1 f. in-4°, coupé du haut, écorné. Publié par 
M. Israël Lévi, R. É. /., t. LUI, p. 231-235. 

2. Schemoné-Esré journalier, précédé et suivi des Berakhot usuelles. 

12 ff. parchemin gr. in-4°, largement écornés. Écrit, carrée 
(Revue, ibid., p. 235-240). 

3. Id., avec variantes et développements de la Berakha préliminaire. 

1 er et dernier ff. in-8°, d'un cahier complet (Voir ibid., p. 240). 

4. Commencement §§ 1 et 2 du Schemoné-Esré (ibid., p. 240). 

5. Section du Schemoné-Esré, §§ 15-18. 1 f. in-8° (ibid., p. 238, note 4). 

6. Final du Schemoné-Esré et Ps. xci. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-8° 

(V. ibid., p. 240). 

7. Formules de prières à la suite du Schemoné-Esré . 2 ft'. in-8° (ibid., 

p. 239, note 3). 

8. Versets bibliques (m»n ^piDD), en arabe, récités avant la prière. 

1 f. fol. déchiré. 

9. Rituel du Sabbat, matin. Ecriture carrée. 1 f. in-8° (Voir ibid., 

p. 240). 

10. Décalogue, version du Deutéronome, v, suivi de versets pris dans la 

même section biblique, et la l r e page du rituel sabbatique nasv 
nntt. 2 ff". in-8» (V. ibid., p. 241). 

11. Fin du Schemoné Esré de Kippour, Rite sefardi. Déchirure médiale. 

1 f. parchemin in-24 (V. ibid., p. 240). 

12. Le Schéma, seulement indiqué par les premiers versets, précédé et 

suivi des bénédictions rituelles, avec indications en arabe. Écrit, 
carrée égypt. 1 f. in-4° (V. ibid., p. 241). 

13. Fragments du rituel de Saadia Gaon. Écrit, rabbin, égypt. 6 ff'. in-8°, 

mutilés, surtout le 5 6 . 

14. Id. Écrit, rabbinique récente. En tète : rPHJO '")b THo . 2 ff. in-12. 

15. Id. rubriques en rouge 2 ff". in-8°, dont 1 blanc. 

16. Prières préliminaires du matin, avec indications en arabe. Belle écrit. 

carrée. 1 f. in -4° déchiré. 

17. Versets de la liturgie du matin, rttiïaqiri blB û^pnoe, 2 ff. in-4°. 

18. Invocation particulière mnn. Ecrit, carrée égypt. 2 ff. in -4° troués. 

19. Prières initiales du matin, n^"* "iO«, avec variantes que Ton retrouve 

au n° 21. Belle écrit, carrée. 1 f. in-8° long. Comp. n° 21. 



LES MAiNUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 113 

20. Fragment du rituel journalier, morceau vocalisé de 1"P£b «m. Écrit. 

carrée. 1 f. in-16. 

21 . Prières initiales avec indication en arabe. Au v°, des versets à réciter 

durant la bénédiction sacerdotale. 1 f. in-12. Cf. n° 19. 

22. Suite des mêmes prières; variantes. Écrit, carrée égypt. 2 ff. in-16, 

dont 1 blanc. 

23. Id. Même écrit, rabbin. 2 ff. in-4°, écornés au bas. 

24. Formule de bénédiction sacerdotale dite le matin. Variantes notables 

dans ce qui précède et ce qui suit cette récitation. Écrit, carrée. 
Texte vocalisé. 1 f. in-4°, jauni. 

25. Suite aux prières initiales. l re p. (seule) vocalisée. Même écrit. 

Variantes. 1 f. in-4°. 

26. Bénédiction de la Loi, n^nnn rûna, suivie de la sect. biblique de 

l'oftrande du TEn (Nombres, xxviu, 1-8) ; puis la Mischna {Péa, 
i, 1, ma*7 ib»), et ri»iB3 "»nb«. Belle écrit, carrée, devenue 
fruste . 

27. Suite de la profession de foi précédant le petit Schéma. Variantes. 

Écrit, carrée; allusions cabbalistiques écrites en notes, avec carac- 
tères africains. 

28. Même sujet en prose rimée. 1 f. in-4°, écorné et troué. Lettres 

pâlies. 

29. Invocation avant de mettre les Tefillin et avant le jeune. 2 ff. in-4°. 

30. Formules de bénédiction avant et après le petit Schéma, suivies de 

versets bibliques, dont l'ordre diffère du Rituel actuel. 1 f. in-4°, 
parchemin. 

31. Série de versets bibliques, ïTMon "VOS, comprenant aussi le chap. 

du T"»rr, et finalement le Ps. cxlv. 2 ff. in-4°, déchirés ; parchem. 

32. Autre série analogue, comprenant le Ps. xxxiv. Belle écrit, carrée. 

2 ff. in-8°. 

33. Invocations en prose rimée, extraits des Ps. cxlv et xxxiv. 1 ff. in-8°, 

écorné. 

34. Mosaïque composée de versets tirés de Ps. divers. 1 f. in-8°. 

35. Autre série de versets semblables, de la même source. 1 f. in-8°. 

36. Succession de versets et d'invocations, qui paraît détachée d'un petit 

rituel très ancien, format de poche. 2 ff. in-24, brunis. 

37. Fin du Ps. xxxm et Ps. xxxiv, incomplet 1 f. in-4°, déchiré du bas. 

38. Invocations du matin, sommaire de supplément pour les jours de 

fête, suivi du grand Hallel, 2 ff. in-4°, abîmés. 

39. Invocations en prose rimée, avec allusions aux martyrs. 3 ff. in-4°, 

écornés. 

40. Succession de versets bibliques, m?2T"i ^piOD, du Rituel matinal, 

suivis du Ps. cxlv. 2 ff. in-16, déchirés en haut. l re page pâlie. 

41. Ps. cxlv, précédé d'un des versets bibliques du rituel du soir. 

Ps. xx, 10. 1 f. in-16. 

42. Ps. cxlviii et cxlix, de la même partie du rituel. 1 f. in-4°, déchiré. 

43. Divers versets bibliques et invocations pour guérison. 1 f. in-4°. 

T. LXIII, n« 125. 8 



ïii KEVUÈ DES ÉTUDES JUIVES 

44. Fin de la formule du mn'IT (moins le final ""'N'a), suivie du cantique 

de la mer Rouge. Indications en arabe. 1 f. in-4°, écorné. 

45. Versets bibliques et prière particulière en prose rimée. 1 f. in-4°, 

oblong. 

46. Fragment du Schéma. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-24. 

47. Paraphrase de la l re bénédiction dite le matin avant le Schéma, feu 

et animaux célestes. 1 f. in-4°, troué, mouillures. 

48. Kaddisch selon le rite se fard i, avee variante, y compris la formule 

dite "j;2~n, plus développé à la fin que dans le rituel de nos 
jours, i f. in-8. écorné. 

49. Seconde bénédiction matinale récitée avant le Schéma, avec de 

notables développements. 2 ff. in-4°, le 1 er endommagé. 

50. Paraphrase très différente de la même bénédiction, l f. in-4°, par- 

chemin coupé du haut. 

51. Cantique de la mer Rouge, suivi des versets de l'Exode, xv, 20-26, et 

d'autres versets conservés dans le rite actuel. Au lieu de la formule 
n3n'C , \ l'indication arabe suivante (en grandes lettres creuses) : 
ûim BMÏT1 bip^ un, précédant la bénédiction préliminaire, avant 
le Schéma du matin. Écrit, carrée égypt. 3 ff. in-4°. 

52. Feuillet détaché du q^tj *pi '0, contenant la prière à réciter en 

voyage, Trin nbfitf, avec commentaire cabbalistique. Grande et 
petite écriture rabbinique, 1 f. in-12. 

53. Morceaux d'un Rituel journalier, comprenant les prières du Sabbat et 

de la Néoménic. Ecrit, rabbin, orientale. 6 ff. in-8°. 
5't. Paraphrase en prose rimée des Ps. cxlv et cl du Rituel, f f. gr. in-8°, 

écorné. 
55. Série de versets bibliques m»n ^pnDD, différant du Rituel de nos 

jours, avec indications en arabe. 2 ff. in-16. 
56-57. La série de versets (Néhemie, ix, 3-6 et I Chron., xxix, 11-13) avant 

le Cantique de la Mer Rouge ; à la fin, les sections 2° et 3 e du 

Schéma. 2 ff. écornés d'un cahier in-4°. 

58. Formule de tDfHp (écrit OVip, avec un 0) du vendredi soir, inachevé. 

Indication en arabe, et recommandation de remplir le verre 
« avec du vin à 25 dirhem ». Écrit, carrée égypt. 1 f. in-12. 

59. Section l re et 2 e du Scherna, et les 4 premiers des Schemoné Etre. 

2 ff. in-12, endommagés. 

60. Schemoné Esré pour les fêtes Rosch ha-Sehana et de Kippour. 

Légères variantes. Écrit, carrée égypt. 2 ff'. in-8°. 

61. Comment, cabbalistique sur le Schemoné Esré journalier. Sect. 1 à 

9. Écrit, rabbin, orientale. 1 f. in-8°. 

62. Rituel journalier; assez conforme au Rituel de nos jours, rite 

aschkenazi. Indications en arabe. 2 ff. in-4°. 

63. Fragment de rituel pour la fête de Pàque. Variantes. 1 f. in-4°, 

troué. 

64. Schemoné Esré journalier; les 5 prem. sections. 1 f. in-8°, dont 

1 blanc. 



les manuscrits du consistoire Israélite de paris lis 

65. La profession de foi dite 13 w, complète, en arabe. 1 f. in-4°, déchiré 

du haut. 
GO. Les sections 13 à 16 du Schemoné Esré journalier. Notables variantes. 

1 f. in-16. 
67. Le morceau J^atb Km, avec variantes. Indications arabes. 2 ff. 

in-12. 
G8o Sections 6 à 9 du Schemoné Esré journalier. Passages talmudiques 

relatifs à l'encens, rmapïi mca^D, avec discussion sur les avis de 

R. Simon b. Gamaliel et de R. Natan. 2 ff. in-24. 

69. Final du *pann des prières matinales, après le Schemoné Esré. 2 ff. 

in-8. 

70. Prières avec notes de Kabbale, attribuées (f. 2 a ) à R. Gamaliel. En 

tête, 2 p. et demie de Zohar. Avant-dernière page. « Achevé à 
Tunis en Tebet 5255 » (= 1495). Dern. p., une clef des songes. 
Complet en 12 ff. in-4°. 

71. Rituel cabbalistique, partie du Schéma, sect. 2 et sect. 3, versets 

à réciter avant le coucher; Kaddisch du samedi soir, m::*!? 
rwnb, puis Schemoné Esré, §§ 1-2, le tout amplement com- 
menté. Texte en écrit, carrée. Comment, en cursive afric. 
Légers accrocs. 8 ff. in-4°. 

72. Commencement du Schemoné Esré, §§ 1-2, selon les mêmes plans et 

dispositions graphiques que le précédent n°. 2 ff". in 4°. 

73. Fin du Schemoné Esré, avec indications en arabe. 1 f. in -8°, écorné. 

74. Série des versets bibliques, en grandes lettres carrées, suivis d'un 

texte en prose rimée pour le Sabbat Hanoucca, d'une autre écrit, 
carrée. 1 f. in-4°. 

75. Commencement, bénédictions 1 et 2 de la prière du soir. Variantes. 

I f. in-12. 

76. Office du vendredi soir, puis commencement de l'office du samedi 

matin, avec mention qu'il faut ajouter les Ps. 33 et 34 à l'office 
journalier. 5 ff. in-16. 

77. Office du soir de Pàque avec Pioutim. 2 ff. in-12. 

78. Office du vendredi soir, avec indications en arabe. Variantes. 1 f. 

in-8°. 

79. Office du samedi matin ; après le nar.tm, des versets bibliques, la 

formule mm fcnm avant "Oin. Belle écrit, carrée. 1 f. in- 4°, 
troué. 

80. Fragments de rituel du samedi matin et de la néoménie. 2 ff. in-16, 

sur parchemin, d'un cahier incomplet au milieu. 

81. Kedouscha du samedi matin et final du JTOsb «m, avec variantes. 1 f. 

gr. in-4°, troué. 

82. Fragment du rituel de Rosch ha-Schana, en mauvais état. 1 f. in-4°. 

83. Morceau de prière du soir, coupé du haut et du bas. Indications en 

arabe. 1 f. in-8°. 

84. Bénédictions à réciter après la lecture de la Haphtara. Parchemin. 

1 f. in-8°, troué. 



116 HÈVUE DES ÉTUDES JUIVES 

85. Morceau de rituel, comprenant la fin de l'office du samedi soir, le 

formulaire du 3*n^ et le Schemoné Esré des jours de fête. 2 ff. 
parchem. in-16. Le 2 e f. abîmé. 

86. H aile 1, dernier chap. ou Ps. cxvm, suivi de la formule finale de béné- 

diction. Écrit égypt. 1 f. in-8°. 

87. Schemoné Esré du jour de Néoménic, inachevé. Au v° le Piout pour 

la néoménie lorsqu'elle a lieu le samedi. 1 f. in-8°. 

88. Le même en 2 rédactions différentes; à l'une d'elles, il manque le 

commencement et la fin. 1 f. in-4°, troué. 

89. Autre rédaction du même Schemoné Esré, également incomplet. 1 f. 

in 4°. 

90. Formulaire du rachat du 1 er né, avec mentions en arabe; indications 

de la valeur complète des cinq sicles à payer au Cohen ; plus, 
un supplément de change. Récitation de la prière Nm !tby\ si 
c'est un jour de fête. Notables variantes.. 1 f. in-4°, troué. 

91. Fragment de la bénédiction du repas. 1 f. in-24. 

92. Schemoné Esré pour la fête de Pentecôte. 1 f. in 4°, troué. 

93. Morceau du rituel de Kippour. 1 f. in-8°, endommagé et 1 fragment. 

94. Fragment de Piout de Rosch ha-Schana dans la l r0 section du Sche- 

moné Esré. 2 ff. in-12, le l° r déchiqueté du bas. 

95. Azharot, du samedi qui précède la fête de Pâque, ou quatrain rela- 

tif aux préceptes de celte fête, par R. Kalonymos. 1 f. in-4° et 
1 fragment déchiqueté du bas. Caractères rabbin. Rubriques en 
carré. 

96. Rituel de la nuit de Pentecôte, en 10 chants, dont les 2 derniers 

manquent. Écrit, orientale. 8 ff. petits in-4°. 

97. Une page d'un rituel analogue, moins biblique, mais plus littéraire. 

1 f. gr. in-8°. 

98. Morceau des 613 préceptes énoncés dans le Rituel de Pentecôte, par 

distiques accompagnés de copieux commentaires. Les derniers 
sont écrits en caract. rabbiniques ; les textes sont en lettres car- 
rées. 1 f. in-8 fl , troué. 

99. Commencement des Azharot pour la même fête; indication de la dis- 

tinction entre les préceptes positifs et les négatifs. 1 f. in-4°. 

100. Final du Schemoné Esré de la même fête. 1 f. in-8°. 

101. Id., id. du dernier jour de Pàque. 

102. Passages bibliques, extraits de l'Exode, xix, 20-25, des Nombres, 

xx, 14-16, et duDeutér., m, 1-11, suivies delaHaphtara denb'^3, 
Juges, v. 1 f. in-8°, troué. 

103. Haphtara pour l'office du Sabbat de la semaine de Pàque : Ezéch., 

xxxiv, et autre Haphtara de Jérém., xxu. 1 f. in-24, coupé 
du bas. 

104. Texte du Hallel, avec les premiers mots de la formule finale ^Tb^n-^. 

2 ff. in-4°, brunis, en mauvais état; caractères carrés. 

105. Commencement du rituel pour le soir de Rosch ha-Schana. Ps lxxxi, 

inachevé. Reste de f. en blanc. 1 f. in 4°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 117 

106. Final de Schemoné Esré pour la Pentecôte, puis les Pioutim à inter- 

caler dans le Rituel du soir de Rosch ha-Schana. Variantes. 1 f. 
in-4°. 

107. Deux prières spéciales à l'officiant. Écrit, afric. 2 ff. in-4°, dont 

1 blanc. 

108. Fragment de Schemoné Esré, Moussaf de la fête de Pàque. 1 f. 

in-4°, coupé du haut. 

109. Versets à réciter avant et après la sonnerie du Schophar. L'ordre 

de cette sonnerie diffère du rite actuel. 2 ff. in-4°. 

110. Moussaf pour la fête de Rosch ha-Schana. La formule 13"»b? com- 

plète. 8 ff. in-4°, dern. délabré. 

111. Morceau de la même prière, §§ 8 fin et 9 inachevé, 1 f. in-4°, troué. 

112. Fragm. de cette prière, § 9. 1 f. in-8° (V° blanc). 

113. Ici., morceau de la fin du § 7. 1 f. in-8° (V° blanc). 

114. Prose rimée intercalée dans le Schemoné Esré de Rosch ha-Schana, 

portant en tête le titre ri3U:r; t»finb ïWHp. 2 ff. in-12. 

115. Til^y, prière spéciale au Nouvel-An, en prose rimée. 1 f. in- 16. 

116. Fin du Schemoné Esré du Nouvel-An et versets bibliques à réciter 

à l'office de la veille de Kippour. 1 f. in-12, troué. 

117. Rituel du Nouvel-An, Moussaf, fin du § 6 et § 7, avec indication en 

arabe pour Tordre des sonneries à intercaler. 2 ff. in-4°. 
118 Rituel du Nouvel-An, selon l'en-tète des derniers feuillets; prières 
du soir et du matin. Pioutim préliminaires pour le matin. "îa^aN 
133bn et Pizmon pour la sonnerie du Schophar. 4 ft. in-8°. 

119. Ici. selon l'en-tête des pages. Pioutim à réciter le 2 e jour de cette 

fête avant D73D3 et avant "îarp. Indication de la succession des 
offices à Minha et à l'issue de la fête. I e * et dernier feuillet d'un 
cahier. 2 ff'. in-8°, trous, mouillures. 

120. Rituel, Schemoné Esré (fin) pour le Nouvel-An, et ceux de Kippour, 

matin et soir. Indications en arabe. 2 ff. in-4°. 

121. Invocation et confession en chaldéen, dont chaque phrase commence 

par l'appel N:?am. 1 f. parchem. in-4°. 

122. Série de versets tirés des Psaumes que l'on récitait sans doute le 

soir de Kol Nidré. 2 ff". in-4°, papier orange. 

123. Partie de Schemoné-Esré de Kippour. Variantes. Écrit, afric 2 ff. in-24°. 

124. Moussaf pour le même jour. 2 ff. in-12 , écornés. 

125. Versets qui accompagnent la récitation des fnrpbo. 1 f. in-12 . 

126. Prière de pénitence en vers par ordre alphabétique, suivie de versets 

bibliques de supplication. 1 f. in-4°, endommagé. 

127. Schemoné-Esré du jour de Kippour. Les supplications suivent. 

2 ff. in-16°. 

128. Ici. manquent le commencement et le milieu. 2 ff. in-24°, écornés. 

129. Disposition du rituel du Nouvel-An, indications en arabe. Au début, 

le Ps. xlvii, suivi de supplications. 1 f. gr. in-8°. 
130 (131). Versets se rattachant aux susdites pénitences. 1 f. in-4°, coupé 
du haut. 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

131 (132). Schemoné-Esré de Kippour avec notables variantes. 2 if. in-4°, 

déchiquetés. 

132 (133). Élégies suivies des formules N37am et commencement de la 

confession dite ^bffib» b«n»ttîb isaan. Écrit, rabbin, orientale. 
2 ff. in-4°. 

133 (134). Élégie de confession dont le refrain est lyilifc n:Nt3n. If. in-4°. 

134 (135). Section du Moussaf pour le jour de Kippour, exposant les 

cérémonies sacerdotales lors de l'offrande des sacrifices au 
Temple de Jérusalem, en prose rimée. Mahzor indiqué seulement 
en abrégé. 2 ff. in-4°, larges déchirures au milieu. 

135 (136). Indication des prières du même jour par ordre alphabétique, 

suivie de versets bibliques. 1 f. in-4°, déchiqueté du bas. 

136 (137). Moussaf du jour de Kippour. Parties de l'office indiquées 

seulement par des rubriques. Pioutim et proses jointes au récit 
de l'Aboda. 2 ff. d'un cahier in-4°, dont le milieu manque ; 
déchirés du bas. 

137 (138). Fin du Schemoné-Esré du Moussaf du Nouvel-An. 1 f. gr. in-8°. 

138 (139). Sixième Bénédiction du Schemoné-Esré du Moussaf du même 

jour, puis final de la confession (ts'wyn ban) du jour de Kippour. 
Invocations en arabe. De la première page il manque la moitié 
inférieure ; la deuxième est abîmée du bas. Écrit, carrée égypt. 
2 ff. in-4°. 

139 (140). Fragm. du Moussaf de Kippour. Large déchirure médiale. 2 ff. 

in-16°, très troués. 

140 (141). Autre fragm. du même office. 2 ff. in-12° ; lacune. 

141 (142). Fragm. final de la confession "m*n de ce jour. 1 f. in-12*. 

142 (143). Morceau d'élégie, récitée en ce même jour. If. in-4° ; v° blanc. 

143 (144-8). Autres élégies du même office. 5 ff. in-8°, soigneusement 

vocalisées. 

144 (149). Rituel pour la néoménie, en hébreu et arabe. 1 f. in-4*, troué. 
150. Invocations pour jour déjeune, en prose rimée. 1 f. in 4°, troué. 
150a (151). L'office de l'Aboda pour Kippour, avec commentaire cabba- 

listique. Rubrique en caractères carrés ; texte en écrit, afric. 
ff. 100-103 qui ont dû appartenir à un Rituel complet. 4 ff. 
in-8°. 

151 (152). Morceau détaché du même office, avec commentaire analogue. 

2 ff. gr. in-8°. 

152 (153). Formule finale des élégies du soir de Kol-Nidré. 1 f. gr.-4°, 

parchemin. 

153 (154). Dispositif des chapitres prophétiques servant à la lecture de la 

Haphtara. 2 ff. in-4°. 

154 (155). Indications rituelles pour le Sabbat 73"in. 1 f. in-4°, abîmé 

du haut. 

155 (156). Formule de confession dite en commun, suivie de versets à 

réciter après le dernier Kadisch des offices du Nouvel-An et de 
Kippour. Écrit, afric. très marquée. 1 f. in-32°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 119 

156 (157). Homélie en arabe pour le deuxième jour de la le te des Taber- 

nacles. Belle écrit, carrée. 1 f. in-4°. 

1 57 (158). Récitations et prières pendant les processions faites avec le 

Lonlab (rmspn) au jour de Hoschana Rabba. 2 ff. in-8°. 

158 (159). Formule de bénédiction de la néoménie le soir, à la vue de la 

lune. Au v°, un chap. du rouleau d'Esther. 1 col. gr. in 8°. 

159 (160). Bénédiction du repas, inachevée, précédée d'indications en 

arabe. 1 f. in-4°, troué. 

160 161). Bénédiction avant de boire et après avoir bu du vin. Variantes. 

1 longue col. 

161 (162). La même bénédiction très développée et augmentée. 4ft*. in-24° 

162 (163. M aamad ou série de versets tirés des trois parties de la Bible, 

pour le cinquième jour de la semaine. Titre enluminé d'ara- 
besques. 1 f. in-8°. 

163 (164). Autre série analogue sur papier jauni, presque illisible. 

2 ff. in-8°. 

164 (165). Glorification de Dieu, en prose rimée. 1 f. in-4°, déchiré au bas. 

165 (166). Id. avec mention du Décalogue, peut-être pour la fête de 

Pentecôte. 1 f. in-12°. 

166 (167). Traduction arabe d'une partie du Hallel, Ps., cxvi (fin), cxvn et 

cxvin En tète : , an*5«3 flT©8J5«. 1 f. in-8°. 

167 (168). Ps., xxxix, lxiv, xxn et xxm, à réciter, peut-être dans la prière 

pour un malade. Indication en arabe. 2 ff. in-4°. 

168 (169). Invocation en prose rimée, par Salomon b. Natan. Version 

arabe au v°. 1 f. in-4°. 

169 (170). Extraits divers : Ps., xxiv, Deutéron., xxxn, tr. Yoma, et à la 

fin, Ps., lxvii, inachevé. 6 ff. in-24°. 

170 (171). Office du samedi soir. Notables variantes. Indication en arabe. 

2 ff. in-4°, délabrés. 

171 (172). Rituel du Nouvel-An, avec indication des sonneries du Schofar, 

entre les 4 e à 6 e bénédict. du Moussaf de ce jour. 1 f. in-4°, abîmé. 

172 (173). Bénédiction à réciter avant et après la lecture publique de 

l'histoire d'Esther. Au v°, un passage de Genèse, l. 1 f. in-4°, 
troué. 

173 (J74). Les mêmes bénédictions suivies de versets et d'une prière 

finale. 1 f. in-4°. 

174 (175). Section de rituel oriental dite E3rtl5K, composée d'une longue 

série de versets bibliques relatifs à la fêle d'Esther. 2 ff. d'un 

cahier in- 12°. 
.175 (176). Partie de la bénédiction du repas. Notables variantes. 1 f. in-4°. 
176 (177). Fin de la 3 # section de cette bénédiction. Variantes. 1 f. in-4°, 

coupé du haut. 
177-178. Supplications (n*ijnn) et confession. 1 f. f°, déchiqueté et taché 

du haut. 
178 (179). Invocation particulière pour le pardon des fautes. 1 f. in-16°, 

écorné. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

179 (180). Autre invocation analogue, en prose rimée. Refrains "iDNun. 

2 ff. in-8°, déchiquetés. 

180 (181). Formule de confession en commun. 1 f. in-4°, bruni, à 

l'encre pâlie. 

181 (182). Dernières pages du rituel de confession pour le jour de 

Kippour. Indications en arabe de l'office qui suit. 1 f. in-4°, troué. 

182 (183). Final du Schemoné-Esré du même jour. Variantes. 1 f. in-4°, 

coupé du bas. 

183 (184). Élégie (nrpbo), divisée en quatrains, précédée de la rubrique 

*]btt b«, pour office de jeûne. 1 f. in-4°, troué. 

184 (185). Recueil de cantiques pour les soirs de Sabbat et des jours de 

fête. Écrit, africaine. Complet en 8 ff. in-8°. 

185 (186). Morceau de Piout pour la fête des Tabernacles. 2 ff., coupés 

du bas. 

186 (187). Rituel oriental pour le jeûne du neuf Ab, élégies. Écrit, rabbin. 

orientale. 4 ff. petit in-4°. 

187 (188). Introduction à la bénédiction du repas en commun, et pre- 

mière bénédiction. Variantes. 2 ff. in-24°. 

188 (189). Prière d'Elie le prophète, en style du Zohar. Écrit, africaine. 

1 f. in-32°. 

189 (190). Prière chaldéenne îrwtt) "pia, dite avant la sortie du Séfer 

Tora, et série (inachevée) des 72 versets récités à la rentrée du 
Séfer. 1 f. in-32°. 

190 (191). Prière à réciter vers la fin de la bénédiction sacerdotale. Même 

écrit. 2ff. in-32°. 

191 (192). Ici. du « pieux R. Eliézer Kalir », pour jeûne ou calamité 

publique. 1 f. in-8°. 

192 (193). Glorification de Dieu, ou paraphrase des attributs divins, 

suivie de l'exposé du premier des sept fnilbDT!. Écrit, carrée. 
4 ff. in-16°. 

193 (194). Le îTPtl) pis « chapitre de chant », Dieu célébré par tous les 

êtres du monde. Petite écrit, rabbin., rubriques en lettres carrées. 
1 f. in-4°. 

194. Id., précédé et suivi de prières particulières. Lacune au milieu. 

4 ff. in-24°. 

195. Bénédictions spéciales : 1° pour mariage, 2° pour personnes en 

deuil, 3° pour la circoncision, 4° pour des fiançailles. Écrit, 
africaine. 2 ff'. in-24°. 

196. Recueil d'élégies, mmbo pour tous les jours de jeûne, avec 

Fvm33©K, rite sefardi. Belle écrit, rabbin. Rubriques en lettres 
carrées, en grande partie vocalisé. 12 ff. in-8°. 

(A suivre.) 

Moïse Schwab. 



NOTES ET MÉLANGES 



ESSAI D'EXPLICATION D'UN PASSAGE DU LÉYITIQUE 

(XI, 20 ET 23) 

On peut affirmer sans hésitation que les deux versets de Lévi- 
tique, xi, 20 et 23 n'ont pas encore trouvé d'explication entière- 
ment satisfaisante. 

Voici les deux versets : «in ypiz) *m« b* ^bm qw y*m br> (20) 
DDb «in ypuî û"»b:n ya-ia ib n^a tjwr "pui bai (23) ...nab. Par 
ï|vn yma on désigne sans aucun doute les insectes. Ce qui est 
singulier, ce n'est pas seulement, comme le font ressortir les 
commentateurs modernes, que ces insectes sont désignés comme 
quadrupèdes, alors que nous n'en connaissons pas qui aient moins 
de six pattes ; à cela s'ajoute un autre sujet de surprise, c'est que 
les versets 20 et 23 paraissent tout à fait identiques. C'est ce qui 
échappe non seulement à des auteurs comme Hirsch et Hoffmann, 
pour lesquels le texte traditionnel est intangible, mais aussi à 
Bertholet et à Baentsch, qui ne reculent pourtant pas devant une 
correction du texte. Tous deux font des mots jan» by ^brti du v. 20, 
comme des mots correspondants du v. 23, trban wt» îb -ïizjk, des 
gloses qui, provenant du v. 21, auraient été insérées là par inin- 
telligence ; mais aucun n'ose effacer tout à fait l'un de ces deux 
versets ou même l'un et l'autre. Baentzsch, du reste, traite assez 
légèrement cette « glose », car il traduit les deux fois « qui ont 
quatre pattes », bien que cette traduction ne convienne qu'au 
verset 23 (D-'bm *ma ib n©«), puisque le v. 20 porte *a-ia b* ^bfiïi. 
Voulût-on effacer aussi cette glose, ce qu'on conserverait resterait 
encore assez difficile, puisque ce serait la même chose dans les 
deux versets. La traduction que donne Baentzsch du v. 21, « qui 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

marchent sur quatre pattes et qui possèdent, en outre, au-dessus 
de leurs pattes deux pattes pour sauter », ne peut nous satisfaire, 
car il faudrait nrcfio et non -na«. Et quand Strack avance, pour se 
tirer d'embarras, que *an& b? ^bn était une expression prover- 
biale, il se garde bien de citer au moins un cas analogue. Il a sans 
doute pensé à l'expression gehen auf allen Vieren, « marcher à 
quatre pattes » ; mais cette tournure est tout a fait étrangère au 
génie de l'hébreu. 

Ce qui a empêché jusqu'ici toute interprétation satisfaisante de 
notre texte, c'est, à ce qui me semble, qu'on a négligé d'interroger 
la zoologie. 

Remarquons d'abord un fait surprenant, qui n'en a pas moins 
échappé à l'attention des commentateurs : c'est que le mot irb:n 
manque au v. 20. Or c'est là justement que je crois découvrir une 
piste qui nous mènera à l'interprétation exacte de notre passage. 
Mais avant de poursuivre, il faut présenter une petite observation 
grammaticale. 

Le motbn perd, au pluriel D^baH, sa signification originelle pour 
prendre celle de « fois » (Nombres, xxn, 28, 32, 33) ; une fois le 
pluriel a l'acception de « fêtes de pèlerinage » (Exode, xxm, 14). Le 
duel irban peut représenter le pluriel réel de ban avec le sens de 
« pieds », mais signifie en principe « une paire de pieds », c'est 
ainsi que pour d'autres organes doubles le duel indique la paire '. 
D'après cela, je crois que D^brn, au verset 23, signifie non « pieds », 
mais « paires de pieds », ce qui donne : « tout insecte, qui a quatre 
paires de pattes, vous sera en abomination ». 

Et si les insectes sont considérés comme ayant quatre paires de 
pattes, cela tient tout simplement à ce que les deux antennes ou 
palpes que tout insecte porte à la tête ont, par leur disposition et 
leur structure, le caractère de pieds. « Les ailes, dit Brehm 2 , et 
même les yeux peuvent manquer à un insecte, mais les six pieds 
sont aussi constants que les deux palpes ». Voici qui est encore 
plus remarquable 3 : « On doit considérer comme une véritable 
paire de membres de devant les antennes, qui appartiennent au 
segment primaire de la tête et naissent près du bord postérieur 
des oreilles, à l'endroit où celles-ci se changent en mandibules. Il 
faut noter surtout que les antennes, au moment de leur première 

1. Voir Konig, Lekrgebdude der hebràischen Sprache,2 u Hàlfte, 2 ier Teil (Leipzig, 
1897), § 257, d, e. 

2. Illustriertes Tierleben, III, 402. 

3. Korschelt et Heider, Lehrbuch der vergleicltenden Entwicklungsgeschichte der 
wirbellçsen Tiere (léna, Fischer, 1890), p. 793. 



NOTES ET MÉLAiNGES 4 23 

apparition, ont une position postérieure et n'avancent que plus tard 
près de la bouche, pour apparaître enfin insérées devant ou sur 
celle-ci. . . Cet état de choses appuie fort notre opinion, qui s'ap- 
plique aussi aux insectes, à savoir que l'antenne est une formation 
complètement homonome aux autres membres du corps, que sa 
position avancée devant la bouche n'est que secondaire et qu'elle 
ne peut par conséquent être ramenée aux tentacules primaires de 
la tête chez les annelés, comme l'admet Hàckel. » 

S'il est donc conforme à la science d'appeler jambes les palpes 
des insectes, le Pentateuque pourrait avoir désigné ces animaux 
comme munis de quatre paires de pattes, d'autant plus que, pour 
un profane, les palpes d'un très grand nombre d'insectes affectent, 
à cause de leur grandeur, l'aspect de jambes. Avec une précision 
caractéristique, le verset 23 porte seulement D^bm sanat ib nm, 
l'animal a quatre paires de pieds, et non trbiil yn-ia b* ^bnn, il 
marche sur quatre paires de pieds, ce qui n'est vrai d'aucun 
insecte. 

Le verset 23 étant ainsi complètement éclairci, le verset 20 ne 
sera pas difficile à expliquer. Au rebours du v. 23, qui se rapporte 
à tous les insectes, il n'en considère qu'un groupe, celui des 
insectes mangeables. Ce qui caractérise ceux-ci, c'est le nombre 
quatre des jambes servant à la marche, car les deux dernières, ser- 
vant au saut, sont tout à fait impropres à la marche et peuvent 
parfaitement, quand il s'agit de marche, être omises comme non 
existantes. C'est pourquoi, au sujet de ce groupe particulier d'in- 
sectes auquel appartiennent les quatre espèces mangeables, il est 
dit : 3>n-ia b* ^bnn, « qui marchent sur quatre ». On ne pouvait 
pas ajouter ici le mot trbpn] parce qu'on aurait pu l'expliquer 
inexactement par « paires de pieds », et on ne pourrait pas davan- 
tage se servir de la forme D^n pour la raison que nous avons 
dite. 

Voilà, ce semble, une interprétation exacte de notre passage, 
obtenue sans que le texte ait été changé, et sans qu'aucun mot 
ait été écarté comme superfétation ou comme glose. — Avant de 
terminer je voudrais seulement prévenir l'objection qu'on pourrait 
tirer d'expressions comme û^dsd œiD (Isaïe, vi, 2) ou tyw rwaiD 
(Zach., m, 9), d'où l'idée du duel paraît exclue. C'est que le passage 
d'Isaïe décrit un être d'imagination, qui n'existe pas dans la réa- 
lité : libre au lecteur de se le représenter, dans sa fantaisie, avec 
six paires d'ailes. Il lui est tout aussi loisible de penser, dans 

Zacharie, à sept paires d'yeux. 

Elias Fink. 



424 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



FRAGMENT D'UN RITUEL DE PAQUE 

ORIGINAIRE DE PALESTINE ET ANTÉRIEUR AE TALMUD 

M. Greenstone, de Philadelphie, a publié récemment un très 
remarquable fragment de la Haggada pascale, provenant de la 
Gueniza 4 . Ce qu'il y a de plus curieux dans ce fragment, ce sont 
les bénédictions qui précèdent le morceau rrjruzj: fflts. L'éditeur 
l'a bien reconnu, mais il a omis d'expliquer en quoi consiste le 
caractère particulier de ces bénédictions; il s'en est tenu quitte 
avec cette remarque : « Aucun parallèle de cette partie ne se 
trouve dans les différents textes ou collections de Minhaguim 
imprimés. » 

Cela ne suffit pas et ce n'est même pas tout à fait exact. Car ces 
bénédictions, bien qu'elles ne se trouvent pas toutes dans le rituel 
du séder, sont connues, en partie même archiconnues. L'impor- 
tance et l'intérêt de ces bénédictions tiennent à ce qu'elles appar- 
tiennent à un rituel pascal palestinien extrêmement ancien, qui 
remonte à l'époque talmudique ou même anté-talmudique. Cette 
conclusion ressortira des explications qui vont suivre. 

Voici le texte de ces bénédictions : 

b* irai rnsan iswip ton tabwi ^jb» "nnba vs t-ina npna .1 

•trT nb*»C35 

.rranan ■*-» ama ûb*n ^b» ins-iba ^ nns npna .2 

♦y*n -ne «ma ûb^n ^b» isrib» ■>"■• i-jra n;na .3 

ana rai nvpai nnn ana ton ûb*n ^bw -ûnba is i-jna n;na .4 
.y*n *tb ban ynarr br i*i rtna n;na ne ba y* 

.tm*tt T» &n r .a Db*n n;b£) isrib» vs rjna ^na .5 

ana \iyb û^av» ^ana ana tok ab*n n;btt n:nbN ^ nna *jto .6 
.amjtt ban yiNfi b* <■« nna npna m an mieca 

.muîsa ^arfla «ma abjn ^b» "isï-ibi* ■ , "" 1 nn« npna .7 

nvnnb miirtû miDoa Nia tok ab*n njb» nanba Vi nn« nnna .8 
.ta^bwi tj vs nna npna ->n ba «sea ana 

Le n° 1 se rapporte à l'ablution des mains avant la consomma- 
tion du od-d. L'ablution est talmudique 2 et il en est évidemment 

1. Z. f. H. B , 1911, p. 122-123. 

2. Pesahim, H5«, en bas: fc-Hi nb*Û3 *pnx rrpiZJWa "ibia^LaiB ba. Cf. ibid., 
115 6. 



Notes et mélanges 12b 

de même de la bénédiction. Aussi celle-ci est-elle explicitement men- 
tionnée par R. Amram * et exigée par beaucoup d'autres auteurs 2 . 
C'est bien plus tard seulement que des docteurs européens 3 la 
combattirent jusqu'à ce qu'elle tomba en désuétude. Cette béné- 
diction ne permet donc pas de juger de l'âge et de l'origine de 
notre fragment. 

Il en est de même de la suivante. Le n° 2 est la bénédiction avant 
l'usage du osna et est encore usitée aujourd'hui. 

Les n ps 3 et 4 forment une paire ; ce sont des bénédictions avant 
et après l'usage de fruits. Pour ce qui est des bénédictions avant, 
on distingue entre les fruits qui sont mentionnés dans Deutér., 
vin, 8 (ce sont les twfctt nanœ) et tous les autres ; pour les pre- 
miers on doit dire uîbia •pana nna îiana, pour les derniers mtosa sma. 
La source de la rabia "pana nna nana est une règle de R. Josué b. 
Lévi 4 . Les textes tannaïtiques ne la connaissent probablement 
pas, car les plus anciens ne parlent que de nns ro-ia* ; de plus, les 
paroles de R. Josué font l'impression qu'il ne voulait pas expliquer 
la Mischna, mais dire quelque chose de nouveau 6 . Enfin, ce qui 
prouve avec évidence que la bénédiction izîbuj "para nna nana ne 
peut pas être tannaïtique, c'est qu'elle n'était pas encore connue 
en Rabylonie dans la première moitié du iv e siècle, où on voit 
Abayé demander à R. Dimi en quoi elle consiste 7 ; or, il est incon- 
cevable qu'une bénédiction prescrite par la Mischna ait put rester 
inconnue en Rabylonie jusqu'au temps d'Abayé. Il est donc hors de 

1. Séder R. Amram, 38 a, 40 a. Cf. Ibn Guiat, II, 101, et Tour, I, § 473, au nom 
des Gueonim. 

2. Mahzor Vitry, p. 283, § 68; Se'f'er ha-Ora, p. 102; Pardès, § 132, 133; Rituel 
du séder de Schemaya, disciple de Raschi (édité par Rabbinowicz, Varias Lectiones, 
Pesahim, i. f,); Maïmonide, mi2"\ y?3n, Vin, 1; Manhig, 85 a, § 76; Schibbolë 
ha-Léket, p. 184 ; Mordechaï, Pesahim, x, mXpa HDD "1*10, in init. Cf. Hagahot 
Maïmoniot, rt£72T y73n, vin, n. 1, et Orhot Hayyim, I, 79 6. 

3 Voir Tossafot Pesahim, 115 a, s. v. ba, i. f.; Ittour,\\, 54 d ; Tour, I, § 473; 
Met Yossef et Derischa, sur Tour, I, § 158. 

4. Berachot, 44 a : tMTVD 33 "*"lb p JCirP 'n -|73« VÙQ na mi -173N 

■pa»B nna nana cpoabi yrn -ne ema ^pa» nbnna pa^n nyata» 
»bw . 

5. M. Berachot, vi, 8, d'après d'anciens textes; voir la note marginale et Rabbi- 
noNvicz, sur Berachot, 44a, n. 200; de même j. Berachot, 10 a, dans la Guemara ; 
T. Berachot, iv, 6, 15, éd. Zuckermandel, et j. Berachot, vi, 1 (10 6). Dans le Babli, 
37 6, tiîbîZÎ *py73 est une explication amoraïtique ; les mots ont pénétré du Babli dans 
certains textes de la Mischna et de la Tossefla. 

6. S'il se référait à la Mischna ou à la nnK H3^a connue, il aurait dû dire seule- 
ment : ujbia "pa>73 nnN rtana nn&* nana -wa ou : •pyra nnN nnN nana 

7. Berachot, 44 a. 



126 BËVUE DES ÉTUDES JUIVES 

doute quelle a été introduite par les premiers amoras palestiniens 
et usitée d'abord en Palestine seulement, jusqu'à ce que R. Dimi 
l'eût introduite en Babylonie. — Ce qui est vrai de cette bénédic- 
tion l'est aussi de celle qu'on dit après l'usage de mets de farine; 
elle est mentionnée dans un enseignement de R. Hanina*. 

La bénédiction misea amn après l'usage des fruits qui ne font 
pas partie des « sept espèces » est gaonique-talmudique, c'est- 
à-dire qu'elle est formellement exigée par les Gueonim 2 et peut 
être déduite du Babli 3 . C'est dans ce sens que R. Yehoudaï 
explique l'opinion des hachamim 4 : les mots ûibs nVi employés 
pas eux n'ont pour but que d'exclure la izîbra pa>7a ma rD-)3 et ils 
donnent à entendre qu'on doit dire seulement msjsa «ma 5 . Mais 
dans le Yerouschalmi les mots D"ibr> «bi sont interprétés littérale- 
ment (w pas de bénédiction du tout»), car on y explique que Rabbi, 
qui avait coutume de dire, pour la viande et les œufs, mœsa ntq 
comme rwnna ïid^û, était de l'avis de R. Gamaliel 6 . Les Amoras 
décident comme les hachamim, car, comme nous l'avons vu, ils 
n'exigent, pour les « sept espèces » 7 , que ma nsna, où ils voient, 
par explication ou par extension, rcbra •pm Du reste, la règle est 
générale : quand un seul docteur est en discussion avec ses col- 
lègues, c'est la majorité qui l'emporte. Ce qui prouve qu'à l'époque 
des Amoras la rabta "para nnt* nsna était usitée en Palestine, c'est 
que c'est un Palestinien, R. Dimi, qui en donne le texte 8 . 

Si maintenant nous revenons à la bénédiction n° 4 de notre 
fragment et que nous demandons dans quel pays et dans quel 
temps elle a pu être usitée, nous devons répondre qu'il faut 
exclure la Babylonie de l'époque du Talmud et des Gueonim. Car 
là l'usage et la règle étaient de dire, pour les « sept espèces », la 
'a "pana nnN roia et, pour les autres fruits, pas de bénédiction du 
tout ou rmasa «th. Il ne reste donc que la Palestine comme lieu 

1. Babli, 44a; Yerouschalmi, vi, 1 (10 6). 

2. Scheëltot, 51 (éd. Wilna, 83 a, en haut) ; Halachot Guedolot^ éd. Varsovie, 14 6 
(éd. Berlin, p. 57) ; R. Samuel b. iïofni dans son nT313 "na»ttî, porte 12 (Bel Tal- 
mud, II, 384). 

3. Berachot, 446, où on exige mttJDa N"1T3 même pour Peau. 

4. Berachot, 37 6. Tossefta, iv, 15 : pi p-j pE«j Nm JD'C: "p^tt «b Kirt» D3 

Diba -pa» "ira D'Hè'ik D^asm nrtN ro-n -toin barbfca. 

5. Halachot Guedolot, éd. Varsovie, 13 6, 15a (éd. Berlin, p. 55). Cf. Raschi, sur 
Berachot, 37a, s. v. D15D Nbl. Cf. Salomon b. Adret, Consultations, I, 823. 

6. j. Berachot, vi, 1 (10 6). Cf. Tossefta, iv, 7. 

7. Pour lesquelles la discussion entre R. Gamaliel et les hachamim consiste en ce 
que R. Gamaliel exige m313 Eîblï), c'est-à-dire *pT7an rO"13, tandis que les hacha- 
mim ne demandent qulç nnN ;"DH3. Voir Berachot, vi. 8, et Tossefta, l. c. 

8. Berachot, 44 a. 



NOTES ET MÉLANGES 421 

d'origine de la bénédiction en question, et nous allons voir que le 
même résultat est assuré par les bénédictions suivantes. En Pales- 
tine, nous avons déjà vu qu'à l'époque talmudique on avait l'usage 
de dire, pour les « sept espèces », la labia "paro nn» nana et pour 
tous les autres mets pas de bénédiction du tout, conformément à 
l'opinion des hachamim, interprétée par R. Josué b. Lévi. Il n'y a 
donc pas de place à cette époque pour notre bénédiction, puis- 
qu'elle ne peut se rapporter ni aux « sept espèces » ni à d'autres 
fruits. D'autre part, il est impossible qu'on ait introduit après 
l'époque talmudique une bénédiction entièrement nouvelle et 
contre R. Gamaliel et contre les hachamim. Il ne reste donc qu'une 
explication possible, c'est que notre bénédiction remonte à une 
époque à laquelle l'opinion des hachamim ne passait pas encore 
pour une règle invariable et où la 'a T?73 nna* naia n'était pas 
encore connue ou n'avait pas encore pénétré partout. Dans ce cas, 
notre bénédiction correspond soit à l'opinion des hachamim et se 
rapporte aux « sept espèces », soit à celle de R. Gamaliel et se rap- 
porte aux fruits qui ne font pas partie des « sept espèces » ; dans 
les deux hypothèses, elle est la nna nana des textes tannaïtiques. 
L'examen des bénédictions suivantes rendra cette conclusion 
encore plus assurée. 

Les n os 5 et 6 forment encore une paire — naimn nana et naia 
nmriN — et se rapportent à l'usage de riz apprêté avec des œufs 
et des épices. C'est ce que nous apprenons par le Yerouschalmi 
(Berachot, vi, 1; \0b) : *ani aoin "ibin «Ton œ"i man na ooian 
,n':rnna *jna *is rrnsan fiohna Dmj>73 ira nto -i7oi inïïi ...d^t^tû 
"jna *p*b u^jiyii wp Nia "».«« *rron ©"n aiaa riai- 'n qioa 
'ta^ara ban ynarj b* ■■"fita Tiba «sa. -Ces bénédictions ne sont 
mentionnées nulle part ailleurs, et le Yerouschalmi déclare que 
R. Simon se range du côté de Gamaliel. La bénédiction n° 6 (et 
partant aussi la ttaitD&n !"pna du n° 5, qui en dépend) n'a donc pu 
être en usage qu'à une époque antérieure au Talmud, et c'est cer- 
tainement la nna naia exigée par R. Gamaliel. 

Les n os 7 et 8 constituent une nouvelle paire ; elles se rapportent 
à l'usage de la viande et des œufs, comme il est indiqué dans le 
Yerouschalmi 2 . Ce dernier remarque ici aussi, à propos de la nana 

1. Telle est la leçon de t'éd. de Constantinople ; ailleurs Tl^iyft. 

2. l. c. : ira:: bai« rprroa 'h nain pn:** '-i ûiaa apa" la «as ">an 
ba las: *;na nvnnb mai msîBa ana -iiàa i^in rrn n^a in 
«ma ""an "«a-i n?:« rsbnna ,rpoa *jna -ia> ,û">ttbij>n ^n ^"»a ^n 

miaD3 t a ^ 72 - Cf. Babli, 44 6, en haut. Notre fragment a mitlE niiaE3 ; un 
texte analogue se lit dans les gloses de R. Yehosifia, propriétaire du manuscrit du 
Talmud de Munich, au milieu d'une citation d'un autre passage du Yerouschalmi. Voir 
Piabbinowicz, Variœ Lecfiones, Schekalïm, i. f. : m "H H El mai 11112303. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nanna, que Rabbi se rallie à l'opinion de R. Gamaliel 1 et, au sujet 
de la nairatri rrana, il constate que, comme telle, mrasa «ma est 
contraire à la Mischna de Berachot, vi, 3, et par conséquent inad- 
missible 2 . Il va sans dire que la bénédiction mtusa tk ntû, étant 
contraire à la Mischna, n'a pu exister à l'époque posttalmudique, 
voire à la fin de celle des Amoras, alors que l'autorité de la 
Mischna était inébranlahle. 

Il résulte avec certitude de ce qui précède que les bénédictions 
en question ne peuvent plus avoir été en usage à la fin de l'époque 
des Amoras ; donc le rituel pascal qui contenait ces bénédictions 
remonte au moins au commencement de cette époque. Cette con- 
clusion s'applique naturellement au rituel lui-même ; il n'est pas 
également certain que le manuscrit auquel appartient notre frag- 
ment soit aussi ancien ; il ne doit cependant pas être beaucoup 
plus jeune, attendu qu'on n'admettra pas facilement qu'on ait 
encore copié beaucoup plus tard un ouvrage dont le contenu 
n'avait plus en partie de valeur pratique, quoiqu'on ait pu le copier 
à cause du reste. 

Mon explication des bénédictions nous fait connaître de plus 
l'usage de manger, le soir du séder, des fruits, du riz, de la 
viande, des œufs, peut-être aussi des poissons 3 avant le repas 
proprement dit. C'est ainsi seulement que nous comprenons 
l'expression rsn hidid dans la mischna de Pesahim, x, 3, qui a 
été l'objet de tant d'interprétations : ce sont les plats qui précèdent 
le véritable repas, comme l'a vu Friedmann 4 ; ils sont d'ailleurs 
encore mentionnés ailleurs 5 . Le nombre des bénédictions de notre 
fragment permet de reconnaître que ces entrées ou hors-d'œuvre 
étaient au nombre de trois. C'est ainsi que la Tossefta dit de ceux 
qui peuvent prendre part à un repas : « celui qui vient après trois 
hors-d'œuvre ne doit plus entrer 6 ». Le nombre de ces manons 
confirme également la haute antiquité du rituel du Séder dont fai- 
sait partie le fragment édité par M. Greenstone. 

Vienne, 19 octobre 1911. 

V. Aptowitzer. 

i. barbm p->a in^tt *nm tm o NT»on iD"-n arna. 
2. mbaian ban ""aian San y^nnn ba> éwôd «man» «m "W 'n a^nn 
?Nin epa pn Nb -naia pim *na-n rrna banu: -i»ik fcr.r: 

3. La bénédiction miZ)D3 K^72 fcma convient aussi aux poissons. 

4. \iy -PS73, p. 33, 35. 

5. M. Berachot, vi, 5; Tossefta, iv, 8; Yerouschalmi, VI, 6 (10 d). 

6. T. Berachot, ibid. : DaD^b nWI ND "pN mSIB^B lïjbtt) "lflN N3Ï"». 



NOTES ET MÉLANGES 129 



LA PESTKTA DE R\B CAHNA CONTENAIT-ELLE UNE SECTION 

POUR SIMHAT TORA ? 

On sait qu'en Palestine les sections sabbatiques du Pentateuque 
étaient réparties selon le cycle triennal. On sait également qu'en 
ce pays, les fêtes ont conservé la durée indiquée dans la Tora, et, 
par conséquent, que Schemtni Acéret n'a qu'un jour. Or, la Pesikta 
de R. Cahna, qui a été composée en Palestine avant le vn e siècle, 
contient une section, intitulée riD-nn n«n, qui suit celle de Sche- 
mini Acéret. Dans le cycle annuel ce serait naturel, le second jour 
de cette solennité étant justement marqué par la lecture de n«n 
nrnan, qui forme la fin du cycle; mais dans le système palestinien 
ce fait est inexplicable. 

On serait tenté de résoudre la difficulté en attribuant à l'auteur 
de ce recueil, tout Palestinien qu'il fût, le dessein de fournir 
aux lecteurs de la Diaspora, célébrant la fête de Simhat Tora, 
deuxième jour de Acéret, les moyens de s'édifier aussi en cette 
solennité. Mais la supposition ne peut se défendre, car si l'on avait 
eu un pareil souci, on n'aurait pas manqué d'y obéir pour les 
autres seconds jours de fêtes : or il n'en est rien ; ni pour Pâque, 
ni pour la Pentecôte la Pesikta n'offre d'homélie adaptée au dédou- 
blement de ces fêtes. 

Le ms. d'Oxford de la Pesikta lève toutes les difficultés : il n'a 
pas ce chapitre, et sans aucun doute il représente la version ori- 
ginale. 

L'interpolation, il est vrai, est fort ancienne, puisque déjà l'exem- 
plaire dont s'est servi l'auteur de l'Arouch (xii* siècle) y avait 
donné accès. Mais pour ancienne qu'elle soit, elle n'en est pas 
moins incontestable. En effet, la Pesikta Rabbati l'atteste de la 
manière la plus certaine. On sait que cet ouvrage est calqué sur la 
Pesikta de R. Cahna, dont il suit le plan et dont souvent il repro- 
duit les termes. Or, il n'offre rien qui corresponde à la section de 
ro-nn pan. Sans doute, il y manque aussi un chapitre parallèle à 
celui du premier jour de Souccot. Mais il faut noter qu'un manus- 
crit ayant appartenu à Luzzatto et édité par Friedmann, à la suite 
de la Pesikta Rabbati, contient quatre sections qui sont conçues 
sur le modèle de ce recueil. Or la dernière est relative à Schemini 
Acéret et suit pas a pas le chapitre correspondant de la Pesikta de 
R. Cahna. Pourquoi n'y en a-t-il pas une autre pour faire pendant 

T. LX1U, n» 125. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES .JUIVES 

à celle de SimhatTora, si cette Pesikta en contenait une pour ce 
jour? Ce ne peut être que parce que la version primitive de cet 
ouvrage était conforme au ms. d'Oxford. 

Que si l'on examine le fonds même de la section de ronarj nan, 
on remarquera les concordances fréquentes qu'elle offre avec le 
Tanhouma et avec ce recueil seulement ; or ce Midrasch est bien 
postérieur à la Pesikta de R. Calma. 

On voit bien d'ailleurs par le ms. de Carmoly de la Pesikta la 
façon dont s'est constituée cette addition. Cet exemplaire, plus riche 
que les autres, renferme deux paragraphes, commençant l'un par 
mvin "^ob -m*n ir^i fflfêfcr et l'autre par nbsnz) "•» ira-j îimilF 
mnpb, qui sont empruntés à Qeutéronome Rabba, en. nsnarj nain. 

Quand donc M. Tlieodor', dans sa notice sur ce livre, déclare 
que certaines sections qui supposent la célébration d'un second 
jour de fête non observé en Palestine ont besoin d'être soumises à 
une étude, il nous paraît avoir pleinement raison. Nous croyons 
avoir rempli son attente par les lignes qu'on vient de lire. 

Israël Lévi. 

1. .Icunsh Encyclopedia, VIII, 560. 



BIBLIOGRAPHIE 



1IKYLIK BIBLIOGRAPHIQUE 

ANNÉES 1909 ET 1910 

2. Ouvrages en langues modernes (suite 1 ). 

Cowley (A. E.)« The Samaritan Liturgy. Oxford, Glarendon Press, 1909 ; 

2 vol. in -8° de p. 1-442 et 443-879 + xcvin p. L. 3,3. 

Edition des prières samaritaines d'après les manuscrits, avec une savante 
introduction. Quel spécialiste voudrait rendre compte de cette publication ? 

Curtis (E. L.) and Madsen (A. A.). A critical and exegetical commentary 
on the book of Ghronicles. Edimbourg, Clark, 1910 ; in-8° dexxu-j-534 p. 
12 s. (The International Critical Commentary). 

Daighes (S.). The Jews in Habylonia in the time of Ezra and Nehemiah 

according to Babylonian inscriptions. [Londres, Jews 1 Collège], 1910 ; 

in-8 1 » de 36 p. (Jews' Collège, Publication No 2). 

Cette esquisse pourrait avoir pour épigraphe : nomen, numen, lumen. La 
vie des Juifs pendant l'exil de Babylone, qui joue un si grand rôle dans l'his- 
toire critique de la religion d'Israël, nous est à peu près inconnue. Or, on a 
trouvé à Nippour des tablettes cunéiformes représentant les « papiers d'af- 
faires » de la maison de banque « Murashu fils » et dans ces documents 
figurent un assez grand nombre de Juifs, à en juger par leurs noms. Il y 
aurait donc eu à Nippour — ville que M. D. identifie sur la seule autorité du 
Talmud [Yoma^ 10 a) avec Gainé de Genèse, x, 10, et qui était arrosée par le 
« Nàr Kabari », le "133 inz d*Ezéchiel — un établissement Juif contemporain 
de celui de Syène, soit sous les règnes d'Artaxerxès 1 (464-424) et de Darius II 
(424-404). M. I). examine un à un ces noms juifs, puis les noms, des juifs, car 
certains Juifs ont des noms babyloniens, araméens, voire persans ; 38 noms 
juifs sont portés par 70 personnages et 26 noms étrangers par 25 ou 26 per- 
sonnages. Beaucoup de noms juifs sont inconnus aux parties anté-exiliques de 

t. Voyez lievue des Eludes juives, t. LXII. p. 128 et 278. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la Bible, d'où l'auteur conclut qu'ils ont été formés pendant l'exil ; conclu- 
sion prématurée, car la Bible n'est pas un dictionnaire des noms propres. Si 
les contrats en question nous montrent les Juifs politiquement émancipés et 
socialement assimilés, l'examen de leurs noms révèle qu'ils croyaient en Yhwh 
et attendaient le retour de l'exil. M. D. établit même des rapprocbements inat- 
tendus entre ces noms et les « psaumes des degrés ». Mais si ces noms ne sont 
pas nouveaux ? Celui de ^n3"tti prouve que les Juifs de Nippour observaient 
le sabbat et donc d'autres commandements. Mais si ce nom désigne Saturne ? 
Il y a encore un point qui me chiffonne : c'est qu'aucun de ces bons Juifs 
n'est qualifié de Juif. M. D. écrit avec esprit et cbaleur ; il a un penchant 
visible à l'originalité : il admettrait que la famille d'Abraham est venue de 
Chanaan en Ghaldée (p. 7) et il croit que la famille Sassoon, originaire de 
Bagdad, a gardé la prononciation babylonienne de "ptzjizj V P- 20, n. 2). 

Darboy (P. H.). Les causes célèbres. Le Dieu de la Sainte Écriture con- 
damné par ses paroles, par ses actes et par des milliards de témoignages 
irrécusables. Alger, Basset [1909] ; in-8° de 255 p. 2 fr. 50. 
Critique athée de la Bible et de l'Église. 

Darmesteter (Arsène). Les gloses françaises de Raschi dans la Bible, accom- 
pagnées de notes par Louis Brandin et précédées d'une introduction 
par Julien Weill. Paris, Librairie Durlacher, 1909 ; in-8° de 148 p. 
(Extrait de la Revue des études juives, années 1907-1908). 

Le voici enfin livré au public, le travail qui avait déterminé la vocation 
d'Arsène Darmesteter et qui devait couronner sou œuvre scientifique. Hélas, 
nous n'avons pas le monument qu'il avait rêvé d'élever à la philologie fran- 
çaise avec les matériaux de la littérature juive; nous n'en avons que la car- 
casse : il nous manque au moins l'introduction et le commentaire qui devaient 
mettre en œuvre ces gloses ou leazim (pourquoi loazim ?). La documentation 
même n'est pas complète ; Darmesteter aurait pu consulter de nouveaux manu- 
scrits, notamment en Allemagne ; il n'aurait pas négligé les leçons de l'édition 
princeps, qui vaut bien un manuscrit, ni sans doute les citations de Raschi 
dans la littérature exégétique. S'il a, sans même nous avertir, exclu comme 
sûrement apocryphe le commentaire des Chroniques — dont les gloses méri- 
teraient une étude comparative d'après les manuscrits et les éditions, v. Revue, 
LVI, 230-231 ; LVIII, 192, et ici, p. 6 — il aurait peut-être fait quelques 
réserves pour celui d'Ezra-Néhémie (voir Ceigcr, D"H72N?2 r)2£"12p, éd. 
Poznanski, p. 179) et même pour celui de Job (cf. le fragment édité par 
Berliner dans Û^rn3 J^OtfTû, n " 5-6). — Les notes de M. Brandin sont volon- 
tairement sobres et cette discrétion ne saurait être assez louée si elle était 
toujours accompagnée de précision. P. 106, n. 4, il observe que « pour un 
très grand nombre de gloses des Psaumes (surtout jusqu'au Ps. lviii) les 
cahiers de Darmesteter ne contiennent pas de variantes de mss. » ; c'est que 
les mss. ne donnent pas ces gloses. D. s'est expliqué dans ses Rapports sur ce 
curieux phénomène ; et c'était le cas ou jamais de suppléer aux manuscrits 
par les éditions, qui fournissent d'excellents leazim. Le point d'interrogation 
de la p. 55, n. 8, et de la p. 56, n. 3, est inutile : la glose est claire, si le sens 
ne l'est pas; pour madrin (p. 14 ; dans la n. 1, lire ainsi au lieu de madrine) 
on pouvait renvoyer à Revue, XLIX, 48 ; qu'est-ce que c'est que la forme lyon- 
naise delà p. 29, n. 3? Les leçons des manuscrits auraient souvent besoin 
d'être discutées et, par exemple, nous ne croyons pas que, pour la dernière 
glose, T donue un autre mot : it peut-être une faute pour 3">. Il est juste 
d'ajouter que le tirage à part a reçu des retouches (la note 2 de la p. 2 aurait 



BIBLIOGRAPHIE 133 

dû tomber, la 1. 23 de la p. 18 doit descendre de 2 1.) et a été augmenté d'un 
Index des gloses (un Index des mots glosés eût été utile) et d'errata. 

Nous devons laisser à de plus compétents le soin d'apprécier la valeur de ces 
leazim pour la philologie romane; mais nous avons le droit de dire que c'est 
un honneur pour la Société des Etudes juives d'avoir assumé cette publication 
comme c'est un titre pour la science juive d'enrichir ainsi le trésor de la langue 
française. On le verra encore mieux quand les matériaux réunis par Darmes- 
teter auront été utilisés, et accrus par l'exploration de tous les ouvrages 
hébreux contenant des gloses françaises. Puisse le regretté savant, qui a eu 
de si faibles devanciers, trouver de dignes successeurs ! 

Davidsohn (H. S.). De Lagarde's Ausgabe der arabischen Uebersetzung der 
Genesis (God. leid. arab. 230) nachgepriift. Thèse. Leipzig, 1908 ; in-8° 
de 29 p. 

Davies (D.). The Book cf Job. Vol. I : Job 1-14. Londres, Simpkin, 1909 ; 
in-4° de 338 p. 5 s. 

Davies (T. W.). Ezra, Nehemiah and Esther. Londres, Jack. 1910 ; in -12° 
de 390 p. 2 s. 6 d. (The Century Bible). 

Davis (N. D.). Notes on the history of the Jews in Barbados. New-York, 
Bloch PublishingGo., 1911. D. 1. 

Dawson (J.). Job and his New Theology. Londres, Duckworth, 1909; in-12° 
de 194 p. 2 s. 6d. 

Dawson (J. E.). Lenten readings on the book of Ruth. Londres, Gardner, 
1910 ; in-8° de 94 p. 1 s. 6d. 

Debre (M.). Der Jude in der franzôsischen Literatnr von 1800 bis zur 
Gegenwart. Ansbach, Brïigel, 1909 ; in-8° de 75 p. 
Dissertation de Wurzbourg. 

Debré (S.). Catéchisme à l'usage de la jeunesse Israélite. Nouvelle édition. 
Paris, Librairie Durlacher, 1910 ; in-12° de 108 p. 

Première édition annoncée Fievue, LVI, 274. Dans celle-ci les questions ont 
été rejetées en note et d'assez nombreux passages ont été retouchés. 

Decorsant (L.). Quis ut deus. L'acte divin. Du commencement aux temps 
judéo-païens. Paris, Desclée, De Brouwer et Gie, 1909 ; in-8° de 
vin -f- 149 p. 

Delitzsch (E.). Franz Delilzsch als Freund Israels. Ein Gedenkblatt. 
Leipzig, Ev. Luth. Zentralverein fur Mission, 1910; in-8° de 31 p., 
1 grav. M. 0,30 (Kleine Schriften zur Judenmission). 

Deloche (H.). Les sciences physiques et naturelles dans le livre de Job. 
Nîmes, imprimerie A. Chastanier, 1909 ; in-8° de 80 p. (Tirage à part 
des Mémoires de V Académie de Nîmes). 

Dennefeld (L.). Der alttestamentliche Kanon der Antiochenischen Schule. 
Fribourg-en-B., Herder, 1909; in-8° de vi + 93 p. (Bihlische Studien, 
herausg. von O. Bardenhewer, XIV, 4). 

Dessauer (Ad.). Grossstadtjuden. Roman. Vienne, Braunmiiller, 1910; 
in-8° de îv +461 p. M. 3. 



134 REVUE DÈS ÉTUDES JUIVES 

Deutsch (À.). Die Zigèiner-, Grossenhof- und Neusynagoge in Prag. 
Denkschrift, herausgegeben anlasslieh der Erbauung des ans diesen 
Gotteshausern hervorgegangenen Kaiser Franz Joseph-Jubilaumstem- 
pels. Prague, 1907 ; in-8° de 70 p. K. 2. 

Voir le compte rendu de S. H. Lieben dans la Mo)iatsschrift, LUI, 502-506. 

Dhorme (Le P. Paul). Les livres de Samuel. Paris, Gabalda, 1910 ; in-8° de 
vin -|- 448 p. 12 fr. (Études bibliques). 

Dieterlen (H.). Palestine. Kamo e neng e le Kateng mehlen ea Jesu. 
Morija, Sesuta Book Depot (Nancy, impr. Berger-Levrault), [1909] j 
in- 16° de 92 p. 

Ditlevsen (W.). Das Alte Testament als Zeugnis von der vorchristlichen 
Offenbarungsreligion. Eine Uebersieht i'iber die wichtigsten Fragen der 
alttestamentlichen Wissenschaft als Handreiehung fur Bibell'reunde. 
3 Vortrâge. Brunswick, Wollermann, 1911 ; in-8° de vni-f-135 p. M; 1<50. 

Dmowsky (R.). Separatyzm zydow i jego zrôdla. Varsovie, Gebethner et 
Wolff, 1909; in-8" de 29 p. 

Le séparatisme juif et ses causes. 

Dobschutz (L.\ Festpredigten géhalten inl Jahre 1907 (5667). Skoischàu 
(Autriche), chez la veuve de L'auteur [19 1 Oj ; in-8 d de 25 p., jaôrtr. 
M. 0,40. 

Dôller (J.). Abraham und seine Zeit. Munster, Àschendorff, 190§; in-8° 
de 55 p. M. 0,G0 (Biblische Zeitfragen, II, 1). 

Dôrwald (P.). Der hebriiische Unterricht. Berlin, Weidrriann, tOlO; iH-8° 
de vin -f 131 p. M. 3,40. 

Dreyfuss (J.-H.). Science et religion. Sermon pronoricé le premier jour de 
Pàque 5670 (24 avril 1910) au temple Israélite de la rue Buffault. [Paris, 
1510]; in-8o de 15 p. 

Driver (S. R.). Modem research as illustrating the Bible. Londres, Frovvde, 
1909 ; in-8° de vm + 95 p., ill. 3 s. [the Sehweich Lectures, 1908). 

On a prétendu récemment, et dans une assemblée de savants, que la science 
de la Bible nous avait livré ses secrets et qu'elle était pour ainsi dire épuisée. 
La vérité est <]Ue les recherches et les explorations des derniers temps nous 
ont ouvert des horizons riouvdaux en enrichissant nOs connaissances et, qui 
plus est, en déplaçant nos points de vue; Ce que nous avons appris et ce que 
nous avons encore à apprendre, on peut le mesurer à l'aide de l'excellent 
volume de M. D., l'exégète anglais bien connu. Il montre d'abord comment, 
au cours du xix e siècle, les travaux épigraphiques et archéologiques Oht Suc- 
cessivement projeté leurs lumières sur la Bible et comment l'histoire et la 
géographie bibliques ont été éclairées dans les soixante dernières années par 
les inscriptions babyloniennes, la stèle de Mésa, les papyrus d'Éléphantine. 
Ensuite il expose ce (pie les récentes fouilles nous ont appris de l'histoire et 
de la civilisation de la Palestine ; il reprend ici le sujet traité par lui en 1899 
dans le volume Authority and Archaeology de Hogarth, mais en s'attachant 
cette fois à faire ressortir le progrès des découvertes : tablettes de Tell 
el-Amarna, traité de Ramsès avec les Hittites, stèle de Mérenptah ; fouilles 



BIBLIOGRAPHIE 135 

<le Tell el-Hcsy (très probable nient Lacbiscb), de Guézer, de Taaink et de 
Jéricho. 11 examine les objets trouvés, hauts-lieux et mucébol, la poterie, etc.; 
une abondante illustration accompagne le texte. Autant que nous pouvons en 
juger, il se montre partout bien informé et prudent ; la bibliographie est 
soignée (pour l'histoire des explorations en Babylonie, il aurait pU l'envoyer 
au premier vol. du Manuel d'assyriologie de G. Fossey). De son exposé il 
résulte clairement que les Hébreux ont subi le contact de différentes civilisa- 
tions et que plusieurs civilisations (ou une civilisation en cours d'évolution ?) 
se sont succède dans le pays de Chanaan. Comme l'ouvrage remonte à deux 
et même à trois ans — il se compose de trois conférences faites en 1908 
— il n'est plus au courant des fouilles de Jéricho, de Samarie. Anglais et 
•Américains, Allemands et Autrichiens rivalisent en Palestine ; les Français 
ne font rien, en dehors de l'école Saint-Etienne de Jérusalem. Et la chaire 
d'hébreu est supprimée au Collège de France. Parbleu, on a bien essayé de 
supprimer la chaire de latin dans une Université ! 

Signalons ici une conférence, qui risque de passer inaperçue, de M. Mayer 
Lambert, Les découvertes épigraji/tiques et l'histoire juive, dans Y Univers 
Israélite, LXIV, i (1909), p. 236 et s., 273 et s., 335 et s., 366 et s. ; cf. L. Lévy, 
Les fouilles palestiniennes et la Bible, ibidem, p. 430 et s., 460 et s. 

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anciens jusqu'à nos jours. I. 2 e , édition. Saint-Pétersbourg, 1910; in-8° 
de 639 p. H. 3,25 (En russe). 

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1910; in-8° de 158 p. 1 s. 

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in-8° de 38 p. M. 0,75. 

L'auteur défend avec chaleur la croyàtibe à l'avènement du royaume de 
Dieu, dont il expose l'évolution dans le prophétisme, dans les Apocryphes et 
dans les Évangiles. 

Duhm (B.). Die zwolf Proplieten. Tubingue, Mohr, 1910 ; in-8° de xxxix + 
143 p. M. 1,60 (Die poetischen und prophetischert Bûcher des Alten 
Testaments. Uebersetzungen in den Versmassen der Urschrift, IV). 

Duhm (B.). t)ie Éntstehung des Alten Testaments. Uede. 2. durchgesëhene 
Auflage. Tubingue; Mohr, 1909 ; in-8° de 31 p. M. 0,60. 

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Londres, Macmillan, 1909; ih-8° de 1248 p. 7 s. 6 d. 

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Bertelsmann, 1909; in-8° de 96 p. M. 0,80 (Fi'ir Gottes Wort und Luthers 
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in-4° de 10 p. 

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liches und Sachliches. II. Band : Leviticus, Numeri, Deuteroncmium. 
III. Band : Josua, Richter, I. und II. Samuelis. Leipzig, Hinrichs, 1909, 
1910 ; 2 vol. gr. in-8° de 355 et 346 p. M. 8 chaque. 

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Fur den Schulgebrauch bearbeitet. 4. Autl. Francfort, Kauff'mann, 1910; 
in-8° de vm + 120 p. M. 0,70. 

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bourg, L. Voss, 1910 ; in-8° de 44 p. (Tirage à part de Soziale Medizin 
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tung fïir das judenchristliche Problem. Ein Aufruf zur Siikularfeier der 

Juden-Emanzipationen, nebst einem Programm. Berlin, H. Schildberger 

[ 1910]; in-8°de 64 p. M. 1,50. 

L'auteur est Alfred Rahmer, fi ls d'un rabbin ; converti au christianisme, 
il est mort à Berlin, le 19 février 1911. Dans cette brochure il préconise la 
constitution de communautés entre les convertis comme lui (d'après Straok, 
Th. L. Z., 1911, 444). 

Engert (Th.). Das Alte Testament im Lichte modernistisch-katholischer 
Wissenschaft. Munich, Lehmann, 1910; in-8° de vm -J- 226 p. M. 4. 

Errt (W.). Handbuch zum Allen Testament. Osterwieck, 1909 ; in-8° de 
vm -f- 279 p. M. 3,40 (Der Bi'icherschatz des Lehrers . ..herausgegeben 
von K.-A Beetz und A. Rude, 18. Band). 

Es (W.-A. van). De eigendom in the Pentateuch. Kampen, J.-H. Kok, 
1909; in-8° de 479 p. 4 fr. 50. 

Eschelbacher (J.). Unserc Thora. Religiôser Vortrag. Berlin, Lamm, 1909; 
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Euringer (S.). Die Chronologie der biblischen Urgeschichte (Gen.5 und 11). 
Munster, Aschendorff, 1909: in-8° de 36 p. M. 0,50 (Biblische Zeitfragen 
...herausgegeben von J. Nikel und I. Rohr, II, 11). 

Évkônyv, Kiadja az Izr. Magyar Irodalmi tarsulat, szerkeszti Bânôczi 
Jozsef. Budapest, Franklin, 1909; in-8° de 454 -f- xxvm p. 

Annuaire de la Société littéraire judéo-hongroise. Table des matières : 



BIBLIOGRAPHIE 137 

F. Lovy : La liberté de penser dans le Talmud; B. Edelstein : La légende 
d'Esther ; H. Lenkei : Le poème de Juda Halévi ; S. Hevesi : Réflexions ; 
D. Leimdorfer : « Revenez, fils de l'homme »; Gy. Varsavyi : Berouria ; 
B. Heller : Contes et légendes sur les Pharisiens ; J. Farkas : La doctrine de 
Kohélet ; G. Téglas : Localités et antiquités juives en Dacie ; A. Kiss : Trois 
poèmes; A. Frisch : Les actes des communes; Gy. Reitzer : Sur le D r David 
Gruby ; B. Mandl : La situation des écoles juives en Hongrie au xix« siècle; 
B. Telekes : Extraits des poésies de Bôrries von Munchhausen ; Gy. Wellesz : 
R. Méir b. Baruch de Rothenbourg ; B. Pillitz : Six lettres de M. Kalisch ; 
M. Brùdy : Nostalgie ; L. Szabolcsi : Poètes nouveaux ; E. ISeumann : Un socia- 
liste antisémite; L. Blau : Sur la Meguilla; G. Nilâgyi : Les filles de Loth ; 
J. Hevesi : L'oncle Martin revient, à la maison; L. Goldschmied : Expositions 
d"art juif; L. Kecskeméti : L'influence des premières années de l'exil sur la 
religion d'Israël. — .7. W. 

Faïtlovitgh (J.). Quer durch Abessinien. Meine zvveite Reise zu den Fala- 
schas. Berlin, Poppelauer, 1910; in-8° de vu -f 188 p., ill. M. 5. 

Falk ;F.). Mélanges bibliographiques sur les livres de Samuel en strophes 
de Nibelungen, précédés d'un exposé général sur la littérature judéo- 
allemande. Leipzig, M. W. Kaufmann, 1909; in-8° de 53 p. M. 3. 

Feldmann (A.). Die Vergleichung der zwei Mechilthas. Beitrag zur 
Geschichte des tannaitischen Midrasch. Vâcz, L. Katzburg, 1910 ; in-8° 
de 69 p. 

Feldmann (F.-X.). Die Weissagungen liber den Gottesknecht im Bûche 
Jesaias. Munster, Aschendorff, 1909; in-8° de 43 p. M. 0,60 (Biblische 
Zeitfragen . . . herausg. von J. Nikel und I. Rohr, II, 10). 

Felten (J.). Neutestamentliche Zeitgeschichte oder Judentum und Heiden- 
tum zur Zeit Christi und der Apostel. Hatisbonne, G.-J. Mainz, 1910; 
2 vol. in-8° de vin + 621 et iv -f 580 p. M. 22. 

Ferarès (S.). La médaille dite de Fourvières et sa légende hébraïque. 
Lyon, H. Lardanchet (Paris, Librairie Durlacher), 1910 ; in-8° de 34 p., 
2 pi. (Extrait delà Revue numismatique, 1910). 

La fameuse médaille aurait été frappée par les Juifs de Rome en 1503 en 
l'honneur de Jules II. Nous avons expliqué dans la Z. /'. H. B., XIV, p. 171- 
173, pourquoi nous n'admettons pas cette nouvelle interprétation historique, 
ni aucune autre. La notice de M. Schwab, Un médaillon. Halo- hébreu, dans 
le Journal asiatique, nov.-déc. 1910, p. 499-506, n'a pas modifié notre opinion. 

Fischer (J.) Die Propheten Obadja, Joël, Amos, Hosea nach dem hebriii- 
schen Urtext priipariert und iibersetzt. Ratisbonne, G. J. Manz, 1909; 
în-8° de xx ■+- 283 p. M. 4,80. 

Flesch (A.). Az élet meghosszabbitâsa. Bibliai es talmudi alapon. Buda- 
pest, Singer et Wolfncr, 1999 ; in-8°. 

Macrobiotique d'après la Bible et le Talmud. 

Flunk (M.). Exposilio in Genesim. Privato auditorum usui accomodata. 
I. Prolegomena. Ed. II. Oeniponte, 1910 ; in-8° de 106 p. 

Fracassim (U.). Ghe cos' è la Biblia ? Lezioni storico- critiche sulF inspira- 
zione dei libri canonici. Rome, Ferrari, 1910; in-8° de xi -f- 398 p. L. 4, 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Frankfurter (S.). I);is aRjiidisehc Ei-ziehungs- Und Dotërriëlitswësen im 
Lichte moderncr Bëstrefcurigéri. Vortrag. Vienne, R. Lôwit, 1910; in-8° 
de îv -f- 41 p. 

Frankl (L. A.). Èrinnerungen, herausg. von S. Hock. Prague, J.-C. Galve, 
1910; in-8° de xvi + 391 p., ill. M. 5. 

[Fbeimann (A.)]. Bibliothek der Israelitisrhen Religion sehule zu Frankfnrt 
am Main. Katalog. Francfort-s.-M., 1909; in-8° de 201 -+- 69 p. 

Frrund (L.). Ztir Geschichte des Ehegïiterreehts bei den Semiten. Vienne, 
A. Hôlder, 1909; in-8° de 56 p. M. 1,30 (Sitzungsberichte der Kais. 
Akademie derWissenschaften inWien, Philosophisch-HistorischeKlasse. 
Band 162, Abh. 1). 

L'auteur défend la thèse de D. H. MiUler touchant l'influence du droit 
sémitique (et même talmudique) sur le droit syriaque. 

Fridolin (J.). Histoire abrégée de l'art hébreu. Première partie : jusqu'au 
xve siècle. Saint-Pétersbourg, 1910; in-8° de 200 p. R. 1,75. 
En russe. 

Friedlànder (I.). Sélections from the Arabie writings of Maimonides, edited 
with introductions and notes. Leyde, Brill, 1909 ; in-8° de xxjii -|- 130 p. 
M. 4 (Semitic Studies Séries, éd. by Gottbeil and Jastrow, No. 12). 

Friedmann (N.). Das Gebet in den Beurteilungen des Talmuds. 1909; in-8° 
de 49 p. 

Thèse de Berne. 

Friedrich (F.). Hosea, Gap. 7 4 -14. Berlin, Maycr et Millier, 1909; in-8° de 
81-135 p. (J. Bachmann, Praeparationen zu den kleinen Propheten, 
9. Heft). 

Friedrich (Phi).. Der Ghristusname im Lichte der ait- und neutestamentli- 
chen Théologie. Cologne, Bachem, 1909; in-8° de 146 p. M. 2. 

Fromer (J.). Der Organismus des Judentums. Charlottenburg, Chez l'au- 
teur, 1909 ; in-8° de mi + 336 p. M. 8 (Der babylonische ïalmud zur 
Herstellung einer Hcalkonkordanz vokalisiert, iibersetzt und signiert. 
Einleitung). 

Fromer (J.). Geschichte eines Lebenswerkes. Gharloltenburg, chez l'au- 
teur. 1909; in-8° de 48 p. M. 1,50. 

Fromer (J). Der babylonische Talmud. Tcxtkritische Ausgabe (mit einer 

Realkonkordanz). Vokalisiert, iibersetzt und erklâii. Tcil I(Ordnung4, 

Traktat 1) : Baba Kamma. Charlottenburg, Verïag fur die Wissenschaft 

des Judentums [chez Fauteur]; in-8° de- xx + 38 p. 

L'auteur, qui est déjà défavorablement connu [Hevue, LI, 198), projette une 
Encyclopédie talmudique, qui serait une sorte d'édition critique, avec traduc- 
tion, commentaire et exposé méthodique (Healkonkôvdanz). Qu'une telle 
entreprise soit possible, ce spécimen ne le montre pas; mais que M. F. ne 
soit pas l'homme pour la faire aboutir, ce spécimen le montre suffisamment. 
Une réfutation en règle de L. Goldschmidt (voir plus loin à ce nom) nous dis- 
pense d'examiner en détail cette brochure, également critiquée par M. Apto- 



bibliographie 139 

witzer {Monalsschrift, L1V, 560-564; cf. LV, 112-114). Les deux publications 
qui précèdent celle-ci ont trait à la même œuvre. 

FuchS (E. M;): Ueber die ersten Niederlassungen der Juden in Mittel- 
franken. Anastatischer Neudruck. Berlin, Lainm, 1909; in-8° de 24 p. 
M. 3 (Lamm's Bibliotheca Judaica. Sammlung von Neudrueken aus déni 
Gebiete der judischen Geschicbte nnd Literatnr, Nr. 9). 

Funk (S.). Die Entstehung des Talmnds. Leipzig, 1910; in-8° de 127 p. 
M. 0,80 (Sammlung Gôschen, 479). 

Funk (S.). Fur den Kaiser ! Kônigstreue Worte ans dem jïidischen Schrift- 
tum. Briïnn, Verlag dër « Judischen Volksstimme » [1909] ; in-8° de 
32 p. M. 2. 

Gaeufrlin (A. -G.). The prophet Joël, an exposition. Londres, Morgan, 
1903 ; in-8° de 186 p. 3 s. 6 d. 

Gartner (H.). Der dramatische Charakter des Buches Hiob und die Tendenz 
desselben. Dissertation. Berlin, 1909; in-8° de 122 p. 

Geden (A. -S.). Outlines of Introduction to the Hèbrew-Bible. Edimbourg, 
Clark, 1909 ; in-S° de xvi + 307 p. 8 s. 6 d. 

Geers (W.). Zur Poésie der Bibel. Programm. Papenburg, 1910; in-4° de 
11 p. 

Geiger (A.). Das Judentum und seine Geschichte in 34 Vorlesungen. 
Unveriinderter Abdruck der ersten Ausgabe. Breslau, Jacobsohn, 1910 
[1 909] ; in-8° de vi + 539 p. M. 6. 

Geiger (L.), Elbogen (I.), Klein (G.), Lôw (I.), Perles (F.), Posnanski (S.), 

Stern (M.), Vogelstein (Hermann et Heynemann\ Abraham Geiger, 

Leben und Lebenswerk. Berlin, Reimer, 1910 ; gr. in-8° de vi -f- 509 p., 

portrait. M. 12. 

Cette publication considérable mérite un compte rendu spécial, qui dépas- 
serait le cadre de ce Bulletin; nous y joindrons deux études sur Geiger par 



MM. Elbogen et Perles. 



Geiger (L.). Die deiitsche Literatnr und die Juden. Berlin, Reimer, 1910; 
in-8° de x'-f 304 p. M. G. 

Gelbhaus (S.). Der alte Orient und das Auftreien und Wirken Serubabels. 
Vienne, M. Breitenstein, 1909; in-8° de 86 p. M. 1,80 (Zur Geschichte und 
Literatur des zweiten judischen Staatswesens). 

Gerstmann (J.). Kultur- und Bildungsfortschritte unter den Juden Palii- 
stinas. Munich, M. Steinebach, 1909 ; in-8° de 56 p. M. 0,75. 

Gesenius' (W.) Hebraische Grammatik, vôllig umgearbeitetvon E. Kautzsgh. 

28. vielfach verbesserte und vermehrte Auflage. 'Leipzig, F. G. W. 

Vogel, 1909 ; in-8° de xn + 608 p. M. 7. 

Compte rendu de M. Mayer Lambert, Revue, LIX, 301 311. Une 2» ediliu 
minor a paru cbez le méirie éditeur: ili-8° dé vm -f- 296 p. M. 4. 

Gesenius' (W.) Hebraisehes und Aranlaisches Handwortcrbucli uber das 
alte Testament in Verbindung mit H. Zimmern, W. Max Mullèr und 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

0. Weber bearbeitet von F. Buhl. 15. Auflage. Leipzig, F. C. W. Vogel, 
1910 ; gr. in-8° de xvn + 1006 p. M. 18. 

Ginsburger (M.). Die Juden in Basel. Bàle, Casser et G ie , 1909; in-8° de 
121 p. -f- 3 photographies de pierres tombales. 

L'ouvrage a paru dans la Basler Zeitschrift fur Geschichte, VIII, 2. Une 
grande partie des matériaux utilisés par l'auteur ont déjà été publiés. L'in- 
tention de G. a été d'assembler les faits, de les ordonner et d'y ajouter ses 
récentes trouvailles. Il étudie l'histoire de la communauté de Bàle entre 
l'année 1349, fin de la première communauté israélite bàloise, et l'année 
1397, terme de la deuxième communauté. Il laisse de côté les relations des 
Israélites de Bàle avec leurs coreligionnaires voisins et l'histoire de la com- 
munauté actuelle. L'auteur examine la situation économique et sociale des 
Juifs et s'étend très longuement et minutieusement sur le quartier juif qu'il 
reconstitue, et indique la généalogie des différentes familles qui ont habité 
Bàle et y ont possédé des immeubles. G. va jusqu'à prétendre qu'Ascher b. 
Yehiel a passé et séjourné à Bàle; mais il ne donne pas de preuves. Il iden- 
tifie sans plus de solidité un certain Mousier qui vint habiter Bàle, le 13 juin 
1364, avec femme, enfants et domesticité, avec Manessier de Vesoul. 

Sauf ces hypothèses gratuites, l'œuvre est fortement documentée et éiablit 
d'une façon définitive l'histoire ancienne de la communauté israélite de Bàle. 
— E. G. 

Ginsburger (M.). Das jûdische Muséum in Elsass-Lothringen. Guebwiller, 
Dreyfuss, 1909 ; in-8° de 22 p. 

Glnzberg (L.). Geonica. I : The Geonim and their halakic writings. 
II : Genizah studies. New- York, The Jewish Theological Seminary of 
America, 1909 ; 2 vol. in-8° de xn + 210 et 425 p. (Texts and Studies of 
the Jewish Theological Seminary of America, vol. I-II). 
Voir Revue, LXI, 297 et s. 

Giinzberg (L.). The Legends of the Jews. Translated from the German 
manuscript by H. Szold Vol. I : Bible times and eharacters from the 
création to Jacob. Vol. II : Bible times and eharacters from Joseph to 
the Exodus. Philadelphie, The Jewish Publication Society of America, 
1909, 1910; 2 vol. in-8° de xvm + 424 et vin 4- 375 p. 

Compte rendu de M. Bâcher dans la Theol. Literaturzeltung, 1910, 
n° 10. 

Girdlestone (R.-B.). Old Testament theology and modem ideas. Londres, 
Longmans, 1909; in-8° de 128 p. 1 s. 

Girdlestone (R.-B.). Outlines of Bible chronology illustrated from external 
sources. Londres, Society for promoting Christian knowledge, 1910; 
in-8° de 78 p. 2 s. 

Glazebrook (M. -G.). Studies in the book of Isaiah. Londres, Frowde, 1910; 
in-8° de 370 p., 2 cartes. 5 s. 6 d. 

Gluckel von Hameln (Die Memoircn der)... Autorisierte Ueberlragung 
von Bertha Pappenheim. Vienne, 1910; in-8° de (12 -f-) 320 p. 

Gollancz (H.). Sermons and addresses. Londres, Unwin, 1909; in-8° de 

ix -f 642 p. 



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Fromer geplante « Realkonkordanz der talmudisch-rabbinischen Lite- 
ratur » kritiseh beleuchtet. Berlin, Poppelauer, 1909 ; in-8° de 63 p. 
M. 1,50. 

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de 24 p. 

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und Wesen des ersten Menschen. Munster, Aschendorff, 1910 ; in-8° de 
47 p. M. 0,60 (Biblische Zeitfragen, III, 11). 

GraetziH.). Geschichte der Juden. Fi'mfter Band : Vom Abschluss des 
Talmuds (500) bis zuni Aufbliïhen der jiidiseh-spanischen Kultur (1027). 
Vierte verbesserte und ergànzte Auflage, bearbeitet von S. Eppenstein. 
Leipzig, 0. Leiner, 1909 ; in-8° de xix -j- 572 p. 

Voir le compte reudu de M. S. Pozuanski, Revue, LX, 306 et s., et celui de 
M. Marx, dans la Z. f. H. B., XIV, 136-139. 

Graeïz (H.). Geschichte der Juden. Traduction russe. Tome XL Odessa, 

1909 ; in-8° de 511 p. 

Greenstone (J. H.). Some early Jewish catechisms. An address. Philadel- 
phie, 1909 ; in-8° de 16 p. (Reprinted from the Jewisk Exponent). 

Gregg (J. A. F.). The Wisdom of Solomon, in the Revised Version, with 
introduction and notes. Cambridge, University Press, 1909; in-16» de 
lxi -f- 192 p. 2 s. 6. d. (The Cambridge Bible for schools and collèges). 

Gressmann (H ). Altorientalische Texte und Bilder zum Alten Testament, in 
Verbindung mit A. Ungnad und H. Ranke herausgegeben. Erster Band : 
Texte. Zweiter Band : Bilder. Tubingue, Mohr, 1909 ; 2 vol. gr. in-8° 
de xlv 4- 253 et xn + 140 p. M. 7,20 chaque. 

Gressmann (H.). Paliistinas Erdgeruch in der israelitischen Religion. 
Berlin, K, Curtius, 1909 ; in-8° de 93 p. M. 1,80. 
Voir M onatsschrift, LIV, 129-158. 

Gressmann (H.), Gunkel (H.)., [Haller (M.)], Schmidt (H.), Staerk (W.), 
[Volz (P.)]. Die Schriften des Alten Testaments in Auswahl, neu ùber- 
setzt und fur die Gegenwart erklàrt. IL Abteilung: Prophetismus und 
Gesetzgebung des Alten Testaments im Zusammenhang der Geschichte 
Israels. 1 Band: Die atteste Geschiehtsschreibung und Prophétie Israels 
(von Samuel bis Amos und Hosea) erkltirt und mit Erlauterungen ver- 
sehen. Mit Namen und Sachregister, von H. Gressmann. Gœttingue, 
Vandenhœk et Ruprecht, 1910; in-8° de xvm + 388 p. M. 7. —Die 
Lyrik des Alten Testaments, von W. Staerk. 1910; in-8° de p. 1-96. 

Grillet (C). La Bible» dans Victor Hugo. Thèse de doctorat présentée 
devant la Faculté des lettres de l'Université de Grenoble. Lyon, E. Vitte, 

1910 ; in-8° de vi -f- 350 -+- 104 p. 



442 REVUE DES ETpDES JUIVES 

Cjrwnfeld (A.)- Die Lehrp vora gottlichen Willen bei den jiidjschen 
Religionsphilosophen des Mittelalters von Saadja bis Maimuni. Munster, 
Aschendorff, 1909 ; in-8° de vu + 80 p. M. 2,75 (Beitràge zur Geschichte 
der Philosophie des Mittelalters, VII. Band, 6. Heft). 

Grunwald (M.). Beruria. Gebete und Andachten fur jûdische Frauen und 
Mâdchen. Ausgabe fur junge Mâdchen. Vienne, J. Schlesinger, 19Q9 ; 
in-8° de v + 319 p. K. 3. 

Gry (L.).. Les Paraboles d'Hénoch et leur messianisme. Paris, A. Picard, 
1910 ; in-8° de xvi + 191 p. 6 fr. 

Série d'articles qui ont paru dans le Muséon. 

Grzymisch (S.). Die Weisheit der Heiligen Schrift der ïsraeliten. Ein Gedan- 
kensystem in Bibelversen. Berlin, Verlag Neues Leben, W. Borngrâber, 
1909 ; in-8° de 154 p. M. 2,50. 

Gunkel (H.). Genesis ûbersetzt und erklart. 3. verbesserte und vermehrte 
Auflage. Gœttingue, Vandenhœck und Ruprecht, 1909; in-8° de 510 p. 
M. 11 (Grettinger Handkommentar zum Alten Testament, in Verbindung 
mit anderen Fachgelehrten herausg. von W. Nowack. I. Abt : Die his- 
torischen Bûcher. 1 Bd.). 

Gunkel (H.). Die Religionsgeschichte und die alttestamentliche Wissen- 
schaft. Vorlrag, Berlin — Schôneberg, Protestantischer Schriftenbetrieb, 
1910; in-8o de 14 p. M. 0,50. 

Gunzenhauser (A.). Sammlung der Gesetze, Vcrordnungen, Verfiigungen 
und Erlasse betreffend die Kirchenverfassung und die religiosen Ein- 
richtungen der ïsraeliten in Wiirttemberg. Stuttgart, W. Kohlhammer, 
1909 ; in-8° de vi -f 312 p. M. 5. 

Guttmann (M.). Voir à Jahresbericht. 

Gwynn (J.). Remnants of the later Syriac versions of the Bible. Edited 

with introductions, notes and reconstructed Greek text. Londres, 

Williams et Norgate, 1909 ; in-8° de lxxii + 161 et xxm + 78 p. 

La deuxième partie a pour titre : Old Testament. Extracts (liitherto inedited) 
from the Syro-Hexaplar Version of the seventh century alter the Greek of the 
L\\. Genesis, Leviticus, 1 ;md 2 Clipuiicles, Nehemiah. 

Habersohn (A. R.). The Bible and the British Muséum. Londres, Morgan, 
1909 ; in-8° de 168 p. 2 s. 6 d. 

H.\LEvi(J.). Die Gebote des Judentums. Tilsit, H. Kaptuller, 1909; in-8° 
de 48 p. M. 0,50. 

Hardwich (J. M.) and White (H. P.). Old Testament History. From the Read 
Sca to Ruth. —From the bird of Samuel to the death of David. — From 
Solomon to the end of the northcin Kingdom. Londres, Murray, 1909, 
1910; in-8°de 218 + 244 -j- 212+ 188 p. 2 s, chaque. 

Harms H.). Schuhvandkarlen, Nr. ka : Paliistina. Nr. kb : Biblisclie Lander. 
Entworfen von G. Starke. Leipzig, List und Brcssendorf, 1910; 4 feuilles. 



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Russian exodus. New-York. Bloeh Publishing C°, 1910 ; D. 0,30. 

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a textual eommentary and prolegomena. Cambridge, University Press, 
1909 ; in-8o de xvu + 378 p. 10 s. 

Ce manuscrit représenterait un texte qftrrjgS d'après l'origina,] hébreu. Le 
Siraeide serait venu en Egypte « dans la 38 e année [de Ptolémée Philadelplie, 
mort en 247 dans sa 38 e année], sous le roi Evergète ». Réfutation de Smend, 
Th. Ltz. 1909, col. 631-4. 

Hastings (J.)« The great texts of the Bible. Isaiah. Edimbourg, Clark, 1910; 
in-8° de 512 p. 10 s. 

Haupt (P.). The book of Micah. A new metrical translation. With resto- 
ration of the Hebrew text and explanatory and ciïtical notes. Chicago, 
University Press, 1910; in-8° de p. 1-63 et 201-252 D. 1,06 (Reprinted 
from the A.J.S. L., 1910). 

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1909; in-12° de 137 p. M. 3. 

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in-8° de 28 p. M. 1 (Mitteilungen des Septuaginta-Unternehmens der 
Kôniglichen Gesellschaft der Wissenschaften zu Gôttingen. Heft 1) 
(Nachrichten der K. Gesellschaft der Wissenschaften zu Gôttingen. 
Philologisch-Historisehe Klasse, 1909). 

Heaton (W. J.). The Bible of the Reformation, its translators and their 
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Hecht (E.) und Kavserling (E.). Lehrbnch der jiidischen Geschichte und 
Literatur. 8. Auflage, vôllig neu bearbeitet in Verbindung mit Biach 
und Doctor. Ausgabe fur Deutschland. Leipzig, Engel, 1909; in-8° de 
vu + 228-| 61 p. M. 2,40. 

Hehn (J.). Der israelitische Sabbath. Munster, Aschendorft. 1909 ; in-8° de 
m + 36p. M. 0,50 (Biblische Zeitfragen gemeinverstandlich erortert, 
herausgegebcn von J. Nikel und I. Rohr, II, 12). 

Heijermans (H.). Sabbath. Einc Studic. Einzig autorisierte, nach dem 
Manuskript hergestellte Uebersetzung von R. Ruben. 2. Auflage. 
Pôssneck i Th., B. Feigenspan [1910] ; in-8° de 78 p. M. 1 . 

Heller (M.). Samson Raphaël Hirsch, in honor of the centenary of his 
birth. Chicago, 1909 ; in-8° de 36 p. M. 2 (Reprinted from the Year- 
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Herner (S.). Verbessenmgen zu Mandelkern's grosser Konkordanz. Lund, 
Hjalmar Môller, 1909 ; in-8° de vin + 144 p. M. 10. 

Herzog (O.). Die « Wortvertauschungen » im Kitàb al-Luma' des Albul- 
walid Merwân Ibn Ganâh und in den Schriften Abraham Ibn Esra's. 
Graz, Leuschner und Lubensky, 1910 ; in-8° de 36 p. M. 2 (Tirage à part 
de \à Monats.sc h r if l). 

Cf. Bâcher, dans la Mo naisse /tri fi, LV. 233-2 tu. 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Herzog (F. A.). Die Chronologie der beiden Kônigsbiïcher. Munster, 
Aschendorff, 1909; in-8° de vu +76 p. M. 2,10 (Alttestamentliche 
Abhandlungen, herausgegeben von J. Nikel. I. Band, 5. Heft). 

Hetzenauer (M.). Introductio in librum Genesis, in qua etiam de authentia 
Pentateuchi necnon de inspiratione scripturae agitur. Graz et Vienne, 
1910 ; in-8o de vu + 120 p. M. 1,80. 

Hetzenauer (M.). Gommentarius in librum Genesis. Graz, « Styria», 1910; 
in-8° de cxxxvi + 694 p. M. 13,60 (Studium biblicum utriusqne testa- 
ments catholieum, Libri exegetici). 

Hillesum (J. M.). Het eerste te Amsterdam gedrukte Hebreuvvsche bœk 
[Amsterdam, 1910] ; in 8° de 10 p. 

Hirsch (J.). Gedenkreden iiber Oberrabbiner Mark us Hirsch. Francfort, 
Kauffmann, 1909 ; in- 8° de 12 p., portr. M. 0,50. 

Le défunt, né en 1833, est mort le 27 iyyar 1909 grand-rabbin de Hambourg. 

Hirsch (S. R.). Versuche ùber Jissroëls Pflichten in der Zerstreuung, 
zunachst fur Jissroëls denkendc Jiinglinge und JunglVauen. 4. Auflage. 
Francfort s. M., Kauffmann, 1909 ; in-8° de xiv + 522 p. M. 7. 

Hirsch (S. R.). Gesammelte Scbriften, herausgegeben von N. Hirsch. 
V. Band. Francfort, J. Kauffmann, 1910; in-8° de 558 p. M. 5. 

Hirsch y (N. G.). Artaxerxes III Ochus and his reign, with spécial considé- 
ration of the Old Testament sources bearing upon the period. Chicago, 
University Press, 1909 ; in-8° de v + 85 p. 
Thèse de Berne. 

Hirzel (R.). Die Strafe der Steinigung. Leipzig, Teubner, 1909 ; in-8° de 44 p. 
M. 1.80 (Abhandlungen der Sàchsischen Gesellsehaft der Wissen- 
schaften. Philologisch-Historischc Klassc. Band 27, Nr. 7). 

Hoffmann (D.). ccon 1Z5"1"53. Midrasch Tannaïm zum Deuteronomium, 
aus der in der Koniglichen Bibliothck zu Berlin befindlichen Hand- 
schrift des « Midrasch haggadol » gesammelt und mit Anmerkungen 
versehen, nebst mehreren Beilagen. Heft II. Berlin, Poppelauer, 1909; 
in-8° de p. 127-264 p. M. 4. (Tirage a part du Jahresbericht des Rabbiner- 
seminars zu Berlin pour 1907-1908.) 

Première partie signalée Revue, LIX, 291. 

Hoffmann (M.). Der Geldhandel der deutschen Juden wâhrend des Mittel- 
alters bis zum Jahre 1350. Ein Beitrag zur deutschen Wirtschafts- 
geschichte im Mittelalter. Leipzig, Duncker et Humblot, 1910: in-8° de 
ix -f 236 p. M. 5,50 (Staats- und sozialwissenschaftliche Forschungen, 
herausg. von G. Schmoller und Max Sering, Heft 152). 

Excellente monographie, qui trouvera place dans un compte rendu commun 
à G. Caro, Sozial- und Wirtschaflsgeschichte der Juden, et W. Sombart, 
Die Juden und das Wirtschaftslebeh. 

Hohelied Salomo's ? ! (Das) Ein biblisches Liebesràtsel, endgùltig gelost 

und fur die Poésie zuriickgeretlet. Mit Geleitvvort von A. Ludvvig. 

Dresde, 1909 ; in-8° de 24 p. 



BIBLIOGRAPHIE 145 

Hohelied Salomo's (Das). Den Text bearbeitete R. A. Schrôder unter 
Zugrundelegung der von E. Kautzsch besorgten Uebertragung. Leipzig, 
Insel-Verlag, 1909 ; gr. in-8<> de xxi p. M. 14. 

Hollmann (G.). The Jewish religion in the time of Jésus. Translâted by 
E. W. Lummis. Londres, Greene, 1909; in-8° de xn -}- 158 p. 2 s. 
Cf. Revue, LUI, 134. 

Hôlscher (G.). Die Geschichte der Judcn in Palastina seit dem Jahre 70 
nach Chr. Eine Skizze. Leipzig, Hinrichs, 1909; in-8° de 64 p. M. 1,50 
(Schriften des lnstitutum Delitzschianum zu Leipzig, 2. Heft). 

Après avoir exposé les causes et les conséquences de la grande révolte 
contre Rome, l'auteur suit les destinées des Juifs dans le pays dont ils restent 
les habitants après en avoir été les maîtres. Quand ils ont usé leurs résis- 
tances par quelques persécutions, les empereurs romains inclinent à la tolé- 
rance ; le patriarcat est une autorité reconnue, les écoles fleurissent en 
Galilée. Mais la décadence vient et la Babylonie a pris la place de la mère- 
patrie comme centre des études talmudiques quand le triomphe de l'Église 
inaugure une ère de proscription pour les Juifs dans le pays même qui fut 
la patrie du judaïsme et le berceau du christianisme. Les empereurs byzan- 
tins joignent la tyrannie au fanatisme. Aussi les Juifs accueillent-ils les 
conquérants arabes comme des libérateurs et leur empressement est justifié 
par la législation relativement humaine d'Omar. Les Fatimides se montrent 
moins tolérants au X e siècle et les croisés achèvent ce qu'ils avaient épargné. 
Le judaïsme palestinien ne se reconstitue qu'au xm e siècle, grâce aux immi- 
grants de Fiance et d'Espagne ; au xiv e des communautés se sont reformées ; 
l'expulsion des Juifs d'Espagne vaut à la Palestine un afflux de population et 
de prospérité. Les Cabbalistes s'y installent en maîtres; Isaac Louria leur 
donne le ton et Sabbataï Cevi leur tourne la tète. Mais malgré le renfort des 
Juifs de Pologne, au xvir siècle après les massacres de Cbmielnicki, au 
siècle suivant par l'émigration des premiers hassidim, le judaïsme palestinien 
retombe dans la décadence et c'est seulement l'intervention du judaïsme occi- 
dental qui prépare son relèvement. — Telles sont les grandes lignes de 
cette « esquisse », qui n'est appuyée d'aucune référence et qu'on dirait 
découpée dans Graetz (pas même dans Munk, Palestine, 604-653). On le devine en 
constatant que l'auteur n'a pas embrassé son sujet d'une forte étreinte, mais 
fait défiler ses épisodes, rattachés par des transitions. On s'en assure en 
retrouvant au passage certaines erreurs : les rabbins qui, aussitôt après la 
destruction de Jérusalem, se préoccupent de fixer le canon biblique (p. 8), 
Adrien qui omet la formule « Moi et l'armée nous nous portons bien » 
(p. 12), les 300,000 expulsés d'Espagne (p. 49), Joseph Caro qui se laisse 
entraîner par Molcho (p. 53). Quelques lacunes prouvent que l'auteur n'a pas 
dépassé Graetz : l'activité rabbiniquo en Palestine aux x c -xi e siècles lui est 
inconnue et il dit à peine un mot du développement actuel du judaïsme 
palestinien. Ce qui est de lui, ou de son état — il est théologien protestant 
— ou de sa mission — il travaille pour 1' « Institut Belitzsch » de Leipzig — 
c'est l'assertion que le rabbinisme a étouffe, pétrifié, elc, la religion juive 
(p. 23, 36), et une conséquence inattendue de cette thèse archiconnue est de 
représenter le caraïsme comme un mouvement mystique (p. 37-38). Il est 
mieux inspiré par ses sentiments religieux quand il entend résonner « cette 
ei»rde si délicate de la piété juive : Israël le peuple du Heimweh et la Pales- 
tine le pays de la Sehnsucht » (p. 25) et il définit assez justement la place 
de la Palestine au moyen âge, quand il dit, qu' « insignifiante désormais pour 
T. LXUI, n° 125. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le développement de la pensée et de la science juives, elle a joué un rôle dans 
l'évolution de ses espérances religieuses, de ses rêves messianiques et de ses 
exaltations mystiques » (p. 47). Et, passant condamnation sur d'autres erreurs 
de détail, que l'histoire rectifiera facilement (p. 13, 17, 27, 35, 48, 49, 50, 54, 
61, 63, etc.), on lui saura gré d'avoir montré que la Palestine, malgré l'émi- 
gration, l'exil et la proscription et bien qu'elle ait souvent reçu l'impulsion 
de la Diaspora, n'a pour ainsi dire jamais cessé d'être un pays juif. 

Hôlsgher (G.). Sanhédrin und Makkot. Die Mischnatractate « Sanhédrin » 
und « Makkot » ins Deutsche ùbersetzt und unter besonderer BerCick- 
sichtigung des Verhaltnisses zum Neuen Testament mit Anmerkungen 
versehen. Tubingue, Mohr, 1910; in-8° de vin -f 143 p. M. 3,80 (Aus- 
gewahite Mischnatraktate in deutscher Uebersetzung, herausgegeben 
von P. Fiebig, n° 6). 

Holzmann (M.). Geschichte der jiidischen Lehrer-Bildungsanstalt in Berlin. 
Berlin, 1909 ; in-8° de 169 p. 

Horodezky (S. A.). Rabbi Nachman von Brazlaw. Beitrag zur Geschichte 
der jiidischen Mystik. Berlin, M. Poppelauer, 1910 ; in-8° de 87 p. M. 2,50. 

Compte rendu ajourné avec ceux de toutes les publications relatives au 
hassidisme. 

Horowitz (S.)- Ueber den Einfluss der griechischen Philosophie auf die 
Entwicklung des Kalam. Breslau, chez l'auteur (YVallstr. 1 b), 1909 ; 
in-8° de 92. p. M. 3 (Tirage à part du Jahresbericht des jùdisch-theolo- 
gischen Seminars). 

Horwitz (L.). Hofjuden in Kurhessen. Cassel, chez l'auteur, 1909; in-8° 
de 19 p. (Tirage à part de Hessenland, n os 20-22). 

How (J. C. H.). Joël and Amos. Cambridge, University Press, 1910 ; in-12° 
de 120 p. 1 s. 

Howscha (M.). Der Zukunftsglaube. Riga, chez l'auteur, 1909 ; in-8° de 
xx -f 283 p. M. 3. 

Hughes (H. M.). The ethics of Jewish Apocryphal literature. Londres, 
H. Culley, 1909 ; in-8° de 352 p. 5 s. 

Huhn (E.). Einfiihrung in die biblischcn Bi'iehcr. Altes Testament. I. Die 
fùnf Bûcher Moses und das Buch Josua (Der Hexateuch). Tubingue, 
Mohr, 1909 ; in-12° de iv + 96 p. M. 0,80. 

Hyamson (A. M.). A dictionary of the Bible. Londres, Routledge, 1909 ; 
in-8° de 231 p. 1 s. 

Index alphabétique des cinquante premiers volumes de la «Revue des 
études juives». Paris, Librairie Durlacher, 1910; in-8° de vu -f- 430 p. 
à 2 col. 12 fr. 50. 

Si ce n'est pas ici le lieu de souligner les qualités et les défauts de cet Index, 
qu'il soit permis de rappeler au moins les services qu'il peut rendre aux 
chercheurs et les précautions qu'ils doivent prendre en le consultant. Il peut 
servir en toute sécurité de Table des matières pour les 50 premiers volumes 
de la Revue, aussi bien d'après les noms des collaborateurs que d'après le9 



BIBLIOGRAPHIE 147 

titres des articles. Il indique en outre les publications intéressant le judaïsme 
qui ont vu le jour depuis 1880 jusqu'à 1905 — Hebraiea et .îndaica — et 
ceux qui s'étonneraient de le trouver encombré de tant de titres ne doivent pas 
oublier que, pendant une partie de ce laps de temps, la Revue a été le seul 
organe de bibliographie juive; l'Index permet donc de s'orienter dans la 
production littéraire de ces vingt-cinq ans comme aussi de passer en revue 
l'ensemble des ouvrages d'un même savant. Voilà pour la partie bibliogra- 
phique. Pour la partie qu'on pourrait appeler encyclopédique, des réserves 
s'imposent ; meilleure, elle eût été encore imparfaite ; peut-être le but pour- 
suivi était-il irréalisable, car on ne met pas en fiches la science des autres. 
S'il ne s'agit que d'une simple référence, l'Index est bon à consulter : on y 
trouvera le ou les passages où tel mot hébreu est expliqué, tel passage 
biblique ou talmudique commenté (voir les articles Bible et Talmud), tel nom 
propre cité. Mais si le nom propre est de quelque importance, la confusion 
commence, et le désordre (Allemagne, Angleterre, Akiba, Maïmonide) ; les 
articles généraux (commerce, médecins, usure) seraient à recommencer. Les 
lacunes doivent être aussi nombreuses que les erreurs, pour ne rien dire des 
erreurs commises par les auteurs des articles et pieusement enregistrées dans 
l'Index. Avec les additions et les rectifications on ferait un volume aussi fort 
que l'Index lui-même. Gomme ce complément ne paraîtra jamais, chacun 
peut y contribuer, s'il en est capable ; car ceux qui diront le [dus de mal de 
cet Index sont ceux qui s'en serviront le plus. 

Pour répondre à quelques réclamations, ajoutons que l'Index n'a été livré 
sans fiais qu'aux abonnés de 1905 qui en ont fait la demande. 

Israelitisches Gebetbuch. Im Auftrage der Verwaltung der israelitischen 
Gemeinde in Frankfurt a. M. bearbeitet von G. Seligmann. Erster Teil : 
Sabbat, Festtage und Werktag. Zweiter Teil : Neujahrsfest und Versôh- 
nungstag. Francfort s. M. (Rôdelheim, imprimerie M. Lehrberger), 191 ; 
2 vol. in-8'de 414 et 337 p. 

Livre de prières, en hébreu et en allemand, du temple libéral de la commu- 
nauté de Francfort. 

(A suivre.) 

M. Liber. 



A. Marmorstkin. Religionsgeschichtliohe Studien, 1. Heft : Die Bezeich- 
nungen fur Christen und Gnostiker in Talmud und Midrasch. Chez l'auteur, 
1910; in-8° de 82 p. 

Les « études d'histoire religieuse » dont M. Marmorstein nous présente 
le premier fascicule aujourd'hui, ont eu une introduction, il y a quelques 
années, dans un article sur les « Épicuriens » dans la littérature talmu- 
dique 1 , où l'auteur soutenait que les « épicuriens » du Talmud sont des 
gnostiques anliuomistes. Cette thèse est maintenant étendue : d'autres 
termes qui désignent, dans la littérature traditionnelle, les partisans de 

1. Revue des Etudes juives, LIV, 181-193. 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

croyances damnables ou les négateurs et contempteurs des doctrines 
juives s'appliqueraient principalement aux gnostiques des premiers 
siècles de l'ère chrétienne. Le plus connu et le plus important de ces 
termes, celui de Minim, est ici laisse de côté, et c'est seulement en passant 
que l'auteur touche à des textes où se présente cette dénomination des 
hérétiques. Négliger ainsi la plus considérable des désignations annoncées 
dans le titre comme formant l'objet essentiel de l'étude, c'est montrer 
avec combien peu de méthode le travail a été entrepris. 

Le même défaut apparaît dans la division de ce fascicule, où il entraîne 
plus d'une répétition. Des huit chapitres que le volume comprend, le 
premier (p. 9-18) traite de la prétention de l'Eglise d'être le «vrai Israël » 
et indique les passages aggadiques où cette prétention est combattue. 
L'auteur n'a pas un mot pour rappeler que les plus importants de ces 
passages ont déjà été expliqués par moi de cette manière ; ce sont deux 
dires d'Abin (voir Die Agada der palâst. Amoràer, 111,412, n. 1 et 3) et un 
de Juda b. Schalom (ibidem, p. 437, n. 1). Il lui a échappé à ce propos 
que l'un des dires d'Abin (rabbin du iv e siècle) contient une allusion assez 
claire aux sectes chrétiennes en lutte les unes avec les autres. Quoi qu'il 
en soit, il faut lui laisser le mérite d'avoir projeté la lumière de ce point 
de vue sur d'autres textes de l'Aggada, notamment sur le dire de R. Isaac 
(Schir rabba, sur i, 6), cet amora qui, dans une sentence connue sur l'ar- 
rivée du Messie, prévoyait l'époque où l'empire romain deviendrai * 
chrétien (Sanhédrin, 97 a). 

Le second chapitre, sur la « polémique antijuive de l'Eglise » (p. 18-26), 
cite quelques arguments de l'Eglise contre la prétention d'Israël d'être 
le peuple de Dieu et cherche les traces de la réfutation de cette prétention 
dans le Midrasch. Mais le principal passage que M. M. exploite à ce sujet, 
qu'il tire d'un Midrasch tannaïtique (Sifrê, sur Deut., xxxn, 1, § 306) et 
où il croit découvrir « tout l'ensemble de la polémique antijuive » a été 
entièrement mal compris par lui. Opposer à son interprétation à contre- 
sens la véritable explication nous entraînerait trop loin ; mais celle-ci va 
tellement de soi que seul le désir de mettre à toute force sa thèse dans le 
passage du Sifrê a pu égarer l'auteur. Les six paragraphes du texte 
décrivent Israël repentant, lorsque, avant sa restauration, il signale lui- 
même son indignité, mais est rassuré par Dieu. Ainsi, dans le premier 
paragraphe, Israël indique que les témoins de ses fautes, le ciel et la terre 
(Deutér., xxx, 19), subsistent et, donc, déposent constamment contre lui. 
Dieu répond : Je les écarte et « je crée un nouveau ciel et une nouvelle 
terre » (lsaïe, lxv, 10). Israël poursuit, confus : Je vois encore les endroits 
ou j'ai péché (d'après Jérémie, n, 23 : vois ta conduite dans la vallée). 
Mais Dieu : Je les écarte, « que toute vallée soit exhaussée » (lsaïe, xl, 4) ! . 
Et que fait M. M. (p. 24) de ce dialogue émouvant entre Israël contrit et le 

1. Il va sans dire que les mots qui suivent, "ibo^ n*aîn 1H bDI, doivent être 
considérés comme faisant encore partie de la réponse de Dieu, car c'étaient « les mon- 
tagnes et les collines » qui étaient les scènes du péché d'Israël (Jér., n, 21 ; m, 23). 



BIBLIOGRAPHIE 149 

Dieu miséricordieux? Pour la première tirade, il nous sert ceci : « Israël 
dit : Maître de l'univers, mes témoins vivent (ils attestent que nous, Juifs, 
nous sommes le « vrai Israël »), comme il est dit : j'appelle aujourd'hui 
le ciel et la terre comme témoins. Sur quoi, la réponse négative avec réfé- 
rence à Isaïe, lxv, 17 : car certes je crée un nouveau ciel et une nouvelle 
terre. Ainsi donc les anciens témoins n'existent plus et Israël n'a plus de 
témoins. Cette réponse ne peut pas venir de Dieu, « elle répond aux idées 
des Chrétiens ». Il faudrait mettre ici plusieurs points d'exclamation pour 
manifester la surprise, je dirais volontiers la stupéfaction que provoque 
une telle interprétation. Et cela continue. Et M. M. a soin de nous pré- 
venir que « la première phrase contient toujours la polémique juive et la 
seconde l'apologie chrétienne ». Il n'a même pas été arrêté par l'absurdité 
de cette disposition du dialogue. D'une manière générale, il est incom- 
préhensible que des paroles qui sont désignées, clair comme le jour, 
comme formant la réponse de Dieu à Israël, puissent être attribuées au 
christianisme hostile. — Un autre passage du Sifrê (sur Nombres, xxv, 2, 
§ 134) a été mal compris par M. M. dans ce chapitre (p. 19) : les textes 
qui appuient le principe exégétique d'Akiba sur les chapitres voisins de 
la Bible qui s'expliquent l'un l'autre deviennent les exemples du principe 
de Méir qui restreint celui d'Akiba (voir Agacla cler Tann, I, 2 e éd., p. 302, 
n, 2 ; II, p. 37, n. 2). 

Le troisième chapitre (p. 26-35) traite des « infidèles » nommés ^ttJis 
$K*W\ Use termine par cette thèse : « Par '^'b il faut entendre des Juifs 
croyant à Jésus, qui se divisent eux-mêmes en différents groupes et sont 
jugés d'après le degré de leur éloignement de la loi et de leurs frères par 
l'origine ». Pas un seul des textes talmudiques et midraschiques cités ne 
peut servir, si peu que ce soit, de preuve à cette thèse ; celle-ci est une 
opinion arbitraire, que les passages allégués réfutent plutôt qu'ils ne la 
démontrent. Partout il s'agit d'adeptes du judaïsme qui violent la loi ; 
rien n'indique que ce soient des infidèles « croyant à Jésus » ou « gnos- 
tiques ». Remarquons du reste que M. M. considère faussement la phrase 
de la baraïta qui commence par les mots "{Di^a bN-iu;* 1 '•runs {Bosch Ha- 
schana, 17 a ; Tossefta Sanhédrin, xm, 4) comme la suite du dire de l'école 
de Hillel, qui la précède immédiatement (p. 34), et en attribue le contenu 
aux Hillélites. Il attribue à R. Simon b. Lakisch (m e siècle) une apprécia- 
tion plus favorable des judéo-chrétiens restés attachés à la loi à cause de 
ces paroles qu'on lui prête (Eroubin, 19 a ; Haguiga, 27 a) : blZ3 TiN *ptf 
■para arrrri mvn ht: artîn mTttE -ittm bp bamip "•jibibd nobic DSïra 
■pub»© banur ^tuns in pûîto m»n *pN d^iu nw^ dht -i:-h èôn irhs 
ms^i rraD nnN hy ...Jima rnattt. C'est un « sauvetage » des violateurs 
de la loi en Israël, qui, parce qu'ils observent une partie des préceptes de 
la religion, « sont pleins de commandements, comme une grenade». Cette 
comparaison repose sur l'interprétation des mots du Cantique, îv, 3 (et 
vi, 7) ^npn I*i73nn nbsD : Simon b. Lakisch explique ^npn comme 
^3TO û^rp^nn, ceux qui, en Israël, sont vides d'étude de la loi et de bonnes 
œuvres (v. Sanh., 37 a) ; c'est pourquoi il parle aussi des D^p" ,ta "):i 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

siocniz) (Houllin, 92 a). On voit que ceux-ci et les« infidèles en Israël » 
forment la même catégorie pour Simon b. Lakisch et sont considérés en 
tout état de cause comme partie intégrante d'Israël ; rien ne prouve que 
Simon b. Lakisch ait traité comme tels les judéo-chrétiens. 

Le quatrième chapitre (p. 35-41) a pour titre : « La polémique anti- 
chrétienne de la Synagogue. » L'auteur y examine le dire du tannaïte 
Juda b. Haï (Pesikta, 76 a, et parallèles). Ne citant que la leçon incomplète 
de Lév. r., ch. 27, il y découvre « une polémique contre la doctrine des 
Pères de l'Eglise, qui affirment qu'Adam a apporté aux hommes la mort 
et le péché et que c'est seulement Jésus qui a délivré l'humanité de ces 
chaînes ». J'avoue que je ne puis découvrir aucune trace de cette polé- 
mique dans les paroles de Juda b. Haï. Dans les mots "D3 nnN "ib mTDN 
obteb D*"pi ti &nn Nan «bia "irf$8 nv», M. M. trouve cette pensée : 
« Malgré le péché d'Adam, Elie n'a jamais goûté à la mort et il vit éter- 
nellement. » Encore une interprétation à rebours. Juda veut dire : La vie 
éternelle d'Elie, qui fut sans péché, prouve qu'Adam aurait vécu éternel- 
lement s'il n'avait pas péché.» Il est également faux de voir dans la seconde 
partie de ce dire une réfutation de la preuve tirée de la prétendue résur- 
rection de Jésus en faveur de sa mission messianique. Il n'y a pas un 
traître mot de cela dans les paroles de Juda. 

Dans le même chapitre, M. M. trouve dans un passage de Midrasch 
Tanhouma un trait polémique dirigé contre le récit des Evangiles (Matt., 
xn, 1-8 ; Marc, n, 23-27), où Jésus défend la conduite de ses disciples, qui 
avaient arraché des épis le jour du sabbat, en alléguant l'exemple de 
David mangeant des pains de proposition qui lui étaient interdits, puis- 
qu'il n'était pas prêtre (I Sam., xxi, 7). Et M. M. explique le passage en 
question (rraahfl N5 by -n* m "nn din "p -imn*» uni) comme s'il s'agis- 
sait de la transgression citée par Jésus, la consommation des pains de 
proposition. Mais le contexte, où il s'agit de la construction de l'autel 
d'Elie et de celui de Gédéon, prouve sans le moindre doute que la ques- 
tion de la transgression visée ne peut se rapporter qu'à la construction d'un 
autel par David sur. le Moria (II Samuel, in fine). A quoi correspond bien 
la réponse : David a instruit les tribus d'Israël (en édifiant l'autel) comme 
le maître instruit les élèves; l'autel élevé par lui devait servir de modèle 
pour l'autel du sanctuaire perpétuel que tout Israël allait bientôt élever, 
en ce qu'il indiquait l'endroit où il devait être élevé ; ce n'était donc pas 
une construction d'autel à proprement parler. L'auteur trouve « une polé- 
mique voilée contre l'origine davidique de Jésus » dans les mots que la 
Pesilda (134 a-è) met dans la bouche de David, paraphrasant Ps., îv, 3 : 

dœ *»b n^b .,.^zr p ^m8 r" 1 " 1 ?" 1 "masa Twbbn dhn *nn iy ; c'est-à- 
dire : « Jusqu'à quand humilierez-vous ma dignité en m'appelant « fils de 
Jessé » (ici des exemples : I Sam., xx, 27 ; xvi, 18; xxn, 7) ? N'ai-je donc 
pas de nom ? » M. M., méconnaissant le sens de l'ensemble 1 aussi bien 

i. Plus loin (p. 52, n. 2), M. M. cite plusieurs passages du Midrasch, où les insul- 
teurs de Moise l'appellent injurieusenient D"172^ "p. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

que la phrase interrogative de la fin (en araméen populaire), traduit : 
« Jusqu'à quand m'outragerez-vous et rn'appellerez-vous fils de Jessé ? Je 
n'ai pas de nom... ». Mais même ainsi traduit, comment ce passage 
implique-t-il le rejet de l'origine davidique de Jésus? M. M. a oublié de 
nous l'expliquer. 

Le cinquième chapitre (p. 41-45) est intitulé : « Les û^tan (impies) 
dans le Talmud et le Midrasch ». On peut lui appliquer en général ce qui 
a été dit du troisième. Cependant l'auteur ne donne pas d'identification 
précise des « impies » de la littérature rabbinique avec un groupe quel- 
conque d'hérétiques; il y retrouve seulement différents degrés dans Fin- 
crédulité et la défection. 

Le sixième chapitre (p. 46-58) explique les catégories d'individus dam- 
nables qui sont mentionnés en tête du deuxième chapitre du traité 
Dérech éreç rabba. Tous seraient des « hérétiques », plus précisément des 
« gnostiques ». Tels seraient entre autres les rrmOM (également appelés 
D^ttJbE, delatores), « dénonciateurs » et « hypocrites » (D^san), deux 
groupes que le Targoum de Job, comme l'auteur le fait remarquer avec 
raison, identifie l'un avec l'autre, en traduisant partout (et non dans les 
quatre passages seulement qu'il cite) Epn par "TUbVï 1 . Je ne crois pas 
nécessaire de chercher dans ces deux termes, à côté de la profonde 
abjection morale que le mot suggère, l'hérésie dogmatique. Les textes 
allégués ne justifient rien de tel. Dans le paragraphe sur les « Apikor- 
sim », M. M. répète brièvement ce qu'il a exposé dans l'article que j'ai 
rappelé au début de ce compte rendu. Au sujet des explications du mot 
DTiTp^BN présentées par plusieurs amoras dans le Talmud (sur Sanh. y x,i) 
je me borne à une observation générale : c'est qu'il en est de ces explica- 
tions comme des définitions données ailleurs du y-)Nn û3\ Ce ne sont 
pas des définitions adéquates aux termes, mais des condamnations 
portées sur l'une ou l'autre catégorie d'individus par leur inclusion dans 
la classe des « épicuriens ». Ainsi, si ce nom est mérité, d'après une de 
ces explications, par ceux qui disent dédaigneusement en parlant des 
docteurs : « ces docteurs » (pal "irwn, d'après Eléazar b. Pedat dans le 
Talmud palestinien, d'après Papa dans celui de Babylone), c'est qu'on 
veut réprouver ces sentiments hostiles ou méprisants à l'égard des doc- 
teurs. Mais on ne peut pas déduire de cette explication que, d'après elle, 
les « épicuriens » sont des gnostiques antinomistes, dont un des signes 
distinctifs est le mépris ou la dérision des docteurs. 

La seconde partie de ce chapitre est consacrée à une autre série des 
groupes damnables mentionnés dans le traité Dérech éreç, les « ter- 
ribles », les « orgueilleux », etc. L'auteur y ajoute les « railleurs », pour 
tirer du Talmud de Jérusalem une anecdote que voici, d'après sa traduc- 
tion : « Un jour, un homme orthodoxe était assis avec deux railleurs; ils 
lui demandèrent : quelle génération (de celles que mentionne la Bible) 
est la meilleure? Il leur dit : la génération du désert ». Après avoir 

1. Voir Munatssrhri/'t, 1871, p. 216. 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

signalé une assertion d'Irénée sur des gnostiques qui reconnaissaient 
comme leurs proches Esai'i, Goré, lés Sodomites et autres gens de 
même espèce, M. M. ajoute : « Les deux railleurs étaient deux gnostiques 
et l'orthodoxe leur donne cette réponse ironique: la génération du désert 
vous est apparentée ». Même si on accepte le récit tel que l'auteur nous 
le présente, son observation est inintelligible; mais si l'on examine soi- 
même le passage du Yerouschalmi, on constate une méthode incompré- 
hensible dans le maniement des sources. Remarquons d'abord que dans 
Yer. Abocla zara, i, 1 (396 en haut) l'anecdote n'est pas isolée; c'est une 
illustration des mots d'Osée (vu, 5) : Û^àSlb nN tt ^U3», montrant com- 
ment le roi d'Israël — on veut parler de Jéroboam I — se sert des rail- 
leurs pour réaliser son plan impie. Le récit, rédigé en araméen, est ainsi 
conçu : Quand il (le roi) voyait un homme pieux, il faisait asseoir à côté 
de lui deux railleurs. Ceux-ci disaient à l'homme : quelle génération est, 
de toutes les générations du passé, la plus méritante (devant Dieu)? Il 
répondait : la génération du désert '. Sur quoi les railleurs: Mais n'ont-ils 
pas pratiqué l'idolâtrie (avec le veau d'or) ? L'homme pieux : Parce qu'ils 
étaient méritants devant Dieu ils n'ont pas expié cette faute 2 . Alors, eux : 
Vois-tu (lire "^n pour TOn), le roi veut faire comme la génération du 
désert ; mais tandis que celle-ci n'a fabriqué qu'un veau d'or, il en fait 
faire deux (I Rois, xn, 28). — M. M. se contente du début de cette anec- 
dote satirique et lui prête un sens tout à fait étranger à son véritable 
contenu. Pour corser le non-sens d'une énigme, il reproduit le texte de 
l'anecdote ainsi mutilée sous une forme entièrement modifiée, en 
hébreu : 



Texte du Yerouschalmi. 

mn -naa raa *n vin mn na 

mmn bDB a->an nn hra rvb 
.nan?an -nn pb -i»n 



Texte de Marmorstein (p. 56, n. 2). 

idd ©m aw rtin jet -in 
rtrN b"«i û^aarô ->:u5 *pa (i. -naa) 
-m V'n nrrnfl bs» a^an in 
»(i. iai7an) biattrr 



Le mot de l'énigme est peut-être que M. M. a emprunté son texte à 
quelque source secondaire sans le collationner avec le Yerouschalmi. 

Le septième chapitre (p. 58-6!») traite des « preuves scripturaires des 
gnostiques ». Jl s'agit des explications bibliques citées par Irénée (Adv. 
Haer., I, xix, 1) comme étant celles dont les gnostiques se servaient pour 
prouver que les Juifs n'avaient jamais connu le « Dieu suprême ». M. M. 
veut donc montrer que les tannaïtes et les amoras ont interprété ces 
passages bibliques (Irénée en indique cinq : Exode, xxxiu, 20; Is., i, 3; 

1. C'était, semble-t-il, un lieu commun aggadique. D'après Yohanan {Pesikta, 33 A- 
3ia), le mot 3HTT, dans I Rois, v, 11, désigne la génération du désert. En tout cas 
ceSte génération était placée si haut parce que Moïse en faisait partie et qu'elle reçut 
la Révélation du Sinaï. 

2. Cf. Pesikta, ibid. Ils s'appelèrent 5*11173 *Oa parce que Dieu leur a pardonné le 
pécha du veau d'or. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

Osée, iv, 1 ; Ps., xiv, 3 ; Dan., xn, 9-10) avec des tendances de polémique, 
en visant l'exégèse des gnostiques. Pour les trois premiers versets seule- 
ment il a des textes à citer, mais même dans ceux-ci on ne peut pas 
reconnaître avec évidence des exemples de polémique juive antichré- 
tienne. Il y rattache une énumération des passages bibliques dans l'inter- 
prétation desquels les rabbins ont combattu le dualisme des gnostiques. 
Sa base, ce sont les enseignements de Yohanan (Sanhédrin, 38 6) sur les 
six passages bibliques dans lesquels les Minim prétendent trouver des 
arguments contre l'unité de Dieu et qui contiennent tout à côté la réfu- 
tation de cette fausse exégèse, ainsi que les questions des Minim à 
Simlaï sur des versets du même genre (j. fier., 12d; Gen. ?\, ch. 8) *. 
Mais son exposé est ici si confus qu'on est obligé de supposer qu'il a 
brouillé ses fiches et les a mises en œuvre avec une singulière précipi- 
tation. Les pages 63 et 64 sont proprement inintelligibles. 

Le dernier chapitre (p. 66-81) a pour titre : « La doctrine des hérétiques 
dans le Talmud et dans le Midrasch ». D'abord, il y examine principa- 
lement l'interprétation fort intéressante et certainement ancienne de 
Lévit., xxvi, 14 et 15 dans le Sifra, ainsi que la série d'interprétations 
de Nombres, xv, 31, dans le Sifrê (§ 42). A l'aide de ces textes, auxquels 
il faut ajouter la mischna de Sanh., x, 1, l'auteur croit pouvoir cons- 
truire une liste des « principales hérésies d'après le Talmud et le 
Midrasch », qu'il divise en trois sections, d'après les passages midra- 
schiques qui les combattent : 1° l'athéisme et le dualisme ; 2° la résurrec- 
tion des morts ; 3° la dérision de l'Écriture. C'est ce chapitre qui contient 
encore le plus de matériaux utilisables ; mais ici aussi le manque d'exac- 
titude dans la mise en œuvre des textes nuit sensiblement à l'exposé. 

Des additions de la dernière page (p. 82) je n'en relève qu'une, la der- 
nière : « Contre l'exégèse gnostique est dirigée cette remarque : ND 
...msznp mznsa 2TD rra Hem, v. Menahot, 10 a. » On oublie de nous 
dire que cet enseignement a pour auteur Simon b. Azzaï, qu'on en trouve 
la leçon primitive dans le Sifrê, sur Nombres, xxviu, 8 (§ 143), avec cette 
précision : m*nb 0^533 ne "pnnD imb N2SJ ; on oublie enfin que j'ai, il 
y a longtemps déjà, expressément noté « la pointe polémique contre le 
gnosticisme » dans ces paroles de Ben Azzaï (Die Agada der Tannaiten, 
I, 422; 2 e édit., 419). Si je m'attache avec tant d'insistance à cette dernière 
remarque, c'est qu'on y trouve réunis à la fois les trois vices essentiels 
de l'ouvrage de M. M. : il ne se soucie ni de l'origine des textes qu'il 
utilise, ni des références exactes aux sources, ni des travaux de ses pré- 
décesseurs (ainsi il ne cite même pas celui de Graetz, Judenthum und 
Gnosticismus). Cette insouciance, qui n'est rien moins que scientifique, 
se venge cruellement — on l'a déjà pu voir dans nos observations — au 
cours d'un travail d'ailleurs rempli de fautes dans la reproduction et la 
traduction des textes. 

Il faudrait trop d'espace pour noter ici toutes ces fautes. Je n'en signa- 

1. Voir Die Agada der prUastinensischen Amoraer, I, 257, 55!j. 



454 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lerai qu'une partie. D'abord la négligence dans les citations, qui rend si 
difficile la recherche des passages cités. Exemple, p. 16, n. 2 : « Yalkout, 
591 » ; entendez : Yalkout (sur Malachie), II, 591. — Le Midrasch Tan- 
houma est ainsi cité, sans aucune autre précision : V, 49 (p. 26, n. 2); 
entendez : Tanhouma sur Deutéronome, p. 49 de l'édition de Buber. Le 
Midrasch Tehillim n'est cité que d'après la pagination de l'édition Buber. 

— P. 60, 2, on lit : « Sifrê Deut., ch. 33 » ; entendez : Sifrê, Deutéro- 
nome, sur xxxii, 6 (§ 309). — P. 61, n. 1 : « Yalkout, I, 86, 1 » ; lire : 
Yalkout, I, 861. — P. 66, n. 3 : « Sifra, 109 a »; lire : 111 b-c (éd. Weiss). 

— P. 72, n. 1 : « M. Ps., 53, 9 » ; lire : p. 539. — P. 79, n. 3 : « Sanh. 26 » ; 
lire : Sifrê, Deutér., § 26. — Ibid. : « Sanh., 137 »; lire : Sifrê, Nombres, 
§ 137. — Quand un dire revient dans plusieurs passages de la littérature 
traditionnelle, M. M. n'indique généralement qu'un texte, et le moins 
important. Exemple : p. 75, n. 4, il cite : « M. Psaumes, p. 210 » ; il 
aurait mieux fait d'indiquer la source primaire : Echa rabbati sur ni, 23. 
A ce propos, M. M. omet d'indiquer que cet enseignement est une inter- 
prétation du verset en question des Lamentations et qu'il est d'Alexandre, 
amora de la première moitié du m e siècle. — Nous avons déjà dit que 
l'auteur ne fait guère attention aux auteurs des paroles citées ; il ne 
remarque pas non plus, pour donner un exemple, que les deux premiers 
des amoras mentionnés dans le premier chapitre de son ouvrage appar- 
tiennent au ive siècle, alors qu'au début de l'Introduction il indique 
comme sujet de ses études « la lutte entre le judaïsme et le christianisme 
dans les trois premiers siècles de l'ère chrétienne ». P. 30, il cite, d'après 
Midr. Tehillim (p. 125 Buber) un enseignement de« H. Josué b. Hanania», 
c'est-à-dire de l'ancien tanna ainsi appelé. Le texte porte : 3>;z:*irp 'n 
rraan 'n D^n. Moi-même j'ai corrigé maan en nron (Agada d. palàst. 
Amor., I, 28, n. 4). — Juda b. Simon, l'aggadiste connu, est appelé (p. 60) 
Juda b. Séman, parce que le nom du père est orthographié 1*TC dans le 
texte que l'auteur cite ; mais le texte parallèle, Pesikta,18a, porte *|WD. 

— P. 51, 1. 4, et p. 52, 1. 4, lire Eléazar (b. Pedat) au lieu d'Eliézer. 

Les exemples donnés précédemment nous dispensent d'en réunir ici 
d'autres pour montrer combien peu on doit se fier aux traductions et aux 
commentaires de l'auteur. Quelques détails seulement. P. 23, 1. 10 : 
« wie die Schleussen des Friedens (traduction de D"6iD nNinttD, Can- 
tique, vin, 10) ; c'est peut-être une faute d'impression pour Schliesserin. 

— Ibid., 1. 13 : « votre pays » ; lire : votre sanctuaire ». 76., 1. 14 : « nous 
ressemblons à une fille de roi qui s'est enfuie de la maison paternelle », 
traduction des mots du Midrasch sur Cant., vin, 10 : 0"Ob>3 rob "parr 12N 
maN man D"»dit) bm mta*b TVabftV). M. M. aurait pu trouver le véritable 
sens de cette expression dans le Dictionnaire de Levy, IV, 429 b. — P. 38, 
l'auteur cite une parole de R. Simon b. Lakisch d'après Nombres r., 
ch. 14, avec l'addition qu'elle a reçue dans cette source secondaire, au 
lieu de la citer d'après le Tanhouma, qui la donne dans son étendue pri- 
mitive (attestée aussi par Agadat Bereschit) (voir Die Agada der palàst. 
Amor., I, 372, n. 4). — P. 43, traduction d'un passage du Midrasch Tehil- 



BIBLIOGRAPHIE 155 

lim, sur Ps., xvn, 15 : « leur péché consiste en ce qu'ils offensent Dieu ». 
C'est tout à fait inexact. Le texte porte : "jn *jg ">3l H^tinh i^-ra ^Tts 
■po^DIQ, ce qui veut dire : même les impies jouiront un jour, grâce 
aux bonnes œuvres (pH3ta) qu'ils auront pratiquées pendant leur vie, de 
la contemplation de la gloire de Dieu, « afin de reconnaître qui ils ont 
offensé ». — P. 51, 1. 19 : « jamais Dieu ne nous a permis (de manger) un 
corbeau ni défendu une colombe », traduction des mots par lesquels les 
gens du médecin Benjamin exprimaient, d'après Raba (Sanhédrin, 99 b 
en bas), leur mépris à l'égard des docteurs. Il faut comprendre : à quoi 
nous servent les docteurs? ils ne nous ont jamais permis le corbeau ni 
défendu la colombe ! Un exemple comme celui-ci est typique pour la 
légèreté avec laquelle M. M. a composé son ouvrage. Il a porté le môme 
défaut jusque dans la traduction des textes bibliques. Voici comme il tra- 
duit (p. 63) les premiers mots du psaume l : « Dieu, des dieux le Sei- 
gneur parla ». Il faut naturellement : le Dieu des dieux, le Seigneur parla. 
A la même page — arrêtons ici le calvaire — l'auteur rappelle l'opinion 
des gnostiques mentionnée par Irénée et d'après laquelle D^nbfc*, dans 
Ps., xlv, 8, désigne le Dieu invisible et *pnbM le Dieu d'Israël. Sur quoi 
il remarque : « Une agada anonyme dit : HT ^nbN D^nb» *]rr£73 *p by 
pnnN » Si cette remarque a un sens, elle signifie que, d'après l'auteur, 
ce passage du Midrasch Tehillim rapporte "ptlbN à Aaron, combattant 
ainsi l'interprétation gnostique. En réalité le Midrasch veut dire que c'est 
Aaron qui est apostrophé dans ce verset. 

Je passe sur les nombreuses fautes d'impression qui défigurent les 
textes. Ce que j'ai surtout voulu dans cette critique, c'est recommander à 
l'auteur, qui a entrepris avec un zèle louable et une application méri- 
toire l'étude de la littérature aggadique au point de vue de l'histoire 
religieuse, une plus grande exactitude et une méthode de travail qui 
tienne mieux compte des exigences de la science, et en même temps 
mettre en garde contre cette première étude ceux qui voudraient la lire 
et l'utiliser. 

Budapest, octobre 1911. 

VV. Bâcher. 



Weill (Julien). Zadoc Kahn (1839-1905). Paris, F. Alcan, 1912; 
in-16° de vi + 312 p., ill., 3 fr. 50. 

Zadoc Kahn entre dans l'histoire. Les souvenirs personnels de ceux qui 
Font approché se fondent en une connaissance plus objective et plus 
générale et les impressions du moment se confirment en appréciations 
durables ; les confidences de l'intimité se dévoilent et les secrets de 

1. Au lieu "|TÎ il vaudrait mieux lire V7"l. 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'inédit se révèlent. La vérité historique s'établit ; les traits du personnage 
se dégagent et sa physionomie se campe telle que la postérité le regardera. 
Zadoc Kahn entre dans l'histoire. M. Julien Weill vient de réunir ses 
titres à y entrer en retraçant sa vie et son œuvre et de la manière dont il 
les a retracées. Mieux que panégyriste et plus que biographe, il s'est 
montré historien, élaguant les personnalités et les anecdotes pour rete- 
nir ce qui compte et ce qui dure. Œuvre digne d'un tel sujet. Le grand- 
rabbinat de Zadoc Kahn est « une des plus intéressantes époques, mais 
aussi des plus mouvementées. . . de l'histoire des Juifs de France » (p. 134), 
et le livre de M. Julien Weill est une contribution des plus utiles à l'his- 
toire du judaïsme français et de la question juive dans la seconde moitié 
du xixe siècle. 

Zadoc Kahn est un personnage historique parce qu'il a exercé une 
action déterminante sur les hommes et sur les événements. Et Zadoc 
Kahn est un personnage historique parce qu'il est un type : fils de son 
temps et de son milieu, il est le plus bel exemplaire du judaïsme fran- 
çais moderne. 

Il est né en 1839 dans un village d'Alsace, Mommenheim. C'est 
surtout au xix e siècle que l'Alsace s'est francisée et les Juifs ont suivi 
le mouvement avec ardeur. Jusque-là le judaïsme alsacien n'avait 
guère fait figure : à l'heure de l'émancipation, c'était une population de 
petites gens, repoussée des centres et dispersée dans les villages. Il fallut 
un demi-siècle pour constituer des communautés urbaines, répandre 
l'instruction, relever la dignité sociale et civique. Zadoc Kahn appartient 
à cette génération qui, née entre deux révolutions, peut être considérée 
comme vraiment mûre et qui sut concilier le dévouement à la France 
avec l'attachement au judaïsme. 

Son père était encore un homme simple ; sa mère, de bonne famille, 
était déjà un esprit supérieur. Michel Berr, qui connaissait bien son 
monde, remarque quelque part : « Pendant que les hommes étaient 
obligés de chercher les avantages et les honneurs par des vues actives et 
peu distinguées, mais les seules que leur permettaient encore leur propre 
éducation et les dispositions de la société envers eux, les femmes, recueil- 
lies au sein de leurs affections et de leurs foyers, parvenaient pour la 
plupart à un perfectionnement qui laissait une immense distance morale 
entre elles et les hommes auxquels les considérations de l'existence et 
les calculs de leur fortune forçaient leurs familles à les unir. » Le jeune 
Zadoc ' tenait de sa mère : dans sa physionomie morale il y eut toujours 
je ne sais quoi de féminin. 

1. M. Weill (p. 2, n. 1) paraît croire qu'il reçut le nom de Zadig, qui, sous l'influence 
de la prononciation alsacienne, se serait changé en Zadoc. Zadig est un nom « oriental » 
auquel Voltaire a donné droit de cité dans la littérature française et que l'officier d'état- 
civil aura confondu avec le prénom hébreu Zadoc (pili£). Zadoc Kahn tenait son nom 
de Zadoc Weill, rabbin, qui vivait à Strasbourg, au commencement du xix e siècle. 



BIBLIOGRAPHIE 157 

Zadoc Kahn dut à la famille et à la communauté sa chaleur de cœur et 
son amour sentimental de la vie juive; à l'École rabbinique il reçut, avec 
une bonne culture littéraire, une instruction hébraïque, qu'il sut étendre 
et approfondir. Il était encore à l'École quand celle-ci fut transférée de 
Metz à Paris, il en sortit pour devenir aussitôt le directeur du cours pré- 
paratoire qui venait d'y être annexé. 

Voilà Zadoc Kahn rabbin, et à Paris. C'était en 1862. La communauté 
parisienne, assez pauvre religieusement dans la première moitié du 
siècle, croissait en prospérité et en influence, enrichie par les afflux de 
l'Alsace, de la Lorraine, de l'Allemagne occidentale; la capitale affinait la 
vie religieuse alimentée par Test. Quand Zadoc Kahn fut nommé grand- 
rabbin de Paris en 1869, la communauté avait pris la tête du judaïsme 
français. Il était temps. La perte de l' Alsace-Lorraine allait enlever à la 
France israélite non seulement son plus fort contingent, mais encore 
toutes ses réserves, qui n'ont pas été reconstituées depuis. Et qui sait? 
Peut-être le grand-rabbinat de Zadoc Kahn, son grand-rabbinat de France, 
eût-il été plus productif au point de vue religieux s'il avait eu pour champ 
d'action « ce terrain fécond, comme disait Isidor en 1871, où la vie reli- 
gieuse avait en quelque sorte toutes ses racines et trouvait son élément 
nourricier ». L'activité de Zadoc Kahn dut chercher d'autres aliments ou 
plutôt les circonstances lui en imposèrent : la lutte contre le fléau de 
l'antisémitisme et le soulagement des maux de la persécution. 

Remplaçant d'Isidor dans le grand-rabbinat de Paris depuis 1869, son 
successeur dans le grand-rabbinat de France en 1890 — il avait été 
depuis quelques années comme son « coadjuteur » — Zadoc Kahn vit 
son rôle grandir sans cesse et il grandit avec son rôle. 

Zadoc Kahn est un exemple de ce que peut un homme pour étendre sa 
fonction sans en sortir. Le rabbinat a traversé une crise au xix e siècle. 
L'ancien rabbin, juge et ritualiste, quelquefois professeur de Talmud, 
rarement prédicateur et presque jamais chef spirituel, n'avait plus de 
raison d'être, et Zunz, en 1841, pouvait faire mettre au concours cette 
question : « Le rabbin, qu'était-il, qu'est-il et que doit-il être? » Zadoc 
Kahn a rempli toutes les charges du rabbin moderne; comme grand - 
rabbin de Paris (ch. n et m) et même comme grand-rabbin de France 
(ch. iv et v), il a beaucoup fait pour l'embellissement du culte, pour l'or- 
ganisation de l'instruction religieuse et surtout pour l'administration de 
la charité. Gomme homme (ch. vi) et comme prédicateur (ch. vu), il a 
séduit tous les contemporains. Mais cette activité ne lui a pas suffi et il a 
élargi son rôle à sa taille. Les persécutions des Juifs de Russie (depuis 
1880) lui ont montré sa voie : il est devenu, suivant sa propre expression, 
le « chargé d'affaires » du judaïsme malheureux (p. 250). Sa bonté faisait 
de lui un philanthrope ; le rôle qu'il voulut jouer fit de lui un « com- 
munal worker », non pas à la manière des modernes rabbins américains, 
mais avec une pitié plus émue pour la souffrance et comme une passion 
vibrante pour les améliorations sociales. Je ne sais s'il fut un « adminis- 
trateur excellent » (p. 238), avec les qualités de méthode et de suite que 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce titre suppose; il ne fut même pas, à proprement parler, un organi- 
sateur, avec les dons de décision et de persévérance que ce nom 
implique. Il fut un merveilleux « metteur en train », excellant à donner 
corps à une idée dans l'air et à la suggérer à ceux qui étaient les plus 
capables de la réaliser avec lui. Enfin et surtout, il se donnait tout entier 
à son œuvre, sans réserve et sans relâche, avec un magnifique altruisme. 
« Nous n'avons jamais le droit d'oublier que nous ne nous appartenons 
pas » (p. 258) ; « on ne vit pleinement que quand on vit pour autrui » 
(p. 303). Ces mots sont de lui. 

Deux questions ont sollicité la pensée et l'activité de Zadoc Kahn : la 
question religieuse et la question juive. 

La question religieuse réclamait une solution alors que la question 
juive ne se posait pas encore pour lui, et elle Ta toujours préoccupé; 
mais si je vois bien quelles sont, en cette matière, ses opinions et ses 
principes, je vois moins bien ses convictions et ses passions. Il était libéral 
de tendances ; c'est ce qu'il y a de plus constant chez lui. Dans son 
discours d'installation comme grand-rabbin de Paris, il déclare que des 
concessions sont nécessaires à l'esprit nouveau (p. 44-45); il entre en 
correspondance avec les rabbins libéraux (et non réformateurs) d'Alle- 
magne, prêt à collaborer avec eux dans un synode (p. 55 et s.), et 
finalement il semble avoir favorisé Téclosion de l'Union libérale (p. 216). 
L'échec du projet de fusion entre les rites aschkenazi et sefardi à Paris f 
ne lui ouvrit pas les yeux. Zadoc Kahn voulait être « le grand-rabbin de 
tout le monde », mais convenait-il à un grand-rabbin de guider l'ortho- 
doxie (comme eût fait Salomon Klein) ou d'encourager la réforme ? Ne 
pouvant s'avancer, retenu par ses propres scrupules et par la routine de 
certains autres, il a cherché l'équilibre dans une formule vague, qui 
distinguait entre l'essence intangible et les formes perfectibles, formule 
que les conservateurs ne répudieraient pas si elle n'était la devise des 
réformateurs. Il reste que Zadoc Kahn, grand séducteur, plutôt que 
conducteur d'hommes, a rallié bien des sympathies à son «judaïsme 
allégé et adapté à la bonne société juive françaises (c'est M. Julien Weill 
qui parle, p. 266) ; il n'a pas converti, mais il a charmé, c'est-à-dire qu'il a 
exercé une action personnelle sur des personnes. Il n'a été ni un apôtre, 
ni un réformateur ; il était trop optimiste et trop intelligent pour cela. 

Dans la question juive, Zadoc Kahn fut avant tout un Français. Son 
sermon du centenaire de la Révolution (p. 122) et son sermon d'installation 
comme grand-rabbin de France (p. 129) sont les éloquentes professions 
de foi du patriotisme reconnaissant. Il rêva même pour le judaïsme une 
plus grande place et un rôle plus actif — à son image — dans la société 
moderne (p. 216,250,281,290,300,306). Les orages de l'antisémitisme (122, 
145, 172) et de l'Affaire Dreyfus (p. 197 et s.) montrèrent que ces convic- 

1. Ce projet était devenu une pomme de discorde entre orthodoxes et réformateur», 

voir L. Lôw, Die Fusion des deulschen und sefardischen Hitus in Paris (Gesam- 
melte Schriften, IV, 233-279). 



BIBLIOGRAPHIE 159 

tions étaient raisonnées et n'avaient rien d'égoïste ou de paresseux ; là il 
fut vraiment grand. Son cœur juif le porta plus haut encore. Il s'en- 
thousiasma, malgré la désillusion, pour l'œuvre de colonisation juive 
(p. 98, 107). Il sympathisa, malgré le danger, avec le sionisme (p. 182, 
193) et il est permis de croire que si, cédant aux instances de Herzl, il avait 
obtenu le concours de la I.G. A., il aurait orienté de suite le mouvement 
dans la voie où il s'engage maintenant. 

On voit assez maintenant que, si Zadoc Kahn appartient à l'histoire, 
M. Julien Weill a fait œuvre d'historien. Ajoutcrai-je que son ouvrage est 
écrit avec la fidélité, le goût et la sympathie que commandaient la science, 
l'art et la piété filiale ? Ceux qui ont connu Zadoc Kahn voudront lire ce 
livre, ceux qui ne l'ont pas connu devront le lire ; il offre aux uns 
un intérêt avivé par l'émotion du souvenir, aux autres un intérêt soutenu 
par l'attrait de la révélation. Qu'il suffise de le signaler à ceux-là, de le 
recommander à ceux-ci. S'il avait fallu juger Zadoc Kahn et son bio- 
graphe, je me serais récusé ; je n'avais qu'à admirer l'un et à féliciter 
l'autre : c'est un devoir dont on s'acquitte avec plaisir. 

M. Liber. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. LXI, p. 233, n. 1. — Dans les mots « co feu a Aman Sirus », il faut, 
en détachant les quatre premières lettres « co fe », reconnaître les deux 
noms « Naaman Sirus : il s'agit de « Naaman, princeps militiae régis 
Syrici », dont la lèpre est mentionnée dans II Rois, v. La lèpre de Naaman 
figure à côté de celle de Miriam dans la formule du serment more 
judaico, voir p. ex. Rodenschatz, Kirchliche Verfassuny der Juden, II, 
383. Quant à « co fe », c'est à. ceux qui connaissent le provençal de nous 
l'expliquer (serait-ce « comme fut »?). — W. Bâcher. 

T. LXII, p. 123. — M. A. Freimann me fait remarquer que l'édition 
incomplète du Commentaire d'Ephraïm b. Simson a été déjà signalée par 
Berliner, dans ses notes sur le D^nn mK de H. Michael (p. 614, 1. 18). Il 
en existe d'ailleurs d'autres exemplaires connus, et tous vont jusqu'à 
Teçawé. — P. 124, n. 1. La glose doit se lire ïiN"D "p^a « bien née ». — 
Samuel Poznanski. 

T. LXII, p. 124. — Il faut lire rt"N">3 V'^a « bien née »; Dina est 
appelée rnb'v parce que Sichem relève la noblesse de son origine, sa 
naissance. L'auteur ajoute avec un sentiment parfaitement juste : pT 
TjD^N "pteba « ainsi dans la langue allemande ». Un coup d'œil dans le 
Deutsches Worterbucfi des frères Grimm, IV-I, col. 1646, s. v. gebàren, et 
col. 1800, s. v. geboren, nous montre l'importance particulière du terme 
geboren et de ses composés, pour l'allemand du moyen âge ; on alla 
jusqu'à reconnaître seule la noblesse comme naissance ; ceux qui n'en 
étaient pas n'étaient pas nés. — B. Heller. 

T. LXII, p. 308. — Notre explication des mots ûsim Ù^OIC est 
confirmée par le texte suivant {Sanhédrin, 109«): O^an dvto ■'isaNi 
■jDiaa d^jh ,03173733 D^um iDT^a a^n rmrp an i£« a^sam 
s^mamaa ,&vsbNb ^nsam pnth nbnan rrnri moy» npîn 'nan 
"jDiaa a^'jm D3i73?aa û^an N3n « Si l'Ecriture porte que les habitants 
de Sodome étaient pervers et pécheurs, cela signifie, dit Rab Yehouda 
(d'accord avec le Targoum Onkelos), qu'ils étaient pervers par leur corps 
et pécheurs par leur argent ». Gomme le montre nettement la citation 
du verset invoqué à l'appui de cette interprétation, « pervers par leur 
corps » veut dire « de mœurs dissolues ». — Israël Lévi. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERK, 59, RUE DUPLESSIS. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARAMEENS 



r r 



D'ELEPHANTINE ' 



On a encore présente à la mémoire la surprise produite dans le 
public savant par la découverte des papyrus Cowley émanant dune 
colonie juive établie à Eléphantine au v e siècle avant l'ère chré- 
tienne 2 . Bientôt après la publication de M. Cowley, M. Ed. Sachau 
éditait trois nouvelles pièces de même provenance ayant trait à la 
destruction du temple du Dieu Yahou (ou Yaho ou Yeho 3 ), adoré 
par ces Juifs. Nous avons reproduit in extenso ces documents d'un 
intérêt considérable, en essayant d'en dégager les lumières qu'ils 
projettent sur l'histoire de ce temps 4 . Il était réservé à la mission 
allemande qui avait eu la bonne fortune d'exhumer ces pièces 
d'un si haut prix d'en découvrir d'autres qui ne le cèdent pas 
en importance à leurs devancières. Il est permis même d'affirmer 
que ces trouvailles marqueront une date dans les annales des 
études sémitiques. C'est un coin imprévu du passé d'Israël qui 
tout d'un coup se révèle. M. Sacliau, chargé de présenter au 

t. Aramâische Papyrus und Ostraka aus einer jûdischen Militar-Kolonie zu 
Eléphantine, altorientalische Sprachdenkmâler des 5. Jahrhunderts vor Chr., bear- 
beitet von Eduard Sachad. Leipzig, Hiorichs, 1911; gr. in-4° de nxix + 290 p., 
-f- 75 planches en phototypie (90 marks). Une « petite édition » des mêmes textes a 
paru dans la collection Hilfsbûcher zur Kunde des Allen Orients (4. Band), sous 
le titre : Aramâiscke Papyrus aus Eléphantine. Kleine Ausgabe miter Zugrup.de- 
ing \on Eduard Sachau's Erstausgabe, bearbeitet von Arthur Ungnad. Leipzig, 
Hinriclis, 1911 ; iu-8° de vin -|- 1 19 p. (3 marks). M. Ungnad ne s'est pas borné à 
reproduire le texte et les notes de M. Sacliau; il a heureusement rectifié parfois le 
déchiffrement des textes, ajouté des remarques intéressantes et proposé des interpré- 
tations ingénieuses. 

2. Voir Revue, t. LIV, p. 35 et s. 

Vaho explique mieux la forme rjTP, qui se rencontre quelquefois. 

4. Voir ibid., t. LIV, p. 153, et LVI, p. 161. 

T. LXIII, .N« 120. H 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



public ces découvertes sensationnelles, s'est acquitté de sa tâche 
avec un rare bonheur, déchiffrant avec une sûreté admirable des 
lignes souvent presque effacées par le temps, interprétant les 
textes avec une sagacité qui laisse peu à glaner. 



# * 



Ces nouveaux papyrus araméens peuvent se diviser en trois 
classes : 1* documents relatifs à la religion et à la vie intérieure de 
la colonie juive d'Eléphantine ; 2° extraits du Roman d'Ahikar; 
3° copies de la traduction partielle de la fameuse inscription 
trilingue de Behistoun. A ces textes il faut joindre de nombreux 
ostraca araméens et phéniciens. 

La traduction araméenne de l'inscription de Behistoun atteste la 
curiosité avec laquelle on lisait cette histoire de Darius I er , ou le 
soin qu'on mettait à la répandre dans l'empire perse. Il ne semble 
pas qu'elle fournisse des éclaircissements nouveaux à ce document 
célèbre. Gomme il était à prévoir, c'est de la version babylonienne 
que la traduction araméenne se rapproche le plus. 

Si cette catégorie de fragments n'offre qu'un intérêt médiocre, il 
n'en est pas de même de ceux qui nous ont conservé partiellement 
le Roman d'Ahikar. Ce Roman, comme on sait, a défrayé, entre 
autres, les conteurs juifs; il est utilisé par l'auteur du Livre de 
Tobit et le ïalmud, ou plus exactement le folk-lore judéo- 
babvlonien. C'est l'histoire d'un ministre-scribe de Sennachérib, 
qui élève son neveu, Nadan, et qui est trahi par lui. Le roi, 
convaincu par celui-ci de la félonie de son ministre, ordonne de le 
mettre à mort ; mais le fonctionnaire chargé d'exécuter la sentence, 
Nabousemak \ le sauve secrètement. A quelque temps de là, le roi 
d'Egypte propose au roi d'Assyrie des énigmes à résoudre. Comme 
personne n'est en état de tirer d'embarras le roi, celui-ci alors 
regrette la mort d'Ahikar, dont la sagesse lui élait si utile. Nabou- 
semak se découvre alors, Ahikar revient et confond les Kl^\ [)ticns. 
Rétabli dans son poste, il reproche à son neveu son ingratitude et 
l'en punit. Dans ce cadre entrent trois espèces de morceaux, d'abord 
des sentences de morale qu'Ahikar recommande à son neveu, pour 
le dresser à son métier futur : beaucoup de ces apophtegmes sont 
entrés dans l'Ecclésiastique de Jésus fils de Sira, pour ne parler que 

1. Ci; nom, qui se lit dans la version syriaque, est une altération tïe *p373Cn3Z aisyr. 
Nabou-soumou-iskoun) ; cf. pap. Cowley, 13, l'J, où figure un témoin babylonien appelé 
pOTaOïM "13 -JlB^D. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHANTINE 163 

de la littérature juive; ensuite, les énigmes proposées par le roi 
d'Egypte avec la solution fournie par Aliikar : ce sont celles que 
le Talniud fait résoudre par Rabhi Josué ben Hanania ; enfin, une 
collection de fables, à l'élat de squelettes, qui illustrent la conduite 
de Nadan et en montrent la laideur. 

Or, les plus récentes recherches avaient rendu vraisemblable 
l'origine babylonienne et polythéiste de ce roman 1 . Le fait est 
aujourd'hui avéré, et l'existence de ce récit est attestée déjà au 
v e siècle avant 1ère chrétienne. Déjà alors de pauvres Juifs, perdus 
aux confins du monde civilisé, lisaient cette fiction, qui est entrée 
dans la littérature universelle. La conséquence inattendue de cette 
trouvaille, c'est d'obliger à une revision les idées régnantes sur les 
migratidiis des contes et des fables. Si, comme le veut la croyance 
orthodoxe d'aujourd'hui, ces inventions ont pour patrie l'Inde, il 
faudrait que les relations entre ce pays et la Babylonie se fussent 
établies de bonne heure, et avant la naissance du Bouddhisme. 

Les fragments araméens ne donnent pas la version même dont 
provient la traduction syriaque. La narration est beaucoup plus 
prolixe, les sentences et les fables quelque peu différentes. 

Les maximes offrent parfois une analogie frappante avec les 
Proverbes, telles : « Plus que tout trésor (littéralement objet gardé) 
garde la bouche », ^cs na nia:» br> "je, cf. Prov., iv, 23, -town bïK 
*pb nw ; « N'épargne pas à ton fils le bâton », p "pn "jronnn ba 
-oi, cf. Prov., xiii, 24, 122 êwto naao "rcn 2 . Le caractère polythéiste 
de ce roman n'est plus niable aujourd'hui, car « les dieux » y 
figurent nombre de fois. 

Il appartient à un folk-loriste de tirer de ces documents les 
renseignements qu'ils fournissent sur l'histoire de la littérature 
populaire. 

Mais l'intérêt, déjà grand, qui s'attache à la résurrection de ces 
récits si vieux pâlit devant celui que présentent les papyrus que 
nous avons réservés pour la fin. Pour le montrer, le mieux sera de 
reproduire les principaux, en les accompagnant d'un commentaire. 



1. Voir !-"i ,nnois Nau, Histoire el sagesse ctAftikàt l/Assi/rie/i, traduction des ver- 
sions Syriaques Paris, 1909 (Documenta pour l'étude de lu Bible publiés sous la 
direction de François Martini. Édition excellente, gâtée seulement par le parti-pris de 
l'auteur, <)ui veut a toute force trouver dans ce roman une histoire authentique, parce 

que le livre de Toldt - \ réfère. 

1. li faut encore noter les qualificatifs dont esl pourvu Ahikar : ~pr!7;jl D^wtl "ICO, 
cf. K/ra.7. t.; l'expression H-bp^n 32 « porte du palais =- la cour», qui explique "\yQ 
™??:T! d'Ksther, l, 21 ; 3, 2. etc., et qui confirme l'hypothèse que Mardochée était 
un fonctionnaire royal : cf. Daniel, 2, 49. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Papyrus 6. 

1 

kwk ^na DbiD [ïTMaan fcrmnh «b^n ttmasi rrapn] 2 

?y rpbrc toba 173 t*o*373 iznrrvm 5 r-oia nt «roi» r-ia>Di 3 

fcD]lB-lN 

m» 1372 p fcana« nao n"h[ 4 

]b 21 Dl^ 1* 15 DV 1731 "H[ 5 

]N rrra* ■nmwi nn "pa-il 6 

]n -pTan "«T Dan:» bm inran b« [ 

]0^3b 21 ÛT* 13> N^72U: 31*73 [ 8 

w 1 "pn lanm D^sina *rba> [ 9 

n[ io 

Deux lignes en blanc. 

ï-r^32n a^ine* Rvn!"P «mn nmarai maT ^tin 11 

Traduction. 

1 fAj 

2 Yedoniah et consorts, l'armée juive, Hananiah. Que les dieux [veuillent] 

le bien de mes frères 

3 etc. Celte année qui est Tannée 5 du roi Darius, du roi il a élé mandé 

à Arsame 

4 Donc, vous, comptez ainsi quatorze jours dans le mois de 

Nisan 

5 obserjvez. Et depuis le 15 jusqu'au 21 de [Nisan 

6 soyez purs et faites attention de ne [vous livrera aucun] travail... 

7 ne buvez pas, et toute chose 1er m entée ne [mangez pas 

8 depuis la veille jusqu'au 21 Nisan 

9 ne faites pas] entrer dans vos chambres et scellez dans l'inter- 
valle de [ces] jours 

10 

11 [A] mes frères, Yedoniah et consorts, l'armée juive, votre frère Hananiah. 

Commentaire. 

1 . La préposition ba doit être rétablie ici, comme à la 1. 11. 

2. Les lettres restituées sont assurées par la même ligne 11. 
Yedoniah paraît ici le principal personnage de la colonie. Il 

ligure au même rang dans la lettre écrite l'an 17 de Darius à Bagoas, 
après la destruction du temple juif d'Eléphantine *. Là, étantdonné 
que les mots Yedoniah et consorts étaient immédiatement suivis 

1. Voir Revue, LIV, p. 161. 



NOUVEAUX FAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHANÏINE 165 

dé « les prêtres d'Eléphantine », il était loisible de prendre cette 
addition pour une apposition et de faire de Yedoniah le grand 
prêtre. Mais les nouveaux documents prouvent sans conteste que ce 
personnage est un laïque; en effet, sur le papyrus 11, son nom est 
séparé de celui des prêtres par une copule. Que si la conjonction 
manque dans la lettre à Bagoas, c'est une licence qui est presque 
de règle dans ces papyrus. 

Ce Yedoniah est au premier plan également dans une liste de 
cinq personnes qui adressent une nouvelle demande tendant à 
l'autorisation de reconstruire le temple et d'y rétablir le culte (pap. 
5, voir plus loin). Là son nom est donné en entier, c'est Yedoniah, 
fils de Guemariah. 

Les quatres autres Juifs qui sont désignés dans cet acte ne 
portent pas plus que lui le titre de prêtre. 

Même préséance de Yedoniah dans les pap. 10 et 11. Mais c'est 
sur le pap. 18 que se voit le mieux son rôle prépondérant : c'est 
entre ses mains que sont centralisés les dons offerts par les Juifs 
au culte du Dieu Yatao et d'autres contributions destinées à Ischm- 
béthel et à Anathbéthel. 

Il semble donc avoir été le chef juif de la colonie ; et il a exercé 
ses fonctions au moins douze ans, puisque notre document est 
daté de l'an V de Darius (II), et celui du pap. 1 de l'an XVII du 
même roi. 

On remarquera le nom donné à la colonie juive, « l'armée juive ». 
Ainsi se trouve confirmée l'hypothèse que j'avais suggérée en 
même temps que d'autres de mes confrères. Les plaisanteries qui 
avaient salué cette conjecture étaient donc pour le moins impru- 
dentes. Il faut s'en féliciter, car c'est la preuve que la méthode 
historique n'est pas une chimère décevante. 

Ce titre d' « armée juive» revient d'ailleurs plusieurs fois dans 
les nouveaux papyrus (pap. 18 et 11) ; bien mieux, une fois en 
possession de cette clé, on déchiffre plus facilement d'autres pièces 
déjà connues et où Ton avait passé à côté de la vérité 1 . 

La résistance opposée à cette constatation se manifeste encore 
dans le ton avec lequel on parle de ces colons militaires si paci- 
fiques, qui traitent dans leurs lettres et contrats de questions peu 
militaires 2 . Qu'on lise les papyrus qui proviennent des colons 
militaires grecs de l'époque ptolémaïque 3 et l'on verra que ceux-ci 

1. Papyru s de Strasbourg, publié par Euting, reproduit par Ungnad, p. 8. 

2. P. Lagraoge, Revue biblique, janvier 1912, p. 128. 

3. Théodore Reiiwh, Papyrus grec* et, démotiques recueillis en Egypte, 190o. 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sont tout autant pacifiques dans leurs écrits. Et pourtant on ne leur 
dénie pas pour cela leur caractère professionnel. 

Hananiah, l'auteur de la lettre, est évidemment un Juif qui se 
trouve à la cour de Darius ou près d'Arsame, un des hauts fonction- 
naires perses de l'Egypte. Comme on le verra tout à l'heure, il 
envoie à ses frères des instructions d'ordre religieux, qui visent 
toute la communauté juive. Son nom se rencontre dans le papyrus 
11, dont le destinataire est également Yedoniah. 

Là il est dit que, depuis sa présence en Egypte, les Juifs ont eu à 
souffrir des entreprises d'un ou de plusieurs desservants du dieu 
Khnoum. Il ne faut pas entendre par ces mots, comme le croit le 
P. Lagrange \ que ses coreligionnaires l'accusent d'être un faux- 
frère, mais que son action a provoqué l'hostilité des prêtres 
égyptiens. Peut-être, si c'est le même personnage que celui de 
notre lettre, s'était-il livré à une propagande religieuse qui avait 
déplu aux prêtres égyptiens de l'île. La missive que nous étudions 
en ce moment serait la manifestation de ce zèle pieux. 

On serait tenté de supposer que la forme plurielle crnba est le 
simple calque de û*nb», mais les pap. 5, d3 et 43 qui font suivre ce 
mot du verbe au pluriel attestent qu'il doit se traduire par « les 
dieux ». Dans l'un de ces documents (pap. 4), il est vrai, c'est 
un Mazdéen écrivant à un Mazdéen qui emploie cette formule. 
Seulement, ailleurs, c'est un Juif s'adressant à des Juifs qui 
s'exprime ainsi. A cela on peut et on doit opposer le fait que très 
souvent, au lieu des dieux, il y a dans la formule de salutation « le 
Dieu du ciel » ixw® nbN (1, \\, 14, etc.), et cela dans les papyrus 
les plus anciens. Cette inconséquence peut s'expliquer ainsi : 
propre aux non-juifs d'abord, la formule aura perdu avec le temps 
son cachet polythéiste et aura passé sans retouche aux Juifs d'Élé- 
phantine, qui, comme nous le verrons, font preuve d'un éclectisme 
étrange. 

Une autre explication est suggérée par les textes que nous étu- 
dierons plus loin : 1rs dieux de la lettre d'Hauaniah seraient bel et 
bien des divinités nommément désignées en certains documents, 
Béthel, Hérembéthel, Ischmbéthel, Auathbétbel, Anatbyahou, ado- 
rées conjointement avec Yabo, le Dieu du ciel. Mais ici tout au 
moins, le fait serait bien extraordinaire : c'est au nom de ce Pan- 
théon que Hanania donnerait à ses frères des instructions sur la 
manière de célébrer la Pâque ! Quelle que soit la manière dont il 
faille comprendre l'initiative de Hananiah, il est impossible de 

1. P. 131. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPÏIâNTINE 167 

supposer qu'il aurait recommandé cette fête en l'honneur de tous 
ces dieux. Il faut donc qu'ici, tout au moins, on se soit servi de la 
formule polythéiste comme d'une phrase stéréotypée, empruntée 
au style officiel, démonétisée par l'usage et ayant perdu avec le 
temps sa frappe étrangère. 

3. haoi, comme dans Ezra, 4, 17, doit se traduire par « etc. » ; 
c'est une variante de najai. 

Le Darius qui écrit à Arsame ne peut être que Darius II ; 
l'année 5 de son règne correspond à 419/418. 

Arsame, le Sarsamès de Ctésias, semble avoir été le préfet perse 
de l'Egypte. Il est encore à son poste en l'année 14 de Darius (pap. 1). 

Que pouvait-il y avoir à la fin de la ligne 3 et au commence- 
ment de la 1. 4 ? Si l'on doit lire «•% ce mot est vraisemblablement 
la dernière partie de irrir-r, et comme la suite parle sans aucun 
doute de la fête de Pâque, on aura le droit de combler la lacune à 
peu près ainsi : « il a été envoyé une lettre touchant la fête de 
Pâque des Juifs ». S'il faut lire [r% on supposera avec quelque 
chance de raison n^ v jd « il a été envoyé une lettre au sujet de la 
fête des pains azymes ». 

Cette lettre contenait elle ce qu'on va lire maintenant, ou les 
paroles qui suivent sont-elles le commentaire de Hananiah? Dans 
le premier cas, c'est le roi qui enjoindrait aux Juifs de célébrer la 
Pàque à la manière dont il l'entend et qui devait être nouvelle 
pour eux. Hananiah ne serait qu'un organe de transmission, dont 
l'utilité n'est pas manifeste. Dans le second cas, Darius ne serait 
pas l'auteur responsable de toutes les instructions qui suivent ; 
la part revenant à l'interprète serait plus ou moins grande. Mais 
quelque réduit que soit le rôle du roi, il n'en est pas moins singu- 
lier : le roi de Perse s'immisce dans les affaires religieuses de ses 
sujets et juge à propos spécialement de donner des ordres a ses 
Juifs — Juifs colons d Eléphantine ou Juifs de tout son empire — 
touchant une fête qu'ils doivent célébrer. Ce n'est évidemment pas 
de son chef qu'il prend ce soin; c'est à l'instigation de certains 
Juifs qui jouissent de quelque crédit auprès de lui ou d'un haut 
fonctionnaire. En cela il montre un libéralisme qui n'est pas nou- 
veau chez les rois de Perse : Cyrus en avait donné l'exemple, et 
l'Artaxerxès de .Nehémie imita sa conduile. 

A quel mobile obéissaient les Juifs qui avaient sollicité Pinter- 
ventiQQ du roi ? C'est ce que nous essaierons de déterminer après 
l'explication des lignes 4 et suivantes. 

4. Ici viennent les instructions de Hananiah en conséquence de 
ledit rendu par Darius. 



168 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Gomme il est parlé du 15 à la ligne qui vient, . . .aïs doit se lire 
173V "HD3> nyma « quatorze jours » et il faut certainement ajouter : 
•jo^b « dans le mois de Nisan ». Après ces mots il y a place encore 
pour l'indication de ce qu'on doit faire le 14 de ce mois ; le restant 
de verbe -n ou n oblige à supposer un ordre exprimé après celui 
de compter 14 jours. Si m est sûr, c'est la fin de -nain « vous obser- 
verez » ; s'il faut opter pour yt, c'est tdjti qu'on doit rétablir: « vous 
ferez ». Dans le premier cas, il aurait pu y avoir : « vous obser- 
verez la fête des azymes », d'après Exode, 12, 17 ; 23, 15; 34, 18. 
La prescription serait conforme à Exode, 12, 18, où il est dit : « Le 
premier [mois], le 14 e jour du mois, au soir, vous mangerez des 
azymes ». Dans l'autre cas, il faudrait supposer le mot anos « la 
Pâque », avant vn?n, comme dans nos rrwi. Il existe justement 
un ostracon provenant d'Éléphantine où se lisent ces mots "pn^n 
anos 1 . Mais, même dans cette hypothèse, il n'est pas nécessaire 
de penser à la prescription d'immoler l'agneau pascal, le mot 
« Pâque » peut signifier la fête de Pâque. 

Ce qui doit faire pencher la balance en faveur de la première 
hypothèse, c'est que, par la suite, il n'est parlé de la fête qu'en 
tant que fête des azymes 

5. Il n'y a qu'une solennité qui dure du 15 au 21, c'est la 
Pâque. D'ailleurs à la ligne 8 le nom du mois est indiqué, c'est 
Nisan. Que devait-on faire du 15 au 21 Nisan? Manger des azymes, 
d'après Exode, 12, 18, ou ne pas laisser subsister de levain, d'après 
le verset suivant, ce qui revient au même. Sur ce point, il ne peut 
y avoir le moindre doute. 

ii. On n'en saurait dire autant de la prescription qui figure en 
premier dans cette ligne. Si •pm est un mot entier, le sens serait : 
« Soyez purs ». Or, cette obligation n'était requise que pour l'im- 
molation et la consommation de l'agneau pascal. Il faudrait donc 
supposer que, ce rite disparaissant, on a jugé à propos de trans- 
porter sur celui des azymes la prescription de la pureté. Que si 
yoT n'est que la fin d'un mot, il ne peut y avoir eu que 'pD'-na 
« soyez en repos 2 », recommandation qui ferait double emploi 
avec celle qui suit; en outre, ce verbe n'est pas celui qui est 
employé d'ordinaire pour « chômer ». 

La suite se restitue sans peine, c'est m*n ba rrra* nrnTÊO « et 

1. Samuel Daiches, The aramaic ostracon from Elephantine and the festival of 
Passover, dans Proceedings of the Society of biblical archœology, janvier 1912, 
XX.LV, p. 17. Le même mot KJIOD se lit encore sur l'ostracon 77 de Sachau (p. 236- 
238 ; Ungnad, 105). 

2. Hypothèse de M. F. Perles. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHANTINE 169 

prenez soin de ne faire aucun travail ' ; cf. Deut., 16, 8. Mais il faut 
remarquer qu'ici encore la sévérité du Pentateuque est dépassée, 
car le chômage n'est requis que pour le premier et le dernier jours 
de la fête. Ce ne sont donc pas simplement les prescriptions de 
l'Exode et du Deutéronome qui sont portées à la connaissance des 
Juifs d'Éléphantine, mais quelque chose d'analogue. Pour ce qui 
concerne le dernier point, on peut même ajouter que ces instruc- 
tions sont déjà celles du ïalmud, car la Mischna interdit les tra- 
vaux manuels pendant les demi-fêtes. 

7. C'est une conclusion semblable qui ressort de l'examen 
de la défense dont il reste seulement la partie finale. Avant ba 
irnzjn « ne buvez pas », il faut suppléer -oun « boissons fer- 
mentées ». C'est justement l'interdiction qui se lit dans la Mischna 
de Pesahim 2 . 

Après les boissons fermentées viennent les aliments contenant 
du levain : « Et ne mangez rien de fermenté, teh — nsTon» ». 

<S. Les mots . ..«iDtta nnyn rappellent Deut., 16, 6, K*ns n-tfa 
«OTiT, tout autant que Ex., 12, 18, ...mm iznnb ûv "im janea 
nnyn tmnb ûmasn in^n ût iy. Il y avait sans doute : « Et depuis le 
Il à partir du coucher du soleil jusqu'au 21 Nisan. » Ces préci- 
sions étaient nécessaires à cause de la nouvelle défense qu'on 
va voir. 

9. Cette ligne a paru à Sachau incompréhensible. Les mots 
Da^airo ib* « entrez 3 dans vos chambres » lui ont rappelé robm 
■pbnab « et tu iras dans tes tentes » de Deut., 16, 7. Mais cette 
prescription serait en contradiction avec tout ce qui précède, 
car ce que le Deutéronome commande aux Israélites, c'est, après 
avoir consommé l'agneau pascal dans le lieu où est le temple, de 
retourner dans leurs foyers ! Or, jusqu'ici il n'a pas été question 
de l'agneau pascal, et, en outre, ces Juifs n'ont pas à se déplacer. 
A mon avis, avant ïb? il faut mettre 3ïin et traduire : « ne faites 
pas entrer dans vos chambres ». On devine tout de suite ce qu'il 
«•si interdit de faire entrer dans ses demeures : c'est le levain. 
C'est la prescription : « pendant sept jours il ne se trouvera pas de 
levain dans vos maisons ». Ici la défense serait valable dès la 
veille, ce qui est logique, mais n'est pas dit dans le Pentateuque. 

Les derniers mots de la ligne « et scellez entre les jours » 
paraissent défier toute explication. Toutefois l'expression insolite 

1. M. Sachau, suivi par M. Lagrange, a traduit le premier mot: « Tenez-vous sur vos 
gardes » ! 

2. M. L.-H. Strack a émis la même conjecture, Pesahim, p. 7. 
Et non montez ! 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

•^•p pa avec le sens de « dans l'intervalle » se retrouve pap. 36 : 
...et pa ^bnarp «b \n « si je ne t'ai pas donné dans l'intervalle... » 
Comme pis aller, je propose : « et scellez pendant les jours de la 
fête les chambres où il y a du levain ». 
La ligne M est l'adresse. 

Nous pouvons maintenant reprendre la question que nous avons 
laissée en suspens : à quoi tendaient toutes ces instructions et à quel 
mobile obéissaient ceux qui avaient sollicité et obtenu de Darius 
l'envoi d'une pareille missive? 

D'après M. Steuernagel \ notre document atteste l'introduction 
récente, vers l'an 420, de la fête des Maççot, jusque-là pratiquée 
seulement par les Israélites du Nord et inconnue du code sacer- 
dotal Il faudrait supposer que ledit n'aurait pas été adressé uni- 
quement aux colons d'Eléphantine, mais à tous les Judéens de 
l'empire perse. 

Dans cette hypothèse, la fête des Maççot se serait, non substituée, 
mais ajoutée à la fête pascale. On devait savoir en haut lieu que les 
sacrifices étaient offerts dans le temple d'Eléphantine, que, par 
conséquent, l'agneau pascal y était immolé. Gomment se fait-il donc 
que les instructions de Hananiah omettent toute allusion au rite 
pascal et n'établissent pas la suture entre le nouveau rite et 
l'ancien? C'est ici, à mon avis, que se marque l'intention même des 
instigateurs de ledit royal : la fête des Maççot doit évincer et rem- 
placer la fête pascale. Et pourquoi? Pour deux raisons, peut-être: 
l u Parce que la fête pascale est une atteinte à la centralisation du 
culte à Jérusalem, une dérogation à la loi du Deutéronome ; 2° parce 
que l'immolation de victimes sanglantes fait courir un danger 
aux Juifs d'Egypte, et en effet, nous verrons plus loin qu'après la 
destruction de leur temple, les Juifs d'Eléphantine renoncent i\ 
l'idée de faire, sur l'autel restauré, d'autres offrandes que celle de 
l'encens et de la farine. 

Un détail doit surtout retenir l'attention, c'est la qualité des desti- 
nataires de l'adresse : ce ne sont pas des pnHres, mais des laïques. 
On savait que les prêtres resteraient sourds à toute modification au 
culte ; c'est aux laïques qu'on recommande, avec l'appui dupouvoir 
séculier, de rentrer dans le giron de l'orthodoxie, en renonçant au 
sacrifice pascal pour ne célébrer que la fête des Maççot. Comme on 
avait tout lieu de supposer que ces Juifs relégués à l'extrémité de 
l'Egypte n'étaient pas versés dans la connaissance des rites, on 

1. Z. A. T. W., 1911, p. 310. 



NOUVEAUX PAPYBUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHANTINE 171 

jugea à propos de les instruire de tous les détails de cette fête des 
Maççot qui devait succéder à celle de l'agneau pascal. 

Il ne résulte donc pas de notre document que la fête des Maççot 
aurait été introduite à ce moment parmi les Juifs, mais que des 
docteurs de la Loi, défenseurs de l'orthodoxie, s'efforçaient par 
tous les moyens, en recourant auroieten s'appuyant surleslaïques 
contre les prêtres, à rattacher à la doctrine officielle les enfants 
perdus du Judaïsme qui s'en éloignaient. 

Papyrus 5. 

i rroia [m-i]m nn m-p ^na? 1 

[i] rvnxû p: nn *>t*ij>72 2 

1 ï-naip -on na r^m® 3 

1 rra© mm in jtain 4 

5 paa bp 1 n73D "pria -q y^in 5 

13[on]n[7û] Nn-pn ar>3 m pnano 6 

1 i&n» in pwN p 7 

"vr Nnba nrp v amaNn s 

mïT. rra[.. }]mp ^ts ism'n ma 9 

)i»n T3*rn H£bJ ibptt T3^ hp pi 10 

nnatt rmab pb 11 

ayi pm» l&n»i 12 

isn» rr»3 hy pa 13 

t]]b« pi-iN pKta 14 

Traduction . 

1 Tes serviteurs, Yedoniah fils de Guem[ariah], 1, 

2 Maouzziah fils de Nathan, 1, 

3 Schemayah fils de Haggaï, 1, 

4 Hoschéa fils de Yatom, 1, 

5 Hoschéa iils de Nathon, 1, en tout 5, 

6 de Syène, [domici]liés à Éléphantine, la ville forte, 

7 s'expriment ainsi : « Si notre seigneur [le trouve bon] 

8 et que le temple du Dieu Yahou qui [a été détruit] 

«.» a Éléphantine la forteresse soit rebâti comme il était avant, 

10 el qu'il n'y soit pas l'ait de combustion d'oiseaux, de taureaux ni de 

chèvres, 

11 sinon d'encens et de farine 

12 et que notre seigneur fasse 

13 nous donnerons pour la maison de notre seigneur 

Humilie artabes d'orge 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Commentaire. 

1. C'est le même personnage dont il vient d'être question et qui 
paraît avoir été l'ethnarque de la colonie juive. 

2. W72 est le même que mro» qui figure à côté de Yedoniah 
(pap. 10) et qui écrit à ses collègues (pap. 11). 

3. C'est probablement le même qui est appelé ^n nn an»© sur 
le pap. 17 en compagnie de Hoséa fils de Yatom. 

4. Sur le pap. 17 le nom est orthographié 3>©ib, sous l'influence 
de l'araméen. 

5. Ces deux Hoséa viennent à la suite de Yedoniah au pap. 15. 
On notera que tous ces noms concordent avec l'onomastique des 

Judéens de l'époque d'Ezra et de Néhémie. 

Les traits qui suivent chaque nom et qui expriment des unités, 
ont servi au scribe pour son addition. 

6. *îd de la fin doit bien se lire pforcfla], comme pap. 7 et 27. 

M. Sachau compare ce mot aux xX^pouyot de l'époque ptolémaïque ; 
nous avions déjà proposé cette identification dans notre article, 
que M. Sachau n'a pas connu 1 . C'étaient les colons militaires 
possesseurs héréditaires de lots de terre individuels. 

8. Il y avait ou mrt ma « qui avait été construit », ou "«ïiwra *t 
« qu'on avait détruit », comme pap. 1 . 

9. Lire mm ma « qu'il soit rebâti ». Cf. pap. 1. 

10. }p « nid », oiseaux. M. Halévy a proposé d'y voirie corres- 
pondant araméen de in^ « menu bétail », le p = y araméen = £ 
hébreu, comme spntt — aona — y-iK. La forme ibptt ne s'explique 
pas bien, mais le sens n'en est pas douteux 2 . 

12. Le mol oniN ou D"H"in pourrait être un nom propre, mais ce 
nom est inconnu. D'autre part, ce personnage figurerait dans ce 
document seulement et tiendrait la place d'Arsame. Il est donc plus 
vraisemblable, ainsi que le croit M. Sachau, que c'est un substantif. 
Serait-ce le grec ovooç « gardien, surveillant», d'origine inconnue, 
qui s'est peut-être conservé dans o v ")8? 

13. C'est la proposition principale, à laquelle est subordonné tout 
ce qui précède. Il est à supposer que frû est une faute pour ira. 

Cette pièce, comme celles qu'avait déjà publiées M. Sachau, est 
relative à la restauration du temple d'Eléphantine. L'ethnarque 

1. Bévue, LIV, p. 44. 

2. M. Lagrange traduit, : « F.t, des paires de pigeons... ne son t pas offerts. » C'est 
un contre-sens. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHANTINE 173 

des Juifs et les prêtres avaient demandé à Bagoas, préfet de la 
Judée, l'autorisation de relever leur édifice religieux et d'y offrir 
de nouveau des sacrifices. Pareille requête avait été adressée à 
Yohanan, le grand prêtre de Jérusalem, mais était restée sans 
réponse. Dépendait -il du gouverneur de la Judée de donner 
des ordres au préfet de la Haute-Egypte ? Peut-être les Juifs le 
croyaient-ils, en tout cas. Cette démarche eut le résultat qu'on 
connaît déjà : le délégué de la colonie, qui avait apporté la sup- 
plique à Bagoas, ainsi qu'à Delaïah et à Schelémiah, fils de San- 
ballat, gouverneur de Samarie, rapporta un mémento contenant 
les paroles que Bagoas et Delaïah l'autorisaient à dire à Arsame, 
préfet de la Haute-Egypte. La restauration du temple devait être 
permise, ainsi que l'offrande de l'encens et l'oblation de farine. 
On n'avait pas fait attention à la variante que présente le mémento 
par rapport à la demande : il n'y est plus question de sacrifices. On 
pouvait croire à une omission involontaire du rédacteur. On voit 
aujourd'hui qu'il n'en est rien ; ce silence est voulu et équivaut 
à un refus formel. Dans le papyrus que nous expliquons en ce 
moment, ce sont les Juifs eux-mêmes qui écartent la faculté de 
faire des sacrifices sanglants 1 . 

Pourquoi Bagoas, qui était un Mazdéen, et Delaïah, qui était un 
Samaritain, s'avisent-ils d'un pareil scrupule? Ce n'est pas certaine- 
ment pour défendre les droits et prérogatives du temple de Jéru- 
salem. D'ailleurs, l'oblation de farine était aussi proscrite que les 
sacrifices sanglants en dehors du sanctuaire central. C'était donc 
un intérêt purement temporel qui les guidait. Ils avaient dû s'en- 
quérir des causes de la destruction du temple d'Eléphantine et des 
motifs qui s'opposaient sur place à la restauration du culte tel 
qu'il y était pratiqué auparavant. Cette enquête avait probable- 
ment révélé que, si les prêtres de Khnoum avaient poussé à la 
démolition de l'édifice sacré des Juifs, c'était à cause des sacrifices 
sanglants dont il était le théâtre. Sans doute, il n'est pas avéré 
que le sacerdoce de cette divinité égyptienne au commencement 
du v e siècle ait prohibé toute immolation d'animal vivant. Cepen- 
dant la supposition en est très vraisemblable. « De tout temps le 
rituel sacrificiel a été peu développé en Egypte. Aussi Josèphe 
peut-il voir dans la polémique anti-sacrificielle d'Apion une preuve 
de son origine égyptienne 2 . De son côté, Macrobe 3 soutient que les 

1. Pour M. Lagrani:e, « le texte est vraisemblablement une réclamation des chefs de 
la communauté contre la restriction capitale apportée à leur culte » (p. 130). C'est, à 
mon avis, se mépreudre complètement sur le sens de leur démarche. 

1. Contre Apion, II, xm, 138. 

3. Saturnales, I, vu, 14-15. 



i74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Egyptiens ont horreur des sacrifices sanglants et n'offrent à leurs 
dieux que l'encens et les prières. L'allégation est sans doute fausse, 
mais elle trahit l'impression laissée sur les Grecs par la parcimonie 
des Egyptiens dans la pratique de l'immolation. En tout cas, 
l'examen des monuments montre que le sacrifice de la victime à 
l'intérieur du temple est un fait exceptionnel 4 ; qu'aux anciennes 
époques l'holocauste était inconnu dans le rituel des dieux indi- 
gènes et réservé aux dieux du dehors, que, si à partir du Nouvel 
Empire, l'usage s'est implanté dans le culte 2 , c'est peut-être sous 
l'influence syrienne. Le sacerdoce de Khnoum était probablement 
resté fidèle au vieux rituel, hostile à l'holocauste et rebelle aux 
iniiUrations sémitiques. Nos papyrus marqueraient ainsi une date 
dans l'histoire religieuse de l'Egypte méridionale, naturellement 
soustraite par l'éloignement à la contagion des rites syriens, si 
fortement accusée dans le Nord par l'emprunt du mot Kalil, qui 
dans les documents démotiques rend l'idée d' « oblations solides 3 ». 
Mais une autre considération a pu donner plus de poids au scru- 
pule des fonctionnaires perses, au moins pour ce qui concernait 
Eléphantine. Le mazdéisme réprouve les holocaustes, parce que le 
contact de toute charogne souille le feu. Il est à ce point de vue 
très digue de remarque que notre papyrus, parlant des sacrifices 
sanglants, emploie le terme ibpw, qui vise la combustion par 
le feu. Les agents du pouvoir défendaient donc la religion de 
VAvesta. Ce fait, s'il était avéré, marquerait, lui aussi, une date 
importante dans l'histoire du mazdéisme. Jusqu'ici on cherchait 
en vain un point de contact entre les Achéménides et l'Avesta, qui 
paraît tout à fait ignorer ce gouvernement. Notre papyrus établi- 
rait ce lien. C'est l'opinion de M. Meillet, à qui nous avions 
signalé cette particularité de notre texte. Il est vrai qu'une pareille 
susceptibilité religieuse jurerait avec la tolérance habituelle des 
Achéménides. Mais cette tolérance, ils semblent bien l'avoir 
abdiquée en la circonstance, puisque les Juifs eux-mêmes 
s'inclinent devant l'impossibilité du rétablissement des holo- 
caustes. 

A quel moment se place la démarche de Yedoniah et consorts, 
avant ou après la réception du mémento apporté par le délégué 
de la communauté ? Ce ne peut être qu'après l'insuccès partiel de 
la requête signée parles prêtres et les laïques. Il semble qu'on ait 



\. Jéquier, dans Sphinx, t. XIV, p. 178 s. 

2. Erman, Mgypt. Religion, 2 e éd. p. 59. 

3. Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. Isidore Lévy. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARAMÉENS LTÉLÉPHANTINE 175 

jugé nécessaire nue nouvelle tentative auprès du fonctionnaire 
compétent — en l'espèce sans doute, Arsame, — celui-ci n'ayant 
pas été suffisamment convaincu par l'avis de Bagoas et de Delaïali : 
l'offre qui termine notre lettre devait avoir plus de force persua- 
sive. Cette offre est faite uniquement par des laïques : les prêtres 
ne pouvaient pas décemment se rallier à une atteinte portée à la 
dignité du culte qui leur était confié. L'initiative de ces Juifs, qui 
se passent du concours du sacerdoce et qui croient pouvoir décider 
de choses religieuses, est également une date. Il ne faudrait pas 
assurément la mettre en parallèle avec l'évolution des idées que 
nous constatons plus rard en Palestine, mais elle traduit une 
poussée de laïcisation analogue. 

Papyrus 18. 

Le papyrus 18 est la pièce capitale du lot. 

Il contient sept colonnes sur le recto, et une sur le verso. A cheval 
sur les colonnes 1 et 2! se lisent ces mots, qui forment l'en-tête : 

irrb qoD an" *»t firrirp ab->n nnM hdt 5 naia SjnroïïDb 3 a 

2 izj tpa nm:> naab «nba 

« Le 3 Phamenot de cette année 5 . Noms de V armée juive qui 
a donné de l'argent pour le Dieu Yaho, à raison de 2 sicles 
d'argent par personne. » 

Puis viennent les noms, que nous ne jugeons pas nécessaire de 
reproduire ' ; beaucoup, d'ailleurs, ne sont plus lisibles. 

Parmi les donateurs figurent des femmes ; môme le premier 
nom est celui de la sœur de Yedoniah. Il ne faut pas s'en étonner ; 
les colons recevant, pour prix de leurs services, des propriétés 
héréditaires, les filles avaient part à leur succession et, à ce titre, 
formaient des contribuables. 

\. Noms nouveaux: 1. n7ob'I3?3 (fém.), 2. ■pain, 3. "msbs... (sûrement 
■mwbôtrna, car il n'y a pas de noms théopliores avec btf), 4. rpblbs, 5. m7û"0, 

6. -nis-nn ( c f. pa p. Cowiey, b, la), 7. bna, 8. biatn, 9- "p^o, io. rm (cf. n^T, 
Ezra, x. 36), M. bmm (cf. ba^aa), 12. Hao, 13. 'pan, 14- ^dis, iè. n73n:?a 
(fém.), 16. nnoM (égyptien), 17. nnD72 (fém.). 18. Tno^ (étranger, sans doute), 
19. jOTirp, 20. rnairf, 2t. ^n: (cf. rp-ty}, 22. b^arr, 23. irva.s (fém.), 24. nanD 

(fém.'), 2:,. |mT [id.\, 26. àntEi (probablement rrVltSt), 27. mbo (fém.), 
28. WJ3K (fém.), 20. WT+ 1 (fém.), 30. rT373* (cf. biTI3W*), 31. ffiji, 
.".J. 7T*yjJSi 33. pp, 34. TWS^th. —Ces noms sont très souvent groupés d'après la 
parenté âei donateurs, par exemple, roi. 2, 7, Menaliem, fils de llu(:oul,\Q, Meschoullam, 
tils de l\u<i<ia\ fi I s de ffaçotti, 11, Haçoul, fils de Ib/f/!/u,i, fils de Haçoul ; col. 4, 1, 

Hoscliéa, fils de Sapri, 9 fils de Sayri; 6, Sclialom, fils de Zecharia, 7, Menaliem, 

fils de Zecharia, etc. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Chaque nom est suivi de l'indication de la somme versée, la . 
même pour tous, à savoir deux sicles d'argent. Quelquefois cette 
mention est accompagnée du mot nb « pour lui », dont le sens 
n'est pas clair. 

Après chaque dizaine de noms, le scribe a inscrit en marge le 
chiffre de la dizaine, de même qu'il a mis le chiffre 1 devant chaque 
unité. Par erreur, à la colonne 3, il a écrit 20, au lieu de 40. Le 
dernier chiffre est 90, plus une unité. En raison de l'erreur que 
nous venons de signaler, la liste comprend donc en tout cent onze 
noms d'hommes et de femmes. 

La colonne 7 contient d'abord un état des sommes recueillies, 
puis viennent encore sept noms. Enfin, au verso, se lisent encore 
trois noms dans une liste qui diffère, à certain point de vue, des 
précédentes . 

La 7 e colonne débute ainsi : 

T3 in MOT Ûp ^T NDDD 1 

EjnrBWD rrpa rmm "13 mm 2 

8 jbpffl 31 iia-o tps 3 

61: 12 d -imb 133 4 

7 iima bNmnaiSNb 5 

12 fians rpD bfi«mrc*b 6 

« L'argent qui se trouve aujourd'hui dans la main de Yedoniah, 
fils de Gue/nariah, au mois de Phamenotk, est en argent : 
31 kéresch et 8 sicles, à savoir : pour Vaho, 12 kéresch, 6 sicles ; 
pour lschmbéthel, 7 kéresch; pour Anathbéthel, 12 kéresch 
d'argent. » 

Le kéresch valant dix sicles ', si chacun des cent vingt et 
quelques souscripteurs a donné deux sicles, nous sommes loin des 
318 sicles accusés par le total. Mais réservons ce point. 

Ce qu'il faut noter, c'est que l'onomastique de cette liste est 
franchement et uniquement juive 2 . Il n'y a donc pas à soupçonner 
parmi ces contribuables un fort contingent d'étrangers. 

Or, quel n'est pas notre étonnement de voir tout d'un coup ces 

1. C'est ce que l'ou voit par les pap. Cowley, entre autres G. 

2. Mais il taut noter que manquent, col. 1, 10 noms sur 20 ; col. 2, 6 sur 16 ; col. •">, 
14 sur 22 ; col. i, 7 sur 22 ; col. 5, 2 sur 18 ; col. 6, 4 sur 19 ; col. 7, 2 sur 7. Les n- 2, 
3, 6, 14, 16, 18, 30 de la liste donnée plus haut, p. 175, note 1, qui sont sûrement d'im- 
portation étrangère, sont les noms des ascendants des donateurs, et il est extrême- 
ment probable que ces ascendants, nés en dehors du Judaïsme, étaient entrés par le 
mariage dans la communauté des fidèles du Dieu Yaho. — 133, lu par M. Ungnad, 
col. 1, 8, est loin d'être assuré. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHANTINE 177 

Juifs offrir leurs dons à des divinités étrangères, et à des divinités 
dont le nom n'était même pas connu jusqu'ici! Ces colons, qui 
possédaient un temple consacré au Dieu Yaho, le Dieu du ciel, qui 
correspondaient avec le grand prêtre de Jérusalem, étaient donc 
des polythéistes, qui ne se doutaient même pas de leur hété- 
rodoxie ! 

Le premier de ces noms divins est composé de deux éléments : 
ûizîtf et b^rna. 

o;a« se retrouve dans un certain nombre de noms théophores, 
pap. 24 : "maram et û-ram. Ce sont des noms babyloniens : 
[schoum-koudourri et Ischoum-ramou. Ischoum est un dieu de la 
peste, chez les Babyloniens. 

^-aama a ici le sens de dieu ; c'est un nom propre devenu nom 
commun. Que Béthel ait été à l'origine une divinité particulière, 
c'est ce que la Bible atteste déjà, par exemple, Genèse, xxxi, 13, 
barva ban « le dieu Béthel » ; ib, xxxv, 7, barma ba « le dieu 
Béthel » (nom de lieu), ou barrra û*nba, ib., 15 ; I Sam., x, 3, 
barra DVîban « le dieu Béthel » (nom de lieu également). On peut 
même se demander si la localité dénommée Ssma « Bathuel » et 
voisine de rvom (I Chr , iv, 30) ne doit pas être identifiée avec 
barma de I Sam., xxx, 27, voisine également de rra-rn. En tous cas, 
Jérémie (xlviii, 13; fait de Béthel le dieu des Ephraïmites, qui a 
déçu la maison d'Israël, comme Camosch a déçu Moab. 

Ce Béthel figure dans un grand nombre de noms théophores 
de nos papyrus : irobama « Béthel a donné » (pap. 34), ap^barro 
« Béthel a récompensé » (pap. 17), opnbi*ma (?) (pap. 25) ' ; cf. 
arobarpa « Béthel a sauvé » (ostracon, C. L S., II, i, 154, à côté de 
insbama), "ob-rbama « Béthel m'a sauvé » [ib., n° 54). Il est associé 
à une autre divinité, ûnn : Sama^-in « Hérembéthel » (pap. 27). 

Anath s-idj, qui vient à la suite de don dans notre liste de dona- 
teurs, est une divinité connue. C'était une déesse guerrière, révérée 
en Egypte comme en Assyrie ; dans une inscription bilingue de 
Chypre, elle est identifiée avec Athéné. Elle a laissé son nom à une 
localité de la tribu de Nephtali m r-ra, Juges, i, 33, peut-être 
identique avec m:* r-pa (Jos., xv, 59) de la tribu de Juda. 

Le pap. 32 montre un Juif prêtant serment, dans un différend 
avec un autre Juif, au nom de imn:^ « Anathyaho ». 

Anath est donc la parèdre de Béthel, si Béthel est un nom propre, 
ou de Yaho. 

1. Celui qui porte ce nom est un cenlenier non-juif. 

T. LXI1I, n« 120. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce panthéon est encore plus riche que ne laisse supposer le 
papyrus que nous étudions en ce moment. Le pap. 27 nous montre, 
en l'an 4 d'Artaxerxès Longuemain (460), un Juif du nom de 
Malkiah, clérouque d'Eléphantine, citant un de ses compagnons 
devant « le dieu Hérembéthel bamajann ». C'est encore une divinité 
nouvelle, qu'il faut probablement rapprocher de vt?, Kadesch, 
et son nom figure également dans l'onomastique de nos papyrus 
(pap. 34). A ce propos, on se demandera si la localité ïwin, située 
près de Béthel ou Bathuel, ne tient pas son nom du dieu inn qui y 
était primitivement adoré . 

Le polythéisme de la colonie juive est encore attesté par l'emploi 
de ces noms de dieux dans les noms propres juifs. Ainsi, la pièce 
formant le pap. 34 est rédigée par un scribe juif, Maouzziah, fils de 
Nathan, fils d'Ananiah, et signée par des témoins juifs. Or, parmi 
ceux-ci figurent "jroirp na ■jnssBrna. « Béthelnathan fils de Yeho- 
nathan », et «ns na irûb^ma na in;o-in « Héremnathan, fils de 
Béthelnathan, fils de Saho ». Le premier de ces témoins, quoique 
fils de Yehonathan (« Yaho a donné »), s'appelle Béthelnathan 
(« Béthel a donné »). Quant au second, il est le petit-fils d'un 
Égyptien, et il peut se dire « le don de Hérem », fils du « don de 
Béthel » ! 

Tels sont les arguments qui font croire au polythéisme des Juifs 
d'Eléphantine. 

On conviendra que ce polythéisme est d'espèce rare, puisqu'il ne 
comporte aucune représentation des divinités adorées. Tout au 
moins n'est-il jamais question de statues de ces dieux. Pour le 
dieu Yaho, il ne saurait y avoir le moindre doute, car, dans la 
longue description des objets de son temple qui ont été pillés ou 
incendiés, il n'est aucunement fait mention d'idoles. Le fond de la 
population, d'origine judéenne, comme l'atteste l'onomastique, 
était donc hostile à l'idolâtrie. 

Ce polythéisme spirilualiste, d'autre part, n'a pas submergé le 
culte particulier des Judéens, qui ont pour Dieu Yaho, le Dieu du 
ciel. En effet, qu'on fasse la statistique des mentions de Yaho, snit 
dans les papyrus Sachau', soit dans ceux de Covvley 2 , et l'on 
constatera que dans la majorité des cas, c'est le dieu par excel- 
lence. Au surplus, le temple de la colonie juive, c'est celui de 
Yaho. 



1. Pap. 1, 2, 5, 11, 18, 36, 43, 60. 

2. B, E, J. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHAiNTINE 179 

Même dans notre liste de dons, l'en-tête est significatif: la collecte 
est faite pour Yaho, et c'est seulement par surcroît que Ischmbé- 
thel et Anathbéthel figurent à la suite. Si l'opération à laquelle 
présida Yedoniab, l 1 ethnarque juif, avait visé le culte commun de 
ces trois divinités par les Juifs, elle n'aurait pas été signalée par 
les mots : « Noms de l'armée juive qui a fait des dons au Dieu 
Yaho. » Il n'v avait aucun motif d'exclure les autres divinités. A 
quelque solution qu'on se rallie, il faudra tenir compte de cette 
circonstance. 

Du dieu qui suit Yaho dans notre document, Ischmbéthel, on 
peut presque assurer qu'il n'avait pas été adopté par les Judéens, 
puisqu'il n'est même pas entré dans leur onomastique. Il est resté 
celui d'autres mercenaires qui vivaient dans la colonie juive. Ces 
soldats non-juifs peuvent être babyloniens, comme semble l'indi- 
quer le pap. 24. Mais il y a plus de raisons de croire que ces ado- 
rateurs d'Ischmbéthel sont des Syriens du Nord. En effet, cette 
divinité était l'objet d'un culte dans la région d'Alep. C'est ce 
qu'aucun des savants qui ont étudié notre document n'avait encore 
trouvé et, si nous-même le savons, c'est grâce à une communica- 
tion de notre excellent collaborateur, M. Isidore Lévy. Une dédi- 
cace de Kefer-Nebo (près d'Alep) est ainsi conçue : 

SUMBETULOS est certainement identique à bamnEizia . 

Le texte est, il est vrai, tardif, puisqu'il date de l'an 223 de l'ère 
chrétienne, mais personne ne soutiendra que cette divinité ait été 
apportée en cette localité par des mercenaires syriens retour de la 
Haute-Egypte. C'est un dieu local, comme l'atteste l'adjectif rcaTpaoç. 
C'est donc la Syrie qui est la patrie d'origine des dieux où entre le 
composant Béthel — Ischmbéthel, Anathbéthel et Hérembéthel — 
et comme il est extrêmement invraisemblable que le Béthel du 
mont Ephraïm soit pour quelque chose dans la dénomination du 
dieu de la région d'Alep, il n'y a pas plus de raisons pour qu'on 
attribue à des colons épbraïmites l'introduction des dieux Ischm- 
béthel et Anathbéthel dans la colonie d'Eléphantine. 

L'adoration de Hérembéthel par les Juifs paraît plus assurée, 
puisque ceux ci jurent par son nom. Reste à savoir si cette affir- 
mation est bien fondée. Or il n'en est rien. En effet, le texte qui 
doit énoncer ce fait dit plutôt le contraire. C'est le pap. 27 de l'an 4 

1. Bulletin de correspondance hellénique, 1902, p. 182. 



180 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'Arlaxerxès, qui a pour sujet la plainte d'un Juif, nommé Malkiah, 
(ils de Yosctiibiali, appartenant à la compagnie araméenne, et 
domicilié à Eléphantine, contre un de ses compagnons de la même 
compagnie, dont le nom, incomplet d'ailleurs, indique l'origine 
non-juive : *nan. Celui-ci était entré par effraction chez Malkiah, 
avait battu ou violenté sa femme et s'était emparé de ses biens. 
Il avait même poussé l'audace jusqu'à porter plainte contre le 
Juif. Malkiah avait été cité par lui devant son Dieu pour prêter ser- 
ment. Se retournant contre le plaignant, le Juif le cite devant le 
dieu Hérembethel pour qu'il jure n'avoir commis aucun des délits 
dont lui, Malkiah, l'accuse. C'est ainsi qu'il faut comprendre 
ces mots : 

fpsbtt nDN t^na *by N"j?: l jï-iba b? r*mp»n [Nlb^Nia t-na* 
..."HEKb ..."pa KnbM S^rna^-in bj> *p isnp« 

Hérembethel est donc le dieu particulier de ce colon, d'origine 
non juive. 

Il ne reste donc pour attester la naturalisation juive de cette 
divinité d'origine inconnue que sa présence dans un nom tbéophore 
•jrmnn. On verra plus loin ce qu'il faut penser de ces sortes de noms. 

Ànathbéthel a peut-être aussi sa trace dans un nom juif, celui 
de ^na* (pap- 18), mais comme c'est celui d'un ascendant, on n'en 
saurait rien déduire. 

Ce qui est plus probant c'est qu'un Juif, en contestation avec un 
autre Juif, jure par Anathyaho. Voici le texte qui offre ce ren- 
seignement : 

13 Dlbtt 13 tSTOtt 173 1 

ira in obœab cor in 2 

nrrnayai t+monn na 3 

'nENb n 4 

Ser[ment que] Menahcm, fils de Schalom, fils de Ho - 

a prêté à Meschoullam, fils de Nathan, fils de 3 par le lieu 

de prosternation et par Anathyaho en ces termes. 

1. Cf. pap. 34 : NnrN 1ÏT3 ^b" ou ^ e défendeur est Juif, Mahésiah, de la compagnie 
araméenne de Syène. — M. Sachau a mal compris ce passage; pareillement M. Lagrange, 
qui traduit : « Je fais une demande et une assignation par devant notre dieu, venant 
par devers moi en jugement, moi, Malkiah, je t'assigne. » Je traduis : « Tu as fait une 
plainte, et une assignation par devant notre dieu m'a touché. Selon le droit, moi, 
Malkiah, je t'assigne par devant le dieu Hérembethel à l'effet de dire. . . » 

2. Il y avait ensuite probablement un complément d'état-civil. 

3. Même observation. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHANTINE 181 

Les mots irrnayai t^naona sont quelque peu énigmatiques, et 
ont déjà été interprétés de plusieurs façons. On a voulu voir dans 
le premier le lieu où s'est prêté le serment. Mais cet emplacement 
avait-il besoin d'être spécifié ? Et si c'était le temple, pourquoi au 
terme technique ntun, ou encore snaitt ira, a-t-il été substitué 
celui de snacw ? Serait-ce que notre document serait postérieur à 
la destruction du temple d'Eléphantine, et « le lieu de proster- 
nation » aurait-il succédé an temple, qui n'aurait pas été rebâti ? 
Mais si tel était le sens de la phrase, la copule devant Anathyaho 
ne se comprendrait plus. Cette seule considération doit faire écarter 
l'hypothèse. 

On a rappelé, à ce propos, l'expression courante au i er siècle de 
1ère chrétienne « jurer par le temple », qui se lit dans Matthieu, 
23, 16 (èv Tco vaw), ou encore « par l'autel » (êv t<3 6u<na<rc7iptto 
(?'#., 18) '. Mais, en pareil cas, on ne jurait pas à la fois « par le 
temple » et « par Dieu ». 

Enfin, on a cité une inscription nabatéenne portant : antcrr i*Vn 
...înamxn « Que maudissent Douschara et son trône ». inscription 
que M. Clermont-Ganneau a commentée en y comparant le Zeùç 
Mâoêa/o; = raii2 et le Zsùç fJ(D(*dç. Mais ici encore la construction 
de la phrase serait insolite. 

A ces difficultés s'ajoute celle-ci, que toujours dans nos papyrus 
le nom du dieu par lequel on jure est suivi de Nï-iba ou Nnnba. 
Or, après imm* vient une lettre qui ne peut être un n, ce qui 
écarte cette lecture. 

Notre texte n'offre donc pas toute la clarté désirable. 

Il est rendu plus obscur encore par la ligne 7, où se lisent ces 
mots : '■pas ^otts « Ion père Pamasi ». Comment Meschoullam 
peut-il être à la fois le fils de Nathan et de Pamasi ? La même 
personne aurait-elle porté deux noms? Si ce Meschoullam n'est 
pas nécessairement Juif, il n'est plus sûr que le dieu par lequel 
l'adversaire jure soit celui des Juifs, car, dans les contestations 
avec de non juifs, on ne reculait pas, clans la colonie, à prendre à 
témoin la divinité de ceux-ci 2 . Tl est vrai que, si ce dieu n'appar- 
tenait pas au culte juif, il ne contiendrait pas le nom Yaho- 
A cette objection, dont la gravité est indéniable, on peut répondre 
que peut-être l'adoption de Yaho est l'œuvre des colons non 
judéens. Le spectacle auquel nous font assister nos papyrus est 
celui d'un syncrétisme naïf; dieux et noms propres s'échangent 

i. Strack, Z. D. M. G., LXV, p. 829. 

2. Pap. Cowley F., 5, une Juive jure à un Égyptien par sa déesse Salhi. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sans scrupules. Un Babylonien s'appellera ûpnîsrva ou pnbàma, 
associant à un nom de dieu étranger un mot babylonien, ou jfiarw, 
composé de Nebou et du verbe hébreu "jns, ou encore "mm- 
Hadad-nouri (pap. Cowley B), formé de Hadad, divinité essentielle- 
ment syrienne. 

Au surplus, à supposer que Ànathyaho ait été la parèdre de 
Yabo vénérée comme telle par des Juifs, comment s'expliquer la 
rivalité de celle-ci avec Anathbéthel ? L'une et l'autre se parta- 
geaient-elles les faveurs de la colonie, ou ne formaient-elles qu'une 
seule et même entité? En ce cas, Béthel et Yaho seraient syno- 
nymes. Quelle invraisemblance! N'est-il pas plus naturel que ce soit 
du dehors qu'on ait associé cette divinité soit à Béthel, soit à Yaho ? 

Nous passons maintenant à l'argument tiré de l'onomastique. 
M. Sachau, tout le premier, a déjà exprimé ses doutes sur la valeur 
de ce critérium. S'appeler Isidore, dit-il avec raison, n'est pas la 
preuve qu'on adore Isis'. Or, il semble bien que les noms tbéo- 
phores étaient aussi usés en ce temps qu'ils le sont de nos jours. 
Quand Yehonathan appelait son fils Bétbelnathan, ce n'était pas, 
sans doute, parce qu'il croyait pour celui-ci à une faveur spéciale 
de Béthel ; ou, quand Bétbelnathan donnait à son fils le nom de 
Héremnathan, ce n'était pas qu'il lui attribuât une autre origine. 
Il n'y a dans ces rencontres ni trace d'évolution, ni signe de varia- 
tion. Tous ces noms devaient avoir perdu leur effigie et s'em- 
ployaient communément l'un pour l'autre. 

Il nous est maintenant plus facile de résoudre le problème 
d'arithmétique que soulève le total des sommes recueillies par 
Yedoniah. 

M. Sachau avait admis le rapport de 1 à 10 entre le sicle d'argent 
et le kéresch, rapport qui, comme nous l'avons rappelé, est attesté 
parles papyrus Cowley. Il s'était trompé, paraît il ; à l'époque aché- 
ménide, ce rapport, dit M. Nau 2 d'après M. Decourdemanche 3 , était 
de 1 à 20 : il y avait 20 sicles d'argent dans un kéresch, ou darique 
d'or. Or s'il en est ainsi, les 12 kéresch + 6 sicles {= 246 sicles) 
offerts à Yaho, représentent à peu près la contribution (à raison 
de 2 sicles par personne) de la centaine de Juifs énumérés dans la 
liste. Conséquemment,les sommes vouées à Ischmbéthel et àAnath- 

1. Au pap. 20, parmi une longue liste de Juifs, on lit le nom de Pahnoum, fds de 
Zaccour (Pa-Hnoum, qui appartient à Khnoum), et de Patihnoum, fils de Hori (Peti- 
Hnoum, que Hnoum a donné). De la môme façon, un Nabounathan a pour fds un 
Petisis (= Isidore), pap. Cowley, F. 

2. Journal asiatique, nov. -décembre 1911, p. 661. 

3. Traité pratique des poids et mesures des peuples anciens, 1909, p. 17. 



NOUVEAUX PAPYRUS ARÀMÉENS D'ELÉPHANTINE 183 

béthel émanaient d'autres colons que des Juifs proprement dits. 
Il est indéniable, au surplus, que d'autres que des Juifs ont pris 
Yedoniah pour collecteur de leurs souscriptions. En effet, à la 
colonne 8 (au verso) de notre papyrus on lit : 

« Bagapharn fils de Vaschehi, deux sicles d'argent pour ûniN, 
Vaschehi fils de Zarmad, deux sicles d'argent, pour lui. » 

Ces deux donateurs sont sûrement Perses. Bagapharn est 
Bàgapharna (Magapharnès) ; il figure dans le pap. 7 à côté de 
Napian, le commandant de l'armée de Syène, qui détruisit le 
temple d'Éléphantine. 

Aussi bien donc que ces deux Mazdéens ont versé une cotisation 
à Yedoniah pour un objet que désigne sans doute le mot irotf ou 
û"i3N, dont le sens est inconnu, d'autres, dont les noms ne sont 
pas inscrits sur la liste, ont pu charger l'ethnarque juif du soin de 
remettre à qui de droit les sommes vouées à leurs divinités parti- 
culières. 

Ces autres soldats-colons qui étaient établis à côté des adora- 
teurs de Yaho avaient apporté leur quote-part de divinités parti- 
culières dans ce milieu hétérogène : dieux égyptiens, babyloniens, 
syriens et Israélites se sont mêlés et appariés dans ce monde de 
mercenaires qui rappelle les armées du moyen âge ; les mariages 
mixtes ont été certainement un des facteurs essentiels de cette 
fusion. 

Il est digne de remarque que dans ce capharnaum les Phéniciens 
ne jouent aucun rôle : il n'y a même pas dans l'onomastique de ces 
colons d'origines si diverses la moindre trace de Baal. Aussi, les 
ostraca ou estampilles de jarres qui portent des inscriptions 
phéniciennes doivent-ils être assignés, comme l'a très bien vu 
M. Lagrange. soit au lieu de fabrication de ces objets — ce qui me 
paraît le plus probable — soit à l'éviction des premiers colons 
judéens-israélites par des troupes phéniciennes. 

Une autre remarque appelle l'attention, c'est l'absence complète 
du nom divin El; aucun des nombreux théophores qui illustrent 
ces papyrus ne renferme cet élément, si fréquent cependant dans 
l'onomastique biblique '. Que prouve cette exclusion, qui n'est pas 
fortuite? 

1- pn?K (pap. 16), qu'on a comparé à Nabou-taadannou, serait le seul exemple, 
et il est singulièrement douteux. Il faut probablement rattacher ce nom à rP3 qui 
précède et lire Bétheltadan. 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En tout cas, le spectacle de la colonie d'Eléphantine est un com- 
mentaire éloquent des prophètes et en particulier de Jérémie. Il 
ne peut plus être douteux aujourd'hui que leurs harangues n'aient 
été inspirées par le contraste entre leur idéal et la conduite de 
nombre de leurs frères. Ce ne sont pas des compositions à froid, 
passe-temps de dilettante, rédigées longtemps après la disparition 
de tout polythéisme parmi les Juifs ; c'étaient des manifestes 
visant des êtres en chair et en os. 

Israël Lévi. 



LES JUIFS 



ET 



LA CONVOCATION DES ÉTATS GENERAUX 



(1789) * 



La nouvelle de la convocation des États généraux 2 , promise et 
attendue depuis quelque temps, produisit le plus vif enthousiasme. 
Si le gouvernement attendait de la tenue des États la solution des 
difficultés financières, le peuple en espérait la fin de ses maux. 
Tous les sujets étaient invités à présenter leurs doléances et leurs 
vœux, la nation entière voulut être entendue. La France recouvra 
la voix et elle parla ! 

Dans cette vaste consultation nationale que devinrent les Juifs ? 
Quoique le judaïsme fût légalement proscrit en France, il y avait 
alors en Alsace et en Lorraine, à Bordeaux et à Bayonne, à Paris 
enfin et dans quelques autres villes, plus de 35,000 Juifs, qu'on ne 
pouvait ni assimiler aux autres Français, ni traiter comme de 
véritables étrangers. Que pensaient de ces « hôtes » les populations 
au milieu desquelles ils vivaient? Que réclamèrent-elles pour ou 
contre eux? Quelle était l'origine de ces réclamations et quelle en 
fut l'influence ? — Et les Juifs, de leur côté, quel fut leur rôle et 
quelle leur attitude ? Demandèrent-ils à participer aux opérations 

1. Leçons faites à l'École Rahninique de France (cours d'histoire et de littérature 
juives), — soit dit parce que la forme de ces leçons a été respectée ici. 

2. On trouvera tous les actes dans L'ouvrage capital -d' A. Brette, Recueil de docu- 
ments relatifs à la convocation des États généraux (Paris, 1894 et s.; 3 vol. parus). 
Gomme M. Brette, nous entendons par convocation toutes les opérations concernant la 
convocation des électeurs, la rédaction des cahiers et l'élection des députés. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la convocation ? Y furent-ils admis et, là où ils en furent exclus, 
comment s'y prirent-ils pour faire entendre leurs vœux et quels 
étaient ces vœux? Que voulait-on des Juifs et que voulaient-ils 
eux-mêmes? 

L'examen de ces deux questions est l'introduction nécessaire 
d'une étude sur l'histoire des Juifs de France sous la Révolution. 
Aussi ont-elles été traitées par les derniers historiens de l'émanci- 
pation des Juifs, M. Ph. Sagnac 1 et M. Ferdinand- Dreyfus 2 , mais 
assez sommairement, comme il convenait à leur cadre. Le sujet 
n'est pas neuf; toutefois, en étudiant attentivement les documents 
publiés jusqu'ici, en en ajoutant quelques-uns restés inédits, on 
peut compléter, préciser et rectifier ce que l'on sait sur l'une et 
l'autre question. 



I. — Les cahiers de 1789 et les Jutfs. 

Pour connaître l'état de la « question juive » en France à la 
veille de la Révolution, interrogeons les cahiers, les fameux cahiers 
de 1789, du moins ceux qui ont été conservés et publiés 3 . Pour 
les bien comprendre, rappelons-nous le régime légal des Juifs, au- 
quel les cahiers se réfèrent quand ils ne l'éclairent pas, et, comme 
la condition des Juifs différait dans chaque province où ils étaient 
tolérés, ayons soin de distinguer les cahiers d'après leur prove- 
nance. 

Alsace. 

La très grande majorité des Juifs était établie en Alsace, où le 
recensement clos en 1785 avait accusé 3,913 familles avec 19,707 
individus 4 ; le prince de Broglie, député de la noblesse de Golmar 

1. Les Juifs et la Révolution française, dans la Revue d'histoire moderne et 
contemporaine, I (1899), 5-23, 209-234 (voir p. 213-217). 

2. Comment les Juifs sont devenus citoyens français, dans la Revue politique et 
parlementaire, n» du 10 septembre 1900, article réimprimé dans Misères sociales ri 
éludes historiques (Paris. 1901), 207-258 (voir p. 227-229). 

3. La seule publication d'ensemble, d'ailleurs incomplète et fautive, est celle de 
Mavidal et Laurent, Archives parlementaires, l re série, I-VI. Nous avons collationné 
beaucoup de cahiers avec les textes conservés aux Archives Nationales dans la 

série B A . 

4. Voir G. Hémerdinger, Le dénombrement des Israélites d'Alsace [1784), dans la 
Revue des Études juives. XL1I (1901), 253-264. Il existe des exemplaires de ce 
Dénombremeut, qui a été imprimé, a la Bibliothèque Nationale et à la Bibliothèque de 
l'Alliance israélite. — Sur les Juifs d'Alsace à la fin de l'ancien réuime, voir Ch. Hoff- 
mann L'Alsace au dix-huitième siècle, IV (Colmar, 1907), p. 315-530. L'auteur, qui 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 187 

à la Constituante, ne devait pas beaucoup exagérer en évaluant 
leur nombre, en 1789, à 26,000 âmes environ*. Exclus de presque 
toutes les villes, les Juifs de l'Alsace étaient inégalement répartis 
dans les villages, où ils se livraient pour la plupart au colportage, 
au commerce des bestiaux et surtout au prêt d'argent ; ils avaient, 
notamment en Haute-Alsace, sur les chrétiens de la classe du 
peuple une masse de créances qu'on ne parvenait pas à liquider. 
Depuis quelques années, ils étaient régis par le Règlement du 
10 juillet 1784, qui avait pour but, sinon pour résultat, de mettre 
des bornes à l'accroissement de leur population et de limiter 
étroitement leurs transactions 2 . Ce règlement, qui avait codifié en 
somme toutes les restrictions antérieures, avait mécontenté tous 
les intéressés. Les Juifs se plaignirent en vain au Conseil du Roi 3 
et au Conseil Souverain deColmar 4 . Les Alsaciens ne restèrent 
pas non plus inactifs. En 1787 avait été créée une Assemblée 
provinciale et une Commission intermédiaire, émanée d'elle, devait 
collaborer à l'administration de la province. Or, l'un des deux 
procureurs-syndics (nous dirions : rapporteurs) de cette Commission 
était Hell, bailli du Landser (Sundgau). Les Juifs savaient ce qu'ils 
avaient à attendre de cet agitateur, qui avait eu maille à partir avec 
eux dès 1770 et qui, gravement compromis en 1778 dans le scan- 
dale des fausses quittances, avait été arrêté et exilé à Valence, où il 
avait dû rester au moins deux ans. Hell chauffa son affaire. A la 
fin de la deuxième session, le 10 décembre 1787, le président de la 
Commission intermédiaire, le bailli deFlachslanden, annonça qu'on 
allait s'occuper des Juifs 5 . C'était la rentrée en scène de Hell. Le 
22 janvier 1788 — c'est lui-même qui nous donne ces détails 6 — il 
se faisait charger par la Commission de rédiger un projet de règle- 

a dépouillé les archives alsaciennes, a réuni une foule de matériaux. 11 n'a utilisé ni 
les dossiers des Archives Nationales, ni les travaux des historiens juifs. Il est souvent 
inexact dans le détail et partial dans l'ensemble. Enfin, il a étudié plus spécialement 
la Haute-Alsace. 

1. Opinion sur les Juifs, réimprimée dans les Archives parlementaires, X, 780 a. 

±. Ou en trouvera le texte dans Isambert, Recueil des anciennes lois françaises, 
XX VU, 438—44 i, et dans A. Lémann, L'entrée des Israélites dans la société fran- 
çaise iParis, 1886), p. 37-45; un résumé dans l'article précité de M. Hémerdinger, 
p. 254-256. 

'.). Très humbles et très respectueuses représentations des Juifs de la province 
d'Alsace au sujet des Lettres-patentes qui les concernent. . . (Arch. Nat., K 1142, 
n° 13). Autre exemplaire intitulé Requête au Roi pour les Juifs de la province d'Al- 
sace [ibid., H 1 1641, n° 12). L'auteur est de Mirbeck. 

I. Hoffmann, op. cit., p. 501. 

5. Procès-verbaux de l'Assemblée provinciale, p. 260 (Arch. Nat., C 12, n° 12; 
Hoffmann, p. 513-514, n.). 

6. Mon opinion sur les Juifs, réimprimée dans les Arch. pari., X, 777 a. 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment sur les lettres-patentes du 10 juillet 1784 ' ; il le présenta le 
40 mars suivant. Le 41 octobre, on le communiqua aux districts, 
qui l'approuvèrent. Le 15 décembre, il eut l'attention d'en donner 
copie aux préposés des Juifs d'Alsace, en les invitant à présenter 
leurs observations ; ils ne répondirent pas, et pour cause. Enfin, le 
11 mars 1789 — la période électorale était déjà ouverte — il en donna 
connaissance au maréchal de Stainville, commandant en Alsace. Il 
ne paraît pas en avoir référé à l'intendant, qui était fixé sur le 
personnage. Mais il devait reprendre son projet à la Constituante 2 . 
On voit que la question juive n'avait pas cessé d'être à l'ordre du 
jour en Alsace quand on procéda à la rédaction des cahiers en vue 
de la réunion des États généraux. 

L'Alsace avait été divisée pour l'Assemblée provinciale en six 
districts ; pour la convocation des États, ces districts furent 
groupés deux à deux de manière à former trois circonscriptions, 
analogues aux bailliages et aux sénéchaussées des autres provinces: 
on eut les districts réunis de Haguenau-Wissembourg, Colmar- 
Sélestat (Schlestadt) etBelfort-Huningue. La ville de Strasbourg et 
la Décapote ou les dix villes impériales députèrent à part et direc- 
tement. 

Pour les districts de Haguenau-Wissembour(., les cahiers de la 
noblesse et du clergé manquent, mais nous savons par Pflieger, 
député du tiers de Huningue-Belfort, qu'ils « contenaient à peu près 
les mômes dispositions » que les autres cahiers de la province 3 . 
Celui du tiers a été publié. Deux articles sont relatifs aux Juifs. Le 
premier demande que les communautés juives soient supprimées 
et que les Juifs ne puissent se marier qu'avec la permission des 
États provinciaux (d'après le Règlement de 1784 cette permission 
était accordée par le roi sur l'avis de l'intendant). Le deuxième 
article demande que les créances existantes des Juifs soient 
converties en constitutions de rente à 5 0/0 et qu'à l'avenir ils ne 
puissent plus contracter que pour argent comptant, ce qui équi- 
valait à leur ruine, puisqu'ils ne vivaient pourla plupart que d'opé- 
rations de crédit. « Sa Majesté voudra bien ordonner que les Juifs de 
cette province contribueront à toutes les impositions, à l'instar des 

1. Procès-verbal publié dans Notes et documents concernant la famille Cerfberr 
recueillis par un de ses membres [R. Levylier], [I] (Paris, Pion, 1902), p. 105-107. 

2. Mon opinion sur les Juifs, l. c, 778 6. Le projet est résumé, d'après un texte 
manuscrit, par C -Th. Weiss, Geschichle und rechiliche Stellung der Juden im Fûrsl- 
bistum Strassburg . . , (Bonn, 1896), p. 80, n. 

3. Réflexions sur les Juifs d'Alsace, p. 20, n. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 189 

autres habitants, qu'ils ne feront plus corps, qu'ils n'auront plus de 
syndics ni d'agents, ni d'autres tribunaux que ceux des chrétiens, 
enfin qu'ils ne pourront se marier que sur la permission des États 
provinciaux, laquelle permission sera gratuite et ne pourra être 
accordée que dans les cas prévus par le règlement que feront les 
dits États dans la vue de réduire une population devenue déjà trop 
onéreuse à la province. — Le Roi sera supplié, en amplifiant et 
restreignant les dispositions de son règlement du iO juillet 1784, 
d'ordonner que les créances des Juifs sur les habitants chrétiens 
de la province d'Alsace et causées pour prêt d'argent ou cession de 
billets et obligations, ainsi que pour vente de toute chose mobi- 
lière, seront constituées au denier vingt du capital, sauf auxdits 
Juifs à recouvrer le capital et intérêts des créances causées par 
ventes d'immeubles ou pour cession à eux faite pour prix de 
pareille vente ; que désormais il leur sera défendu d'accepter par 
eux-mêmes ou par personnes interposées aucune procuration des 
chrétiens pour procéder sous leur garantie à la vente des 
immeubles desdits chrétiens 1 , ainsi que de leur faire aucun prêt 
d'argent et de contracter avec eux pour vente et achat autrement 
que pour argent comptant, sous peine de nullité de tous contrats ou 
billets, sans préjudice néanmoins aux lettres et billets de commerce 
passés entre eux et les marchands en fait de négoce 2 . » Si le cahier 
était perdu, ces deux articles ne le seraient pas : ils sont cités par 
le député de cette circonscription, qui n'est autre que Hell, en tête 
de son Opinion sw* les Juifs (avec cette petite différence que le 
texte du second, qui a l'air trop chicanier, y est un peu abrégé). 
Hell les connaissait bien : ils étaient de lui. Un Alsacien bien 
informé nous apprend qu'ils ont été rédigés par un homme de 
loi 3 ; il suffit de lire le deuxième pour s'en assurer, et les « citoyens 
du Tiers état attachés au Conseil Souverain de Colmar » n'ont pas 
eu un mot à en retrancher 4 . Cet homme de loi, c'est Hell. Mettre les 
Juifs à la discrétion des États provinciaux et les désarmer en leur 
enlevant leur organisation et leurs chefs, les corriger de force en 

1. Le Règlement de 1784 avait interdit aux Juifs d'Alsace le commerce des 
immeubles; ils pouvaient tourner la loi en se servant de prête-noms (v. Hoffmann, 
p. 362-363). 

2. Arch. pari., 111, 418 6- 419 a. 

3. Lettre d'un Alsacien sur les Juifs d'Alsace (Paris, 1790), p. 10 : « ...un seul 
homme, et c'est un homme de loi, est accusé d'avoir fait insérer ces deux articles, dont 
le premier est aujourd'hui généralement méprisé, tandis que l'autre excite l'indignation 
de quiconque n'est pas débiteur des Juifs, et même du plus grand nombre de ces 
débiteurs ». 

4. Arch. pari.. V, l$'ôa-b ; cité aussi par IMlieger, p. 16, n. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les réduisant à la misère, c'est tout le système de Hell et nous 
verrons comment il essaya de le faire prévaloir en Alsace. 

Nous possédons les cahiers des trois ordres des districts de 
Golmar et Sélestat * . Le clergé veille sur le pauvre peuple, ruiné 
etdémoralisé par les Juifs. Ces usuriers pullulent: on ne permettra 
qu'au fils aîné de se marier, disposition odieuse renouvelée de 
certains États allemands. Ils volent les chrétiens: qu'on leur 
défende les prêts d'argent et les ventes même mobilières à crédit et 
qu'on leur oppose la concurrence des gens de mainmorte. Le 
clergé ne craint pas de faire violence à la loi naturelle et au droit 
canon, dans sa sollicitude pour ses ouailles, qui s'exprime en termes 
particulièrement virulents : « Que pour venir au secours de la 
classe la plus indigente du peuple et l'empêcher de recourir aux 
Juifs qui la ruinent par leurs usures, il soit permis aux gens de 
mainmorte de la province de placer leurs fonds sur obligations à 
modiques intérêts... Que les Juifs, par leurs vexations, leurs rapines, 
la duplicité cupide dont ils offrent journellement de si pernicieux 
exemples, étant la principale et la première cause de la misère du 
peuple, de la perte de tout sentiment d'énergie, de la dépravation 
morale dans une classe renommée autrefois par cette foi germa- 
nique si vantée, leur étonnante pullulation, qui, d'après des calculs 
et des états, a été en croissant, de 3,000 qu'ils étaient au commen- 
cement du siècle, à près de 20,000 suivant leur dernier dénom- 
brement, soit arrêtée dans son principe et qu'il ne puisse plus être 
permis de contracter mariage qu'au fils aîné de chaque famille 
juive... Qu'il leur soit expressément défendu de contracter pour 
prêt d'argent avec les chrétiens, ni aucune vente mobilière à crédit, 
sous peine de nullité des actes qu'ils auront passés, sans préjudice 
néanmoins aux lettres et billets de commerce passés entre eux et 
les banquiers et marchands pour fait de négoce 2 . » 

La noblesse n'y va pas par quatre chemins, comme il convient à 
des gens d'épée. Par leur nombre et par leurs usures, les Juifs sont 
le fléau de la province. Les Règlements (entendez le Règlement de 
1784) sont insuffisants. Que faire ? Ce n'est pas aux nobles à se 
montrer pratiques. Chassera- t-on les Juifs ? ce serait tarir pour 
plus d'un seigneur une source de revenus. La noblesse crie fort, 
mais ne conclut pas : « Qu'il soit statué définitivement sur l'état des 
Juifs dans une province où l'accroissement énorme de leur nombre 
et l'usure qu'ils y exercent sur la classe du peuple rendent leur exis- 

1. Les articles qui ont trait aux Juifs sont cités aussi par Pfiieger, l. c. 

2. Arch.parl., III, 5 a. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 191 

tence une calamité publique. L'expérience a trop démontré que les 
règlements laits jusqu'à présent étaient également vicieux et insuf- 
fisants ; il est plus que temps de prendre un parti définitif et 
tranchant '. » Le duc de Broglie, député de la noblesse, commente 
ainsi, plutôt qu'il ne les résume, les demandes de ses commettants : 
o Elles prouvent que les vexations des Juifs d'Alsace sont si avérées 
qu'il semble inutile de les rappeler en détail; elles indiquent le 
besoin d'un règlement sévère propre à corriger les abus età affran- 
chir le peuple alsacien d'un des impôts indirects les plus onéreux 
qui pèse sur lui, celui qui résulte du prêt usuraire des Juifs 2 . » 

Le tiers état est plus modéré, au moins dans la forme ; dans le 
fond il se montre trop absolu. Il demande, comme celui de Hague- 
nau et Wissembourg, la liquidation de toutes les créances des Juifs 
par leur conversion en constitutions de rentes ; dorénavant les Juifs 
ne pourront en aucun cas prêter de l'argent aux gens du peuple. 
En revanche l'exercice des professions leur sera permis. « Que pour 
le passé toutes les créances des Juifs, quelque cause qu'elles 
puissent avoir, seront converties en constitutions de rentes à 50/0, 
et que, pour l'avenir, aucun Juif ne pourra devenir volontairement 
créancier de chrétiens pour quelque cause que ce puisse être, hors 
le fait de banque proprement dit ; par contre, il sera permis aux 
Juifs l'exercice des professions et le commerce des choses mobi- 
lières, pourvu qu'ils ne vendent que pour argent comptant 3 . » Le 
remède est radical. Pour que les Juifs puissent s'adonner au com- 
merce et à l'industrie, il faudrait qu'ils aient le droit de s'établir 
dans les villes; or, les villes ne veulent point d'eux. 

Le clergé des districts de Relfort et Huningue est soucieux d'amé- 
liorer l'état des finances et d'empêcher l'usure. Dans le premier 
ordre d'idées, il croit que les Juifs ne sont pas assez imposés, appré- 
ciation inexacte ; pour qu'ils ne puissent dissimuler leur fortune, ils 
devront faire insérer leurs titres de créances dans le catalogue de 
leur paroisse (c'est le clergé qui parle). « Que les Juifs des provinces 
d'Alsace, de Lorraine et autres seront imposés comme tous les 
capitalistes et commerçants du royaume à raison de leurs capitaux 
et de leur commerce dans le rôle de la. communauté; et pour cet 
effet, ils seront tenus de faire inscrire tous les billets et obligations 
dont ils sont porteurs dans le catalogue de la paroisse qu'ils 
habitent, sous peine de perdre tout ce qu'ils n'auront pas énoncé, 



i. Arch. pari., III, 8 6. 

■2. Opinion, réimpr. ibid., X, 779 6. 

3. Arch. pari., III, 10 b. 



192 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui tombera par la confiscation au profit du Roi 1 . » Pour réprimer 
l'usure, le clergé de ce district est d'accord avec celui de Colmar- 
Sélestat jusque dans les termes : « Qu'il soit défendu aux Juifs de 
faire aucun prêt d'argent ou de contracter par vente ou achat 
autrement que pour argent comptant sous peine de nullité de tout 
contrat, billet et autres que ceux passés entre eux et les 
banquiers et marchands pour fait de négoce 2 . » — Le cahier 
de la noblesse manque ; il devait contenir des vœux analogues 3 . 
— La même mesure est demandée par le tiers et à peu près dans 
les mêmes expressions : « Qu'il soit fait défense aux Juifs d'accepter 
personnellement ou tiercement aucune procuration ou cession des 
chrétiens, de faire aucun prêt d'argent et de contracter autrement 
que pour argent comptant, sous peine de nullité, sans préjudice 
aux lettres et billets de commerce passés entre eux et les banquiers 
et marchands pour fait de commerce '. » 

La ville de Strasbourg a pu, dans son cahier particulier, donner 
cours à son animosité contre les Juifs. Cette hostilité séculaire 
venait d'être ravivée par la lutte de la ville contre Gerfberr, syndic 
des Juifs d'Alsace. Cerfberr avait atteint Strasbourg dans ses 
intérêts et dans son amour-propre en obtenant en 4784 l'abolition 
du péage corporel et il tenait en échec le magistrat de la cité avec 
sa prétention de résider à demeure, avec tous les siens, dans la 
capitale alsacienne, où les Juifs ne pouvaient ni habiter ni même 
commercer librement. Cerfberr, fournisseur militaire, avait com- 
mencé par s'installer à Strasbourg à titre provisoire en 1768 ; peu 
à peu il y avait acquis plusieurs propriétés et y avait établi ses 
enfants. Depuis il s'était fixé à Paris, mais il soutenait qu'il avait, 
lui et toute sa famille, le droit de domicile légal à Strasbourg 
comme dans tout le royaume, ayant été naturalisé en 1775. Le 
magistrat de Strasbourg prétendait que la naturalisation de Cerfberr 
ne pouvait pas déroger au « privilège » qu'avait la ville, en vertu de 
sa constitution particulière d'ancienne ville libre, de ne pas souffrir 
de Juifs dans son sein. 

Le procès qui s'en était suivi était encore pendant en 1789 devant 
le Conseil du Roi. Hell avait prêté main-forte à Strasbourg en 
faisant soutenir sa cause par la Commission intermédiaire 5 . En 

1. Arch. pari., II, 313 a. 

2. Ibid., 313 6. 

3. D'après Pflieger, l. c. 

4. Arch. pari., Il, 317 6. 

5. Voir Notes et documents concernant la famille Cerfberr, p. 105. L'acte par 
lequel la Commission se porta partie intervenante au procès (Arch. Nat., K 1142, pièce 
75 bis) n'a pas été publié par l'auteur. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DÉS ETATS GÉNÉRAUX 193 

échange, la ville fit crédit aux États provinciaux pour réglementer 
le sort des Juifs. Elle prit à son compte les principales dispositions 
du projet de Hell : supression de l'autonomie financière des com- 
munautés juives, interdiction du prêt à intérêt avec les gens du 
peuple, passation de tous autres actes devant les préposés et des 
témoins. Parmi les vœux relatifs à l'administration de la province 
elle demande « que les Juifs acquittent à l'avenir leur contribution 
sur les rôles des communautés dans lesquelles ils sont domiciliés, 
que l'évaluation de leurs facultés sera faite par les municipalités, 
concurremment avec trois élus des habitants juifs des lieux, qu'il 
leur soit défendu de faire aux chrétiens aucun prêt d'argent, sinon 
pour faits de négoce entre banquiers et marchands, à peine de 
nullité des billets, et que tous traités pour vente de bestiaux, achat 
de grains et autres denrées ou effets quelconques ne pourront être 
passés que par-devant les préposés des lieux en présence de deux 
témoins qui les signeront, et dont il sera tenu par lesdits préposés 
un registre particulier ; et que dans les six mois à dater de la loi 
qui interviendra, ils soient obligés de déclarer aux greffes les billets 
dont ils seront porteurs, lesquels seront paraphés par les greffiers, 
sous peine de nullité ' ». Pour elle-même, Strasbourg réclame « que 
les privilèges et statuts particuliers de cette ville concernant les 
Juifs soient confirmés et maintenus, qu'en conséquence aucun indi- 
vidu de cette nation ne puisse sous aucun prétexte y acquérir le 
droit d'habitation ou domicile légal, ni posséder aucune propriété 
et que, sur l'opposition formée par le Magistrat contre l'exécution 
en cette ville des lettres patentes obtenues par le sieur Cerf Béer, 
ce Juif et sa famille, n'ayant plus d'entreprise pour le service de 
Sa Majesté, soit tenu de s'en retirer et de s'abstenir à l'avenir de 
l'habitation précaire que le service du Roi lui avait fait obtenir, et 
que le règlement demandé pour la province relativement aux 
formes à observer lorsque les Juifs traiteront avec des chrétiens soit 
déclaré commun à la ville de Strasbourg 2 ». 

Enfin, les villes de la Décapole 8 , à en croire un historien de 
l'Alsace, « avaient demandé à l'unanimité dans leurs cahiers de 
doléances que le nombre des familles juives toléré fût réduit à 

1. Publié par R. Reuss, dans la Revue d'Alsace, 1879, p. 51 (= V Alsace pendant 
la Révolution, 1 [Paris, 1880], p. 42-43). Cf. la brochure du même sur Séligmann 
Alexandre (Strasbourg, 1880), p. 7. 

2. Ibid., p. 56 (=p. 47). 

3. C'étaient, du nord au sud : Landau, Wissembourg, Haguenau, Rosheim, Ober- 
nai, Schlestadt, Colmar, Kaysersberg, Turckheim et Munster. A Haguenau seulement 
il y avait une communauté juive. 

T. LXI1I, no 126. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

celui qui existait sous la domination allemande 1 ». L'assertion est 
sujette à caution. Un vœu de ce genre a été émis plus d'une fois, 
on le verra, en Lorraine ; il ne s'explique guère en Alsace, où le 
nombre des Juifs ne paraît jamais avoir été fixé par une loi, ni 
sous la domination allemande ni sous la domination française. 
Aurait-on pris un désir pour une réalité ? En tout cas, il n'y eut 
pas unanimité. Le cahier de Schlestadt, celui de Golmar ne disent 
rien des Juifs. 

Il n'en est pas moins vrai que l'Alsace était autant dire unanime 
contre les Juifs. Le ton seul change : le clergé est sermonneur, la 
noblesse tranchante, les hommes de loi procéduriers. Sur le fond 
tous sont d'accord. Les Juifs se sont multipliés à l'excès et leurs 
usures ruinent la population des campagnes. Le Règlement de 1784 
est insuffisant; il faut en aggraver encore les dispositions restric- 
tives : non seulement amortir les créances actuelles des Juifs, mais 
encore leur enlever ou restreindre la faculté du prêt à intérêt. De 
quoi vivront-ils ? Seul le tiers de Colmar propose de leur permettre, 
avec une grave réserve, l'exercice des autres professions. A ce 
concert de réprobation la ville de Strasbourg et le tiers de Hague- 
nau, c'est-à-dire Hell, ajoutent une note de plus : la suppression 
des communautés juives et de leurs syndics, dont le Règlement 
de 1784 n'avait fait que restreindre les pouvoirs. Non contents de 
ruiner les Juifs en les empêchant de gagner leur vie, ils voulaient 
les désarmer en les désorganisant. Les autres poursuivaient surtout 
les usuriers ; eux, c'est bien aux Juifs qu'ils en avaient. 

Trois-Evêchés. 

La province des Trois-Evêchés ne comptait qu'une communauté 
juive urbaine, mais elle était d'importance. C'était celle de Metz, à 
vrai dire la seule communauté digne de ce nom qu'il y eut alors en 
France 2 . Constituée à la fin du xvi s siècle, elle s'était développée au 

i. Krug-Basse, L'Alsace avant 1*89 (Paris, 1876), p. 229, n. 1. 

2. Sur l'histoire et la condition légale de la communauté messine, voir R. Clément, 
La condition des Juifs de Metz sous l'ancien régime, Paris, 1903 (résumé par l'auteur 
dans le Jahr-Buch der Gesellschaft fur lothringische Geschichte und Altertums- 
kunde ou Annuaire de la Société d'histoire et d'archéologie lorraines, XV [1903], 
33-45), où l'on trouvera la bibliographie du sujet. Depuis il n'y a guère à ajouter que 
les notices de M. Ginsburger dans la Revue des Études juives, L (1905), 112-128, 
238-260, et un mémoire du xviii 8 siècle, intitulé Origine de l'établissement des Juifs 
à Metz et de son accroissement, publié par le môme savant dans la Slrassburger 
Israelitische Wochenschrift, 1908, n os 12 et s., 1909, n 09 2 et 4. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DÈS ÉTATS GÉNÉRAUX 19S 

xvii e mais à la fin du xvm e elle était en voie de décroissance. Le 
gouvernement, en la prenant sous sa protection, avait considéra- 
blement restreint le droit de séjour et la liberté commerciale de ses 
membres. Le Parlement, par esprit de chicane, et le commerce 
local, par esprit de boutique, avaient accumulé les entraves. 
Étouffant dans leur quartier étroit, accablés de taxes — dont un 
droit dit de « protection » dû à la famille de Brancas à raison de 
20.000 livres par an — les Juifs de Metz avaient peu à peu étendu 
leurs opérations au plat pays; ils finirent même par s'établir dans 
des villes et villages de la généralité. Il y avait à Metz « 440 à 420 
ménages juifs, y compris les étrangers, formant 4865 individus, 
suivant un dénombrement du 26 février 1788 », nous apprend Gré- 
goire, qui évalue, d'autre part, à 1500 le nombre des Juifs répandus 
dans le reste de la généralité '. 

A Metz, la question juive était d'actualité. La Société royale des 
sciences et arts avait mis au concours pour 1787 le sujet suivant : 
« Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux 
en France ? » Rœderer, qui était alors conseiller au Parlement, 
s'était intéressé à ce concours. Les trois mémoires primés en 1788 
étaient favorables aux Juifs : c'étaient ceux de l'abbé Grégoire, curé 
d'Emberménil en Lorraine, deThiéry, avocat à Nancy, etdeZalkind 
Hourwitz, juif polonais établi à Paris : tous trois furent imprimés en 
1788 et 1789 2 . Une partie de l'opinion éclairée était donc animée 
de sentiments bienveillants à l'égard des Juifs. Mais les préjugés 
n'étaient pas morts. Un militaire avait lancé, sous le voile de l'ano- 
nymat, un pamphlet virulent contre eux 3 , et cette fois c'était un 



1. Essai sur la régénération. . . des Juifs (Metz, 1789), 258 ; Motion en faveur des 
Juifs, 3. L'avocat messin Gabriel, cité par le curé messin Thiébault {Arch. pari., X, 
713 6), exagère avec ses 5 à 6,000 Juifs. Le Dictionnaire de D'Expilly, IV (1765), 717, 
les évalue à 3,000 environ. L'auteur de la Notice sur l'état des Israélites en France 
'Paris, 1821), p. 79, compte 550 familles à Metz et 447 dans le reste de la généralité. 
Ces chiffres et ceux de Grégoire doivent approcher de la vérité. 

2. Voir A. Cahen, L'émancipation des Juifs devant la Société royale des Sciences 
et Arts de Metz en 1787 et M. Rœderer, dans la Revue des Études juives, I, 83-104. 
Le rapport de Rœderer est imprimé dans le recueil de ses Œuvres. Le manuscrit de 
Thiéry a été acquis par la Bibliothèque de l'Alliance israélite. 

'■>. Le cri du citoyen contre les Juifs de Metz, par un capitaine d'infanterie, 
Lausanne (Metz ?), 1786. L'auteur est Aubert Dubayet, qui fut plus tard membre de la 
Législative et ministre de la guerre et qui mourut ambassadeur de France à Constan- 
tinople. M. Abr. Cahen, dans l'article qui vient d'être cité, p. 92, n. 1, attribue ce pam- 
phlet à de Foissac, tandis qu'Aubert Dubayet serait l'auteur d'un autre ouvrage, Le cri 
du citoyen contre les Juifs, publié à Paris en 1788. Mais c'est bien à Aubert Dubayet 
qu'Isaïe Berr-Bing a répondu et le second ouvrage, s'il existe (nous n'avons pu en 
trouver d'exemplaire), doit être une réimpression du premier. 



496 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Juif messin, Isaïe Berr-Bing, qui avait relevé le gant 1 . Ainsi, les 
avis étaient partagés à Metz. 

C'est peut-être pour cette raison que le clergé de Metz est muet 
sur la question. Le curé Thiébault, son député, était d'ailleurs 
entièrement hostile aux Juifs ; il prit la plume pour réfuter leur 
Mémoire et la Motion de Grégoire en leur faveur. — Mais voici qui 
est plus intéressant. Le cahier de la noblesse voudrait « que tous les 
régnicoles, quelle que soit leur croyance, jouissent dansle Royaume 
du droit de cité 2 » (l'article suivant demande que le prêt à intérêt 
par simple obligation soit autorisé). Cette rédaction vague pourrait 
fort bien viser les Juifs, qui, à Metz au moins, devaient être consi- 
dérés comme régnicoles. Les protestants avaient déjà reçu le droit 
de cité en 1787 parle fameux édit sur les non-catholiques, dû à 
Malesherbes et que le Parlement de Metz n'avait homologué qu'en 
excluant les Juifs du bénéfice de ses dispositions réparatrices 3 . En 
ne désignant pas nommément les Juifs, on heurtait moins directe- 
ment les sentiments de leurs adversaires. Cette habileté ne serait 
pas indigne de Rœderer, un des commissaires qui collaborèrent à 
la rédaction du cahier et dont la signature figure après celle du 
député. Rœderer, comme rapporteur du concours de Metz, s'était 
montré soucieux d'améliorer le sort des Juifs et sa bienveillance ne 
se démentit pas par la suite *. Ce serait donc enfin un cahier favo- 
rable aux Juifs. 

Le cahier du tiers du bailliage de Metz est plus explicite dans le 
même sens : il faut « demander d'aviser aux moyens de rendre les 
Juifs utiles Vi ». La position de la question est celle même de l'aca- 
démie messine et il convient d'autant plus de rendre hommage à la 
générosité de ce vœu que les deux cahiers delà ville de Metz — car 
il y en eut deux 6 — ne soufflent mot des Juifs : l'intérêt s'était 
trouvé aux prises avec la justice et on s'était tiré d'affaire par le 
silence. C'est Rœderer qui fut élu la deuxième fois. 

Dès qu'on sort de Metz, on se croit ramené en Alsace. C'est vrai 

1. Lettre du S T I. B. B., Juif de Metz, à l'auteur anonyme d'un écrit intitulé : 
Le cri du citoyen contre les Juifs de Metz, Metz, 1787; réimprimé sans date (1805), 
avec une notice sur l'auteur, qui venait de mourir. C'est à cette notice, extraite de la 
Décade philosophique du 8 août 1805, qu'a puisé Carmoly, Revue orientale, II, 337. 

2. Arch. pari., 111, 764 a-b. 

3. Grégoire, Motion en faveur des Juifs, p. 5. Voir plus loin le cahier du tiers 
de Boulay. 

4. Voir L. Kahn, Les Juifs de Paris pendant la Révolution, 8-10. 

5. Arch. pari., III, 771 a. 

6. Us ont été publiés tous les deux dans le Jahr-Buch der Gesellschaft fur lothrin- 
gische Geschichte und Aller tumskunde, 1903, 192 et s. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 197 

à la lettre : plusieurs cahiers demandent le bénéfice du Règlement 
de 1784 sur les Juifs d'Alsace. Ce Règlement, que les Alsaciens 
trouvent inefficace, est ici réclamé avec instance comme nécessaire 
et suffisant pour la répression de l'usure. Comme les Juifs d'Alsace, 
ceux de Metz et des environs vivaient en grande partie du prêt à 
intérêt ; c'était même dans ce but qu'ils avaient été admis à Metz et 
ils trouvaient un terrain favorable à leurs opérations dans cette 
province, où on appliquait les lois du royaume, inspirées du droit 
canon, qui défendaient toute usure aux chrétiens sous des peines 
très graves. L'usure n'était pas le monopole des Juifs, mais c'était, 
si l'on peut dire, leur privilège. Aussi la question juive est-elle envi- 
sagée ici surtout à ce point de vue. 

Dans le bailliage de Thionville ', il est vrai, la noblesse demande 
vaguement « que la législation s'occupe des Juifs sous tous les 
rapports », mais elle a plus particulièrement en vue les Juifs comme 
usuriers, car elle ajoute : « et que dès à présent il soit accordé des 
délais suffisants à leurs débiteurs dans ce bailliage, à la charge d'ac- 
quitter tous les trois mois les intérêts aux taux de l'ordonnance 2 ». 
C'est ainsi que des délais avaient été accordés en Alsace aux débi- 
teurs des Juifs. — Par contre, le tiers-état évite de prendre parti ; 
il n'intervient pas en faveur de la ville de Thionville, qui avait plu- 
sieurs griefs à faire valoir. D'abord, elle prétendait avoir le droit de ne 
pas recevoir de Juifs, comme tout le Luxembourg français, ancienne 
possession espagnole, annexée à la France par le traité des Pyré- 
nées. Elle en tolérait un, c'était assez pour elle. Quelque temps 
auparavant, deux Juifs messins, Moyse May Godchaux et Abraham 
Lévy, avaient levé des brevets pour commercer à Thionville. La 
municipalité et le corps des marchands de la ville firent opposition 
et eurent gain de cause devant le Parlement de Nancy, malgré une 
belle plaidoirie de Lacretelle (l'Aîné), qui commençait ainsi : 
« Messieurs, la vraie question de cette cause, c'est de savoir si les 
Juifs sont des hommes 3 . » Mais Thionville avait beau faire, un 



1. Bailliage réduit à Metz. « En Lorraine et dans les Trois-Évêchés, les bailliages 
furent réunis, en raison de leur grand nombre, dans quatre villes fixées par les règle- 
ments royaux, pour réduire le nombre de leurs députés ; mais cette assemblée der- 
nière ne comportait aucune modification des cahiers rédigés dans les assemblées bail- 
liageres antérieures » (Brette, I, p. xcix-c). 

2. Arch. pari., III, 775 6. 

3. Plaidoyers, Bruxelles, 1775; réimprimé avec de nombreuses retouches' dans ses 
Œuvres, Paris, 1823. Pierre-Louis Lacretelle, dit l'Aîné, né à Metz en 1751, débuta 
par un plaidoyer en faveur de deux Juifs de Metz. 11 perdit sa cause devant la jus- 
tice, mais il la irairna devant le public, qui accueillit le mémoire qu'il publia à cette 
occasion cuinme uu modèle de style, de logique et surtout de cet esprit philosophique 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

second ménage juif avait été autorisé à s'établir dans la ville. Elle 
protesta amèrement dans son cahier : « D'après les lois du duché 
du Luxembourg, dont l'usage a été conservé à Thionville, les Juifs 
sont exclus de la province. Un seul ménage avait été, partolérance, 
établi à Thionville. On a surpris de la religion de Votre Majesté 
l'établissement d'un second ménage en cette ville de cette nation. 
Les officiers municipaux ont protesté contre cet établissement ; et 
en suppliant Sa Majesté de maintenir la ville dans ses franchises et 
privilèges, elle ose demander qu'il n'y ait qu'un ménage de la nation 
juive à Thionville et que la permission accordée à Mayer Lévy de 
s'y établir soit révoquée 1 .» Toute une ville contre un Juif l On 
parierait que ce Juif vendait de la mercerie, car la corporation des 
merciers et épiciers de la ville, estimant « que la trop grande quan- 
tité de Juifs qu'il y a dans les Evêchés et qui ruinent les garnisons, 
les enfants de famille et les pauvres paysans qui ont recours à 
eux par leur usure exorbitante, demande à la sagesse du gou- 
vernement qu'il soit mis un frein à cette usure destructive ; et 
qu'ils soient dispersés dans le royaume et dans nos colonies 2 , et 
que, surtout, ils soient proscrits de tous les villages, villes et bourgs 
du Luxembourg français, comme ancienne possession espagnole 
où les Juifs n'ont aucun domicile, n'y devant en avoir qu'une 
maison tolérée à Thionville 3 ». Ce vœu fut accueilli par tous les 
citadins, qui en tirèrent cette conséquence pratique qu'il fallait 
autoriser le prêt à intérêt sur simple obligation : «tant de citoyens, 
et surtout les gens de campagne, ne seraient plus les victimes 
malheureuses des astuces des Juifs, qui se multiplient trop dans 
ce ressort et s'élèvent sur la ruine des cultivateurs et des artistes k ». 
La corporation des bouchers dut se plaindre aussi, car le cahier de 
la ville veut encore qu'on défende « aux bouchers forains, et singu- 
lièrement aux Juifs, de faire le commerce de veaux à une lieue de 
l'arrondissement de la ville, ce commerce nuisant sensiblement à ces 
approvisionnements (pour les habitants et la garnison), surtout 
celui des Juifs, qui achètent des veaux dès l'âge de huit jours et 
au-dessous, tandis qu'il serait du bien public qu'il n'y en ait point 



qui fut uu des caractères de son talent (Biographie Didot). Lacretelle fut un de ces 
avocats philosophes qui préparèrent l'œuvre de la Révolution avant d'y coopérer; nous 
sarons par Rœderer que Malesherbes le consulta sur la question juive (L. Kalin, op. 
cit., p. 9). 

1. Arch. pari., III, 778 6. 

2. Ce vœu charitable a été émis à cette époque par d'autres adversaires des Juifs. 

3. IbhL, 7826. 

4. IbicL, 7786. Les artistes sont ceux qui exercent des arts et métiers. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 199 

de vendus qu'à l'âge d'un mois' ». Mais les députés de la ville 
voisine de Sierck, où les bouchers incriminés avaient sans doute 
leur domicile ou leur marché, protestèrent contre cet article, con- 
traire à leurs intérêts, et les députés de la ville déclarèrent qu'ils 
s'en remettaient pour ce point aux États généraux 2 . A part cela 
le cahier du tiers du bailliage de Thionville ne s'occupe pas des 
Juifs. Nous nous sommes étendu sur cet exemple pour montrer 
combien les intrigues de clocher et les querelles de boutique pou- 
vaient, dans une occasion aussi solennelle que la convocation des 
États généraux, troubler le jugement des électeurs. 

La noblesse du bailliage de Toul montre plus de largeur d'esprit. 
Les Juifs pratiquent l'usure au grand dam de la province, mais est- 
ce leur faute ? les autres professions leur sont interdites : « Cette 
province étant plus qu'aucune autre dans le cas de gémir tous les 
jours sur les maux que produit l'usure, et voyant à regret dans son 
sein une classe d'hommes à laquelle tout moyen honnête de sub- 
sister est interdit, désire et demande qu'il soit permis aux Juifs 
d'exercer les arts libéraux et mécaniques comme aux autres sujets 
de Sa Majesté et quant à la faculté d'acquérir, s'en rapporte aux 
Etats provinciaux sollicités, cet objet exigeant de plus mûres déli- 
bérations 3 . » Voilà un langage sage et modéré. — Le cahier du 
tiers, bien qu'il s'occupe du crédit et de la misère des campagnes, 
est muet sur les Juifs. 

Dans le bailliage de Vie, le clergé sollicite la généralisation du 
Règlement alsacien de 4784 : «Dans la même vue de mettre un 
frein à l'usure des Juifs '', on demande que le gouvernement étende 
à tout le royaume le règlement qui leur défend en Alsace de faire 
aucun marché si ce n'est par devant les maires et gens de justice. 
Il serait encore à souhaiter que, dans les cas de prêt, ils fussent 
obligés de recourir au ministère d'un notaire, de compter et délivrer 
en sa présence les deniers prêtés s . » Cet article paraît demander 
une aggravation de la législation ; en réalité, il ne demande 
que ce qu'avait prescrit, pour l'Alsace, l'article xiv du Règlement de 
1784. Cette disposition s'était montrée inefficace à l'exécution, car 
on ne décidera pas un paysan, pour acheter une vache ou vendre un 



1. Arch. pari., III, 779 a. 

2. Voir le cahier du bailliage dans le Jahr-Buch der Gestllschaft fur lothrin- 
gische Geschichte . . . , 1904, p. 193 et n. 1. 

3. Arch. pari., VI, 8 a. Dans l'étude de M. Ferdinand-Dreyfus, p. 229, Tours est un 
lapsus pour Toul. 

4. L'article précédent demande que les gens de main-morte puissent prêter à intérêt. 

5. Ibid., 176. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

boisseau de blé, à recourir à un notaire et à le payer ; encore moins 
voudra-t-il découvrir sa position en empruntant au Juif en présence 
du maire de son village. Le clergé était peu pratique ou il voulait, 
par ces entraves, revenir indirectement au droit canon, mais il 
comptait sans les fraudes. Gela n'empêche pas la no blesse du même 
bailliage d'émettre le même vœu que le clergé : « Que le règlement 
sage fait en Alsace le 10 juillet 1784, par lequel il est ordonné que 
les Juifs qui y sont en grand nombre ne puissent prêter à aucun 
particulier que par devant notaire ou en présence de deux per- 
sonnes solvables et connues, soit rendu commun à la province des 
Trois-Evêchés '. » Et le tiers se rallie à cette solution en termes 
identiques 2 . 

Le Règlement de 1784 paraît aussi utile au clergé de Sarre - 
bourg et Phalsbourg ; il demande « que les Juifs domiciliés dans la 
province des Trois-Évêcbés soient soumis aux règlements rendus 
pour celle d'Alsace, le 10 juillet 1784, pour réprimer efficacement les 
vexations et usures d'une nation qui produit la ruine des villes et 
des campagnes 3 . En Alsace même on trouvait le Règlement (et non 
les Règlements) moins efficace. 

A l'autre extrémité de la province, dans le Verdunois, dans le 
Clermontois, peu de Juifs paraissent avoir pénétré à cette époque ; 
cette présomption est confirmée par le silence des cahiers de ces 
régions. 

Lorraine. 

De Metz et de l'Alsace, les Juifs s'étaient glissés dans le duché 
de Lorraine 4 . Différentes lois de la première moitié du xvnr 3 siècle 
y réglaient, au moins théoriquement, leur séjour et leur activité. 
Comme elles sont visées dans les cahiers — on les retrouvait dans 
le Recueil des ordonnances — il faut les rappeler ici. Le 13 août 
1720, le duc Léopold renouvela les ordonnances de ses prédéces- 



1. Arch. pari., VI, 19 6. L'art, xiv du Règlement de 1784 ne parle pas de deux 
personnes solvables, mais de deux préposés de la communauté. 

2. Ibid., 22 a. 

3. Ibid., III, 785 6. 

4. Voir Bernard, Aperçu historique de rétablissement des Juifs en Lorraine, 
dans le Lien d'Israël, V, 426-430, 457-462, 516-527 ; A. Lévy, Notice sur les Israé- 
lites du duché de Lorraine, Paris, 1885 (tirage à part de YUnivers israélite, XXXIX» 
XL, XLI) ; A. Fournier, Les Juifs lorrains au XVIII e siècle, dans le Bulletin de lu 
Société philomathique vosgienne, 1898-1899, p. 157-173 ; enfin et surtout, dans la belle 
Histoire de Nancy de M. Ch. Pfister, le chap. vi du t. 111 (Paris et Nancy, 1908), 
p. 311-338. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 201 

seurs contre l'usure et rappela qu'un chrétien honnête devait 
accompagner le Juif, être témoin de ses marchés et les contre- 
signer. Le 12 avril 1721, il prononça l'expulsion des Juifs venus 
après 1680. Le 20 octobre de la même année, il désigna les 
70 familles autorisées à rester dans des localités déterminées ; le 
11 juin 1726, il leur enjoignit de se retirer dans des rues écartées ; 
le 30 décembre 1728, il leur ordonna de passer les obligations 
devant notaire. La veuve de Léopold, régente, éleva, le 29 décembre 
1733, le nombre des familles autorisées à 180, qui devaient payer 
10,000 livres par an. Le 26 janvier 1753, le roi Stanislas, qui avait 
reçu le duché en J 736, rapporta l'ordonnance de 1728 et maintint 
le chiffre de 180 familles, mais la famille comprenait tous les 
descendants mâles habitant la même maison. Quand la Lorraine 
fut réunie à la France (1766), on maintint le statu qiio en ce qui 
concernait les Juifs. Ceux-ci s'étaient multipliés , Grégoire les 
évalue à 4,000 environ ' . Ils se livraient non seulement au prêt 
à intérêt, mais aussi au commerce, voire à l'industrie, ce qui 
excitait la jalousie de leurs concurrents. Et, comme il s'était formé 
une légende sur l'administration paternelle des ducs et que les 
Lorrains regrettaient le bon vieux temps de leur « indépendance », 
ils devaient demander à l'envi la remise en vigueur des ordon- 
nances ducales, qui, en réalité, n'avaient jamais été sérieusement 
exécutées. 

A Nancy, chef-lieu de la province, il y avait, en 1789, quarante 
ménages 2 , tous aisés et même riches. Le cahier du clergé, invoqué 
par l'évêque de Nancy, La Fare, dans son discours à la Constituante 
du 23 décembre 1789, comme contraire aux Juifs 3 , a été publié par 
l'abbé Jérôme 4 . Il donne ce mandat aux députés : « Ils demande- 
ront que les lois rendues par nos souverains 3 , qui fixent le nombre 

1. Motion, p. 3. M. Pfister suppose qu'ils comptaient à peu pics 500 familles (p. 323), 
ce qui serait trop peu. 

2. Pfister, l. c. 

3. Opinion de M. l'évêque de Nancy sur V admissibilité des Juifs (Les Archives 
parlementaires, X, 758 a, reproduisent le compte-rendu du Moniteur). Berr Isaac-Berr 
s'étonna que l'évoque publiât ce discours plusieurs mois après {Lettre du S T Berr- 
Isaac-Berr . . . à Monseigneur Vévêque de Nancy, p. 2) : « Je ne puis pas me per- 
suader que vous cherchez, au moment où peut-être la question des Juifs doit être 
discutée et décidée en leur faveur, à vous justifier envers vos commettans qui, par 
l'article xvi du cahier, vous avaient chargé de demander le renouvellement des Lois 
rendues par les Souverains de la Lorraine; votre justification se trouvait suffisamment 
établie par la séance du 24 {sic) décembre. » 

L L. Jérôme, Les élections et les cahiers du clergé lorrain aux Étals généraux 
de 1789 'Paris et Nancy, 1899), p. 70 (= Annales de l'Est, Xll [1898], p. 212). Cf. la 
note vi sur » la question juive en 1789 », p. 161-2 (= p. 233-4). 

5. Les ducs de Lorraine. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des familles juives établies dans la Province et qui déterminent la 
police qui les concerne, soient renouvelées et mises en vigueur ; 
ils solliciteront un règlement qui puisse arrêter le cours des 
usures énormes que plusieurs exercent et qui sont si dommagea- 
bles à la Province. » Le cardinal Mathieu, qui avait connu ce 
cahier, rappelait à ce propos que le signal de l'émancipation des 
Juifs « partit de la Lorraine, et fut donné par Grégoire, qui s'en 
fit honneur », et il observait que « le curé d'Emberménil n'avait 
point cependant reçu cette mission de ses commettants l ». Ce 
coup de patte du cardinal ultramontain à l'évêque constitutionnel 
tombe à côté. Grégoire fut, en effet, élu député du clergé pour le 
bailliage de Nancy, mais il appartenait au bailliage de Lunéville, 
qui fut réduit à Nancy pour l'élection des députés, non pour la 
rédaction des cahiers. Son cahier était celui du clergé de Lunéville ; 
il a été également publié par l'abbé Jérôme 2 et ne contient 
aucun vœu contre les Juifs, bien qu'il ne soit qu'un vigoureux 
raccourci — on y sent la forte main de Grégoire — de celui de Nancy. 
Le cahier de la noblesse, plus large que celui du clergé, propose 
les deux solutions : renouveler les anciennes ordonnances sur 
l'usure des Juifs et ouvrir à ceux-ci des débouchés honnêtes. 
« Les usures pratiquées par les Juifs étant un des fléaux redou- 
tables des campagnes, on demandera qu'il soit avisé aux moyens 
de les prévenir, soit par des précautions semblables ou analogues 
à celles qui avaient été établies en Lorraine par les édits des 
13 août 1720 et 30 décembre 4728, soit en leur procurant des 
moyens de subsistance plus étendus et propres à les détourner des 
spéculations usuraires 3 . » — Le cahier du tiers est plus vague, mais 
aussi plus hostile : « Les députés demanderont qu'il soit remédié 
a l'imperfection de nos lois concernant les Juifs et que dès à 
présent le commerce des blés leur soit défendu 4 . » Ce dernier 
vœu doit avoir été provoqué par un récent incident local. Le 
23 février 1788, la foule, apprenant la hausse du prix du pain, en 
accusa Cerfberr 5 , qui faisait le commerce de grains; elle pilla ses 

1. Abbé (puis cardinal) Mathieu, L'ancien régime en Lorraine et Barrois, 3» éd. 
(Paris, 1907), p. 250. 

2. L. c, p. 97 et s. — Le cahier d'Emberménil, paroisse de Grégoire, a été édité 
dans les Annales de VEst, 1898, p. 557-583; il ne contient rien sur les Juifs ; il n'y 
en avait sans doute pas dans ce village. 

3. Arch. pari., IV, 83 a. 

4. Ibid., VI, 646 6. 

5. Cerfberr avait acquis en 1786 la seigneurie de Tomblaine, près de Nancy. Deux 
de ses fils y avaient fondé une manufacture d'étoffes, on ils employèrent des ouvriers 
juifs. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 203 

greniers, brisa les vitres de sa maison et d'autres maisons 
habitées par des Juifs ; il fallut appeler la troupe pour rétablir 
Tordre { . 

Parmi les cahiers des bailliages secondaires réduits à Nancy, 
celui de la noblesse de Nomény pose cette alternative : expulser les 
Juifs ou les émanciper: « Que les Juifs soient expulsés ou admis 
dans tous les droits des autres sujets et soumis aux mômes lois ; 
et que, s'il plaît à Sa Majesté de les conserver sous la forme actuelle, 
ordonner que leurs communautés resteront garantes de tous les 
individus qui les composent 2 . » Voilà un vœu qui ne paraît pas 
bien digéré ; il est notable, toutefois, qu'on envisage la possibilité 
d'assimiler les Juifs aux autres sujets. 

En dehors de Nancy, les Juifs étaient répandus dans toute la 
province, mais principalement dans la Lorraine allemande, dite 
aussi bailliage d'Allemagne. Presque tous les cahiers conservés 
de cette région s'occupent d'eux et nous ne les possédons pas 
tous. 

Dans le bailliage de Sarreguemines on se croirait en Alsace. Le 
clergé émet un vœu analogue à celui du clergé de Belfort et 
Huningue : les titres des Juifs devront être enregistrés. « Que, 
pour obvier à l'usure exercée principalement par les Juifs, on 
demande l'exécution du Pièglement fait pour l'Alsace en 1786 'sic], 
en y ajoutant, à cause des faux billets, qu'aucun ne sera légal à 
moins qu'il ne soit enregistré en la municipalité locale, de même 
que les payements à compte et lors du payement entier ; ordonner 
que, pour les billets faits avant la publication du règlement qui 
interviendra, sous l'espace de quinze jours, tout Juif porteur d'un 
billet sera obligé de se présenter avec son débiteur pour le faire 
enregistrer sous peine de nullité, afin de prévenir les faux 
billets 3 . » La noblesse s'exprime dans le môme sens, mais plus 
clairement : « Tout Juif qui prêtera par billet à un citoyen sera 
tenu de faire enregistrer au bureau municipal du lieu où se fera le 
prêt, la date, la somme et l'époque du remboursement portées audit 
billet; il sera tenu de même de faire enregistrer les sommes payées 
à compte ainsi que l'acquit définitif de la somme principale, sous 
peine de nullité du billet ' . » 

1. Plister, p. 328 (d'après Mathieu). Dans son discours du 23 décembre 1789, l'évèque 
La Fare raconte que quatre mois auparavant une émeute avait éclaté contre les Juifs, 
qu'on accusait notamment d'accaparer les grains. 

2. Arch. pari., IV, 89 a-b. 
.!. lhid., V, 690 a. 

4. Ibid., 092 a. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le clergé de Dieuze subit aussi l'influence de l'Alsace : il signale 
les « précautions à prendre contre les usures des Juifs et les 
obliger, comme en Alsace, à ne faire aucun marché que devant les 
maire et gens de justice * ». — Le tiers ne s'en tient pas là : inviter 
les Juifs à exercer des métiers sans retard, faute de quoi ils seront 
expulsés ; ne pas en recevoir d'autres ; réduire leurs créances 
(pratique renouvelée du moyen âge) ; passation de leurs actes, 
suivant le cas, soit devant notaire, soit devant officiers municipaux 
ou judiciaires : « Admettre les Juifs aux droits de citoyens, à l'effet 
de quoi les autoriser à exercer tels commerces, arts ou métiers qu'ils 
jugeront à propos, ce qu'ils seront tenus d'opter dans le terme de 
trois ans, passe lequel, s'ils ne les exercent notoirement, les 
expulser conformément aux prescrits {sic) des règlements des 
12 avril, 9 août et 2 (sic) octobre 1721, 23 juin 1760 et 22 avril 
1762. — Défendre l'établissement en Lorraine des individus 
étrangers de cette secte. — N'admettre les Juifs à aucune demande 
en répétition de créance sur billets au-dessus de cent livres qu'à la 
charge d'un quart de perte au profit du Roi, à l'exception des 
créances antérieures à la loi à intervenir ; en conséquence tenus 
de faire contrôler tous les billets dont ils seront porteurs dans le 
mois à compter de l'enregistrement. — Les astreindre, pour les 
sommes au-dessus de cent livres, à en passer acte par devant 
notaires, à la vue desquels et des témoins ils seront tenus de 
montrer et délivrer les sommes y portées ; même formalité poul- 
ies quittances suivant les dispositions de l'arrêt du 30 décembre 
1728, sauf à eux, en cas de vente ou échange de bestiaux et autres 
effets qui ne seraient faits au comptant, d'en passer acte sous seing 
privé en présence des officiers municipaux ou de juslice des lieux, 
qui attesteront par leurs signatures avoir vu réellement délivrer les 
objets vendus ou échangés 2 . » 

Le tiers de Château-Salins demande, sans doute à cause de 
quelques cas particuliers, une mesure nouvelle, déjà appliquée en 
Alsace : « quil soit défendu aux Juifs d'acheter des immeubles ; 
c'est pour eux un nouveau moyen d'exercer l'usure ; ils absorbe- 
raient bientôt toutes les propriétés des habitants de la campagne, 
dont ils abusent (sic) et trompent la crédulité 3 » . 

Le clergé de Bitçhe nous ramène à l'usure. « La seconde source 
de la ruine du peuple est l'usure excessive des Juifs, qui va 

1. Arch.parL, V, 709 a. 

2. Publié dans le Jahr-Buch der Gesellschaft fur lothringische Geschichle..., XVI 
(1904), p. 216. 

3. Ibid., p. 227. 



LES JUIFS ET Là CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 205 

commençant à 25 0/0 et bien au delà dans ces campagnes. Sa 
Majesté doit être suppliée de pourvoir à y mettre des bornes 1 . » 

A Lixheim, chef-lieu d'une ancienne seigneurie enclavée dans la 
Lorraine, où les Juifs étaient établis depuis longtemps, les esprits 
étaient tellement montés contre eux qu'ils furent victimes des 
troubles qui y éclatèrent en juillet 1789. On s'explique la violence 
du cahier commun au clergé et à la noblesse : il demande une loi 
encore plus sévère que le Règlement de 1784. « Les députés 
doivent demander que les Juifs domiciliés dans la province de 
Lorraine soient soumis au même règlement rendu pour ceux 
d'Alsace le 10 juillet 1784 ; môme que cette nation, qui produit la 
ruine des habitants des campagnes de cette province, soit assujettie 
à des règlements encore plus solidement cimentés, s'il est possible, 
tant pour prévenir leur multiplication que leur usure 2 . » 

A Fenestrange, ce sont les trois ordres qui s'accordent, dans 
leur cahier commun, à demander « un règlement pour réprimer et 
arrêter les usures et tromperies des Juifs et leur excessive multi- 
plication dans la province : il en a été rendu un pour l'Alsace en 
1784. On pourrait le rendre commun, en y ajoutant ce qui pourrait 
encore paraître nécessaire et en interdisant tout particulièrement 
à tout Juif l'obtention d'aucuns brevets à la faveur desquels leur 
nombre s'est presque partout si considérablement augmenté 3 ». 
On voit, par cette dernière doléance, que les Juifs ne s'étaient pas 
laissé décourager par l'arrêt du Parlement de Nancy et qu'ils avaient 
obtenu des brevets pour pouvoir commercer librement. 

Le clergé du bailliage de Boulay — Boulay était la mère des 
communautés lorraines — « supplie Sa Majesté de défendre 
l'introduction des familles juives au delà du nombre toléré par les 
ordonnances et de mettre un frein aux usures et aux vexations 
qu'elles exercent dans les campagnes 4 ». A ces deux vœux le 
tiers état en ajoute un troisième, qui montre que les Juifs 
essayaient de tirer parti de redit de 1787 en faveur des non-catho- 
liques : « Que l'édit du mois de novembre 1787 concernant les 
non-catholiques soit déclaré non commun avec les Juifs, qu'en 
conséquence défense leur soit faite d'acquérir des biens, fonds, 
terres, fiefs et gagnages, à peine de nullité du contrat d'acquisition 
et d'amende contre les notaires, et que ceux qui, à ce moment, ont 
fait de telles acquisitions, et qui les possèdent, soient tenus d'en 

1. Arch. pari., V, 693 a. 

2. Ibid., V, 716. 

3. Ibid., 712 6. 

4. Ibid., 694a. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

passer contrat dans l'année sous peine de confiscation. — Que le 
nombre de familles juives restera fixé et déterminé ainsi qu'il l'est 
par redit de 1721, et que celles excédentes soient tenues de vider 
dans six mois les villes ou villages où elles se seraient frauduleu- 
sement établies l . » 

Enfin, tandis que les ordres privilégiés deBouzoNviLLE sont muets 
sur la question juive, le tiers demande, dans un langage qui 
conviendrait au clergé, la remise en vigueur des anciennes ordon- 
nances : « A ces entraves qui obstruent l'industrie de ce canton, 
vient se réunir l'usure des Juifs, qui n'y sont tolérés que pour sa 
ruine, ce qui est de la plus dangereuse influence par la corruption 
qu'ils versent dans le cœur des citoyens et les dangers auxquels 
est exposée la religion même, par la liaison intime et l'habitation 
souvent commune des maisons entre eux et les catholiques. Sa 
Majesté sera suppliée, suivant le vœu des ordonnances de la 
province, qu'ils se réduisent au nombre déterminé et que, dans 
les lieux où leur établissement est toléré, ils se retirent tous dans 
un quartier séparé ; et qu'en conformité de l'édit du 30 décembre 
1728, personne ne pourra contracter avec eux que par devant 
notaire et que les deniers n'aient été délivrés en leur présence, et 
enfin qu'il leur sera spécialement défendu de faire commerce ni de 
grains, ni de fourrages 2 . » 

Dans les bailliages qui correspondent au département actuel des 
Vosges, le cahier de la noblesse de Miuecourt (celui du clergé ne 
touche pas à la question), considérant que c'est la religion des Juifs 
qui les rend nuisibles, ne croit pas qu'on puisse améliorer leur 
sort; il n'y a qu'à réduire leur nombre et qu'à réglementer leurs 
transactions : « Que les lettres de change des Juifs ne puissent 
être valables que de commerçant à commerçant ; que tous billets 
sous seing privé soient regardés comme nuls et que tous les actes 
passés par eux le soient par devant notaires. Les opinions 
religieuses de cette secte s'opposent à tous moyens qu'on pourrait 
prendre pour les rendre utiles à l'État ; ce qui ferait désirer d'en 
restreindre le nombre, ainsi que le portent les ordonnances du feu 
duc Léopold 3 . » — Le tiers état ne réclame que la seconde de ces 
mesures : « De révoquer l'arrêt rendu au Conseil du feu roi de 
Pologne, duc de Lorraine et de Bar, sous la date du 26 janvier 

1. Publié dans le Jahr-Buch précité, p. 205. 

2. Arcli. pari., V, 705 6. 

3. Ibid., IV, 2 a. Dans les instructions aux députés le cahier reprend les mêmes 
demandes (4a). Ce cahier a été publié aussi par Duhamel. Documents rares ou inédits 
de l'histoire des Vosges, I (Épinal, 1868), 333. 



LES JUIFS ET Là CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 207 

J7o3, qui suspend l'exécution de l'édit du duc Léopold du 
30 décembre 1728 ; ordonner en conséquence que les Juifs ne 
pourront faire aucun acte avec les autres sujets de la province que 
par devant notaire à peine de nullité * . » 

Une autre mesure est demandée par la noblesse de Darney : « Que 
Fédit rendu pour la province de Lorraine par le duc Léopold en 
1707 concernant les Juifs soit confirmé et remisa jamais dans toute 
sa force : en conséquence que les Juifs soient obligés de se défaire 
incessamment des propriétés dont ils ont fait l'acquisition depuis 
cet édit 2 . » Nous ne savons pas à quel édit il est fait allusion ici. 
En 1707, Léopold avait voulu établir à Nancy quatre Juifs de Metz, 
mais devant l'opposition du clergé et des marchands, il avait dû se 
borner à leur permettre de venir dans la ville à leur guise pour 
affaires 3 . — Un autre courant d'opinion, plus favorable aux Juifs, 
sinon très bienveillant, s'est fait sentir dans la môme région ; il 
paraît être le résultat d'un compromis. Il est représenté, nous le 
verrons, par les cahiers de plusieurs communautés des bailliages 
d'Epinal et de Chatel-sur-Moselle; mais il n'a pas été recueilli par 
les cahiers des assemblées bailliagères. Ainsi, celui du tiers 
d'Epinal n'en dit mot. 

Enfin, dans les bailliages qui correspondent au département 
actuel de la Meuse, les Juifs devaient être en très petit nombre, si 
même ils y étaient tolérés ; il paraît que le Barrois leur était fermé''. 
Peut-être n'avaient-ils même pas poussé jusqu'à Pont-a-Mousson 
(département actuel de Meurthe-et-Moselle) et c'est sans doute pour 
consacrer le principe que le tiers état de ce bailliage réclame « la 
stricte exécution des ordonnances de Lorraine concernant les Juifs, 
en sorte qu'ils n'aient pas la liberté de fixer leur domicile dans 
toutes les villes indifféremment, mais seulement dans celles qui 
leur sont indiquées parles règlements des anciens ducs de Lorraine, 
nos souverains 5 ». 

Il n'est pas diffcile de résumer les cahiers lorrains ; ils se ressem- 
blent presque tous et ils ne diffèrent que pour la forme de 
ceux de l'Alsace et des Evèchés. Partout on se plaint du grand 
nombre des Juifs et de leurs usures ruineuses ; les lois existantes 

1. Arch. pari., IV, 1b. 

2. Duhamel, op. cit., 322. 

3. Pfister, 316. D'après L. Jérôme, l. c, p. 162 (234), la noblesse de Darney protes- 
terait contre l'arrêt de 1753, qui avait suspendu ledit du 30 décembre 1728. 

4. Notice sur l'état des Israélites en France, p. 32. 

5. Arch. pari., II, 233 6. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ne sont pas appliquées ou sont inefficaces. Même les mesures 
réclamées pour remédier à cette situation sont identiques en leur 
fond et si elles paraissent différer, c'est qu'elles se rapportent, dans 
chaque province, à la législation existante. En Alsace, où un Règle- 
ment avait été rendu en 1784, on en demandait l'aggravation ; dans 
les Trois Evêchés, où une loi générale faisait défaut, on réclamait 
l'application à la province du Règlement alsacien ; en Lorraine, où 
diverses ordonnances avaient été rendues par les anciens ducs, on 
en sollicitait la remise en vigueur. Tout le monde croyait, d'ailleurs, 
que la législation est toute-puissante et que des lois guérissent tous 
les maux de la société. Pourtant l'expérience aurait dû montrer 
que légiférer ne servait de rien, que le mal était plus profond, 
qu'il était dans tout l'état religieux, social et économique, et que 
les préventions des chrétiens étaient un aussi grand obstacle que 
les « tares » des Juifs. Pour s'élever à cette vérité, il aurait fallu 
pouvoir répudier l'intolérance religieuse, l'esprit de secte et de 
caste et surtout la jalousie commerciale. Il aurait fallu examiner la 
situation faite aux Juifs impartialement et objectivement, regarder 
moins les Juifs que la question juive. C'est seulement dans une ville 
considérable et cultivée comme Metz, où l'opinion éclairée avait 
été avertie et orientée par le concours de l'académie locale, qu'on 
paraît s'être élevé à cette largeur et à cette sérénité de jugement. 

A Metz et à Paris. La capitale était vraiment déjà le cerveau de 
la France et c'est parce qu'elle était mûre pour la liberté qu'elle 
devait prendre dès le début la direction du mouvement révolution- 
naire. Les Juifs y étaient trop peu nombreux, leur situation trop 
précaire et leur place dans la vie économique trop insignifiante 
pour qu'ils pussent éveiller la jalousie. Là, les préjugés avaient 
donc moins de prise, tandis que les idées nouvelles se répandaient, 
surtout dans les classes instruites, parles livres et parles journaux, 
par les derniers salons et par les premiers clubs. Si la traduction 
française du mémoire de Dohm en faveur des Juifs n'avait pu voir 
à Paris le jour de la publicité, pour une raison fortuite, la traduc- 
tion anglaise avait été signalée avec sympathie par Rrissot (de 
Warville), publiciste de grand talent, qui fut un des meilleurs 
agents du « cosmopolitisme littéraire » au xvm e siècle avant de 
devenir un des chefs girondins les plus écoutés ' ; et les idées du 
philosophe allemand avaient été reprises avec éclat par Mirabeau, 

1. Voir Journal du Licée de Londres ou Tableau de l'état présent des sciences 
et des arts en Angleterre, par Brissut de Warville, I (1184), p. 206-228. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 209 

dont on s'arrachait les ouvrages 1 . Enfin, les trois mémoires 
couronnés par l'académie de Metz venaient d'être publiés et 
faisaient de la question juive une question actuelle. Il suffisait, 
pour ainsi dire, qu'elle fût signalée aux rédacteurs des cahiers pour 
qu'elle sollicitât leur attention. 

Or, l'un des vainqueurs du concours de Metz, le juif polonais 
Zalkind Hounvitz s'avisa — il était ingénieux et aimait la « réclame » 
— d'envoyer son mémoire à la Chambre de la noblesse de Paris 2 . 
C'était, avec un titre provocant, un travail inégal et confus, mais 
parsemé d'idées justes et d'aperçus originaux ; il était piquant, 
frondeur et plein de verve : le genre à la mode. Il fut certainement 
mis à contribution et le résultat de cet examen fut que la noblesse de 
Paris (intra muros) demanda dans son cahier que les États géné- 
raux « prennent en considération le sort des Juifs 3 ». C'est à ce 
Juif polonais que les Juifs de France sont redevables de ce que la 
noblesse de Paris a émis ce vœu laconique, mais significatif, qui 
était pour les Juifs mieux qu'un espoir, une promesse. Il engageait 
les députés de la noblesse de Paris, le comte de Clermont-Tonnerre, 
qui, à plusieurs reprises, prit en main la cause des Juifs à l'As- 
semblée constituante avec une hauteur de vues qui n'eut d'égale 
que son éloquence, Adrien Buport, un des membres les plus 
influents de la Constituante, dont l'intervention entraîna le décret 
émancipateur du 27 septembre 1791. 

Le tiers état de Paris ne le cédait pas à la noblesse en lumières 
et il la dépassait sans doute en libéralisme. Nous connaissons les 
opinions de quelques-uns de ses membres les plus écoutés relati- 
vement aux Juifs : Martineau, qui parla en leur faveur à la Consti- 
tuante, Lacretelle l'Aîné, député suppléant, qui avait débuté dans 
le barreau en les défendant ; Brissot de Warville, qui engagea la 
Commune de Paris, dont il était membre, à intervenir dans leur 
cause. Cependant, le cahier du tiers de Paris, qui aurait été d'un 
grand poids dans la question, ne contient pas d'article sur les 

1. Sur Moses Mendelssohn, sur la réforme politique des Juifs. . . (Londres, 1787 ; 
autre édition à Bruxelles et Paris, 1788). Mirabeau parle aussi des Juifs dans sa Lettre 
sur Cagliostro et Lavater (voir Revue des Éludes juives, L1X, 294-5), dans sa Lettre 
remise à Frédéric- Guillaume II... le jour de son avènement au trône (1787), 
]». 39-40, et dans sa Monarchie prussienne sous Frédéric le Grand, tome V de l'éd. 
i ii-8° (Londres, 1788), p. 42-58. On voit que la chose lui tenait à cœur. 

1. Ch.-L. Chassin, Les élections et les cahiers de Paris en 1189, III, 257. Le 
mémoire était intitulé : Apologie des Juifs, en réponse à la question : Est-il des 
moyens de rendre les Juifs plus heureux et plus utiles en France? (Paris, 1789). 

3. Arch. pari., V, 273 6; Chassin, op. cit., III, 326. — Au lieu de cet article, 
M. Ferdinand-Dreyfus en cite un autre sur les non-catholiques, c'est-à-dire, comme le 
contexte l'iudique, les protestants. 

T. LX1U, n» 120. 14 



210 tikVUË DÉS ÉTUDES JUIVES 

Juifs : tant de questions furent examinées qu'on en oublia celle-ci 
Mais il s'en fallut de peu que le tiers n'ait eu à se prononcer. L'un 
des électeurs, Debourge, plus tard représentant de la Commune, 
raconta en 1790 qu'il avait préparé, en vue de la rédaction du 
cahier, un petit précis dans lequel il prouvait « que jamais la liberté 
civile et politique ne serait parfaitement assurée en France tantqu'it 
y aurait des esclaves dans nos îles, des mainmortabies dans nos pro- 
vinces et enfin tant que les Juifs seraient séparés de nous par tout 
ce qu'un barbare et injuste mépris peut imaginer pour rendre ses 
victimes en effet méprisables ». Mais il ne put assister à la séance, 
de sorte que la question juive ne trouva pas place dans le cahier 1 . 

Tels sont, parmi les cahiers de 1789 qui ont été publiés, ceux 
qui s'occupent des Juifs. Faut-il mettre dans la balance ceux qui 
n'en parlent pas, bien que l'occasion n'en manquât point, par 
exemple plusieurs cahiers des Evèchés et de la Lorraine, ceux de 
Bordeaux, ceux du Languedoc, où les Juifs s'étaient faufilés dans 
toutes les grandes villes? On peut présumer, étant données les circon- 
stances dans lesquelles les cahiers furent élaborés et la manière 
* dont on procéda d'ordinaire à leur rédaction, que partout où l'on 
n'émit aucun vœu contre les Juifs, bien que la question juive se 
posât, on était plutôt favorable qu'hostile à une amélioration de 
leur sort ou du moins que les avis étaient partagés. La quasi-una- 
nimité des cahiers ne doit pas nous donner le change. Les adver- 
saires des Juifs ont crié plus fort et ils ont entraîné ceux qui ne 
savaient pas. — Ceux qui se plaignaient des Juifs n'avaient qu'à se 
laisser guider par leurs intérêts et leurs préventions ; c'est ce qui 
s'est produit presque partout en Alsace, dans les Evechés et en 
Lorraine. Pour prendre parti en leur faveur, comme l'ont fait la 
noblesse de Paris et celle de Toul, la noblesse et le tiers-état de 
Metz, il fallait de la largeur de vues pour refouler les préjugés et du 
courage pour les combattre. Quand on pense à la misérable condi- 
tion des Juifs de France à cette époque, aux métiers intimes et 
parasites dont ils étaient obligés de vivre, au mépris et à l'horreur 
qu'ils inspiraient au peuple, en dépit du progrès des lumières et des 
conquêtes de la « philosophie », on doit moins s'étonner de trouver 
tant de cahiers hostiles aux Juifs que d'en rencontrer quelques- 
uns qui témoignent à ces parias de la pitié ou de la bienveillance. 
Quand la nuit prend lin, c'est l'aurore qu'il faut saluer. 

(A suivre.) M. Liher. 

1. De Bourse, Lettre au Comité de Constitution sur l'affaire des Juifs (Paris, 
1190), p. 9, note. 



LA DISPUTE ENTRE LES ÉGYPTIENS ET LES JUIFS 



DEVANT ALEXANDRE 



ECHO DES POLÉMIQUES ANTIJUIVES A ALEXANDRIE 1 



Les récits de l'Exode ont de bonne heure alimenté la polémique 
antijuive en Egypte. Toutes ces inventions puériles dont les linéa- 
ments paraissent déjà dans Hécatée d'Abdère 2 et dont Manéthon 
a laissé les plus beaux spécimens 3 ne sont, en réalité, que les 
traditions bibliques retournées. Ce sont moins des caricatures 
que des transpositions à la manière de ces romans historiques 
niais qui s'intitulent : La vérité sur... Les lettrés égyptiens 
d'abord, puis les écrivains grecs d'Egypte ont trouvé plaisant et 
cru de bonne guerre de faire rire aux dépens de ces Juifs qui 
dénonçaient les crimes des anciens possesseurs du pays. Le cas 
était, en effet, assez embarrassant pour ces nouveaux venus qui 
avaient apporté leur Bible dans ces régions hospitalières : leur 
livre sacré, qui contait les persécutions endurées par les Hébreux 
sous les Pharaons et célébrait la défaite éclatante de leurs 
oppresseurs, excitait la verve et la mauvaise humeur de leurs 
concitoyens, au milieu desquels ils se singularisaient. S'ils avaient 
cru, dans les premières années de leur établissement dans l'empire 
des Ptolémées, pouvoir sans danger retracer les sévices qui avaient 
provoqué leur exode du pays, insouciants des répliques des 
prêtres égypliens '', une fois le Pentateuque traduit en grec, ils 
durent s'apercevoir de leur fausse position. La polémique devint 
plus âpre sous la plume des gens de lettres d'origine grecque qui 

l. J'ai déjà traité sommairement ce sujet dans Gedénkbuck zur Erinnerung an 
David Kaufmann, 1900, p. 3M. 

1. m e liècle. Voir Tli. Reinach, Textes d'ailleurs grecs et romains relatifs au 
Judaïsme, p. 14. 

3. Voir ibid., p. 29. 

I. Le texte d'Hécatéé, antérieur à la traduction du Pentateuque, atteste que déjà les 
Juifs d'Egypte avaient répandu autour d'eux la cuunaissance des récits de l'Exod", 



'212 fiEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

toisaient avec dédain ces exotiques assez osés pour rivaliser avec 
eux. Quel triomphe si ce protectionnisme professionnel découvrait 
dans la Bible des prétextes à la discréditer et à discréditer du même 
coup ceux qui la vantaient! Or justement l'Exode contient un verset 
qui fournissait l'arme rêvée, c'est celui qui porte : « Et le Seigneur 
inspira aux Égyptiens de la bienveillance pour ce peuple et ils lui 
prêtèrent; et ils (les Israélites) dépouillèrent l'Egypte » (xii, 36). 

Fidèles à leur système d'interprétation littérale, les traducteurs 
alexandrins n'essayèrent pas de gazer ce propos, car ils rendirent 
les derniers mots par ê<xxuXeu<Tav toùç AlyaTm'ouç. Josèphe, plus 
prudent, a sacrifié ce détail, insistant sur le verbe « et ils leur 
prêtèrent », qu il commente ainsi : « Us gratifient même les 
Hébreux de présents, les uns par impatience de les voir partir, les 
autres, à cause des relations de voisinage qu'ils avaient autrefois 
entretenues avec eux « (Ant., II, xtv, fin). 

Philon ne pouvait pas se dérober à la difficulté : il jugea 
nécessaire de répondre aux critiques que soulevait ce verset et de 
défendre la Bible contre le reproche d'immoralité que, sans 
contredit, les adversaires des Juifs ne manquaient pas de faire 
valoir. Voici comment il s'exprime, dans la Vie de Moïse, I, 25 : 

Ceux-ci (les Hébreux), chassés et poursuivis, se souvenant de leur 
dignité, osent un trait de hardiesse naturel à des hommes libres qui 
n'oublieraient pas les desseins iniques qu'on avait formés contre eux. 
Ayant, en effet, emporté un ample butin, ils se chargèrent d'une partie, 
mirent l'autre sur les bêtes de somme, le faisant non par cupidité, ou, 
comme dirait un ennemi, par avidité du bien d'autrui..., mais d'abord 
parce que c'était là le salaire dû aux services qu'ils avaient rendus tout le 
temps de leur vie, et ensuite, eu égard à l'esclavage qu'ils avaient subi \ le 
désagrément qu'ils causaient était fort minime et nullement proportionné : 
comment, en effet, mettre en parallèle un dommage matériel et la 
privation de la liberté, pour laquelle les gens de sens sont prêts, non 
seulement à abandonner leurs biens, mais a perdre la vie ? Ainsi de toute 
façon ils firent bien, soit qu'ils prissent comme en temps de paix le salaire 
dont ils avaient été frustrés longtemps par ceux qui ne voulaient pas le 
leur donner, soit que, se considérant comme en temps de guerre, ils 
eussent jugé légitime d'emporter les biens de leurs ennemis selon la loi 
du vainqueur. Les Égyptiens avaient été les premiers à mal agir en 
asservissant des étrangers venus en suppliants, comme je l'ai dit, à la 
façon de prisonniers de guerre. Eux, l'occasion s'étant présentée, s'étaient 
défendus sans aucun appareil d'armes, le bon droit les protégeant et 
posant les mains sur eux. 

1. Cf. Livre des Jubilés, 48, 18. 



LA DISPUTE ENTRE LES ÉGYPTIENS ET LES JUIFS 213 

Philon parle-t-il ainsi pour libérer sa conscience, choquée du 
récit de la Bible, ou pour répondre à une accusation nettement 
formulée ? L'une et l'autre conjectures sont également défendables 
et se concilient sans effort. Il semble bien que l'ennemi dont il 
fait mention n'est pas un personnage imaginaire exprimant une 
idée qui pourrait venir à l'esprit d'un lecteur malveillant. 

Pour réduire leurs adversaires, les Juifs s'avisèrent d'un expédient 
qui était dans le goût du temps : ils imaginèrent un procès entre 
Égyptiens et Juifs dont Alexandre fut l'arbitre. Cette fiction était 
encore connue de Tertullien, qui répond ainsi à Marcion, lequel 
voyait dans le verset de l'Exode une preuve de plus de l'iniquité du 
Dieu de la Bible l : 

Traînons au grand jour de la lumière l'esprit des ténèbres, faisant un 
crime au Créateur d'avoir recommandé aux Hébreux d'enlever l'or et 
l'argent des Égyptiens. Eh bien ! ô le plus extravagant des sectaires, je te 
prends toi-même pour juge. Examine d'abord les droits de l'un et de 
l'autre peuple; puis, prononce sur l'auteur du précepte. D'une part, 
l'Égyptien redemandant à l'Hébreu ses vases d'or et d'argent ; de l'autre, 
l'Hébreu appuyant ses réclamations sur des contrats inviolables, montrant 
les sueurs de ses pères et revendiquant le salaire de sa douloureuse servi- 
tude, en échange des briques qu'il avait transportées, des cités et des 
maisons qu'il avait bâties Panégyriste du dieu exclusivement bon, quelle 
sentence va sortir de ta bouche? Condamneras-tu l'Hébreu à reconnaître 
sa supercherie, ou l'Égyptien à s'avouer son débiteur, ainsi que se termina 
le différend, suivant une tradition? Car les deux peuples ayant traité leurs 
réclamations par des ambassadeurs réciproques, les Égyptiens, dit-on, 
renoncèrent volontairement à leurs vases. 

Aujourd'hui toutefois les Hébreux opposent aux Marcionites de plus 
hautes prétentions. « A n'estimer le travail de six cent mille individus 
qu'une pièce d'argent par jour, pendant une longue suite d'années, la 
valeur des vases emportés par nous, quelle qu'elle fût, était une com- 
pensation insuffisante. De quel côté sont donc les obligations ? pour ceux 
qui s'approprient les vases, ou pour ceux qui habitent les maisons et les 
cités ? Le dommage est-il pour l'oppresseur? ou la faveur pour l'opprimé? 
Mais que parlons-nous de nos sueurs? quand même nous ne jetterions 
dans la balance que les outrages dont nous avons été accablés, hommes 
libres plongés dans les prisons comme de vils esclaves ; quand même nos 
scribes n'étaleraient devant les tribunaux que leurs épaules indignement 
meurtries et déchirées par les verges, ce ne serait point avec quelques 
vases enlevés à l'opulence d'un petit nombre de riches, ce serait avec tous 
les trésors de ceux-ci, avec la fortune de tous les citoyens qu'il te faudrait 

1. Adversua Marcionem, liv. Il, ch. xx. Les Manichéens exploitaient aussi le verset 
de l'Exode, voir Epipliane, Adveraus llœreses, 1. Il, havres, lxvi, § lxxi. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

condamner l'Egypte à racheter de pareilles infamies. » Si la cause des 
Hébreux est juste et bonne, qu'en conclure ? que l'injonction du Créateur 
est bonne et juste aussi. Il a imposé la reconnaissance à l'Égyptien malgré 
lui. Il a indemnisé la longue oppression de son peuple, au moment de sa 
sortie, par le faible adoucissement d'une secrète compensation. Disons-le 
toutefois : la restitution fut inégale. L'Egypte a-t-ellc rendu aux fugitifs 
tous les enfants qu'elle avait égorgés ? 

La tradition à laquelle se réfère Tertullien nous est bien connue 
par la Meguillat Taanit et le Talmud de Babylone [Sanhédrin, 
91 a). Voici la version du premier de ces écrits, telle qu'elle se lit 

dans la scbolie qui accompagne le texte araméen (25 Siwan). 

• 
Lorsque les Ismaélites, les Ghananéens et les Égyptiens citèrent les 
Israélites [devant Alexandre], Gebiha ben Pesisa dit aux docteurs : « Auto- 
risez-moi à aller plaider notre cause ; si je triomphe, ils diront que c'est 
la Loi d'Israël qui a triomphé ; si je succombe, vous direz que c'est un 
simple particulier qui a été vaincu... » Les Égyptiens déclarèrent s'appuyer 
uniquement sur le Pentateuque. Or, dirent-ils, il est écrit : « Chaque 
femme empruntera à sa voisine. . . » Les Israélites étaient au nombre de 
600,000 et tous ils emportèrent de l'or et de l'argent, ainsi que l'affirme 
votre Loi : « Ils dépouillèrent l'Egypte. » Rendez-nous notre or et notre 
argent. » Gebiha b. Pesisa leur répondit : « C'est sur le Pentateuque que 
vous vous appuyez! Or l'Écriture porte que le séjour des Israélites en 
Egypte fut de 430 ans. Pendant ce temps nos pères au nombre de 600,000 
ont été assujettis à la fabrication du mortier et des briques et à toute sorte 
de travaux sans recevoir de salaire. Que vaut un pareil travail par 
homme et par jour ? un séla. » Là-dessus les philosophes se mirent à faire 
le compte, mais ils n'avaient pas calculé ce que représentait le travail 
d'un siècle que déjà l'Egypte tout entière aurait dû revenir aux Israélites *. 
Confus, les Égyptiens s'enfuirent au plus vite. 

La leçon du Talmud, qui n'est qu'une citation de ce récit, varie 
pour la forme seulement. Comme le texte y est mentionné sous le 
titre de baraïta, c'est la preuve qu'il est antérieur au ni e siècle de 
1ère chrétienne. Mais le fond en est certainement plus ancien ; on 
peut même affirmer qu'il reproduit une fiction alexandrine. En 
effet, pourquoi faire plaider le procès devant Alexandre plutôt que 
devant tel autre souverain ? Un tel choix a dû être dicté par l'auto- 
rité dont jouissait le conquérant chez les adversaires même des 
Juifs. C'est pour les Grecs d'Egypte que la sentence d'Alexandre 
était décisive. L'auteur du récit croyait ainsi les désarmer : quelle 

1. Dans la leçon du Talmud, Alexandre donne aux Égyptiens trois jours pour répondre. 
Comme ils ne trouvent aucune réplique, ils s'empressent de déguerpir. 



LA DISPUTE ENTRE LES ÉGYPTIENS ET LES JUIFS 2! 5 

apparence, en effet, qu'ils auraient osé s'insurger contre leur héros 
national ! 

Nous avons ici une fiction judéo-alexandrine, née des nécessités 
de la polémique, qui a été transportée, à cause de son tour spiri- 
tuel, en Palestine, où elle s'est enrichie de traits analogues : reven- 
dications des Ismaélites et des Chananéens tournant à la confusion 
de leurs auteurs. 

Ces inventions n'étaient pas de purs jeux d'imagination, c'étaient 
des moyens de défense que réclamait la situation difficile des Juifs 
alexandrins. En les répandant, on ne pensait pas seulement à 
l'amusement des lecteurs ou des auditeurs, on voulait laver l'hon- 
neur de la Bible et celui des Juifs alexandrins, en butte à une 
hostilité dangereuse et souvent meurtrière. 



'a' 



Israël Lévi. 



SIMON BEN SCHÉTAH 



De tous les anciens Pharisiens Simon b. Schétah est le seul sur 
lequel les sources rabbiniques ont conservé un assez grand nombre 
de renseignements. Aussi sa figure apparaît-elle chez les histo- 
riens modernes avec des contours suffisamment précis et accusés. 
Pourtant un examen critique des textes montre qu'une partie de 
ces relations doivent leur existence, non à la grandeur de l'homme 
qui en est le héros, mais à la négligence de la tradition qui s'en 
est emparée, tandis que d'autres ont un caractère anecdotique 
qui ne permet de les utiliser pour l'histoire qu'avec une extrême 
prudence. 

On sait combien sont fréquentes dans le Talmud les confusions 
entre personnages qui portent des noms analogues et, comme il 
existe toute une série de tannaïtes appelés Simon, il n'en a pas été 
autrement pour notre Simon b. Schétah. Quarante ans avant la 
destruction du Temple, dit le Talmud de Jérusalem \ la juridiction 
pénale fut enlevée (aux Juifs) ; du temps de Simon b. Schétah la 
juridiction civile également. Quelques pages plus loin 2 , le même 
fait est rapporté à l'époque de Simon b. Yohaï. Déjà Herzfeld 3 a 
reconnu que seule la dernière indication doit être retenue, tandis 
que l'édition du Talmud de Jérusalem imprimée à Krotoschin 
« corrige », au contraire, le nom de Yohaï en Schétah. Il va de soi 
que, lorsqu'un peuple est indépendant, il jouit de la juridiction 
autonome. — Le Talmud de Babylone 4 raconte que Theudas (Théo- 
dore), Juif de Rome, ayant institué dans cette ville une sorte de 
sacrifice pascal, Simon b. Schétah lui écrivit : « Si tu n'étais Theu- 
das, je prononcerais l'excommunication contre toi, car tu induis 
Israël à manger hors de Jérusalem des sacrifices. » Tous les textes 

i. j. Sanh., i, 1 (18 a). 

2. lb., vu, 2 (24 6). 

3. Geschichte des Volkes Israël, II (1857), 251. 

4. Berachot, 19 a. 



SIMON BEN SCIIÉTÀÏI 217 

parallèles { ont exactement le même récit, avec cette différence 
pourtant que le message n'est pas envoyé par Simon b. Schétah, 
mais par les docteurs, par les membres du Sanhédrin. Il est 
invraisemblable que l'indication précise de l'expéditeur se 
serait perdue dans tous ces passages si elle avait été connue. 
D'autre part, s'il est possible ou seulement concevable qu'à 
l'époque de Simon b. Schétah quelques Juifs aient demeuré à 
Rome, ils n'entretenaient pas de relations bien étroites avec la 
mère-patrie, ne fût-ce que parce que la navigation était autant dire 
arrêtée avant la chasse faite aux pirates par Pompée. Par contre, il 
est facile de s'expliquer comment le nom de Simon b. Schétah a 
pu se glisser dans ce seul passage de la Guemara : immédiatement 
avant il avait été question de l'interdit dont Simon menaça le thau- 
maturge Honi, dit le faiseur de cercles, et un rabbin ou un copiste 
aura cru que le second récit s'appliquait également à Simon b. 
Schétah. Ici encore Herzfeld, dont l'ouvrage renferme un grand 
nombre de fines remarques, avait vu juste 2 , et il est regrettable 
que Graetz ne l'ait pas suivi. M. Bâcher 3 admet aussi que Theudas 
a vécu après Adrien seulement et qu'il soutint alors les docteurs 
pauvres par des dons d'argent. Si donc l'on veut reconnaître un 
souvenir historique dans l'indication du nom de Simon comme 
celui de l'auteur de la lettre à Theudas, il faudra derechef 
admettre une faute de copiste : ce ne serait pas Simon b. Schétah, 
mais Simon b. Gamaliel qui, en sa qualité de président du Sanhé- 
drin, aurait mis en garde Theudas contre sa manière d'agir. Cette 
hypothèse s'accorderait fort bien avec le passage du Yerouschalmi 4 
qui raconte les diverses menaces d'excommunication dans l'ordre 
suivant : Simon b. Schétah et Honi, R. Gamaliel et R. Akiba, 
Theudas. 

Graetz a déjà remarqué une confusion entre Simon et son dis- 
ciple Schemaya dans un récit du Babli : \ Un esclave du roi Jannée 
avait tué un homme, et Simon b. Schétah le fit citer en justice ; 
mais les autres membres du tribunal eurent peur de l'accusé et 
furent pour cette raison punis de mort par une intervention divine. 
Du récit de Josèphe 6 ,quiest plus naturel, il ressort quel' « esclave» 

1. Pesah., 53 a ; Béça, 23 « ; j. Mocd Katan, m, 1 (81c/); j. Béça, n, 7 (61 c) ; 
j. Pesah., vu, 1 (34 a) ; T. Yorn lob, n, 15. 

2. Op. cil., p. 252. 

.'}. Ar/ada der Tannailen, II, 560 et s. 

4. j. Mocd KaL. m, 1 (81 d). 

5. Sanhédrin, 19 a. Voir Geschiclde der Juden, III, 2, note 16, p. 711. 

6. Antiq., XIV, 163 et s., 175. 



218 &EVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Jannée était Hérode et que le docteur pharisien qui seul se fit 
le champion du droit devant ce Sanhédrin était Saméas. Il faut 
donc lire Schemaya pour Simon. 

Pour montrer la scrupuleuse loyauté de Simon b. Schétah, on a 
coutume d'invoquer l'anecdote suivante { : « Simon était si pauvre 
qu'il était obligé de faire le commerce du lin. Pour alléger sa 
peine, ses disciples achetèrent pour lui un âne à un Arabe et trou- 
vèrent, attachée au cou de l'animal, une perle précieuse dont le 
prix aurait suffi à affranchir le maître de tous ses soucis. Mais 
Simon voulut la restituer parce que le vendeur ne l'avait pas cédée 
sciemment et, par cet acte généreux, il amena le païen à confesser 
Dieu. » — Et nous aussi nous devons restituer cette histoire à qui 
de droit. Simon b. Schétah, frère de la reine Salomé, n'a probable- 
ment jamais eu besoin du secours de ses élèves. Même quand il 
eut été disgracié par le roi, sa sœur le tint caché et l'entretint sans 
doute. Par contre, nous connaissons un autre tannaïte que la pau- 
vreté obligea à avoir recours à autrui et qui se trouva, par une 
circonstance merveilleuse, avoir une perle précieuse, qu'il rendit 
sur le conseil de sa femme : c'est Simon b. Halafta 2 . Le trait du 
rabbi pauvre, modèle de probité, convient mieux au 11 e siècle qu'à 
la personne de Simon b. Schétah. 

On ne saurait être assez sceptique quand on trouve dans une 
source rabbinique une opinion rapportée aune autorité antérieure 
à Hillel. La tradition ne remontait pas au delà de Hillel ; c'est tout 
au plus si Hillel a transmis quelques rares enseignements de ses 
maîtres Schemaya et Abtalion. On se méfiera donc a priori de voir 
R. Juda b. Dostaï enseigner au nom de Simon b. Schétah 3 : « Si 
un condamné a fui à l'étranger, le Sanhédrin du pays ne reprend 
pas l'affaire ; s'il a fui de l'étranger dans le pays d'Israël, on 
reprend ici l'affaire : c'est là une prérogative du pays d'Israël. » 
D'abord, il faut corriger, d'après la Tossefta ! , le nom de Juda b. 
Dostaï en Dostaï b. Juda, attendu qu'il n'y a pas eu de tannaïte 
appelé Juda b. Dostaï. Mais comment ce rabbin, qui a vécu plus de 
deux siècles après Simon, a-t-il pu connaître son enseignement? 
Voilà ce qu'on ne nous apprend pas. Bien mieux, la Tossefta ne 
contient aucune indication sur le rabbin au nom duquel la halacha 

1. j. B. M., il, 5 (Se) : Deitl. r.. \\\. :> ; Yalkoul, Proverbes. $ \)'û. 

2. Ruth r., m in in . , sur i, 18; Exode r., m, 3. V. Bâcher, Agada (1er Tann . 
IL, 530 et s. 

3. Maccot, 7 a. Dans Midr. Cant. Zuta, sur v, 2 (Buber, p. 33), il faut lire 1). Zoma. 
pour 1). Schétah. 

'r. T. Sa, th.. [il, 11. 



SIMON BEN SCHETAH 210 

est rapportée. La question est donc jugée, et, s'il reste un doute, 
c'est seulement sur le nom du rabbin qu'il faut substituer à Simon 
h. Scliétab. Est-ce Simon b. Gamaliel ou Simon b. Yohaï? Ce qui 
ferait penser au premier, c'est que le traité de Sanhédrin contient 
de lui un grand nombre de règles relatives à la justice et que, dans 
la Tossefta, le dire de Dostaï b. Juda est immédiatement précédé 
d'un enseignement de lui. Mais, d'autre part, Dostaï b. Juda rap- 
porte partout ailleurs les opinions de Simon b. Yohaï ' ; cette 
circonstance paraît devoir l'emporter sur toute autre. 

Les savants — je parle de ceux qui tiennent compte des tradi- 
tions rabbiniques — ne contestent guère l'historicité de la relation 
du ïalmud de Jérusalem 2 qui attribue à Simon b. Schétah trois 
institutions : 1° il est permis de commercer avec les biens souscrits 
à la femme ; 2° les enfants doivent fréquenter l'école ; 3° les usten- 
siles en verre sont susceptibles de recevoir l'impureté. Commen- 
çons par la mesure la plus importante, celle de la fréquentation 
scolaire. Le Babli en sait plus long à ce sujet 3 : « D'abord le père 
seul instruisait son tils ; puis on créa des instituteurs à Jérusalem, 
ensuite on fonda dans chaque district du pays des écoles pour les 
jeunes gens de seize à dix-sept ans ; enfin Josué b. Gamla institua 
dans toutes les localités, villes et villages, des écoles pour les 
enfants de six à sept ans ». Ainsi, ce qu'une source attribue à Simon 
b. Schétah — et notez qu'il s'agit de la création d'écoles primaires, 
non d'une organisation scolaire complète — l'autre en fait hon- 
neur à Josué b. Gamla. Or, ce dernier nous est bien connu, 
grâce au Talmud et à Josèphe. Il fut le prédécesseur de l'avant- 
dernier grand-prêtre 5 ; il eut avec son prédécesseur des difficultés 
qui amenèrent des voies de fait; pendant la Révolution, il fut un 
chef des modérés, à côté du grand-prêtre Ànan et du Pharisien 
Simon b. Gamaliel 5 , et il fut pour cette raison mis à mort par les 
Iduméens et les Zélotes. Josèphe le loue d'avoir été supérieur à 
tous les autres, à part son collègue Anan 6 . Il était l'ami personnel 
de Josèphe, qui appartenait lui aussi au parti modéré 7 . Les sources 
rabbiniques complètent ces renseignements de la manière la plus 
heureuse et elles donnent à penser que, comme Josèphe, il adhérait 



1. Bâcher, oj>. cit., 11, 390. 

2. j. KeLoubot, vin, H (32c). 

3. B. £., 21a. 

4. Antiq., XX, 213, 223. 

:;. Bellum, IV, 159 et s., 238 et s. ; Vita, 193. 

6. Ibid.,Z22. 

7. Vita, 204. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

au parti des Pharisiens. Il est probablement identique au Ben 
Gamla de la Mischna \ qui fit faire en or les sorts des boucs du 
Grand-Pardon. Il devait sa richesse comme sa dignité à sa femme 
Martha, fille de Boéthos. Il était encore simple prêtre quand il 
se fiança avec elle et, quand il l'épousa, il était devenu grand- 
prêtre, bien qu'elle eût déjà été mariée une première fois et que le 
Pentateuque ordonne au grand-prêtre de se marier avec une 
vierge 2 . Cependant la tradition pharisienne permet au grand-prêtre 
d'épouser une veuve, s'il s'est fiancé avec elle avant d'occuper 
cette dignité. Il est prouvé par là que Josué était Pharisien, car les 
Pharisiens n'auraient pas allégué l'exemple d'un Sadducéen à l'ap- 
pui de leur propre opinion. Le Talmud sait que sa riche fiancée 
obtint du roi sa nomination au moyen de grands présents 3 , ce qui 
est tout à fait croyable. Peut-être tenait-elle sa richesse, dont il 
est souvent question', de sa famille, la maison pontificale des 
Boéthos 5 . Elle poussa à l'extrême le luxe le plus efféminé 6 et, 
malgré sa richesse, elle périt de faim pendant le siège de Jéru- 
salem 7 . Une seule erreur s'est glissée dans les relations talmu- 
diques : le roi gagné par les présents de Martha est appelé 
Jannée, au lieu d' Agrippa. C'est donc ce Josué b. Gamla qui aurait 
pourvu à l'instruction pourtous, mesure attribuée ailleurs à Simon 
b. Schétah. Ici aussi, il paraît naturel d'accorder les deux sources 
en supposant une faute dans le nom du père : on aura Simon b. 
Gamaliel au lieu de Simon b. Schétah. Nous avons vu dans 
Josèphe 8 que Josué et Simon b. Gamaliel étaient collègues et col- 
laborateurs et il n'y aurait absolument rien d'étonnant à ce qu'une 
source ait attribué au grand-prêtre une mesure prise, d'après 
l'autre, par le membre laïc le plus considérable du Sanhédrin. 
Graetz etBûchler 9 ont déjà fait remarquer qu'après la retraite du 
grand-prêtre sadducéen Anan ben Anan une réforme vigoureuse 
fut entreprise par les Pharisiens. C'est une erreur absolue de 

1. Yoma, m, 9. 

2. Yebamot, vi, 4. 

3. Yeb., 61a; Yoma, 18 a. 

4. Sifré Deut., § 281. 

5. Nous voyons ici par un exemple comment les prêtres observaient le précepte 
d'Ezécliiel (xuv, 22) de n'épouser que des veuves de prêtres. 11 résulte de T. Yoma, 
i, 14, et Soucca, 52/;, que les fils de Martha (de son premier mariage 1 ! étaient prêtres; 
son premier mari Tétait donc aussi. De sa seconde union elle n'aurait pins pu avoir 
des fds qui auraient servi dans le Temple. 

6. Midrasch Echa, xlvii, sur i, 16. 

7. Guittin, 56 a. 

S. Belhim, IV, 159 et s.: Vita, 193. 

9. Biichler, Die Priesfer und der Cul/as, p. 15 et s. et passim. 



SIMON BEN SCHÉTAH rn 

croire qu'au milieu des troubles de cette époque aucune mesure 
efficace ne pouvait être prise '. Au contraire, la machine législative 
fonctionna merveilleusement, et il était dans l'esprit du parti pha- 
risien de ne plus laisser abolir les mesures une fois arrêtées. C'est 
donc à cette époque, sous le pontificat de Josué b. Ganila, qu'on fit 
passer la loi scolaire, et l'attribution de cette disposition au grand - 
prêtre ou au chef des Pharisiens, Simon b. Gamaliel I, qui jouait 
alors le premier rôle dans le Sanhédrin, est une question de pure 
forme. La mesure avait pour but de briser entièrement le pouvoir 
du sadducéisme. À partir du moment où, dans tout le pays, les 
enfants recevaient, dès l'âge de six ou sept ans, une éducation 
pharisienne, qui leur était donnée non par les parents, influencés 
peut-être eux-mêmes par l'esprit sadducéen, mais par des maîtres 
pharisiens, la doctrine sadducéenne avait cessé d'exister. C'est 
ainsi que l'école doit son origine à la politique 2 . 

S'il est prouvé que la création d'écoles élémentaires est l'œuvre, 
non de Simon b. Schétah, mais de Simon b. Gamaliel, nous devons 
nous demander ce qu'il faut penser des deux autres mesures attri- 
buées au premier. Tout de même que le Talmud nous a présenté 
une évolution dans l'institution des écoles privées, il nous expose, 
avec des variantes de peu d'importance, le développement graduel 
de l'institution de la Ketouba 3 . Dans le principe on donnait une 
certaine somme d'argent au père de la jeune femme au moment des 
noces. Cette pratique rendait, d'une part, très difficiles les mariages, 
car tout le monde n'avait pas d'argent comptant, et d'autre part, 
elle favorisait le divorce, car le mari n'avait plus besoin de « désin- 
téresser » sa femme, dont l'argent avait déjà été déposé chez son 
père. Plus tard donc on ne versa plus la somme comptant, mais on 
achetait pour la somme des objets qui restaient dans la maison des 
époux. Toutefois, la répudiation restait facile, le mari pouvait dire 
à sa femme : prends tes affaires et va-t-en ! C'est alors que Simon 
b. Schétah décida enfin que le mari pouvait faire des transactions 

1. I. Halévi, Dorot harischonim, I, 3, p. 466. 

2. Inutile de réfuter l'opinion de M. Halévi, qui admet qu'il y a eu deux grands- 
prétres du nom de Josué b. Gamla, l'un sous Alexandre Jannée, qui a institué les écoles 
avec Simon b. Schétah, l'autre à l'époque de Josèphe. Alexandre n'a jamais vendu sa 
dignité pontificale et, s'il s'est fait remplacer au Temple, c'est assurément par un prêtre 
ordinaire, non par le « grand-prêtre » Josué b. Gamla. D'ailleurs, il ne suffisait pas à 
M. Halévi d'admettre deux grands-prêtres de ce nom ; il devait encore postuler l'exis- 
tence de deux femmes appelées Martha fdle de Boéthos, l'une qui currumpit Jannée 
(Yebamol, 61 a), l'autre qui, malgré sa richesse, mourut de faim avant la destruction 
du Temple (Guitlin, 56 a). 

3. T. Ket., xn, t ; Ket., 82 6. 



2-22 'REVUE DES ETUDES JUIVES 

avec l'argent, qu'au fond il devait payer au père, c'est-à-dire qu'il 
pouvait en disposer librement; seulement tous ses biens seraient 
hypothéqués pour la somme due à sa femme. Certes, nous n'avons 
aucune raison péremptoire de retirer cette institution, comme la 
précédente, à Simon b. Schétah et de l'attribuer à Simon b. Gama- 
liel. Cependant ii est vraisemblable que les institutions réunies 
parle Talmud de Jérusalem sont en rapport l'une avec l'autre et 
que la loi de la Ketouba, motivée d'une manière analogue à celle 
de la loi scolaire, appartient au même docteur. Si, pour des raisons 
d'ordre général, il est extrêmement douteux que nous possédions 
des halachas quelconques avec le nom de leur auteur pour l'époque 
antérieure à Hillel (« avant Hillel la Tora était oubliée »), dans notre 
cas particulier, le doute est encore plus prononcé, car il est ques- 
tion ici d'une évolution, parfaitement inadmissible, qui a précédé 
la mesure. On aurait donc conservé, non seulement le souvenir du 
temps de Simon b. Schétah, mais encore celui des générations 
antérieures. Cela paraît invraisemblable. Nous devons donc admettre 
que la mesure relative à la Ketouba remonte à Simon b. Gamaliel, 
mais que déjà à l'époque des derniers tannaïtes une erreur de tra- 
dition a substitué le nom de Simon b. Schétah à celui de Simon b. 
Gamaliel, erreur qui, de la baraïta en question, a passé dans la 
Tossefta et dans les deux Talmuds 1 . Simon b. Gamaliel l'Ancien 
savait prendre des mesures quand le bien public l'exigeait : c'est 
lui qui mit fin aux prix exorbitants des marchands de pigeons 
en fixant dans tous les cas à une paire le nombre des oiseaux à 
offrir 2 . 

La troisième règle dont l'institution seraitdue à Simon b. Schétah, 
consistait en ce que même les objets de verre pouvaient con trader 
l'impureté lévitique. Déjà Jérémie, Amora du iv e siècle, lui contes- 
tait la paternité de cette mesure, qui est attribuée tantôt aux plus 
anciennes autorités pharisiennes, les deux Yosé (ben Yoézeretben 
Yohanan), tantôt aux rabbins qui auraient vécu quatre-vingts ans 
avant la destruction du Temple 3 . On peut hésiter sur l'ancienneté 
de cette institution qui est toujours mentionnée à côté de celle de 
l'impureté du pays païen, et il serait possible qu'elle eût été arrêtée 



1. Ce qui montre qu'à l'époque antérieure à la destruction du Temple on s'occupait 
de ces questions de droit matrimonial, c'est la vieille mis^hna de keloubot, xm, 11, 
d'après laquelle on peut obliger l'époux à quitter son domicile pour s'établir à Jérusa- 
lem. Il y a lieu d'examiner si le Simon b. Gamaliel nommé ibid., 10 et 11 et T. Ket., 
xm, 3, n'est pas l'Ancien. 

2. Keritot, i, 7. 

3. j. Kel , vin (32 c); j. Sabbat, i K '3d) ; j. i'esa/i,, i (27 d ; b. Sabbat, 14 6, 15 a. 



SIMON lîEN SCUEÎàU 223 

en même temps seulement que les autres mesures relatives aux 
pays païens*. Mais ce qu'on peut considérer comme impossible, 
c'est : 1° qu'elle émane vraiment de l'ancien Yosé b. Yoézer, pas 
plus que les règles rapportées en son nom dans le traité ftEdouyot 
(vin, 4) et qui se rapportent également à certaines impuretés 2 
— un Yosé qui attestait l'impureté du verre et des pays païens 3 
pouvait très facilement devenir avec le temps un Yosé qui Ta 
décrétée ; — 2° que Simon b. Schétah ait quelque chose à faire 
avec cette mesure. Par contre, les passages indiqués parlent d'une 
autre disposition de Simon b. Schétah : ce n'est pas le verre, mais 
le métal qu'il aurait frappé d'impureté. Ce renseignement mérite 
un peu plus de crédit. Nous avons déjà observé qu'il n'a pas proba- 
blement été transmis de règles au nom des anciennes autorités ; ce 
qu'on se répétait d'eux, c'était des maximes, comme nous le voyons 
par le traité d'Abot. D'autre part, il circulait sur leur compte des 
histoires plus ou moins légendaires, telles que nous en trouverons 
sur Simon b. Schétah. C'est de ces histoires que les rabbins pos- 
térieurs inféraient les opinions des anciens. Voici l'anecdote * : Un 
jour la reine Salamsion donna à son fils un repas pendant lequel 
tous les vases contractèrent l'impureté lévitique. Elle les fit briser 
et donner à un forgeron. Celui-ci les fondit et en fit de nouveaux 
vases. Mais les sages dirent : (cela ne sert de rien), ils reprennent 
leur ancienne impureté. Dans cette histoire pas un mot, il est vrai, 
de Simon b. Schétah; mais comme la reine Salamsion n'est autre 
(jue Salomé Alexandra :i dont il était le contemporain et môme le 
frère, il est clair que c'est lui qui a pris cette mesure. Sans doute, il 
n'était pas le seul sage qui vécût à cette époque; bien mieux, nous 
verrons qu'il n'était même pas le chef du parti rabbinique ; c'est 
pourquoi R. Yosé croyait que ce n'était pas lui l'auteur de cette 
disposition, mais Juda b. Tabbaï, tandis que d'après R. Yona, tous 
deux v ont collaboré 6 . Nous n'avons donc ici aucunement un ren- 
seignement direct sur Simon b. Schétah; tout au plus est-ce un 
renseignement remontant à son temps. D'ailleurs, on ne savait plus 

1. j. Sabb., 3 b. 

2. M. Hoffmann, dans son édition de la Mischna, ad loc, admet deux Yosé b. Yoézer. 

3. Sabbat, 15 a, 
\. laid., 16 6. 

5. 11 serait possible de l'identifier avec la Salampsio, fdle d'Hérode et de Mariamne et 
belle-mère d' Agrippa I, et dont nous ne savons rien d'ailleurs. 11 est vrai qu'elle n'était 
pas reine, mais seulement mère de reine. En tout cas, c'est par une confusion avec 
cette princesse (|u'il faudrait expliquer le nom de Salamsion donné par les sources 
rabbiniques à Salomé (Salua) Alexandra. 

G. j. KeL, vin, 11 (32c), 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à l'époque postérieure ce que signifiait au juste cette mesure. Ce 
n'est pas Simon b. Schétah qui avait besoin de décréter que le 
métal peut devenir impur : le Pentateuque le dit lui-même (Nombres, 
xxxi, 22), et, d'autre part, en brisant les vases et en en refaisant 
d'autres, on les restituait, même d'après l'opinion des docteurs 
postérieurs, à l'état de pureté. Le doute ne porte donc pas seulement 
sur l'auteur, il porte encore sur le sens de cette nouvelle loi. 

Une autre raison d'ordre général fait croire que Simon b. Sché- 
tah n'a pris l'initiative d'aucune mesure. Un Simon b. Gamaliel, 
un Yobanan b. Zaccaï, un Gamaliel pouvaient en décréter de 
valables, car ils étaient les cbefs reconnus du judaïsme, à la 
tête de la magistrature suprême. Au contraire, Simon b. Schétah 
n'était pas le chef du parti de la tradition ; il venait à la suite de 
Juda b. Tabbaï. La Mischna ' marque ce rang en disant que Juda b. 
ïabbaï était le « prince » (Nassi) et Simon b. Schétah « l'ancien du 
tribunal » (Ab bêt~din), en quoi elle fait un anachronisme, en 
employant une désignation qui n'est née que plus tard ; quoi qu il 
en soit, elle veut dire que Simon b. Schétah n'occupait que le 
second rang. Dans mon livre sur les Sadducéens, j'ai expliqué cette 
mischna si difficile pour l'histoire, qui parle d'une discussion des 
plus anciennes autorités sur la semiclia ou « action d'appuyer » 
d'une manière toute nouvelle. J'ai essayé de démontrer qu'il ne 
s'agit pas de savoir si l'on peut appuyer les mains un jour de fête 
sur un bœuf, — question qui n'a certainement pas occupé les 
anciens docteurs et qui n'aurait pas été assez importante pour 
constituer la seule divergence d'opinions qui serait conservée de 
cette époque — mais que le débat entre Yosé b. Yoézer et Yosé b. 
Yobanan et entre leurs disciples portait sur la question de savoir si 
l'on doit ou non appuyer la Loi orale à la Loi écrite. Les pieux de la 
veille, à leur tête Yosé b. Yoézer, Josué b. Perahya, Judab. Tabbaï, 
Abtalion, enseignaient qu'on ne devait pas appuyer la tradition 
orale à la ïora, l'y introduire par interprétation, tandis que le 
parti adverse, Yosé b. Yohanan, Matthieu d'Àrbela, Simon b. 
Schétah, Schemaya, professaient qu' « on doit appuyer » et fon- 
dèrent ainsi l'école des Pharisiens, des « interprètes de l'Ecriture », 
des « scrutateurs » (Darschanim, comp. Midrasch). Les deux écoles 
étaient d'accord contre les Sadducéens pour considérer la tradition 
comme obligatoire et ne se distinguaient que par une question de 
tactique : fallait-il ou non « intégrer » la Loi orale dans la Tora ? 
Tandis qu'au début, c'était l'école des « pieux »qui, au sein du parti 

1. Hag ,n, 2. 



SIMON BEN SCHÉTAH 22S 

traditionnaliste, eut le dessus, elle fut refoulée précisément du 
temps de Simon b. Schétah et probablement grâce à lui, de sorte 
qu'avec Schemaya les Pharisiens prirent la tête du mouvement et 
que sous Hillel ils devinrent les seuls maîtres. 

Quoique Juda b. Tabbaï fût encore le chef reconnu de tout le 
parti antisadducéen, on s'explique que dès l'époque tannaïtique on 
ait commencé à en douter et qu'on ait réclamé le premier rôle pour 
Simon b. Schétah, qui apparaissait comme un personnage 
évidemment plus considérable. D'après la Tossefta \ R. Méir 
enseigne que Juda b. Tabbaï était nassi, tandis que les docteurs 
le disent de Simon b. Schétah. La Guemara 2 cite une raison 
en faveur de chaque opinion. Juda b. Tabbaï s'était enfui à Alexan- 
drie quand les Jérusalémites voulurent l'élire nassi à Jérusalem 3 . 
Ils écrivirent donc : de Jérusalem la grande à Alexandrie la petite. 
Jusqu'à quand mon fiancé restera-t-il auprès de vous et serai-je 
veuve de lui ? Il partit et s'embarqua sur un navire. Il demanda : 
Débora, la maîtresse de la maison qui nous a reçus, avait-elle un 
défaut quelconque? Un de ses disciples répondit : Rabbi, son œil 
était troublé. Le maître reprit : Tu as commis deux fautes : tu m'as 
soupçonné, moi, et toi, tu t'es occupé d'elle. En disant qu'elle était 
belle à regarder, je pensais à ses actions. Il s'irrita contre lui et 
s'en alla. La même histoire est racontée par erreur, comme l'a déjà 
démontré Z. Frankel, parle Talmud babylonien de Josué b. Perahya 4 : 
Lorsque le roi Jannée tua les rabbins, Simon b. Schétah fut 
caché par sa sœur, et Josué b. Perahya s'enfuit à Alexandrie 
d'Egypte. Quand la paix fut rétablie, Simon b. Schétah envoya 
(ce message) : De moi, Jérusalem, la ville sainte, à toi, ma sœur, 
Alexandrie d'Egypte. Mon époux demeure dans ton sein et je suis 
désolée. Il dit : Il en résulte que la paix est faite. En route, il ren- 
contra une auberge où on lui fit beaucoup d'honneurs. Que la maî- 
tresse est belle, dit-il en la louant. Alors il (Jésus) lui dit : Rabbi, 
elle cligne des yeux. Il lui répondit : Scélérat, voilà donc de quoi tu 
t'occupes ! Il fit sonner quatre cents coups de trompette et l'excom- 
munia. La chronologie à elle seule empêche d'admettre que le 
disciple Simon b. Schétah rappela son maître Josué b. Perahya — 



1. T. Hag., n, 8. 

2. j. Sanh., vi, 9 (23 c) ; j. Hag., n, 2 [Tid). 

3. Il faut évidemment intervertir ainsi le texte. Juda b. Tabbaï n'avait pas fui par 
modestie, pour échapper à la dignité qu'il accepta dès qu'il eut reçu le message, mais, 
comme le montre le récit parallèle, pour échapper aux persécutions de Jannée. 

4. Sota, \~[h\ Sanh., 107 b, dans les éditions non censurées. Cf. Strack, Jésus, die 
Hâretiker und Chrislen, 1910. 

T. LX1II, n» 126. 15 



â$ô REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et cela à la mort d'Alexandre Jannée. lorsque les Pharisiens persé- 
cutés revinrent dans la patrie; — c'est par une erreur évidente que 
le nom de Josué b. Perahya a été introduit dans le récit à la place 
de celui de Juda b. Tabbaï, à moins qu'on n'ait intentionnellement 
changé les noms, car nous constatons encore plus loin la tendance 
à écarter Juda b. Tabbaï *. 

De ce récit il ressort clairement que Juda b. Tabbaï était le chef 
et qu'il fut même rappelé par Simon b. Schétah en personne. Nous 
voyons, du reste, en même temps que Simon b. Schétah le suivait 
de près et qu'en l'absence du « nassi » il occupait le premier rang. 
Le motif que la Guemara allègue pour faire de Simon le nassi ne 
tient pas en face de cet argument: Simon b. Schétah aurait, dit-on, 
fait pendre le même jour à Ascalon quatre-vingts femmes pour 
crime de sorcellerie 2 . Rien n'indique qu'il n'ait pu agir ainsi qu'en 
qualité de nassi et, en outre, le renseignement en lui-même n'est pas 
suffisamment attesté. Ascalon n'a jamais fait partie du territoire 
juif et n'a jamais ressorti à la justice juive et il est même plus que 
douteux que, comme le dit Josèphe 3 , la ville ait été détruite pen- 
dant la guerre contre les Romains. Néanmoins il pouvait y avoir, à 
en juger d'après la relation talmudique, près d'Ascalon une caverne 
où les sorcières se réunissaient et le jugement sommaire et rigou- 
reux qui leur fut appliqué est assez conforme au caractère de 
Simon. Ce cas, comme celui qui va nous occuper, prouve le pou- 
voir extraordinaire de Simon b. Schétah, mais non le rang qu'il 
occupait dans l'Académie. 

Cette relation de la Mischna, d'après laquelle Simon fit pendre 
quatre-vingts femmes, alors qu'il est défendu d'exécuter ne fût-ce 
que deux sentences capitales le même jour, ressemble à un récit de 
la Mechilta qui lui impute un acte illégal 4 . Simon b. Schétah se 
vanta d'avoir mis à mort un faux témoin, mais Juda b. Tabbaï lui 
prouva qu'il avait versé le sang innocent, car, le témoignage de 

i. Avec des arguments qui défient toute critique scientifique I. Halévi (Dorol hari- 
schonim, le, pp. 474 et s.) a contesté l'identité des deux histoires et soutenu que Josué 
comme Juda ont fui à Alexandrie. Alors qu'il s'en prend vivement à Z. Frankel pour 
avoir dit que les histoires concordent « mot pour mot » — certains mots diffèrent 
en effet —, il escamote les histoires de l'hôtelière et du disciple, qui, d'après lui, 
sont l'une et l'autre authentiques. Ainsi les deux docteurs fuient à Alexandrie, tous 
deux reçoivent les mômes lettres, tous deux louent l'hôtelière, tous deux blâment le 
disciple coupable d'avoir pensé à la beauté physique. Quelles coïncidences extraordi- 
naires ! 

2. Sanh., vi, 4 ; Sifrê Deut., 221 ; j. Sanh., vi, 9 (23 c); j. Hag., h, 2 (77 d). 

3. Bell., u, 460. 

4. Mech., 20, sur Exode, xxm, 7. 



SIMON BEN SCHÉTAH 227 

deux témoins étant seul valable, il était nécessaire de les convaincre 
tous deux de faux témoignage, pour pouvoir les exécuter l'un et 
l'autre. On raconte, par contre, de Juda b. Tabbaï qu'ayant vu un 
jour un homme en poursuivre un autre et aussitôt après le meur- 
trier près de sa victime, il refusa néanmoins de faire exécuter le 
coupable parce que son propre témoignage à lui seul était insuffi- 
sant. Naturellement le meurtrier ne devait pas rester impuni. Un 
miracle survint à propos. Un serpent atteignit l'assassin et le piqua 
mortellement. Tandis que la première histoire mérite créance, la 
seconde est évidemment une pure légende, imaginée pour faire 
contraste, peut-être provoquée par le principe de Juda b. Tabbaï 
d'après lequel on ne devait pas condamner le coupable môme dans 
le cas où le crime était patent. Or, tous les textes parallèles de 
celte relation ont interverti les noms. Juda b. Tabbaï est celui qui 
lait exécuter illégalement le témoin, tandis que Simon b. Schétah 
abandonne même le meurtrier avéré à la justice divine *. Pourtant 
ces relations elles-mêmes fournissent la preuve que c'est la Mechilta 
qui a raison. La Guemara 2 présente, en effet, une addition impor- 
tante. Elle raconte que Juda b. Tabbaï s'étendit (ntûruatt) sur 
le tombeau du témoin exécuté à tort et lui demanda pardon et 
que désormais il ne prononça jamais de décision sans Simon b. 
Schétah. 11 est clair qu'il y avait ici un jeu de mot que l'inter- 
version des noms a fait disparaître. Primitivement on avait voulu 
expliquer ainsi le nom de Simon b. Schétah : il est « celui qui 
s'étendit » (de roz>, étendre) sur le tombeau du supplicié. Il est 
donc prouvé que c'était Simon b. Schétah qui, dans la relation 
primitive, jouait le rôle déjuge injuste. La même conclusion résulte 
aussi du Talmud de Jérusalem 3 , où le récit est immédiatement 
suivi de cette remarque : Simon b. Schétah avait les mains échauf- 
fées. Aurait-on vraiment pu s'exprimer de la sorte, si c'était lui qui 
avait reproché à Juda b. Tabbaï son jugement et s'il avait épargné 
le meurtrier parce qu'il ne pouvait être condamné selon la lettre de 
la loi ? Nouvelle preuve que le texte de la Mechilta est le meilleur. 
Au surplus, les relations talmudiques nous rappellent une situa- 
tion que nous connaissions déjà par Josèphe. Cet historien nous 
apprend qu'après la mort d'Alexandre Jannée, les Pharisiens arri- 
vèrent au pouvoir, qu'ils firent exécuter les anciens conseillers du 
roi jusqu'à ce que les notables sadducéens eussent amené la reine, 

1. Sanh., vi, 6 (vm, 3) ; j. Sanh., vi, 5 (23 b) [iv, 11 (226)] ; Maccol, 56 ; Hag., 
166 (Sanh., 37 b). 

2. Macc, 5 6, et parallèles. 

3. j. Sanh., 23 6 



228 REVUE DES ÉTUDES JUÎVES 

par leurs prières et leurs menaces, à leur céder les forteresses du 
pays 4 . Il serait inconcevable que les Pharisiens eussent mis à mort 
leurs ennemis sans autre forme de justice ; comme l'indiquent les 
sources rabbiniques, ils les auront accusés et condamnés comme 
faux témoins. C'est ce qui transparaît encore assez clairement à 
travers le récit de Josèphe, d'après qui ceux des Sadducéens qui 
avaient conseillé au roi l'exécution de huit cents Pharisiens furent 
alors condamnés à mort. Toutefois le simple conseil n'aurait pas 
pu, d'après le droit pharisien, être puni, car le roi n'aurait eu qu'à 
ne pas le suivre. Il en est autrement si les Sadducéens avaient 
calomnié leurs adversaires et les avaient dénoncés comme faux 
témoins. Dans ce cas ils méritaient la mort, non seulement si les 
victimes de leurs calomnies avaient été exécutées, mais même si 
elles avaient pu se mettre en sûreté par la fuite, comme Juda b. 
Tabbaï 2 . Les Pharisien s professaient, en effet, qu'il faut faire au faux 
témoin ce qu'il avait projeté de faire à son prochain (Deut., xrx,19), 
même s'il n'a pas accompli son projet, si le prochain a été con- 
damné, mais non exécuté, tandis que les Sadducéens n'admettaient 
l'application de cette loi du talion que si le jugement avait été suivi 
d'effet. La tradition talmudique sait même encore que le traitement 
appliqué par Simon au faux témoin était dirigé en réalité contre les 
Sadducéens. 

Les Sadducéens semblent avoir tiré de Simon b. Schétah, qui en 
avait fait exécuter un certain nombre comme faux témoins, une 
vengeance effroyable. Le Talmud de Jérusalem 3 raconte qu'une 
bande de scélérats se concertèrent pour porter témoignage contre 
le fils de Simon — et non, qu'on le remarque bien, contre celui de 
Juda —, de sorte que le malheureux fut condamné à mort. Comme 
ils avouèrent ensuite qu'ils avaient menti, le père voulut reviser la 
sentence, mais le fils s'offrit lui-même au bourreau en disant : 
« Père, si le secours doit venir par toi, fais de moi ton marche-pied 
(littéralement : ton seuil). » Cette histoire est bien obscure. On ne voit 
pas pourquoi la revision aurait été mal fondéealorsqueles témoins 
s'étaient eux-mêmes rétractés, et on ne comprend pas davantage 
en quoi le père peut être l'artisan du salut en acceptant le sacrifice 
de son fils. Peut-être les circonstances étaient-elles quelque peu 
différentes : les Sadducéens avaient accusé le fils d'avoir témoigné 
faussement contre l'un d'eux pour prendre ainsi Simon b. Schétah 

1. Antiq., XIII, 408 et suiv. : Bell., I, 110 et suiv. 

2. La déduction vraiment absurde d'après laquelle le calomniateur n'est pas exécuté 
si la condamnation du calomnié a déjà été suivie d'effet est d'origine postérieure. 

3. j. Sanh., vi, 5 (23 6). 



SIMON BEN SCHÉTAH 229 

dans son propre piège. D'après le principe pharisien, il devait faire 
exécuter son fils, bien que le Sadducéen qu'on l'accusait d'avoir 
faussement dénoncé fût encore en vie. Il ne pouvait sauver son fils 
qu'en acceptant l'opinion sadducéenne. Du coup, les Sadducéens 
qu'il poursuivait auraient été sauvés. L'amour paternel l'emporta 
chez Simon. Il voulut rétracter son opinion et reconnaître qu'on ne 
peut condamner à mort un faux témoin que si sa déposition a déjà 
amené l'exécution de l'innocent. Mais le fils s'offre en sacrifice en 
disant héroïquement : Père, si tu veux que le salut vienne par toi, 
si tu veux anéantir les Sadducéens, fais de moi ton marche-pied, 
fais-moi mourir et condamne de la même manière que jusqu'à pré- 
sent les Sadducéens qui ont témoigné contre les Pharisiens sous le 
règne de Jannée. C'est ainsi qu'on peut expliquer ce récit obscur ; 
mais il faut reconnaître que cette reconstruction de l'histoire, dont 
nous n'avons malheureusement aucune relation parallèle, n'est 
qu une hypothèse. 

Les maximes qui nous ont été transmises de Simon b. Schétah 
et de Juda b, Tabbaï laissent voir qu'ils se sont beaucoup occupés 
durant leur vie à rendre la justice et à juger des faux témoins *. 
Juda b Tabbaï disait : (Etant juge) ne te fais pas avocat 2 . Lorsque 
les parties sont devant toi, considère-les comme coupables; quand 
elles se sont retirées, considère-les comme justes, dès qu'elles ont 
accepté la sentence. Simon b. Schétah disait : Examine soigneuse- 
ment les témoins et sois prudent dans ce que tu dis, car ils pour- 
raient apprendre de toi à mentir. Ici encore on découvre la douceur 
du caractère de Juda et la prudence inquiète de Simon, qu'il devait 
peut-ôtre aux expériences qu'il avait faites avec les faux témoins 
sadducéens. 

Les luttes contre les Sadducéens remplissent la vie de Simon. On 
le voit par d'autres histoires qui sont rapportées de lui. Une anec- 
dote 3 explique ainsi pourquoi il s'était attiré la colère du roi Jannée. 
Un jour trois cents naziréens vinrent le trouver ; ils n'avaient pas 
assez d'argent pour offrir les sacrifices qu'ils devaient. Il dit alors 
au roi qu'il prendrait sur lui une moitié des frais, si le roi voulait 
assumer l'autre moitié. Le roi accepta et s'exécuta. Simon, lui, ne 
paya rien, mais il annula les vœux de sa moitié. Quand le roi apprit 
ce tour, Simon tomba en disgrâce et fut obligé de s'enfuir. Il fut 
rappelé plus tard grâce à une ambassade perse qui était venue chez 

1. Abot, i, 8, 9. 

2. Lire D*W, au lieu de D^m ; comp. Job, xra, 18. 

3. j. Nazir, v, 5 (546) ; j. Ber., vu, 2 (il b) ; Gen. r., xci, 3 ; Eccl. r., vu, il. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le roi. Il se plaça fièrement entre le roi et la reine, honneur qui lui 
revenait à lui, représentant de la Tora, et ne récita la prière du 
repas que lorsqu'on lui eut apporté une seconde coupe de vin. Le 
Talmud de Babylone i sait seulement qu'on le rappela parce qu'on 
n'avait personne qui sût réciter les grâces. Nous savons par Josèphe 
que les conflits entre Jannée et les Pharisiens n'étaient pas aussi 
innocents que pourrait le faire croire cette anecdote, dont la valeur 
historique est précisément assez mince. Le seul souvenir historique 
qu'elle recèle est celui d'une discussion réelle entre Pharisiens et 
Sadducéens. Ceux-ci n'admettaient pas l'annulation des vœux par 
les docteurs, parce que le Pentateuque n'en dit rien, et il y a appa- 
rence que leurs adversaires les plaisantaient sur ce qu'ils étaient 
assez sots pour être obligés de délier leur bourse, tandis que les 
Pharisiens pouvaient se faire annuler leurs vœux 2 . D'autre part, 
cette histoire donne à croire que Simon a pu se montrer à Jérusalem 
avant la mort d'Alexandre Jannée et qu'il lui fut ainsi possible 
de rappeler Juda b. Tabbaï aussitôt que Salomé fut montée sur le 
trône. 

C'est alors que commença la véritable activité de Simon b. 
Schétah. « Tous les sages d'Israël (c'est-a-dire tous les Pharisiens) 
furent tués (sous Jannée) et le monde fut désolé jusqu'à ce que 
parut Simon b. Schétah, qui replaça la Tora dans son état ancien » ; 
c'est en ces termes que le Talmud 3 loue Simon b. Schétah et il ne 
paraît pas avoir apprécié outre mesure le mérite de ce personnage. 
Frère de la reine, il appartenait certainement à ces Pharisiens qui, 
d'après Josèphe, furent les véritables maîtres du pays '. Il est par- 
faitement admissible que les Sadducéens aient alors été exclus sans 
exception du Sanhédrin, comme le raconte la scolie du Rouleau 
des jeûnes 5 . Sans doute les choses ne se seront pas passées comme 
le croit ce scoliaste, Simon b. Schétah demandant aux Saddu- 
céens pour chaque nouveau cas une preuve tirée de la Tora, qui 
était pour eux la seule autorité et comme, incapables de répondre, 
ils quittaient leurs sièges de honte, les remplaçant par ses disciples. 
Les Sadducéens n'auront pas disparu aussi volontairement du 
Sanhédrin, qui aurait ensuite condamné leurs chefs à mort. Mais 
le résultat restait le même : Simon eut, sinon la présidence, du 
moins la toute-puissance au sein du Sanhédrin. C'est alors qu'il 

1. Ber., 48 a. 

2. Comp. mon ouvrage sur les Sadducéens. 

3. Kidd., 66 a. 

4. Antiq., XIII, 409; Bell., I, 110 et suiv. 

5. Ch. i, à la date du 28 Tébet. 



SIMON BEN SCHÉTAH 231 

paraît avoir menacé de l'interdit le faiseur de miracles Honi, qui 
faisait tomber la pluie par ses prières * et qui devait trouver une fin 
si tragique dans la guerre entre Hyrcan et Aristobule 2 ; et plus tard 
on racontait des prodiges sur cet âge d'or de Simon b. Schétah et 
de la reine Salomé, alors que la pluie tombait à propos pendant les 
nuits du sabbat jusqu'à ce que le froment fût devenu aussi gros 
que des rognons (de bœuf?) 3 , l'orge aussi grosse que des grains 
d'olives et les lentilles aussi grosses que des deniers d'or, desquels 
produits les docteurs gardèrent des échantillons comme souvenir 4 . 
Cette gloire ne dura pas longtemps. La mort d'Alexandra mit fin 
provisoirement à la domination des Pharisiens. Nous ne savons si 
Simon a été le témoin de cette chute. Peut-être fut-il ravi par la 
mort au zénith de sa fortune avant sa sœur, qui atteignit l'âge de 
soixante-douze ans. 

Les sources rabbiniques n'en savent pas long sur Simon b. 
Schétah, mais elles complètent heureusement le récit de Josèphe. 
Après avoir éliminé les renseignements qui ont été mis par erreur 
sur son compte, nous pouvons recueillir à peu près ce qui suit en 
fait d'indications historiques : Simon b. Schétah, frère de la reine 
Salomé Alexandra, chef du parti pharisien, fut après l'issue malheu- 
reuse de la révolte des Pharisiens contre Alexandre Jannée, caché 
par sa sœur, puis gracié par le roi. Aussitôt après la mort de ce 
dernier, il rappela de l'exil le chef du parti traditionnaliste, Juda 
b. Tabbaï. Lui-même eut la plus grande influence sur le gouverne- 
ment de sa sœur, gagnée au pharisaïsme ; il chassa les Sadducéens 
du Conseil suprême et fit ensuite exécuter leurs meneurs, en se 
servant, comme instrument, de la loi des faux témoins. Grâce à son 
activité, l'école pharisienne, qui n'avait occupé jusqu'alors qu'une 
place de second ordre dans le parti antisadducéen, devint domi- 
nante. Le premier ou plutôt le seul qui ait triomphé, et non sans 
recourir à la force, des Sadducéens, il vécut dans la mémoire du 
peuple plus qu'aucun de ceux que le judaïsme pharisien a produits 
avant et après lui jusqu'à Hillel. 

R. Leszynsky 



1. j. Moëd Katan, m, 1 (81 d); j. Taan., m, 12 (67a); Ber., 19 a; Taan., 19a, 
23 a. 

2. Antiq., XIV, 22 et suiv. 

3. Ket., ill b. 

4. .Si/Va, Behouk., i, 1 ; Taan., 23 a : Lév. r., ixxv, 9. 



L'ORIGINAL ARAMÉEN DES HALACHOT PESOUKOT 



Le problème des Halachot Guedolot et des Halachot Pesoukot, 
de leurs auteurs et de leurs rapports réciproques, est un des plus 
ardus et des plus compliqués de l'ancienne littérature juive et, 
dans Tétat actuel de nos connaissances, on ne peut faire à ce sujet 
que des hypothèses plus ou moins fondées '. On peut seulement 
considérer comme établi qu'il y a eu à l'époque des Gueonim deux 
ouvrages de ce genre, l'un de Yehoudaï Gaon, l'autre de Simon 
Kayyâra, que ce dernier a vécu plus tard que le premier, dont il a 
copieusement utilisé l'ouvrage, que le titre de Halachot Guedolot 
est donné à l'un et à l'autre, tandis que celui de Halachot Pesou- 
kot ne désigne que le Halachot de Yehoudaï, mais que ni l'un ni 
l'autre ne nous est parvenu dans sa forme primitive, si môme celui 
de Yehoudaï n'est pas tout à fait perdu. 

Or, Neubauer avait annoncé dès 1873 qu'il avait trouvé dans un 
manuscrit d'Oxford les Halachot Pesoukot ou ifin rvobn des dis- 
ciples de Yehoudaï 2 . Ce manuscrit est le Cod. Hunt 501 (Catalogue 
Neubauer, 780), incomplet au commencement et à la fin ; il contient 
ces Halachot en une rédaction hébraïque, dans laquelle il est facile 
de reconnaître une traduction de l'araméen. Senior Sachs, qui en 
avait vu une copie, voulait les attribuer à l'exilarque émigré en 
Espagne, Isaac, neveu de R. Bibi 3 : mais cette attribution reposait 
sur une mauvaise lecture d'un passage de Judab. Barzillaï 4 , lecture 

1. Les derniers auteurs qui ont traité de la question sont : Epstein, dans son article 
si riche en aperçus mbvw mpbft "1DO b* "I73NE (dans Ha-Goren, III, 1902, 
p. 46-81 ; cf. Z. f. H. B., VI, 99), etGinzberg, Geonica, I (New- York, 1909), p. 9o et suiv. 

2. Ha-Maguid, XVII (1873), 125. Neubauer donne comme auteurs les disciples de 
Yehoudaï parce que celui-ci, d'après la consultation connue de Haï (dans Or Zaroua, 
II, 177 6), était aveugle et n'a pas écrit lui- môme ses ouvrages. 

3. Ibid., XXII (1878), 238 et suiv. Cf. ibid., p. 321. 

4. Ce passage, qui n'était connu alors que par le Zécher Natan de Coronel, 134 a, 
se trouve dans le Se fer ha-Ittim, 267 : "inN "13*7 N51 Û*M*inï1 "tfPin «b DblJ-OT 

^a^a mi rpnnN nn «mba 12^1 pnsrro ïïtm rDi-i? l'en"; *rabn "watt 

N^DONb NSIïmp "pa *nS03 a^D'UT- Chez Coronel, le mot Tl73bri manque 
après "WEBi et au lieu de "jn^DD il y a NpOD3. 



L'ORIGINAL ÀRAMÉEN DES HALACHOT PESOUKOT 233 

qui fut aussitôt rectifiée par Buber\ Neubauer motiva davantage 
son opinion dans un article étendu 2 , où il publia les rares citations 
des i»i mabn données par deux auteurs et chercha à prouver que 
ces citations étaient empruntées aux Halachot découvertes par lui. 
Le premier de ces auteurs est le caraïte Yeschoua b. Yehouda 
(milieu du xi e siècle), dont le Se fer ha-Yaschar contient vers la 
fin 3 un chapitre intitulé : "ia w pis .'pa-ifi irm tien tons nain 
îattn '»« û'voa mm ©Tarn (L irobsti b*a) nabn b* ims *oi ton 
'■Di ifpmrfit mnsti ■jï-rm-iss mutais a^iua î-jto*. Vient ensuite le com- 
mentaire de Yeschoua sur ce chapitre, avec ces mots 4 : na w p^is 
bizn tj-rç» mu)* tt?ana sa-man ya -imanso TOKa û'oann ysn -n«a 
diw "manst ton t-rnriN ba mna; ce commentaire cite d'abord 
l'auteur des Halachot (rTObnrt ba>a) ou de ces Halachot (nba b*a 
mabnn), dont il distingue nettement celui des Halachot Guedolot : 
pvnnDO an-p ton tana t=:ip7an ï-ït nnatt rvobrn nba ba>a *dt ' — inan 
'iai mbma mabn b?a to?. Suit une citation des Halachot Guedolot : 
taTOan woa mVna r-nabn b^a ttok -ût ton bban hï ba -pana ^ao 
'"iai rriyn p nba n-p-i? p-isa 'wn mmofitti. Enfin, les autres Halachot, 
c'est-à dire celles auxquelles est pris le chapitre précité, sont dénom- 
mées lin mabn : tzrpna itn mabn b?a ims -ût ton vjbwi -oai 
noa «b -™ «mufti artonb a-'wo ûi-p^a ^riMn anspTa (1. wwi) vroïi 
mTanpTan ttba ncmp. En effet, Yeschoua, dans son commentaire, 
partage ce chapitre en sections (pTOr] et paragraphes, pour en facili- 
ter l'intelligence. C'est ce chapitre que Neubauer veut retrouver en 
entier dans les iso mabn découvertes par lui, sauf que ces dernières 
sont en hébreu 5 . Mais en réalité il concorde mot pour mot avec le 
passage correspondant des Halachot Guedolot 6 , et tous les pas- 
sages qui sont contenus dans celles-ci, mais manquent dans les 
H.R., se trouvent chez Yeschoua 7 . D'autre part, la citation sus- 

1. Ha-Maguid, l. c, 390. Cf. ibid. t 270, 329. 

2. for. Letterbode, IV (1878-1879), p. 55-66 ; cf. p. 134. 

3. Ed. Markon, p. 144-145. 

4. Ibid.,p. 146-150. 

5. Il correspond, dans l'édition que nous allons mentionner de Schlossberg, à p. 111, 
1. 3 d'en bas-p. 113, I. 8. 

6. Ed. de Varsovie, 956, 1. 10 d'en bas — 96 6, I. 14 ; éd. Hildesheiraer, p. 2VJ, I. 1- 
p. 840, 1. 11 d'en bas. 

7. Par exemple ce passage entre crochets : ïn^nVISE "jH *b }*&*\) Da^b Ï1T10&... 

rmo« [oa^b misai ...mnva np$ mn« n?ai -1731m bp m*a« i^n 

ttrHJt ; mais ce passage peut être tombé par homoiotéleuton ; ou encore les mots 
entre crocheta dans : aTfiÔ NWb TOD8 Wl] .. rnrrrTa HDN niMN r!73 

[rmo» nmx, et plus loin : ©*©] iîb it jbia nvvn (1. baj by iiapin 

•^N ^nK n©81 . ..lb«72 nVIITan miy, etc. D'autre part, il faut remarquer 
qu'on lit chez Yeschoua à la lin : ïimbia inbai, plus correctement p. 150, I. 10 



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234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mentionnée que Yesclioua indique formellement comme empruntée 
aux H G., c'est-à-d. au pérek 'arayot, se retrouve pour une moitié 
dans les H. R. ' et pour Vautre dans les H. G. 2 . On ne peut donc rien 
tirer, pour notre question, de Yeschoua, qui ne nomme d'ailleurs 
aucun auteur. Je veux seulement remarquer que les Caraïtes 
connaissaient les H. G. et les utilisaient consciencieusement. Tels 
sont : Sahl, qui, dans son ouvrage de polémique contre Saadia, en 
reproduit un passage assez long sans indiquer sa source 3 , et 
Hadassi, qui les appelle Halachot Pesoukot \ 

Plus important est le second auteur qui nomme les ixi mabn 
et dit formellement à ce propos qu'on les attribue à Yehoudaï 
Gaon (mais non qu'elles ont été réellement composées par lui). 
C'est Samuel ibn Djâmi, dans ses Règles de Fabatage (en arabe), 
au passage cité d'abord par Steinschneider 5 , puis répété par Neu- 
bauer : i;^nxb naidSftbx mabnba im ixi mabn ^d mari "38 bipND 
ùTiia xpi "p. sa ^TDi ^n n72i3n y:bx Nina b"T "parc rmm ni 173 
iàx mbna mabn anas xitrp fi*»» ai 1731 ...bwpti koti "na^ara 
"pK râpa iaN bip rroy ixn bipbs xin py. Ce qu'on lit ensuite au 
nom de Simon Kayyara se trouve en effet, comme l'indique 
Steinschneider, dans nos H. G. 6 , tandis que la citation des H. R. 
paraît vraiment concorder avec nos Halachot 7 . 

Le manuscrit d'Oxford fut publié quelques années plus tard par 
Schlossberg (Versailles, 1886) sous ce titre : ix mpioa mabn iaa 
■pas yxrsr an "Tfcbnb nDnvnn ixi mabn, et Halberstam, dans une 

d'en bas : (1. xmxia) nP8 *ia '73X1 inbl) b« y^n 1123X 1*. ce qui corres- 
pond dans l'éd. Schl. à nSttPWS 111*301, par <|iioi ce cas se termine, tandis que dans 
les//. G. on lit: 'idi P731 131X1 pb 11X12)3 bni lllba (cf. Letterbode, l. c, 64;. 

1. Ed. Schl., p. 106 </< m/7., où commencent aussi les rmi3> 'H- 

2. Ed. de Varsovie, p. 1026: éd. Hild., p. 253. 

3. Apud Pinsker, p. 40, 1. 26. Voir mon ouvrage The Karaile literary opponents 
of Saadiah Gaon, p. 40, n. 1. 

4. Eschkoi, 139 ^ : yaniB'W tt^s mai iyin mpioa mabna "mnrra ds 
'iai cairnEi psaii rrfcpb tin ^bmiaxb (i. ija) ">sa xpi aimxi = //. g., 
i49a; 151 n : onb.io naia bia mpios mabna naa noms isnx ama 13a 
'iai pTi b* iniaî impb naian dt< nx nar ii73X = //. G., 24 6 (c'est le 

même passage que cite Sahl); ib., y : mpiOD mabn nbnna 1173X1 m? 132Î3 

"jmia niïnn ba r;Ta ">xnv p *pj>73i23 'n d 112373 "pim 'n 173X ï-it naia bia 

'1D1 bxild^b n"npn = H. G., 32 a. Quelquefois aussi sans l'indication du titre, 

p. ex. ibid., -o : xnataa npisxbi nbryb iiox 1173x1 nma paya ns> 1133123 

naiSn &T<3 aaTQB X12373 IX^iSin xbl 173X3123 = //• G.,ib. (suite du passage 
précédent). Cf. Mûller, Handschriftliche Jehudai Gaon zugeiuiesene Lehrsàtze, note 4. 

5. Judische Zeitschrift, de Geiger, II, 77; cf. I, 307. 

6. Ed. Vars., 251 a ; éd. Hild., 512. 

7. Ed. Schl., 136. Outre ces deux auteurs, Neubauer a trouvé les H. R. citées dans 
une liste de livres d'un manuscrit du Britisli Muséum (Add. 27169, Gat. Margoliouth, II, 
340). V. Letterbode, l. c, 134. 



L'ORIGINAL ARAMÉEN DES IIALACFIOT PESOUKOT 235 

lettre érudite insérée au début de l'ouvrage, se rallie entièrement 
à l'opinion de Neubauer. en se basant principalement sur Samuel 
ibn Djâmi (il ne cite même pas Yeschoua) et en ajoutant de nou- 
velles preuves peu convaincantes '. Il croit que la traduction 
hébraïque a été faite en Grèce ou dans l'Italie méridionale; mais 
il est probable que sa patrie est la Palestine 2 . Millier 3 regarde 
également le texte édité par Schlossberg comme représentant les 
llalachot Pesoukot de Yehoudaï, mais Samuel ibn Djâmi ne parle 
que de itn mr»bii, dont l'identité avec les Halachot Pesoukot reste 
à prouver, car il s'est conservé différents titres de compendiums 
balachiques analogues ■'. — Quant au titre de ian rrobrj, Stein- 
scbneider voulait l'expliquer par les mots initiaux *p*7 rra "un, 
tandis que, d'après Neubauer, le premier chapitre aurait contenu 
les hilclwt éroubin, qui auraient commencé ici, comme dans les 
//. G., par les mots r-oion n» tzob fna 'r-i "O nan ; mais, outre 
que notre manuscrit commence au milieu des hilchot schabbat, 
lesquelles ne pouvaient être précédées par des hilchot éroubin' 6 , 

1. Voir par exemple p. vu en haut ; nous savons maintenant que le nVtfî'ID "110 
Û^am d^tt" 1 b'£3 était également contenu dans les H. G. (voir Schorr, dans la Jubel- 
schrift en l'honneur de Zunz, p. 133, et, dans le sens opposé, Epstein, /. c, 59), et il 
se trouve d'ailleurs dans l'éd. Hildesheimer. p. 617 et s., à comparer avec éd. Schloss- 
berg, p 132 et s. 

2. Le seul argument d'Halbertstam (p. ni) est qu'au lieu des mots "»D^n "HTp 
■*y*ï3S1 des //. G. (éd. Vars., 60 b, 1. 26; éd. Hild., p. 145, l 16), l'éd. Seul, porte 
nvroSJO nVlûObnTl nmp, mots grecs. Mais d'abord les deux mots sont 
empruntés a la Mischna (Kélim, xm, 2; Zeb., xi, 7); ensuite -b^UD est également 
grec (7râT£À).a, écuelle; ce qui est intéressant, c'est que ce mot est traduit par un autre 
qui signifie gril), d'où l'on pourrait induire que les H. G. sont également originaires 
de Grèce (le passage du Yuhassin cité par Halberstam, p. n, doit être compris autre- 
ment, v. Epstein, p. 64). Différentes raisons militent pour la Palestine : 1° l'ortho- 
graphe palestinienne dans des mots tels que bO"lb, '"IP, 173171, etc., phénomène 
également signalé par Halherstam, p. v ; 2° le passage du Talmud (Soucca, 46 b) cité 
dans les H. G. (67 a en bas; éd. Hild., p. 168) : "*ïï"p "nn p man pfcO, est traduit 
ici (p. 30) : a^ ij'O }7:b V'O bnnm, ce qui ne pouvait se dire qu'en Palestine ; 
3° la mischna de Guiflin, v, 7 ('"D"! nptt lnp?3 niul^Dn) est cité ici (p. 115, 1. 2) 
avec la leçon rn^TD^. qui est celle du Yerouschalmi (Maasser sche'ni, iv, 4, 
t'° 55 a, I. 33; l'éd. Lowe a rnuVDn); 4° au témoignage de Samuel ibn Djami le 
Alidrasch Haschkem a également traduit en hébreu des passages des H. G. Or, ce 
Midrasch est identique au Vehizhir (comme l'ont prouvé Zunz et Geiger. ; les argu- 
ments contraires de Freimann, Buber et Griinhut ne sont pas péremptoires) ; mais le 
Vehizhir appartient sans aucun doute à la Palestine du x e siècle [v. ./. Q. R., Neir. 
Ser. t I. 68] : c'était donc l'usage dans ce pays de traduire en hébreu des textes aia— 
méens des //. G. et d'ouvrages analogues. 

3. L. c, note 5. 

4. maap niabrt, nwap mabn, maiatp mabrv 

5. V. Weiss, Dor, IV, 356. Les Halachot Keçoubol éditées par Horovitz {llalach. 
Schr. <l. Geonim, I, 14 commencent par les hilchot éroubin, mais non par les mots 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nous verrons plus loin que nos Halachot, tout comme les H. G., 
s'ouvraient par les hilchot berachot. 

Postérieurement à cette édition, nos Halachot n'ont été étudiées 
que par trois savants : Weiss leur accorde quelques lignes et 
n'aboutit à aucun résultat définitif. M. Epstein * pense qu'elles 
n'émanent pas de Yehoudaï et qu'elles sont postérieures à Simon 
Kayyara, parce qu'elles contiennent des passages des Scheeltot, 
lesquels n'ont été insérés dans les H. G. que par Simon ; d'ail- 
leurs le compilateur a connu les Halachot Pesoukot de Yehoudaï. 
Mais comment se fait-il que nul auteur plus jeune que Joseph, 
fils de Yehoudaï, n'y est cité 2 ? D'après d'autres indices, l'ouvrage 
appartient à l'époque des Gueonim et probablement au x° siècle 3 . 
Enfin, M. Ginzberg' croit que nos Halachot sont simplement un 
extrait hébreu des H. G. ; si elles contiennent des passages qui ne 
se trouvent pas dans les H. G., cela ne prouve rien, parce que 
nos H. G. ne sont pas complètes. Mais nous devons faire observer 
que nos Halachot étaient primitivement, comme nous allons le voir 
tout de suite, rédigées en araméen; il faudrait donc admettre que 
quelqu'un a cueilli dans les H. G. des textes isolés et les a mis bout 
à bout, souvent dans un ordre différent, ce qui est invraisemblable : 
nos Halachot font l'effet d'un ouvrage indépendant et formant 
un tout. 

Nous avons, du reste, un fragment de l'araméen original des 
Halachot Pesoukot, et c'est par M. Ginzberg lui-même qu'il a été 
publié. C'est le n° xuv des textes de la Gueniza qu'il a édités 5 . Il 
s'est borné à remarquer 6 que ce fragment contient un morceau des 

1. L. c, p. 67. 

2. P. 122, 1. 2 d'en bas : "pD^SE «pNta "I73N "WIÏT ~\J3 5© 123 E|OV» 31 
'm n3V3 D*»baN PD13 (B. G., 83 6 en bas, éd. Hild., 20S en haut, au nom de 
Yehoudaï). Abraham b. David (éd. Neubaucr, 64j nomme bien, parmi les Gueonim de 
Poumbedita pour la quatrième génération, un gaou du nom de Joseph b. Yehouda (de 
là dans Joseph b. Saddik, ibid , p. 92, et chez Saadia ibn Danan, 27 a), mais la leçon 
correcte est celle de Scherira, qui a Joseph b. Abba (éd. Neubauer, 37). — Les autres 
autorités citées dans nos Halachot sont : Mar Bar Hana (p. 28; H. G. : Mar Bar Rab 
Hana ou Houna, v. Epstein, l. c. , 75); Mar Bar Samuel (ibid.; H. G. : Mar Rab 
Samuel) ; Mar (m 73) Rab Samuel (p. 83 ; probablement le maître d'Aha de Schabha, 
voir mes Studien zur geonàischen Epoche, I, 65) et Yehoudaï (p. 53, 83, 109, 121, 
133 et 134). 

3. Voir l'orthographe signalée plus haut, p. 235, n. 2, et qui ne peut être bien 
récente. La date de composition du Vehizhir nous reporte aussi au x e siècle. En tout 
cas, nos Halachot paraissent avoir été rédigées après la recension représentée par le 
ms. du Vatican (voir plus loin). 

4. Geonica, 1, p. 116. 

5. Ibid., Il, p. 382-395. 
(f. Ibid., p. 351 en bas. 



L'ORIGINAL AtUMÉEN DES HALàCHOT PESOtJKOT 231 

llalachot Guedolot, qu'il n'offre rien de nouveau, sauf qu'il 
présente un ordre différent dans la suite des paragraphes. Mais il 
ne s'est pas aperçu que cet ordre est presque en entier celui de 
l'édition Schlossberg et qu'il y a une lacune entre les feuilles 1 et 2 
ainsi que (le cahier formant 8 feuillets) entre les feuillets 5 et 6. 
Pour montrer que l'ordre suit celui de l'éd. SchL, je vais d'abord 
dresser une table de concordance de cette édition avec les 
llalachot Guedolot : 

Le feuillet 1 correspond à éd. Schl., p. 85, 1. 3 d'en bas — p. 8G, 
1. 21, sauf qu'il manque ici 1 r°, 1. 15-18 (barb^a p ïvaia pn 
diemd "*rb ïi&paw nbîaai-na . . . 'in) et 1 v°, 1. 11-19 (depuis tcrn 
pasn jusqu'à rrosjb ïTT mo*tti). Mais ce second paragraphe rompt 
ici la suite des idées ; il se retrouve effectivement, comme on va 
le voir, plus loin, et c'est par suite de quelque erreur qu'il s'est 
glissé ici. Par contre, dans les H. G., plusieurs passages distincts 
correspondent à ce feuillet : 1 r°, 1. 1-8 = p. 139 a, 1. 22-31 ; 1. 8-15 
= p. 1406,1.31-38; 1. 15-17 = p. 141a, 1. 34-36 ; 1. 17-18 = p. 140 6, 
1. 38-39; 1. 18-20 comp. avec p. 1396, 1. 9 ; 1. 20-1 v°, 1.3 = 
p. 141a, 1. 3-6; 1. 3-11 =:?6., 1. 14-22; 1. ll-19 = p. 142a, 1. 1-5 
(où le commencement et la fin manquent d'ailleurs); 1. 19-21 = 
p. 1146,1. 1-3*. 

Même cas pour les feuillets 2-5 du fragment, qui correspondent 
à éd. Schl., p. 87, 1. 15-p. 90, 1. 9 2 ; dans les H. G., par contre, les 
passages en question ne se suivent pas, car : 2 v°, 1. 1-18 = p. 135 6, 
1. 39- 136a, 1. 9; 2r°, 1. 18 — 2 v°, 1. 3 = p. 136a, 1. 19-23; 1.3-7 
= ibid., 1.11 —6 d'en bas; 1. 1-iQ — ibid., 1. 10-18; 2 v°, 1. 17 — 
3 v°, 1. 5 = p. 136a, 1. 6 d'en bas — 1366, 1. 20; 3 v°, 1. 5 — 5 v°, 
1. 21 = p. 1366, 1. 25 — p. 137 6, 1. 6 3 . 

Le cas est plus compliqué pour le feuillet 6, qui correspond à 
peu près à éd. Schl., p. 90, 1. 10 d'en bas — p. 91, 1. 4. D'abord, 
6 V, 1. 1-12 est déjà contenu en partie au feuillet 1 v°, 1. 11-19 
(voir plus haut) ; puis deux paragraphes manquent ici dans l'éd. 

i. Tous ces passages manquent dans l'éd. Hildesheimer. 

2. La comparaison avec les H. G. et avec le fragment de la Gueniza (4 v°) montre 
que tout un passage est tombé p. 89, 1. 20, par suite d'homoioteleuton : *j3^3m 

•jet ba rvaœ» ht "nn aiBinû'iB^a to^ib in msisn -in^N pn a^taran 
^ai nyaianb bia^ "p« firsinaiB» rirs abi maisn na^ta-in ab] nanTO 
n.x iî3b »bc nn pan "13m rmo^y ban nabs by Vs^cm hein -iT^ba 
ht ">nn k^bi-i^bn ns^wœ in rmsn rta'nDiïi nanaïïfîi p"> man p -imaa 
b-ia-» "pa ars-nuiBN nr» frtbi n*an:n na">unn «b narria pT ba narwa 
iwnawai nm abi maisn rwnair: Mb ib^DN -itsin nîjnbN 'n rtahawnb 
'idt ùTBinoiB» mttîja firôs n^« -p "pNta [nat-pia pT ba ïwatan ïit nn. 

3. Ces passades manquent aussi dans l'éd. Hild. 



238 &EVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Schl. : r°, l. 15-21 et v°, 1. 8-15; enfin, il manque dans notre 
fragment, v°, 1. 8 (après rpnbab) la phrase : r»maab û'toytn ■pbn 
vmaab û^a ■piaa-ibiDi "naab o^aa •pioaib© û^ia naioï-n raab û^anbi, 
phrase qui manque aussi dans H. G., p. 222 (= éd. Hild., p. 455-6), 
auquel passage notre feuillet correspond, mais approximativement 
seulement. Il semble donc que plusieurs paragraphes sont tombés 
dans l'éd. Schl., p. 90, parce qu'autrement la lacune du fragment 
de laGueniza entre les feuillets 5-6 serait trop grande comparée à 
l'édition. 

Ce qui prouve encore que notre fragment correspond, non aux 
H. G., dans un autre ordre, mais aux H. G. de l'éd. Schl., c'est 
l'identité de nombreuses leçons, dont je ne signalerai que quelques- 
unes, plus importantes que d'autres : 3 r°, 1. 7 : ern K"raa n «n 
anaaTitt fmna bilan "pn maa mhttti = éd. Schl., p. 88, 1. 10 : 
r-na^ vnaa brai yn r-paa ovn [bat* vm] ™bn nn, tandis que 
dans H. G., p. 136 6, 1. 5, les mots bilan ]"H f^aa manquent (voir 
la note de Ginzberg, ad loc.) ; 2 r°, 1. 8 : «b^an anasnjn Bcron 
'■Wi '*"W Nb"«D«n enasw = éd. Schl., p. 87, 1. 20 (où le troisième 
rsb^Dïn rna^nan est faussement mis entre parenthèses), tandis que 
H. G., 1356, 1. 6 d'en bas, a : Wî anbn nb^DÉO «"îayw fi©*m; 
iôid.f 1. 18 et s. = éd. Schl., ib., 1. 3 d'en bas, non H. G., 136a, 
1. 19, etc. De même, différentes petites omissions sont communes à 
notre fragment et à l'éd. Schl., a rencontre des //. G. ; mais les 
énumérer en détail nous mènerait trop loin. 

Si cette petite découverte confirme l'existence d'un original ara- 
méen dont le texte de l'éd. Schl. représente une traduction, il se 
peut que l'incertitude qui plane sur nos Halachot soit levée par une 
trouvaille très importante dont il vient de nous être donné 
connaissance. D'après une communication de M. Freimann \ l'ori- 
ginal araméen de nos Halachot se trouve parmi un grand nombre 
de manuscrits précieux acquis à Bagdad par M. David Sassoon, de 
Londres. Malheureusement M. Freimann s'est montré très sobre de 
détails et nous apprenons seulement que l'édition s'écarte de l'ori- 
ginal araméen pour un certain nombre de leçons. Nous ignorons si 
l'original est complet ou non, s'il porte un titre ou un colophon qui 
pourraient nous éclairer sur son titre et son caractère, etc 11 serait 
donc à désirer que nous reçussions le plus tôt possible des ren- 
seignements complémentaires 2 , mais ce qui serait encore plus 

1. Z.f.H.B., XV (1911), p. 158. 

2. Ainsi il serait intéressant de savoir comment le passage *>3UJ ]rS2 UJ^UJ 53331 
DW (cité plus haut, p. 235, n. 2) est conçu dans l'original araméen, ce qu'il en est de 
la leçon D^baab pour jb^lb, signalée par Halberstam, p. vu, et qui indique en tout 



L'ORIGINAL ARAMEEN DES HALACHOT PESOUKOT 239 

désirable, ce serait d'avoir sans retard une édition complète du 
texte, car elle projetterait certainement de nouvelles lumières sur 
le problème des Halachot Guedolot et des questions connexes. 
Nous devons donc réserver notre jugement. 

Ce que nous voulons indiquer aujourd'hui, c'est que cette trou- 
vaille n'est tout de même pas entièrement nouvelle, attendu que la 
Bodléienne, comme M.Epstein, du reste, l'a déjà remarqué, possède 
des fragments considérables de l'original araméen, accompagnés 
d'une traduction arabe, qui en rehausse l'intérêt. Ils paraissent 
provenir tous de la Gueniza, et ils sont décrits dans la seconde 
partie du Catalogue *. Ce sont les suivants : 

4° Ms. 2634, f os 68-69, correspond, d'après le Catalogue, à éd. 
Schl., p. 20, 1. 30 -p. 22, 1. 21, contient par conséquent la fin des 
hilchot Rosch ha-Schana et la plus grande partie des hilchot Yom 
ha-Kippourim. 

2° Ms. 2667, f os 38-39. Le morceau cité dans le Catalogue se trouve 
dans l'éd. Schl., p. 48, 1. 28. 

3° Ms. 2669, f 0i 54-55 ; comme nous le verrons plus loin, le 
feuillet 54 correspond à éd. Schl., p. 40, 1. 2-24, soit à peu près à 
la fin des hilchot rlbbit, et le feuillet 55 à p. 41, 1. 27 -p. 42, 1. 10 
^partie des h. mamonot). Les indications du Catalogue sont 
inexactes. 

4° Ms. 2760, f° 29 = éd. Schl., p. 39, 1. 23-p. 40, 1. 1 ; on voit que 
le feuillet 54 du ms. 2669 forme la suite immédiate de celui-ci. Ici 
aussi l'indication du Catalogue manque d'exactitude. 

5° Id., f os 32-33, partie du commencement des Halachot; voir 
plus loin. 

6° Ms. 2826, f»« 35-36; d'après le Catalogue, f° 35 = éd. Schl., 
p. 38, 1. 23-39 en haut, et f° 36 = éd. Schl., p. 41, 1. 1-27 ; le f" 55 
du ms. 2669 en est donc la suite immédiate. 

7°Ms. 2835, fo85 = éd. Schl., p 5, 1. 21 -p. 6,1.3, soit une partie 
des h. Schabbat. 

Sauf les n os 5, 7, 1 et 2, qui contiennent des morceaux isolés, 
Les trois autres forment un ensemble suivi et doivent être rangés 
dans l'ordre suivant: a, ms. 2826, f°35 ; b, 2760, f° 29 ; c, ms. 2669, 

cas que la traduction ou l'original n'est pas originaire de Babylonie (p. 15, nous 
lisons : '-CT W121 W12 ^"llÛ nODT£ D333 ^H272 *p1, ce qui manque dans H. G., 
576, éd. Hild., 141;. 

1. Voir ma note provisoire Z. f. H. B., I. c, p. 186 et cf. ibid., X, 140. — La 
Bodléienne possède, en outre, des fragments de l'original araméen sans traduction arabe 
(ms. 2634 f°* 41-42) et de la version hébraïque (ms. 2834, f 05 54-55), provenant 
également de la Gueniza. Si le f° 32 du ms. 2834 appartient à nos Halachot, ce serait 
la preuve directe qu'elles représentent les Halachol Pesoukot. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

f° 54 ; g?, ms. 2826, f° 36 ; e, ms. 2669, f° 55. De ces morceaux j'ai 
sous les yeux ceux que je viens de désigner par b, c et e, grâce à 
l'amabilité de M. Abraham Epstein, qui, les ayant fait photogra- 
phier, a bien voulu les mettre à ma disposition pour en tirer parti. 
Je vais les décrire par le menu i . Je remarque d'abord que ce 
sont des fragments que les H. G. contiennent également et qui 
concordent pour la plupart littéralement ; mais Tordre des para- 
graphes ainsi que d'autres indices tendent à prouver que ce sont 
des fragments, non des H. G., mais de l'original araméen de l'édition 
Schlossberg. Je note aussi que le texte est partagé en petits para- 
graphes, dont chacun est suivi immédiatement de la traduction 
arabe . 

Je commence par le f° 29 du ms. 2760. Il s'ouvre par les mots : 
rw» ^i3ïin-«»b rrb -noa tvby . . . et va jusqu'à nata irb am «m 
■ttirai ib»* = éd. Schl., p. 39, 1. 23-29 ; il est identique mot à mot 
à H. G., éd. Varsovie, 191£, 1. 5 d'en bas -192a, 1.4 (éd. Hild., 
p. 388, 1. 2-8). La traduction arabe qui suit débute ainsi : t^nan 
'pN marron bi^^i pa n» manK \a fao rvn bs robTiba = éd. Schl., 
p. 39, 1. 13. Suit un morceau (ms. v°, 1. 4) que voici en entier : 
an* tvô iirrab 'ta* 1 nab nnb h^on ma'na N7:in "je ittî Bpm )mz m \ 
'«•H nania&o b^TN Nin an* nna D*nabïD amman dictd 'y m û "«ne 
^pi73i niaia ama •piapB NpT pttîip idi Rfva^ia ïq- , Ti7a Npn N-in 
baN bana nnN i« 127273 n-onm n;iaa "in«» npn bN 'ai «n^nab nb 
îbai pn «m 'sna NTra^N •jkw» trttpm an* ib nia*a rln» 
pis *n:p72 «bw an*m D^?m rmbrn ïmbwn niiîjri «ba pnm* 
Epn» Npn N"in 'ttîi nancN b^w »in Nnn* ina "na Drwïani 
Y09 ba"«p'^ nih ïrpw ^Ntta Niar: n©ttJ an '72N n'^n Nn^-na 
^by barpia spnb Nb ^733 n^ana pnb rb* bapw 'w ^a-na pnb 
bap «b baiN 'la* T-ia pnb vb* bapœ '*o lîb vb* brrp Nb-i -in 
tidn Tb* = éd. Schl., p. 39, 1. 29-dern. L, correspondant à H. G., 
1896 en bas -190 a, 1. 4 (éd. Hild., p. 383, l. 20-384, 1. 2). La com- 
paraison avec notre original et avec les H. G. montre d'abord qu'un 
passage est tombé dansl'éd. Schl. (dern. 1.) par suite d'homoiote- 
leuton (du premier 'tzr ina au second), puisque l'original araméen 
s'accorde ici aussi avec l'éd. Schl. contre les //. G. : dans les deux 
textes le mot ynnnai manque avant niaia an (il a été ajouté dans 
l'éd. Schl.); ici comme là on lit an*m D"H*ïti au lieu de aum 
û^wi ; enfin, ici comme là il manque les mots : t]N ûn^ns û^am 
pTrian «bi maïaa nb rnttri «bi npn baai ib fnn baa na*i* noicrs 
b-uaatt inn «b m* ^asbn n^a vb*, qui manquent d'ailleurs aussi dans 

1. M. Epstein a également mis à ma disposition sa transcription des fragments 
araméens, qui contient en marge l'indication d'un certain nombre de sources. 



l'original ÀRAMÉEN DES HALACHOT PESOUKOT 241 

les éditions du Talmud [Baba Mecia, l\b). Voici maintenant la 
traduction arabe de ce paragraphe : ">a-na N»nN ï» bN» naN tbv 
n'^n yrToi Nb iiNa-ib» main V N "^a fnVnan "pa-i in ■'Timb ann 
wn Nan n:aa> "nba Nin b^anba "nimba i&ob "par* S^TanbN 
rnnbanN n:N "pa inin xin brana "pa^a Nnn ^a Tiia "ibN nbp 
Nb bp ^bN «minable bp n» bn» NnapNi "nbN mata an bap }» 
(?) aaa Nbn *rû«n Nb nbN bp nosa ma» wi »bi rm» m» man 
«in nin ma b»nm Nb "jn bnpi ma» bnpn noa> in ma brsnrm 
n^n an i» niaN '»•* n»N N-nrn 'ut ^s rnbip-> tt tpai '^m naN 
maa* ' nbN nhdn ne »bj "priNa* 1 "pnbN «biïi ■«« ■prpan»V'B b'p 
ib bnp-> NarN pNbi b^anbN-i Tintafin mDèn ■nbai ■mnNa •'ïaanaba 
-ix b^anbN Ii7ûtb"« mnrs ain7aanN }» nas n*tn nto-in i» b»nm p 
b*ap "pa an mata an bp ^a-naa "W 1 "nb« «in b»nrr ">nbN "la"» 
mosa Nba> bap "pa bnpn 'pn bp 'ta"> ^aa DNartN mosa «ba* N»nbN 
irmaa *pN "w ind o^b 'ta^ ^-1 mosa Nba> bap iNb bantai 'pn 
brin b"»7anbN to biN a-ibzr Nb «ba> mosa Nba> biap *pN maaabn 
D^b irra^NT ^a-nN "^y in mosa «by biap*" o"*b *pNi 'ta*» *aa Diain 
b^wn mb biaT ûnn 'iai aia^n mosa Nba> bnap*\ On voit que 
l'orthographe, comme la langue, est tout-à-fait vulgaire. — Le 
dernier passage araméen sur cette page du ms. est ainsi conçu : 
Nb^N "na. bap» Nbi ana>bi mbb (à la marge "paTnbnj ïttrvwi nd^ïh 
m->an bapa Nb anan . . .nna> = éd. Schl., p. 39, d. l.-p. 40, 1. 1. Dans 
les H. P. aussi ce passage suit immédiatement le précédent. 

Le f° Ma du ms. 2669 commence ainsi : s|r»b ^ wi * tia*m 
»nn ma>an '»inï riaaa ib" 1 ^ «bp ï-ibima ">»"»»i . .. ,, ep» = éd. Schl., 
p. 40, 1. 1-7, par contre, dans les H. G., ce paragraphe et le pré- 
cédent sont séparés par celui-ci : 'im fbiaa -iaia> mb» *"aN n»N. 
Quelques leçons divergentes, peu importantes d'ailleurs, concordent 
ici avec l'éd. Schl. et avec Téd. Hild. contre les H. G. ordinaires 2 . 
Le paragraphe suivant est celui-ci : "naa buî rnv» 'uî^ mb» pan nan 
n^^^na ">iakb NbN Nanxa Nb Nain ra n»N pana an n7aN ...^naan nyn^a 
n^a^na Nbia ';zr>b. . . = éd. Schl., p. 40, 1. 8-16. Dans les H. G. ce 
paragraphe se trouve à un endroit bien antérieur (éd. Vars., 189 6, 
1. 31-42 ; éd. Hild., 383, 1. 4-12). Pour la leçon "»b n»N i»na an n»N 
Nain, l'original araméen est de nouveau d'accord avec l'éd. Schl. et 
l'éd. Hild. contre les H. G. ordinaires. 

Le premier paragraphe du f J 546 (1. 4) est conçu comme suit : 
nttî ami Nnaa Ninn n^ON *b n^a n^x ba Nma-nn Nbba i»na an '»« 

1. Ce mot f°29ô. 

2. P. ex. tout au début 'Uî*>» Cj^wb au lieu de mnan?a C]T">7ab, puis *|7a ">Oa»T 
N»m NnO^a au lieu de D1N73 ,, Oa" , »1, etc. Ce passage est d'ailleurs emprunté aux 
Scheeltot. 

T. LXI1I, n« 126. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

amm& ma?an *p «aa^m mb 'Taaa n^ana a'any j*p «in ampb mnanb 
ma "wnuj» mb man «a^nar ab f*ïa*i»p "pton anamb moa nrr^n^b "nia 
•p yvvn ap va&n nnD?3 NacaNia iy as ^aa kot© na> ->p mjbvh aan. 
Le commencement seul dans l'éd. Schl., p. 40, 1. 16 et dans les 
H. G., 190a, 1. 35 (éd. Hild., 384, 1. 18), ici : bra abba pria an n^a 
naoa (1. ^b) ab pTan ba r-na-n ; là : naa ba anb^n abba pria an n?3N 
ma« ib ntaa. Dans la suite de notre original araméen, ce sont, en 
revanche, les derniers mots du Talmud qui manquent : narrai *p->a 
'W ammbn 1N73D so^ro, et ce sont les dernières phrases de la 
traduction arabe qui leur correspondent : Nb-w bap^ "nbtta ma^an. . . 
Km« ab bp NbiN rpns rusto "pa-n nnatûba *riaa Nnn in "•aa'W W rvn 
D3N *b» mb i^a ma bai (ns«n=) rniKn Ha»? a^ai vrV« "vom \S2fi a^b 
ta-im napnaa7a yabND mb Nara 0">b maas iyi mpm a-ô mas i^a. 
A remarquer encore ceci : le ms. portait d'abord : "pria an n^N 
Nnb^n abba ; anb->?an a été effacé et remplacé par Kma-m, confor- 
mément à l'éd. Schl. et à l'éd. Hild., tandis que «nVw s'accorde 
avec les H. G. ordinaires. Puis vient ce paragraphe : *na mbttn 
ûan trotta tit tfb an^an jusqu'à aài anaaa fcoaab vwj> abi nain ba« 
ib ynwn ap ab n^n na-rab Taa> = éd. Schl., p. 40, 1. 18-24; H. G., 
190a, 1. 16- 2 d'en bas (éd. Hild., 384, l. 20-29). Il manque à notre 
ms. ce passage qui se lit dans les deux autres textes : tfn*n "jwaa 
■pdn pansa ama naa mb ami anaa^Taa Nrva îWn baptisa mnanb ">TaT 
'aaa mbwtt pm r-pa"n mb amm. Cette page du manuscrit s'arrête au 
milieu de la traduction arabe, dont la suite est contenue dans le 
ms. 2826, f° 36, qui me manque. 

Le premier paragraphe araméen de la p. 55 a (1. 5) est celui-ci : 
an mb '?ûn ^Tarrb "ina-^aman ^p?a *nab manaa bm-i ">aan aan^ Nirni 
'73NT iNTab a'maN «an ïTTODtt 5raanaN73 ^a« '»« ■'an ^^ anb ^annTa 
ma->n *cn aa-a-ra m?an sbn -^n mb 'e« "^sb ""an mata aan ba>a nanna 
■nnsb la^^n «b 'Taan •jerob ib^sN ^nTaNi to^sa b*wi ton sta-i* nna 
mn «b mosn» "nnaç a«b ^n b^T^n Nin xaNna» nna ^ian "ja^nn iva 
Nn^aiana» mb n^aa». Ce texte correspond à H. G., 217 a, 1. 15-22 * 
(éd. Hild., 445, 1. 8-13). Dans l'éd. Schl., p. 41, 1. 7 d'en bas, le 
début est tombé avan t D^nTaia wn, qui correspond à notre "n^sn Ka^tf, 
et à la 1. 6 d'en bas il faut lire -«aa^ au lieu de aTara. Du reste, c'est 
l'éd. Schl. que suit notre ms., car ici et là manque le passage "wm 
am^a maz?a naa»» ^aa axb, comme il manque aussi dans le paragraphe 
analogue qui précède. Ensuite le ms. a, comme H. G. et éd. Schl., le 
paragraphe r »a« baobTaa p lia»»© *jan mn "pa jusqu'à aruaa n^ narma. 

Le paragraphe suivant, dont notre page n'a que les deux premiers 

i. L'éd. de Venise (108c/, 1. 10 d'en bas) a ici faussement ^Tan^T Nan? Nanri. 



L ORIGINAL ARAMÉEN DES HALACUOT PESOUKOT 243 

mots, est conçu comme suit : «b ban "nan nnamaa ana> mamK 
nainan ïbapi 3in ba*ai my la^niBE ban -nan ain ba>an fbap "larnOT 
VÔ *©W mb n*»b *w ^ajWB ^oaa sr»b n\s -n 'sn }N7ab aa^N *arbs 
Nnab^m ninw n aaa ïmb rrb'i 35 b* t|fin ma&n ■;«» wa» naarv:;» 
f«b] ba>ab "»aaa mb m an aa ba> ti&o ïimnD a-ia>E -jab pTajnipja inbia 
Tiai na-inai ana> (l. «a») Na^a -w naan nih ms» N»ya "w» naa»nu;73 
*cna?3 "Oi Nan '73N ...Nax layma» rmab ^oaa mb rpan aa b* e;n son 
«inh )bapi IF^ws Np jppDEi pn n«3?î îT2T"3*C ^m "Hfln "«» !ib », 
La concordance est complète avec l'éd. Schl., p. 41, 1. 3 d'en bas- 
p. 42, 1. 7. Au contraire, dans les H. G. (éd. Varsovie, 217 a, 1. 36, 
mais non éd. Hild., 445, 1. 22) il est d'abord tombé un passage par 
suite d'homoioteleuton (irumûtt mbb ^aaa mb ma ^ Y'wb aca 
■'oaa mb mbn aa b* S|g Y'pb to^i twdEB ab ^oaa mb pp>? -w] 
'iai arobm [naarnûE) ; de plus, le passage ibapn la-n^apn . . .aaa -»«t 
mn est placé, comme pas, avant mina*! ana> n»m«. Nouvelle preuve 
que nous avons bien affaire à l'original araméen du texte de l'éd. 
Schl. — Le feuillet 556 se termine par ces mots : a^au; anan "ien 
tieni 'sb na72 nan "pafcfctt imaana D^im tieni "WPb m?a ")£«p an 73 
. ..D^'im; cela correspond à H. G., 210a en bas (éd. Hild., 431, 
1. 24) et à éd. Schl., p. 42, 1. 9 (où il y a an maao), mais ici il y a 
d'abord ce passage en plus, qui manque dans notre ras. : an n»a 

ta-nttiN awina vap np-is eabi*n ba pv T^P T" 1 * Tj ^ * s " 2 ?® *V 
n^an-naa nabm "j^ap ^nas ■pn ma bu: am» qN- 

A remarquer encore que jusqu'ici notre analyse a fait ressortir 
certaines concordances aveclarecension postérieure des H. G. (éd. 
Hild.) contre la plus ancienne, ce qui pourrait peut-être servir de 
preuve de la jeunesse de la composition de l'original araméen, soit 
pour le x e siècle au plus tôt. 

Outre les feuillets déjà décrits, j'ai encore sous les yeux les 
f°* 32-33 du ms. 2760, qui sont écrits d'une autre main et qui 
contiennent des morceaux manquant dans l'éd. Schl. L'ordre de ces 
deux feuillets doit être interverti. Le f° 33a commence ainsi : ab. . . 
mb '73a ■'bat mm ^bs «aa na arm ^a-n -mbas Trmiob vai p^sa 
mbœ «pin ...ibx m mn a*7aa>:j ^aos aaa* na amn ïmb n-pt "•an 
mn mm bas mas mon 13073 mas: ; puis vient la traduction arabe : 
■jb« ibafci wm rrnaïïi qoiTai îiamia unn u:nt nan 1 » "jn ^oa n» "n7ai 
Le passage correspond à #. G., éd. Vars., 86 en bas (éd. Hild., 
p. 32), soit à un morceau des hilchot berachot, par lesquelles l'éd. 

i. Le ms. porte ici, au-dessus de la ligne : nayni2J73 ttb ana? naaTVJJE, mots 
qui manquent aussi bien dans les H. G., que dans la traduction arabe et dans la 
version bébraique. 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Schlossberg, elle aussi, débutait certainement, et non par les 
h. èroubin, comme le supposait Neubauer (voir plus haut). — Voici 
le commencement du f° 32 : ap"«so «D^bn nnab :mp «bn uns ^a ■*«. . . 
anm itt^Tab ftb^aa "nab* "poTOb ï&m b^N njaisb in ï-jyiDnb "pb^naei 
"■oi Ntt^n Mb "pan tort rtnv "p s Nm &n:i^&n dt N">m «bi spos id yn 
= H. G., hilchot mila, éd. Vars., 46 ô, 1. 11 d'en bas (éd. Hild., 103, 
1. 13). Dans nos Halachot, les hilchot mil a ne formaient donc pas 
un chapitre à part placé après les hilchot Schabbat (comme dans la 
recension plus ancienne des H. G.), mais étaient, comme dans le 
manuscrit du Vatican, intercalées au milieu de celles-ci, d'après 
l'ordre du traité talmudique de Schabbat. Gomme dans les H. G-, les 
prescriptions sur la circoncision étaient suivies, dans nos Halachot, 
de celles sur les prosélytes, par lesquelles s'ouvre l'éd. Schl. 
Quant à savoir si les hilchot berachot s'incorporaient également, à 
l'instar des H. G., différentes matières, seul le manuscrit Sassoon 
peut nous l'apprendre, comme bien d'autres choses. Je ne puis 
donc que renouveler le vœu de le voir bientôt rendu accessible par 
l'impression, d'autant plus que la description qui vient d'être faite 
de quelques feuillets établit l'importance de nos Halachot. Tout 
monument littéraire qui remonte à l'époque des Gueonim, quand 
bien même il n'aurait été rédigé que plus tard, mérite d'être exa- 
miné avec soin et d'être étudié avec intérêt. 

Varsovie, le 21 janvier 1912. 

Samuel Poznanski. 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 
(1213-1291) 

(suite ') 



ACTES DE PEDRO III (1276-1285). 

658. — Au nom de l'infant don Pedro, Jaime Alamân, bailede Figueras, 
concède à Astruc Salandin, fils de Vidal Salaudin, Juif de Castellôn, deux 
mansades de terre, sises à Figueras et confrontant au midi le mur d'en- 
ceinte de la ville, à l'ouest la tenure de Lobel, Juif, avec la faculté d'y 
édifier des maisons, moyennant le cens annuel, payable à la Noël, de 
deux sous barcelonais, monnaie de tern ; l'acheteur pourra ouvrir une 
poterne et des fenêtres dans le mur de la ville, prendre de l'eau des 
fossés, sous l'obligation, toutefois, d'aveugler la poterne si la guerre vient 
à éclater, quitte à la rouvrir une fois la paix conclue ; le baile ne reçoit 
rien à titre de droit d'entrée en possession ; Astrug promet de payer le 
cens et de se soumettre aux autres conditions du contrat, qu'il souscrit. 
— Figueras, 6 août 1276. 

Patch, de Pedro III, n° 6. 

659. — L'infant don Pedro mande à Jahuda de Cavalleria ou au collec- 
teur du tribut des Juifs de Saragosse de n'exiger de cette communauté 
sur le montant du tribut qu'une avance de 8.000 sous de Jaca, au lieu des 
13.300 réclamés par le roi défunt. — Jâtiva, 26 août 1276. 

Reg. 38, f° 22 y°. 
i. Voyez Revue, t. LX, p. 161, t. LXI, p. 1 et t. LXlI,p. 38. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

660. — D. Pedro mande à l'aljama des Juifs de Villafranca del Panades 
de se constituer débitrice à noble Pedro de Queralto, sur présentation 
du présent ordre, de la somme de 1500 sous barcelonais que le roi 
défunt avait fait donner au dit seigneur pour l'achat d'un cheval. — Jâtiva, 
27 août 1276. 

Reg. 38, f° 23. 

661. — D. Pedro enjoint aux aljamas des Juifs et des Sarrasins de Tara- 
zona, Borja, Egea, ainsi qu'aux communautés sarrasines de Lituénigo, 
Ricla, Malôn, Santa Gruz [de Moncayo], malgré le mandement du roi 
défunt qui leur avait prescrit de répondre pour le payement des peites et 
tributs à Juan de Guimerâ, de faire les versements entre les mains de 
Muça de Portella, baile desdits lieux, lequel, à son tour, devra répondre 
à Jucef Ravaya. — Même date. 

Reg. 38, f° 23 t». 

662. — D. Pedro mande à son fidèle Juân de Guimerâ, chargé par le 
roi défunt de recueillir les peites et services des aljamas juives et sarrasines 
d'Aragon, de contraindre ces communautés au payement, à la réserve des 
parts de contribution exigées par Muça de Portella et Bartolomé Thomas, 
et de répondre des sommes reçues à Jahuda de Cavalleria, baile de Sara- 
gosse. — Même date. 

Reg. 38, f° 24 t». 

663. — D. Pedro mande à Bartolomé Thomas et à Muça de Portella de 
répondre des sommes qui leur seront versées par les aljamas juives et 
sarrasines d'Aragon à Jahuda de Cavalleria, baile de Saragosse. — Même 

date. 

Reg. 38, f° 24 v°. 

664. — D. Pedro informe tous les fonctionnaires qu'il a autorisé le 
Juif Mosse Maymô et autres marchands de Valence à se rendre et à expé- 
dier à Montesa et autres localités sarrasines des draperies et autres 
marchandises, à l'exception de victuailles, d'armes et autres matières 
prohibées. — Valence, 22 octobre 1276. 

Reg. 38, f° 63 v°. 

665. — Pedro III, roi d'Aragon, mande à son fidèle Jahuda de Caval- 
leria, baile de Saragosse, d'abandonner la réclamation que lui et Juân de 
Guimerâ adressaient en exécution des ordres du roi défunt, aux Juifs de 
Montpellier, relativement à la perception anticipée des tributs futurs... 
« et quia sigilla regalianondum fieri faceremus, présentent titteram sigillo 
antiquo et consueto precepimus sigillari ». — Saragosse, 17 novembre 1276. 

Semblables mandements à Muça de Portella pour les Juifs et Sarrasins de 
Jaca, Barbastro, Daroca et Ricla. 

Reg. 38, f°81. 



catalogue des actes de jaime r r , pedro iii et alfonso iii 247 

666. — Pedro III mande à Jahuda de Cavalleria, baile de Saragosse, de 
rapporter la mise en possession qu'il a faite au profit des Mis de don Fazde, 
Juifs de Saragosse, des donations et franchises concédées par les rois pré- 
cédents à Rabbi Asser et à sa postérité. — Saragosse, 29 novembre 1276. 

Reg. 38, f<> 95. 

667. — Pedro III mande au même d'annuler la concession par lui faite 
à Abrahim Abindeunich, fils de Rabbi Salamon Abindeunich, alfaquim 
(interprète), de deux livres de viande de bélier ou du prix de ces deux 
livres, à percevoir chaque jour sur la boucherie des Juifs de Saragosse, 
conformément à l'acte de donation consenti par Pedro II et confirmé par 
Jaime 1 er en faveur de Rabbi Salamon. — Saragosse, 6 décembre 1276. 

Reg. 38, f° 105 v«\ 

668. — Le baile de Saragosse dépossède Abrahim Abindeunich de son 
droit de prélever deux livres de viande de bélier sur la boucherie juive 
de la ville. — Saragosse, 7 décembre 1276. 

Reg. 38, f» 105. 

669. — Pedro III a été informé par l'abbé du monastère d'Escarp qu'une 
créance de 300 sous souscrite pour les besoins de l'abbaye par Domingo 
de Adons et Miguel Paloma, habitants de Fraga, à l'égard de certains Juifs 
duditlieu s'est élevée, dans l'espace de quatre ans, par suite d'intérêts 
indus à la somme de 2.000 sous et plus; le roi mande donc à R. de Mon- 
cada ou à son lieutenant à Fraga de faire le calcul des intérêts à raison de 
4 deniers pour livre pendant quatre ans et à contraindre lesdits Juifs à 
restituer l'acte d'obligation. — Même date. 

Reg. 38, f° 107 v°. 

670. — Mention de la citation faite par le justice de Calatayud à Jucef, 
fils de Jahuda deTéruel, sur la plainte deHaron Alvalo, d'avoir à compa- 
raître dans le délai de quinze jours par devant P. Albert de Lavania. — 
8 décembre 1276. 

Reg. 38, f* 109. 

671. — Pedro III mande à ses fidèles de l'aljama des Juifs d'Alagôn 
qu'il lui plaît que les Juifs domiciliés dans cette ville contribuent avec 
l'aljama d'Alagôn pour tous les biens meubles et immeubles qu'ils pos- 
sèdent dans Alagôn et avec l'aljama des Juifs de Saragosse pour les biens 
qu'ils possèdent dans cette dernière ville ; si dans un procès avec un 
chrétien, un Juif est tenu de jurer, le serment sera prêté non sur la charte 
de franchises, mais sur la loi de Moïse conformément aux prescriptions de 
Jaime I er . — Daroca, 30 décembre 1276. 

Reg. 39, f° 135 v\ 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

672. — Pedro III mande à son baile et à l'aljama des Juifs de Tarazona 
de tenir la main à ce que le privilège octroyé par feu Jaime I er à Açach de 
la Portella et à ses enfants soit rigoureusement observé ; en vertu de ce 
privilège, Açach ne devait contribuer que pour la cinquième partie aux 
tributs, peites et autres exactions royales ; il ne devait pas être astreint, 
en outre, à prêter serment, ni subir d'excommunication de la part de sa 
communauté. — Daroca, 2 janvier 1276/7. 

Reg. 39, f° 139. 

673. — Pedro 111 concède à Vidal de Porta, Juif de Villafranca del 
Panades, la perception, concurremment avec d'autres collecteurs, du 
bovage de la région du Panades, avec assignation sur le produit dudit 
bovage des 1800 sous barcelonais prêtés au roi par Astrug de Porta, père 
de Vidal ; le baile Jucef Ravaya reçoit l'ordre de laisser prélever la créance 
de 1800 sous. — Daroca, 3 janvier 1276/7. 

Reg. 39, f° 139 v°. 

674. — Pedro III concède à l'aljama des Juifs de Calatayud les privi- 
lèges suivants : les Juifs pourront tenir boutique de changeur, drapier ou 
autre, pourvu qu'ils se comportent bien dans la pratique de ces métiers ; 
la fixation des taxes qui leur seront imposées sur l'achat des victuailles ou 
autres denrées par le juge, le justice, les jurés ou le conseil de la ville, 
devra s'effectuer conformément au for, ban ou cote ; le roi confirme, en 
outre, un certain nombre de privilèges concédés antérieurement : les Juifs 
de Calatayud ne devront jamais être tenus de fournir quelque service pour 
les bœufs, vaches, béliers, brebis, chevreaux, agneaux, boucs, chèvres et 
autres animaux qui seront égorgés dans leur boucherie ou leursmaisons, 
à charge, toutefois, de verser chaque année pour leur boucherie certaine 
somme qui sera perçue à titre de leude de la boucherie pour la réparation 
du château et autres dépenses nécessaires, le reliquat non employé de 
cette somme devant être versé au baile royal de Calatayud ; il est interdit 
aux jurés et aux fonctionnaires royaux de la ville d'imposer quelque cote 
ou ban sur le vin que les Juifs ne doivent pas vendre aux chrétiens, non 
plus que sur les fonctions détenues par les Juifs ; un chrétien ne pourra 
appréhender un Juif pour dette ou à la suite de quelque plainte qu'avec 
le concours des agents royaux de la ville ; tout chrétien surpris devant 
témoins en flagrant délit d'adultère avec une Juive pourra être arrêté par 
des Juifs et livré à la justice, son délit le rendant passible d'une amende 
de 300 morabotins ; enfin, Pedro III confirme aux Juifs de Calatayud la 
donation que Jaime I er leur avait faite de la tour dite « Torre Marcha », 
ainsi que tous les fors et bonnes coutumes dont ils ont joui jusqu'à ce 
jour. — Murviedro, 24 janvier 1276/7. 

Reg. 39, f° 155, r° et v°. — Publ. : Pièces justif., n° X. 

675. — Pedro III confirme en faveur de l'aljama des Juifs de Calatayud 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 249 

le privilège que leur avait accordé Jaime I er relativement à la preuve tes- 
timoniale par chrétien et Juif, selon le for d'Aragon. — Même date. 

Reg. 39, f<> 156. 

676. — Pedro III assigne à son Juif Maalux, à titre de bénéfice per- 
sonnel et viager, 6 deniers de Jaca à percevoir chaque jour sur les 
revenus de la juiverie de Lérida, en plus des 6 deniers qu'il perçoit déjà 
sur les revenus de cette ville, à la condition d'accompagner le roi ou son 
représentant dans toute expédition dirigée contre les Sarrasins. — 
Valence, 28 janvier 1276/7. 

Reg. 39, f» 157. 

677. — Pedro III confirme la vente faite à Jucef Abençaprut, Juif de 
Murviedro, par le baile Jucef Ravaya des revenus de la bailie de Murvie- 
dro. — Valence, 3 février 1276/7. 

Reg. 39, f° 156. 

678. — Pedro III mande à son fidèle P. Lôpez de Eslava de retenir 
l'appel interjeté au roi pour le procès pendant entre Perfeit, Juif de 
Huesca, et Sancho de Seczora. — Jâtiva, 14 février 1276/7. 

Reg. 39, f° 163. 

679. — Pedro III mande à ses fidèles viguier, bailes, « paiciers 1 » et 
prud'hommes de la cité de Tortose de contraindre Romero de Gastellar et 
P. Tome, citoyens de Tortose, ainsi que leurs complices, dans leurs per- 
sonnes et dans leurs biens, à restituer à Mosse Escandaran, procureur du 
Juif Abrahim et du neveu de ce dernier Saluf, tout le produit du vol 
perpétré par les deux habitants de Tortose de connivence avec des pirates 
sur le Juif Bondia, employé d'Abrahim. — Concentaina, 27 février 1276/7. 

Reg. 39, f° 169 \°. 

680. — Pedro III mande à Mosse Alfaquim, baile de Saragosse, de 
relâcher, sous la caution qu'ils offrent de fournir, certains Juifs de cette 
ville poursuivis par ledit baile. — Alqueria [de Aznar], 10 mars 1276/7. 

Reg. 39, f° 172 v°. 

681. — Pedro III mande à son fidèle Dalmaso de Vilarasa, — au sujet 
du procès intenté par G. Saredorta, baile de Lérida, à Astruc de Barcelone, 
à Mosse, fils de ce dernier, à Astruc Avenrimec et Anabadia Avinzemel, 
tout d'abord arrêtés, puis remis en liberté, — d'ouïr les plaintes des 
inculpés, de procéder à une enquête sur les agissements perpétrés depuis 
trois ans par les officiaux juifs dans la juiverie de Lérida contre l'aljama 

1. Les paiciers, comme les sobre junter os, sont en Aragon les exécuteurs des 
sentences rendues contre les malfaiteurs par la justice d'Aragon. (Du Cange, sub 
verbo.) 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et contre la juridiction royale, et particulièrement sur la conduite des 
représentants connus sous le nom de mavarim, auxquels Ton reproche de 
graves excès et la promulgation de statuts contraires à la justice royale ; 
les Juifs inculpés devront faire éclater la vérité sous peine de 200 mora- 
botins d'or, sans avoir à redouter de la part de leur communauté l'alatma 
et l'excommunication ; l'information se fera aux frais des enquêteurs et 
non aux frais de l'aljama ; l'enquête terminée, une relation en sera 
adressée au roi sous le sceau de Dalmaso; ce dernier devra mander aux 
inculpés que leurs fonctions sont suspendues jusqu'à clôture de l'enquête. 
— Canals, 5 juin 1277. 

Reg. 39, f° 197. 

682. — Pedro III mande à ses fidèles Juifs de l'aljama de Barcelone 
que, bien qu'il ait appris par son baile Jucef Ravaya qu'ils avaient béné- 
ficié de la part du roi défunt d'une exemption de bovage, il se voit con- 
traint, à cause de sa guerre contre les Sarrasins et, en particulier, par 
suite de l'armement des galères, de leur demander 30.000 sous barcelo- 
nais qu'ils devront remettre à Mosse Revaya. — Jâtiva, 21 juin 1277. 

Semblable mandement aux Juifs de Girone et Besalû, qui sont imposés 
pour 15.000 sous et aux Juifs de Lérida, taxés à 6.000 sous de Jaca. 

Reg. 39, f° 209 v°. 

683. — Pedro III mande à ses fidèles aljamas des Juifs de Villafranca, 
Tarragone, Montblanch et Cervera d'envoyer leur part de contribution à 
l'impôt de 30.000 sous exigé de l'aljama juive de Barcelone, à la collecte 
de laquelle elles ressortissent encore. — Valence, 28 juin 1277. 

Reg. 39, f° 214 v». 

684. — Pedro III mande aux Juifs de Saragosse de verser à Mosse Alfa- 
quim 5.000 sous pour le tribut de l'année précédente. — [Gandia], 
7 juillet 1277. 

Reg. 39, f° 222. 

685. — Pedro III, informé de la situation précaire où se trouve l'aljama 
juive de Saragosse, suspend toute poursuite relativement à la levée du 
tribut de 13.000 sous; mais l'aljama devra acquitter chaque année le 
tribut de 8.000 sous. — Valence, 5 août 1277. 

Reg. 40, f° 6 vo. 

686. — Pedro III concède à l'aljama des Juifs de Lérida que tous les 
procès entre chrétiens et Juifs devront être jugés par le baile royal de 
Lérida. — Siège de Montesa, 11 août 1277. 

Reg. 221, f° 212 r° et v°, vidimus du 30 mars 1322. 

687. — Pedro III, informé par une délégation des communautés juives 



CATALOGUE DES ACTES DE JAÎME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 251 

de son royaume que les Sarrasins qui vivent en esclavage au service de 
maîtres juifs sollicitent le baptême, à l'insu de ces derniers, en vue d'ob- 
tenir leur affranchissement sans indemnité, ouï l'avis du conseil des 
sages, qui a répondu que le droit civil et canon reconnaît la légitimité de 
la rançon dans le cas où l'esclave n'est pas encore imbu de la foi catho- 
lique, décide que les Juifs recevront 12 morabotins d'or alfonsins par 
tête d'esclave qui manifestera le désir de se convertir. — Siège de Mon- 
tesa, 17 août 1277. 

Semblables mandements aux aljamas de Valence, Lérida, Barcelone, 
Girone. 

Reg. 40, f°» 16 v°-17. — Publ. : Pièces justificatives, n° XI. 

688. — Pedro III mande à ses fidèles viguier, baile et prud'hommes 
de Tortose, sur la plainte d'Astrug Jacob Xixô, son Juif, et après examen 
de plusieurs actes de feu Jaime 1 er de contraindre les habitants de Tortose 
débiteurs dudit Juif. — Montesa, 16 septembre 1277. 

Reg. 40, f° 18 v«. 

689. — Pedro III mande à son baile de Gamarasia de ne pas permettre, 
sous peine de 200 morabotins, qu'on lapide les Juifs ou les Juives de la 
localité aux fêtes de Pâques, de la Résurrection, ni qu'on leur inflige 
d'autres avanies, dommages ou violences. — Valence, 24 octobre 1277. 

Reg. 40, f» 30. 

690. — Pedro III mande à son fidèle portier Boras de Montornés de 
contraindre tous les débiteurs du Juif Sullam de Porta et de prélever sur 
leurs dettes le tiers pour la créance que ledit Juif a souscrite au profit du 
roi. — Valence, 26 décembre 1277. 

Reg. 40, f» 50. 

691. — Pedro III mande à ses fidèles amiral, comtes, hommes d'équi- 
page des galées de la flotte royale qu'il a accorde son guidage à Hayon 
Benamar Albarach de Trebalos, Juif de Barbarie, qui vient s'établir dans 
ses Etats. — Valence, 17 février 1277/8. 

Semblables guidages à Isach Jucef Benbolfaratg, alfaquim, Ismaël 
Honhazan Aliepdoni, Isach Abenjucef Annafusi, Juifs de Trebalos. 

Reg. 40, U 80 ▼•. 

692. — Pedro III mande à son fidèle P. de Roda, baile de Tarazona, de 
contraindre Açach de Portella et ses fils Muça, Abrahim etSalamon à payer 
l'amende de 100 morabotins que leur a infligée ledit baile après avoir fait 
lancer « l'aladma » sur les Juifs de Tarazona. — Valence, 30 mars 1278. 

Reg. 40, f« 76 v°. 

693. — Pedro III mande au même de procéder selon le for d'Aragon 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contre Açach de Portella et ses fils, qui prêtent à intérêt sans se soumettre 
à la formalité du serment préalable. — Même date. 

Reg. 40, f° 77. 

694. — Pedro III mande à son fidèle Mosse Ravaya qu'il a donné l'ordre 
à son frère le baile Jucef Ravaya, de faire une assignation de 15.000 sous 
barcelonais de tern au profit d'Astru g Vidal et Abraham Vidal, Juifs de 
Perpignan, créanciers du roi, qui a présenté comme répondants Béren- 
guero de Guarnal, AndrésSunyer, P>run de Castellôn et autres habitants 
de Girone ; ledit Jucef ayant assigné la créance de 15.000 sous sur l'impôt 
que Mosse est en train de recueillir, Mosse est prié d'acquitter ladite 
créance. — Valence, 1 er avril 1278. 

Reg. 40, f° 77 v°. 

695. — Pedro III mande à ses viguier, baile et prud'hommes de Girone 
de ne pas tolérer à l'avenir que des clercs ou leurs familles molestent les 
Juifs de la ville dans leurs personnes ou dans leurs biens ; lesdits fonc- 
tionnaires auront à répondre de la sécurité des Juifs ; pour les attaques 
récentes des clercs qu'ils auraient pu et dû empêcher, mais qu'au con- 
traire, ils ont favorisées, une instruction sera ouverte contre eux. — 
Valence, 3 avril 1278. 

Reg. 40, f° 79. — Publ. : Florez, Espana Sagrada, t. XLIV, pp. 298-299; 
Girbal, Judios en Girona, p. 71 (d'après Florez). — Indiq. : Florez, p. 35 ; 
Girbal, pp. 14-15 ; Amador de los Rios, t. H, pp. 8-12. 

696. — Pedro III mande à Pedro de Castellnou, évoque de Girone, qu'il 
a été informé de l'attaque dirigée récemment contre sa juiverie de Girone 
par les clercs et leur famille; des pierres ont été lancées sur la juiverie 
du clocher de la cathédrale et des maisons de clercs; les jardins et les 
vignes des Juifs ont été dévastés, leurs sépultures détruites; le roi s'est 
pourtant déjà plaint à plusieurs reprises à l'évêque des dommages infligés 
aux Juifs par les clercs, avec prière de réprimer de pareils agissements et 
de châtier les coupables; un vendredi saint le roi défunt se trouvait à 
Girone avec sa famille ; les clercs sonnant les cloches à toute volée, atta- 
quèrent la juiverie à main armée et Jaime I er dut prendre la défense de 
ses Juifs; Pedro III s'étonne que pareils faits puissent se renouveler; 
c'est donc que l'évêque est consentant; d'ailleurs, quand le héraut royal 
criait de la part du roi de cesser l'attaque, les clers l'interrompaient avec 
des clameurs et des moqueries ; en conséquence, l'évêque est prié de 
faire cesser ces avanies, sous peine d'avoir à en répondre à la justice 
royale. — Même date. 

Reg. 40, f° 79 v°. — Publ. : Florez, Espana sagrada, t. 44, pp. 297-298 ; 
Girbal, Judîos en Girona, p. 70 (d'après Florez. — Indiq. : Florez, pp. 34- 
35; Girbal, pp. 14-15. 

697. — Pedro III mande au justice de Téruel de faire observer les pri- 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 253 

vilèges concédés par Jaime I er aux Juifs de Téruel et que lui-même a 
confirmés à son avènement. — Valence, 6 avril 1278. 

Reg. 40, f° 80 v°. 

698. — Pedro III mande à ses fonctionnaires de Tarragone de différer 
à l'égard des Juifs de cette ville l'application du privilège papal concédé 
aux croisés, en vertu duquel ils contraignaient quelques-uns des dits 
Juifs à restituer les titres de créance sur simple remboursement de 
capital, les intérêts exceptés. — Valence, 19 avril 1278. 

. Reg. 40, f° 96. 

699. — Pedro III mande à son baile de Lérida d'inviter les Juifs de 
cette ville à produire dans le délai d'un mois les privilèges qu'ils ont 
obtenus soit individuellement, soit collectivement, attendu que beau- 
coup de ces privilèges sont une entrave à l'exercice de la justice royale 
et une dérogation aux droits royaux ou privés — Lérida, 29 mai 1278. 

Semblables mandements aux bailes de Montblanch, Villafranca del 
Panades, Barcelone, Girone et Besalû, Tarragone, Tortose, Valence, Jâtiva, 
Murviedro, Saragosse, Huesca, Tarazona, Daroca, Galatayud, Téruel, Bar- 
bastro, Egea, Jaca. 

Reg. 22, f° 84. — Indiq. : Amador de los Rios, t. Il, p. 15, n. 1. 

700. — Pedro III voulant examiner les privilèges octroyés aux Juifs 
par ses prédécesseurs, mande à ses fidèles de l'aljama des Juifs de Barce- 
lone de lui adresser pour deux ou trois jours leurs privilèges généraux 
et particuliers. — Lérida, 3 juin 1278. 

Semblables mandements aux Juifs de Girone et Besalù, Tarragone, 
Villafranca, Montblanch, Lérida, Tortose, Valence, Murviedro, Jâtiva, 
Téruel, Daroca, Galatayud, Tarazona, Jaca, Egea, Saragosse, Huesca, 
Barbastro. 

Reg. 40, f° 111 v°. 

701. — Pedro III ayant appris que plusieurs habitants de Tarragone 
débiteurs des Juifs prennent la croix plutôt pour se dérober à leurs enga- 
gements que dans le dessein de passer la mer, prie l'archevêque de Tar- 
ragone de contraindre les habitants de cette ville à s'acquitter à l'égard 
des Juifs et autres créanciers de toutes celles de leurs dettes auxquelles 
l'indulgence papale ne s'applique pas ; que l'archevêque veille à ce que 
les Juifs ne souffrent pas de dommages et qu'il fasse contraindre les non- 
croisés débiteurs de créanciers juifs au paiement de leurs dettes. — 
Même date. 

Reg. 40, f° 112. 

702. — Pedro III ayant été informé du meurtre perpétré à Téruel, la 
veille de la Saint-Jean, par certain Pascal de Gastralvo sur la personne 
d'un Juif très cultivé Jucef Catorce, lequel a succombé à ses blessures, 



2S4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mande au justice de Téruel de procéder à une enquête diligente et de lui 
en transmettre le résultat sous pli scellé de son sceau personnel. — 
Lérida, 17 juillet 1278. 

Reg. 40, f'° 138 v°, 

703. — Pedro III mande au justice de Téruel de faire arrêter Pascal de 
Castralvo, si le bruit public lui attribue le meurtre de Jticef Gatorce, et 
de réserver la connaissance du procès au roi si l'enquête relève des 
présomptions ou des violences à la charge de l'inculpé. — Lérida, 
18 juillet 1278. 

Reg. 40, f° 138 v°. 

704. — Pedro III mande à Jahuda de Cavalleria et à ses fils de lui 
remettre 5.000 sous de Jaca, à son gendre Astruc Bonsenyor de lui en 
prêter 700, à Azmel Abenlavi 300, à la femme de don Azde et à ses fils 
500, à la mère de don Jucef Avenbruch et à ses fils 2.000, à don Alacrach 
et Salomon, fils d'Elazar Abuffach 1.000, à Mosse Alcostanti, alfaquim du 
roi, 300, à don Thodroz, son frère, 250, à la femme de Salamo Alfaquim 
150, à la femme de don Benvenist et à Azde, sa fille, 100. — Lérida, 
20 juillet 1278. 

Reg. 22, f° 97 v. 

705. — Pedro III ayant appris qu'une sentence a été rendue par A. de 
Invidia, à la requête de Mosse Escandaran, Juif de Barcelone, contre 
M e Bonifacio, médecin du roi et de sa famille, alors en voyage dans les 
parties d'outre-mer, mande aux viguiers et bailes de Barcelone et Tari a- 
gonc de ne pas permettre que des saisies soient infligées aux habitants 
de Tortose en raison de la condamnation de M e Bonifacio. — Lérida, 
31 juillet 1278. 

Reg. 40, f» 145 v°. 

706. — Pedro III cite à comparaître par devant lui dans la huitaine 
son péager de Pina, coupable d'avoir molesté le Juif Aeach El Calbo, alors 
que ce dernier passait à Pina avec un groupe de chevaux destinés aux 
écuries royales, et accusé, de plus, d'avoir infligé une saisie à l'hôtelier 
dans la maison duquel Açach se trouvait loge, et cela malgré la promesse 
faite par ledit hôtelier d'inviter Açach à sortir de l'auberge avec ses che- 
vaux. — Lérida, 1 er août 1278. 

Reg. 40, f° 144 v°. 

707. — Pedro III mande au viguier d'Ausonia de ne pas pousser les 
habitants de la prévôté de Palau, sujets du monastère de Hipoll, à payer 
à leurs créanciers juifs des intérêts supérieurs au taux légal de 4 deniers 
pour livre par mois, mais au contraire, d'obliger les usuriers à restituer 
les sommes qu'ils ont illégalement perçues. — Barcelone, 12 octobre 1278. 

Reg. 41, f° 8. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 255 

708. — Pedro III ayant appris que, malgré l'obligation qui leur est 
imposée en vue de la répartition de la quête de déclarer leurs biens tous 
les cinq ans, les Juifs de Girone et Besalû ont négligé de se soumettre à 
cette formalité depuis sept ans, mande aux bailes de Girone et Besalû de 
contraindre les Juifs de cette communauté à faire leur déclaration. — 
Barcelone, 15 octobre 1278. 

Reg. 41, f» 3 v°. 

709. — Pedro III concède et confirme à tous les Juifs contribuables de 
Saragosse l'accord intervenu, moyennant la composition de 9.000 sous de 
Jaca, entre Mosse Alfaquim, baile royal de Saragosse, d'une part, Jamin 
Abinjamin, Samuel Almeli, Jucef Abiandela, procureur des dits Juifs, 
d'autre part, au sujet des poursuites que ledit Mosse dirigeait contre les 
Juifs contribuables de Saragosse en raison de la « tacane » édictée par 
l'aljama contre les Juifs francs et en raison aussi de la « tacane » pro- 
mulguée par Jaffia Adodi et ses associés à propos de la répartition du 
tribut.— Barcelone, 19 octobre 1278. 

Reg. 41, P 6. 

710. — Pedro III écrit aux adélanlades des Juifs de Saragosse de 
contraindre tous les Juifs contribuables à payer leur part de la compo- 
sition de 9.000 sous. — Même date. 

Reg. 41, f° 6. 

711. — Pedro III mande aux jurés de Saragosse de ne pas forcer sous 
la menace de l'alatma ou de quelque autre peine Açach Abinandela et 
ses fils, Muça Repolat et Benjamin Abinjamin, Juifs de Saragosse, à 
payer leur quote-part pour l'entretien des ménageries. — Même date. 

Reg. 41, f° 6. 

712. — Pedro III notifie au çalmédine de Saragosse la commission 
confiée à Salomon d'en Abraam et Aaron de na Clara, Juifs de Barcelone, 
du procès survenu entre l'aljama de Saragosse et Azmelon, d'une part, 
Jucef Avenbruch, Juif de Saragosse, d'autre part, au sujet de maisons 
ayant appartenu à l'Aumône des Juifs de Saragosse ; par conséquent, 
le çalmédine ne doit pas pousser ledit Jucef à répondre pour cette 
affaire à l'aljama et à Azmelon, mais aux commissaires susnommés. — 
21 octobre 1278. 

Reg. 41, f° 6. 

713. — Pedro III notifie à Salomon d'en Abraam et Aaron de na Clara 
leur nomination comme commissaires délégués au règlement du procès 
susdit. — Même date. 

Reg. 41, f 6. 

714. — Pedro III mande aux viguiers de Tarrega et de Cervera de ne 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas contraindre Berenguero de Corrocôn ou ses fils à payer à leurs 
créanciers juifs des intérêts usuraires (Cf. n° 707). — 27 octobre 1278. 

Reg. 41, f° 8 v°. 

715. — Pedro 111 confie à R. Gili, juriste de Cervera, la connaissance 
du procès pour dette intenté par le baile de Cervera au Juif Abraham de 
Porta. — 30 octobre 1278. 

Reg. 41, f» 9 v°. 

716. — Pedro III confie au même le règlement du procès que le baile 
de Cervera a intenté au Juif Issach de Porta, inculpé de contrainte sur la 
personne d'un coreligionnaire. — Même date. 

Reg. 41, f° 9 v°. 

717. — Pedro III mande au justice de Tarazona de pousser tous ceux 
qui sont obligés, soit comme débiteurs, soit comme répondants, à l'égard 
de Faljama des Juifs de Tarazona à payer à cette communauté le montant 
de leurs dettes, en tenant compte des variations monétaires survenues 
dans l'intervalle. — 11 février 1278/9. 

Reg. 41, f° 40 v°. 

718. — Pedro III mande au même de faire exécuter la sentence rendue 
par Domingo de Almenar dans le procès survenu entre Ozua, Juif de 
Agreda, d'une part, dame Marta Dalmoras, les héritiers de P. Concillos, 
d'autre part, au sujet d'une vigne sise dans le terroir de Tarazona, sen- 
tence de laquelle il n'a pas été interjeté appel. — Même date. 

Reg. 41, f° 40 v°. 

719. — Pedro III fait remise à Abraham de Portella, Juif de Tarazona, 
— en compensation de l'emplacement de la moitié d'une table à bou- 
cherie qui a été remise au baile de la ville Aaron pour être placée dans 
le cellier du dépôt (cucle) royal de Tarazona moyennant une indemnité 
de 8 sous burgolensium de rente annuelle, — des 8 sous de cens qu'Abra- 
ham doit payer au roi pour un jardin sis à Tarazona, au lieu dit « Calli- 
ciella » et qu'il payait au sacriste de Tarazona avant que la confiscation 
n'en ait été prononcée pour crime de fausse monnaie au profit du roi 
défunt. — Tarazona, 13 mars 1278/9. 

Reg. 44, f» 166 v°. 

720. — Pedro III mande à tous ses fonctionnaires de Catalogne d'ob- 
server les privilèges des Juifs catalans, en attendant de les soumettre à 
un examen général. — Borja, 17 mars 1278/9. 

Semblables mandements pour les Juifs des royaumes d'Aragon et de 
Valence. 

Reg. 41, f> 50 v\ 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO 111 ET ALFONSO III 257 

721. — Pedro III mande au justice d'Alagôn ou à son lieutenant de 
prendre possession des biens ayant appartenu à Jahuda Abnuba. décédé 
ab intestat, et de les retenir jusqu'à désignation de la personne qui léga- 
lement doit en recueillir la succession. — Barcelone, 18 avril 1279. 

Reg. 41, f° 59. 

722. — Pedro III mande au viguier de Montblanch et de Tarragone de 
veiller à ce que les paiciers de Tarragone n'infligent pas de peine aux 
Juifs de cette ville pour regorgement des animaux et l'étalage des 
viandes à l'intérieur du marché de la boucherie de Tarazona. — Barce- 
lone, 19 avril 1279. 

Reg. 41, f° 59 v". 

723. — Pedro III adresse à ses fonctionnaires les instructions sui- 
vantes : les Frères mineurs ont reçu l'ordre du souverain pontife de 
prêcher aux Juifs la parole de Dieu et de s'efforcer par tous les avertisse- 
ments salutaires qu'ils pourront employer de les ramener à la foi catho- 
lique et dans le sentier de la vérité ; le roi mande donc d'user de con- 
trainte à l'égard des Juifs qui se seront soustraits à l'audition des 
prédicateurs ; les Juifs doivent entendre les prédications des Frères 
mineurs si ces derniers viennent prêcher dans leurs synagogues; quant 
aux Juifs qui, frappés par la grâce divine, se seront convertis au christia- 
nisme, le roi les recommande tout particulièrement à la bienveillance de 
ses fonctionnaires, qui devront veiller à ce que les nouveaux convertis ne 
soient pas molestés par leurs anciens ou nouveaux coreligionnaires. — 
Même date. 

Reg. 41, f° 61 t°. — Publ. : Doc. inéd., t. VI, p. 194. — Indiq. : Lea, 
Inquisition of Spain, t. I, p. 93. 

724. — Pedro III fait connaître au viguier de Girone qu'il a chargé 
Bondia Benzalay, Juif royal de Girone, d'assister aux compositions pécu- 
niaires de la viguerie de Girone, a charge pour ceux qui composeront 
avec le viguier de fournir audit Juif une juste rétribution ; le roi mande 
au viguier de requérir pour les compositions la présence de Bondia. — 
Même date. 

Reg. 43, f» 132. 

725. — Pedro III mande à ses fidèles Benito Bion, Juif de Girone, et 
Salomon Abraham, Juif de Barcelone, maîtres en loi hébraïque, qu'il a 
appris par son juge F. de Manresa que les procureurs de Creschas Zarch 
de Besalû et Mosse Binoffia de Calatayud, d'une part, Vidalon, fils 
d'Astrug de Porta, d'autre part, ont convenu de s'en tenir à la sentence 
rendue par lesdits maîtres au sujet de tous les articles défavorables à 
Vidalon, lesquels faisaient alors l'objet d'une enquête de la part dudit 
juge ; le roi confirme la transaction intervenue entre les parties. — Bar- 
celone, 23 avril 1279. 

Reg. 41, (° 62. 
T. LX1II, n° 126. il 



258 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

726. — Pedro III mande à m e Aldebert, prévôt de Huesca, de ne pas 
engager de poursuite contre les Juifs de Barbastro pour l'affaire sui- 
vante : feu Jaime I er avait ordonné au justice d'Aragon Martin Perez 
d'exiger des Juifs de Barbastro les deniers du tribut qu'ils devaient 
verser à Guillelmo Alfonso de Gastellnou en vertu d'une assignation 
prescrite à titre d'honneur par feu Alfonso, frère de Pedro IIÏ ; après la 
mort d'Alfonso, le roi, conformément à la coutume d'Aragon, voulut 
entrer en possession d'un honneur qui était tenu de lui ou d'un de ses 
vassaux ; mais le mandement de Jaime I er défendait de procéder à des 
saisies sur les Juifs qui s'étaient constitués débiteurs de l'assignation 
susdite et bien plus, portait injonction aux bénéficiaires de restituer aux 
Juifs de Barbastro l'acte d'obligation. — 26 avril 1279. 

Reg. 41, f° 62. 

727. — Pedro III ayant appris que Sancho Pérez et Aznar Martinez 
sont inculpés du meurtre du Juif Jahuda Abnuba et qu'après leur fuite 
une enquête a été d'il verte par Jimeno Pérez de Salanueva, mande au 
justice d'Alagôn de faire citer les inculpés à comparaître par devant le 
roi dans les trente jours, sous peine à l'expiration de ce terme de voir 
leurs biens confisqués. — Barcelone, 28 avril 1279 

Reg. 41, i'° 65 v". 

728. — Pedro III ordonne aux aljamas de Valence, d'Aragon, de Cata- 
logne, de Perpignan, de Montpellier et de Narbonne de faire choix de 
trois Juifs chacune, lesquels seront chargés de recevoir les témoignages 
sur les articles que leur remettra le porteur des présentes au sujet des 
crimes reprochés à Vidalon de Porta ; les Juifs susceptibles de témoigner 
dans cette enquête devront le faire dans le délai de trois jours. — Barce- 
lone, 17 mai 1279. 

Reg. 41, fo 76. 

729. — Pedro III mande a ses fidèles de raljama des Juifs d'Egea 
d'observer pour la prestation de serment en matière de prêt consenti 
aux chrétiens les règlements en usage dans la juiveric de Saragosse, con- 
formément aux prescriptions édictées sur ce point par Jaime I er . — 
Tortose, 26 mai 1279. 

Reg. 14, fo 83 v°. 

730. — Pedro III notifie à son fidèle Camino de Paniola, viguier de la 
ville et de la campagne de ïarragone, qu'il a fait remise aux Juifs de 
Tarragone de 200 sous sur les 1.200 exigés pour la « cena * ». — Castellon 
de Burriana, 29 mai 1279. 

Reg. 41, f° 88 v°. 

1. Cena, droit de gîte probablement converti depuis longtemps en redevance pécu- 
niaire. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDKO III ET ALFONSO III 259 

731. — Pedro III ayant appris que pour les prédications destinées à 
des auditeurs juifs les Frères prêcheurs de Huesca se font accompagner 
d'une multitude de chrétiens, qui, par leur présence peuvent engendrer 
des désordres dommageables aux Juifs, mande au Prieur de Huesca 
d'inviter les frères de son ordre à ne pas admettre à leurs prédications 
d'auditeurs chrétiens, laïques ou clercs. — Valence, 19 juin 1279. 

Reg. 41, f° 93 v°. 

732. — Pedro III adresse le même mandement au custode des Frères 
mineurs et au prieur des Frères prêcheurs de Saragosse. — Même date. 

Reg. 41, f« 93 v°. 

733. — Pedro III mande à deux sobrejunteros de Huesca et de Sara- 
gosse de faire crier qu'il est défendu sous certaine peine à quiconque de 
se rendre aux dites prédications, hormis aux prédicateurs et à leurs com- 
pagnons. — Même date. 

Reg. 41, P 93 v°. 

734. — Pedro III mande à Gonçalbo P. de San Pedro, sobreju utero ! 
de Huesca, de rechercher les auteurs de la mascarade où Ton vit la célé- 
bration d'un baptême faite sur le mode de la thora, avec accompagnement 
de cantiques, le tout dans le dessein de se moquer des rites juifs, le 
détilé du néophyte dans les rues de la ville en dérision des Juifs et de 
leur loi, et enfin pour clôturer cette manifestation, l'élection d'un roi à la 
manière juive ; le sobrejuntero devra faire parvenir au roi une relation 
de l'enquête fermée de son sceau personnel. — Valence, 19 juin 1279. 

Reg. 41, f°94. 

735. — Pedro III mande au justice de Gatalayud de faire crier qu'il est 
défendu sous certaine peine d'assister aux prédications consacrées exclu- 
sivement aux Juifs par les Frères prêcheurs ou mineurs, lesquels ne 
devront être accompagnés que de quinze à vingt personnes. — Valence, 
21 juin 1279. 

Reg. 41, f» 94. 

736. — Pedro III mande au même d'exiger une caution suffisante de 
ceux qui franchirent le mur et enfoncèrent les portes delà juiverie de 
Calatayud pendant que les Juifs assistaient à des prédications à l'intérieur 
de la synagogue. — Même date. 

Reg. 41, f° 94. 

737. — Pedro III informé par l'aljama des Juifs de Murviedro que le 
baile de l'évêque de Valence a exigé desdits Juifs la dime et les prémices 

1. Sobrejuntero : en Aragon, officier judiciaire chargé de l'exécution des sentences 
rendues par le justice (Du Cange, sub verbo). 



260 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pour des biens patrimoniaux qui n'ont jamais appartenu aux chrétiens et 
sur la récolte desquels la dîme ou les prémices n'ont jamais été prélevées, 
mande à ses fidèles justice et baile de Murviedro de ne pas permettre que 
lesdits Juifs soient grevés ou molestés par le baile épiscopal. — Valence, 
27 juin 1279. 

Reg. 41, f98. 

738. — Pedro III mande à tous ses officiers et sujets de permettre à 
Astrug de Sala et à Mosse de Sala, Juifs de Perpignan, d'ester tranquille- 
ment dans toutes les parties de la couronne et de veiller à ce que ces deux 
Juifs ne soient grevés par personne à rencontre de la justice. — Valence, 
29 juin 1279. 

Reg. 41, f° 100. 

739. — Pedro III mande au viguier de Tortose de mettre à exécution la 
sentence portée par M e A. de Invidia, juge commis par le roi au règle- 
ment du procès de vol pendant entre Mosse Escandaram, Juif de Barcelone, 
d'une part, M e Bonifacio et Romeo de Castella, d'autre part, et, en cas 
d'opposition des parties au présent mandement, de les assigner à compa- 
raître par devant le roi dans la quinzaine qui suivra l'acte d'opposition. — 
Valence, 11 juillet 1279. 

Reg. 41, f» 106 v°. 

740. — Pedro III adresse aux justices de Téruel et de Tarazona les 
mêmes mandements qu'au justice de Calatayud (n°J735). — Valence, 
12 juillet 1279. 

Reg. 41, f° 94. 

741. — Pedro III ayant reçu pour la quinte d'Aragon de trop grandes 
quantités de bétail, requiert les aljamas juives et sarrasines d'Aragon, de 
Catalogne et du royaume de Valence de lui en acheter aux prix courants. 
— Même date. 

Reg. 41, f« 108. 

742. — Pedro III donne Tordre aux adélantades et à l'aljama des Juifs 
de Saragosse, en conformité avec ce que son fidèle baile Jucef Itavaya 
leur a écrit, de s'obliger a Samuel Sartal,Juif de Valence, pour 3.000 sous 
de Jaca, payables à ce dernier sur le produit du prochain tribut de la Saint- 
Jean de juin. — Valence, 17 juillet 1279. 

Reg. 46, f» 13 vo. 

743. — Pedro III a été informé que l'obligation de prêter serment dans 
la synagogue imposée par Taljama des Juifs de Saragosse pour les décla- 
rations des biens imposables ne saurait être exigée de Oro, mère de Jucef 
Avenbruch, pauvre vieille infirme absolument incapable de se rendre 



CATALOGUE DES ACTES DE JÀIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 261 

à la synagogue pour y prêter serment ; il mande donc à l'aljama de Sara- 
gosse de recueillir le serment de ladite vieille à domicile. — [Valence], 
30 août 1279. 

Reg. 42, f» 136. 

744. — Pedro III ayant appris de Jucef Corttatxich, Juif de Galatayud, 
accusé d'avoir violé une Juive de la ville après l'avoir t'ait sortir par force 
de chez elle, que dans l'enquête ouverte contre lui, ledit Juif n'a pas vu 
jurer les témoins et n'a pas reçu copie de l'enquête, mande au juge de la 
cour A. Calvero de faire procéder comme de droit, après s'être assuré du 
bien fondé de la plainte de Jucef. — Chiva, 27 septembre 1279. 

Reg. 42, f» 144. 

745. — Pedro III a appris que Mosse Alcotenti du temps où il était baile 
de Saragosse, excipant d'une prétendue confirmation de Jaime I er , mit le 
Juif Geneteno Bondia en possession d'un patu ou corral que ledit Juif 
tenait à cens du roi dans la morerie de la ville et qu'il avait acquis dudit 
baile ; il mande au baile de Saragosse de faire déposséder ledit Geneteno. 
— Valence, 7 octobre 1279. 

Reg. 42, f° 150 v». 

746. — Pedro III a été informé que lorsque les Frères prêcheurs ou 
mineurs prêchent dans les synagogues, ces édifices se remplissent de 
chrétiens, venus là plutôt dans le dessein de railler, d'outrager et de 
molester les Juifs que d'écouter les prédications ; voulant éviter les scan- 
dales, le roi mande à son viguierde Barcelone de faire crier défense sous 
certaine peine aux chrétiens d'entrer dans les synagogues pour y entendre 
prêcher, exception faite en faveur de trois ou quatre personnes hono- 
rables. 

Semblables mandements au baile de Girone, aux viguiers de Vich et 
Manresa, de Villafranca, Tarragone, Cervera, Tarrega et Montblanch, aux 
calmédines de Huesca et Saragosse, aux justices de Tarazona, Jaca, Borja, 
Egea, Barbastro, Galatayud, Daroca, Téruel, Valence, Jâtiva. — Valence, 
8 octobre 1279. 

Reg. 42, f° 148 v°. 

747. — Pedro III a appris que pour leurs prédications dans les syna- 
gogues de Barcelone les Frères prêcheurs et mineurs font appel en vue 
de la conversion des Juifs à la crainte et à la violence plutôt qu'aux argu- 
ments licites, que la présence à ces sermons d'un grand nombre de 
chrétiens engendre des scandales, des affronts et des dommages pour les 
Juifs, et que même certains Juifs sont entraînés à la foi du Christ malgré 
eux; le roi mande à ses fidèles de l'aljama des Juifs de Barcelone qu'il 
défend aux chrétiens d'aller entendre prêcher dans les synagogues et qu'il 
prie les Frères de s'abstenir de toute menace et de toute violence ; quant 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aux Juifs, ils devront écouter les prédicateurs et se garder de paroles 
outrageantes pour les Frères et la foi chrétienne. 

Semblables mandements aux aljamas de Girone, Vich, Villafranca, 
Tarragone, Montblanch, Cervera, Lérida, Monzon, Huesca, Saragosse, Jaca, 
Tarazona, Calatayud, Daroca, Téruel, Tortose, Valence, Jâtiva, Egea, Bar- 
bastro. — Même date. 

Reg. 42, f°» 148 v°-149. 

748. — Pedro III prie le custode et le couvent des Frères mineurs de 
Barcelone d'amener les Juifs à se convertir non par des menaces et des 
violences, mais par la persuasion. 

Semblables mandements aux Frères de Girone, Vich, Villafranca, Cer- 
vera, Montblanch, Lérida, Castellôn, Tarragone, Monzon, Tortose, Huesca, 
Saragosse, Tarazona, Egea, Borja, Calatayud, Daroca, Téruel, Valence, 
Jâtiva, Jaca, Barbastro. — Même date. 

Reg. 42, f» 149 v». 

749. — Pedro III ayant appris qu'après avoir décidé sur réquisition 
royale de vendre entre les Juifs la viande provenant delà quinte, l'aljama 
des Juifs de Saragosse a soustrait en fraude au préjudice du roi la valeur 
d'une obole par livre de viande vendue, mande à ses fidèles de ladite 
aljama d'effectuer la vente aux prix courants. — Valence, 22 octobre 1279. 

Reg. 42, F 159. 

750. — Pedro III ayant été informé que quelques Juifs exigeaient de 
la mère prieure et du couvent de Peramea des intérêts supérieurs au taux 
fixé par Jaime I er , mande à P. Martinez d'Artasona de confisquer les 
créances de ces usuriers. — Valence, 7 novembre 1279. 

Reg. 42. f° 170 v°. 

751. — Pedro III mande à ses fidèles Benito Hion, Juif de Girone, ot 
Salornon Abraham, Juif de Barcelone, maîtres en loi hébraïque, lesquels 
lui ont demandé des éclaircissements sur l'application du mandement 
relatif à Vidalon de Porta, de prononcer eux-mêmes la sentence sur cette 
affaire et de transmettre leur décision à F. de Mauresa, juge royal, sous 
leurs seaux ou sous celui du viguier de Barcelone. — Valence, 11 novem- 
bre 1279. 

Reg. 42, f° 169 v°. 

752. — Pedro III mande à Martin Homero de Varea, justice de Cala- 
tayud, de prêter aide et conseil au portier royal Mateo d'en Destre, chargé 
d'arrêter et d'amener devant le roi Geraldo de la Porta, changeur de Cala- 
tayud, fils du Juif argentier El Alvedi. — Valence, 16 novembre 1279. 

Reg. 42, F 170 v°. 

753. — Pedro III confirme à Abraham Abinaffia, Juif de Murviedro, la 



catalogue des actes de jatme r\ pedro m et alfonso m 263 

concession que lui a faite Jaime I er d'écouler dans la cité de Valence, 
chaque année, nonobstant le statut de la ville, tout le vin qu'il récoltera 
à Murviedro. — Valence, 16 décembre 1279. 

Reg. 44, f° 180. 

754. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Saragosse. de ne pas 
contraindre Oro, mère de Jucef Avenhruch, à prêter serment hors de sa 
maison, conformément à laconcession que le roi lui a faite de grâce spé- 
ciale en raison de son grand âge. — Valence, 21 décembre 1279. 

Reg. 42, i° 196. 

755. — Pedro III ayant appris que quelques fermiers de revenus royaux 
d'Alcira ont procédé, sans son consentement, à partir de son avènement, 
en faveur de chrétiens à des donations ou concessions de patrimoines 
sarrasins préjudiciables à ses intérêts, mande à Muça Alleg, Juif d'Alcira, 
d'annuler ces opérations et de répartir les biens arbitrairement concédés 
entre les Sarrasins de ladite ville. — Valence, 22 décembre 1279. 

Reg. 42, f° 193. 

756. — Pedro III mande à la cour de Lérida de faire exécuter la sen- 
tence rendue dans l'affaire suivante : le curé de l'église San Andrés de 
Lérida était en procès avec l'aljama des Juifs au sujet de certains droits 
que l'église percevait sur quelques maisons sises dans les limites de la 
paroisse de San Andrès ; ces maisons ayant été achetées par les Juifs, le 
curé prétendait que par suite de cet achat les droits de son église seraient 
diminués ; les Juifs ont interjeté appel de la sentence rendue par le juge 
F. de Manresa, mais le roi la confirme, l'appel n'ayant pas été fait dans 
les délais prescrits. — Valence, 5 janvier 1279/80. 

Reg. 42, f° 200. 

757. — Pedro III ayant été informé du meurtre commis sur la personne 
du Juif de Saragosse Issach Cadaix dans la ville d'Alfajan'n, par quelques 
habitants du lieu, dont trois ont été arrêtés par le justice d'Alfajan'n, 
mande à Gonçalbo Perez de San Pedro de se faire remettre les trois pri- 
sonniers, d'obtenir leur aveu, de procéder à une enquête diligente, d'ar- 
rêter les autres coupables et d'envoyer une expédition de l'enquête au roi 
ou à F. de Manresa. — Valence, 6 janvier 1279/80. 

Reg. 42, f» 202. 

758. — Pedro III mande au justice d'Alfajan'n de remettre au justice 
d'Alfajarin les trois habitants arrêtés. — Même date. 

Reg. 42, f° 202. 

759. — Pedro III mande au baile de Saragosse de contraindre tous les 
Juifs francs de Saragosse, dans leurs personnes et dans leurs biens, ;'i con- 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tribuer aux dépenses communes engagées depuis trois ans par l'aljama 
juive. — Cabanes, 10 janvier 1279/80. 

Reg. 42, f» 202 v°. 

760. — Pedro III ayant appris que Xeraçi, fille de M^açoci Albarbi, de 
Galatorao, et certains de ses amis tiennent en respect (in reguardo) Salo- 
mon Alquican, Juif de Saragosse, mande au sobrejuntero Alaman de 
Gudal d'exiger de Salomon une caution et sa signature. — Même date. 

Reg. 42. 1° 202 v°. 

761. — Pedro III à Garcia Rodriguez, justice de Téruel ; Jaime I«* avait 
ordonné de pousser Sançon de Quatortze, Juif de Téruel, son frère Jucef 
et leurs femmes à rembourser certaine somme à Santon de Quatortze, 
Juif de Calatayud ; Pedro III a appris que les débiteurs ont mis frauduleu- 
sement leurs biens à l'abri des réclamations de leur créancier; il mande 
donc à Garcia Rodriguez de saisir les biens des débiteurs et de les tenir 
sous séquestre jusqu'à ce qu'ils se soient acquittés à regard de Santon ou 
lui aient donné l'assurance par acte signé de lui faire complément de 
justice. — Valence, 19 janvier 1279/80. 

Reg. 42, f° 205 v°. 



762. — Pedro III confie le règlement du procès ci-dessus à Juan Gil 
tc-Regia ». — M< 

Reg. 42, f° 205 v. 



de « Pontc-Regia ». — Même date. 



763. — Pedro III informé que le justice d'Alagôn ne se conforme pas 
au mandement royal relatif aux privilèges royaux concédés aux Juifs, 
enjoint à ce fonctionnaire d'observer inviolablement les prescriptions 
dudit mandement. — Même date. 

Reg. 42, f°205 v°. 

764. — Pedro III reproche à son cher chancelier M c A. de Torre, cha- 
noine de Barcelone, chargé par lui du règlement de l'affaire des Juifs de 
Barbastro, d'avoir délégué à sa place Alfonso de Castellnou, et lui intime 
Tordre de s'en occuper lui-même. — Jâtiva, 28 janvier 1279/80. 

Reg. 42, f» 212. 

765. — Pedro III autorise le chrétien R. de Juyach et le Juif Issach de 
Castellôn, tous les deux habitants de Villareal, a construire deux mou- 
lins dans le terroir de Villareal et à faire une prise d'eau dans le canal de 
la ville, à charge pour les habitants de faire moudre leur blé auxdits 
moulins et pour les tenanciers de fournir au roi le tiers des bénéfices; 
les possesseurs auront la faculté de disposer librement des deux moulins 
en faveur de toute personne, hormis chevaliers, clercs et religieux, sous 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 265 

la réserve, toutefois, au profit du roi du tiers des bénéfices, des droits de 
lods, domaine direct et « fatica 1 ». — Même date 

Reg. 44, f° 167. 

766. — Pedro III ayant appris que Abrahim El Rabi et certains de ses 
frères, habitants de Calatayud, en désaccord pour des immeubles et des 
sommes d'argent, ont fait choix comme arbitre de leur coreligionnaire et 
concitoyen Jucef Avencarruch, mande à Martin Romero de Vera, justice 
de Calatayud, de s'enquérir si cette affaire doit être réglée conformément 
à l'açuna, et, dans l'affirmative, de veiller à ce qu'elle soit définie de cette 
façon, tout en ne permettant pas que Jucef soit grevé indûment. — 
Valence, 13 février 1279/80. 

Semblable mandement au justice de Téruel. 

Reg. 42, f° 217 v°. 

767. — Pedro III mande au baile de Saragosse, qui a engagé des pour- 
suites contre Haoron Fedanch, Izmaël, son fils, et Abrahim Fedanch, Juif 
de Saragosse, d'assigner à ces derniers un juge idoine et non suspect, et 
de ne procéder contre eux qu'en exécution de la sentence du juge. — 
Valence, 15 février 1279/80. 

Reg. 42, f" 218. 

768. — Pedro III mande à son lieutenant G de Gorte de faire con- 
traindre par le justice et le baile de Fraga Mosse Ascarell, Juif de cette 
ville, à payer ses dettes à Jaime Sanchez, de Monzén, et si le débiteur 
néglige de s'acquitter, de faire saisir ses gages après avoir satisfait aux 
avertissements légaux. — Valence, 17 février 1279/80. 

Reg. 42, f° 221. 

769. — Pedro III mande à son lieutenant Simon de Geronella, nonobs- 
tant la licence accordée par ce dernier à Mosse Escandaram, Juif de Bar- 
celone, de faire des prises sur les habitants de Tortose en raison des 
plaintes portées contre Romeo de Gastellet, de recueillir de la main dudit 
Romeo l'attestation de son droit, d'assigner à Tarragone un juge idoine 
aux parties et, cela fait, d'avertir le viguier et le baile de Barcelone de ne 
pas laisser infliger la saisie aux habitants de Tortose jusqu'au prononcé 
de la sentence, bien plus, de faire restituer les saisies déjà effectuées. — 
Valence. 22 février 1279 80. 

Reg. 42, f° 223. 

770. — Pedro III accorde son guidage aux marchands Juifs de Castille 
qui se proposent de venir dans le royaume de Valence. — Valence, 
13 mars 1279/80. 

Reg. 42, f° 230. 
1. Fatica, droit de retrait. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

771. — Pedro III a appris que les Juifs de Lérida sont molestés par 
quelques curés de la ville pour refus de prémices ; or, les chrétiens n'ont 
pas coutume de fournir de prémices, et d'après le privilège de Jaime I er 
confirmé par Pedro III, les Juifs de Lérida doivent jouir des mêmes pré- 
rogatives que les chrétiens de la ville ; le roi mande donc à son baile et 
à sa cour de Lérida d'empêcher que lesdits Juifs ne soient contraints à 
fournir de prémices, si ce n'est h la suite d'une sentence les y condam- 
nant. — Jâtiva, 2 avril 1280. 

Reg. 42, f» 243. 

772. — Pedro III confie à son fidèle Aaron de na Clara, Juif de Barce- 
lone, le règlement du procès pendant entre Dolsa, femme de Mosse de 
Barcelone, Astruga, sa fille, Juives de Lérida, d'une part, et Benito de 
Limos, Juif de Valence, d'autre part, au sujet d'une certaine somme 
d'argent et de quelques immeubles; il lui mande à cet effet de con- 
voquer les parties, d'ouïr et terminer le différend conformément à l'açuna 
des Juifs. — Même date. 

Reg. 42, f° 243 v°. 

773. — Pedro III mande à ses fidèles Pedro Costa, juge du royaume de 
Valence et Pedro de Libiano, justice de Valence, de ne pas permettre que 
le Juif de Valence Abrahim Abinafia ou ses biens soient grevés indû- 
ment par Mosse Alcostanti, baile de Valence, s'il advient que ce dernier 
intente un procès à son coreligionnaire, pourvu, toutefois, que ledit 
Abrahim fournisse sous caution l'attestation de son droit et s'engage 
à faire complément de justice audit Mosse au pouvoir d'un autre juge, 
idoine et impartial. — Alcira, 5 avril 1280. 

Reg. 42, f» 245. 

774. — Pedro III confie à Pedro de Libiano, justice de Valence, le 
règlement du procès survenu entre Romeo de Solcr, jardinier de Valence, 
demandeur, Jahuda, fils d'Alazar de Huesca, Juif de Valence, défendeur, 
au sujet de certaines créances, le premier reprochant au second d'avoir 
enfreint le taux fixé par Jaime I er . — Alcira, 8 avril 1280. 

Reg. 42, f n 246. 

775. — Pedro III mande à Boberto de Torrecha, justice de Daroca, de 
ne pas permettre que certains Juifs royaux de cette ville soient indûment 
grevés par Miguel Perez de San Aznor, qui a pris à ferme la bailie de 
Daroca, pourvu que lesdits Juifs fassent à ce dernier complément de 
justice par devant ledit Roberto de Torrecha. — Alcira, 9 avril 1280. 

Reg. 42, f° 248. 

776. — Pierre III mande à tous ses fidèles Juifs de l'aljama de Sara- 
gosse de faire choix, sur l'avis des vingt-cinq conseillers ou de la majo- 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 267 

rite de la communauté, de trois Juifs réputés idoines, qui seront 
chargés des fonctions de juges de la juiverie pendant cinq ans. — Alcira, 
11 avril 1280. 

Reg. 44, f° 177 v°. 

777. — Pedro III donne quittance à tous les Juifs des aljamas de Girone 
et de Besalû des tributs exigibles depuis le mois de janvier 1207 jusqu'au 
présent jour, et qu'ils ont payés au baile Jucef Ravaylla. — Même date. 

Reg. 46. f° 37. 

778. — Pedro III reconnaît devoir, après règlement de comptes, à 
l'aljama des Juifs de Valence 0.500 sous réaux. — Alcira, 16 avril 1280. 

Reg. 46, f° 37 v°. 

779. — Pedro III confie à son fidèle juge Arnaldo Taverner le règle- 
ment du procès pendant entre Mosse Sillador, Juif de Galatayud, et 
Jucef Halbau au sujet de certaines successions que le premier réclame au 
second. — Alcira, 17 avril 1280. 

Reg. 48, {• 2. 

780. — Pedro III fait savoir à son fidèle baile de Saragosse que, bien 
qu'il lui ait mandé de contraindre les Juifs exempts de Saragosse à con- 
tribuer avec leur communauté à toutes les dépenses municipales, il ne 
convient pas d'infliger de contrainte de ce chef aux fils de feu Bahiel 
Alfaquim et d'Alaçar Abinayar. — Alcira, 26 avril 1280. 

Reg. 48, f° 6. 

781. — Pedro III réclame un subside convenable à ses fidèles de l'al- 
jama des Juifs de Valence pour faire face aux énormes dépenses de 
guerre qu'il doit assumer en raison des services prêtés par Corats Fuxon 
et d'autres nobles de Catalogne. — Alcira, 28 avril 1280. 

Semblables mandements aux aljamas de Jâtiva, Murviedro, Morella, 
Segorbe, Onda, et aux Juifs d'Alcira, Burriana, Castellôn, Gandia. 

Reg. 48, f° 7 v°. 

782. — Pedro III mande à tous ses fonctionnaires de guider Abraphim 
Avinxapruth et ses trois fils Salamon, Açach, Çaçon, qu'il a mandés par 
devers lui en vue du règlement de certaines affaires royales. — Alcira, 
3 mai 1280. 

Reg. 48, f° 10. 

783. — Pedro III mande aux quatre Juifs ci-dessus de se rendre auprès 
d'A. de Peralada et de lui révéler tout ce qu'ils peuvent connaître d'avan- 
tageux pour les intérêts du roi; il leur promet toute sécurité et une 
rémunération suffisante. — Même date. 

Reg. 48, f° 10. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

784. — Pedro ÏII mande aux secrétaires et à Paljama des Juifs de la 
ville et collecte de Barcelone de retenir sur leur prochain tribut la 
créance de 1.000 sous barcelonais et celle de 200 morabotins d'or qu'ils 
n'ont pu percevoir, ainsi qu'ils y avaient été autorisés par assignation 
royale, sur les revenus du val de Pego et d'Alfandeque. — Valence, 
42 mai 1280. 

Reg. 46, f° 39. 

785. — Pedro III au viguier, au baile et aux prud'hommes de Tortose ; 
Romero de Castellet, chevalier, s'est engagé sous caution idoine à l'égard 
du juge royal à faire droit à Mosse Escandaran, Juif de Barcelone, pour 
la plainte portée par ce dernier contre lui; Mosse avait obtenu du roi 
l'autorisation d'infliger des prises aux habitants de Tortose ; mais le roi 
est revenu ensuite sur cette autorisation en prescrivant audit Mosse de 
suspendre ses prises jusqu'au règlement de l'affaire pendante; néan- 
moins, le roi a appris que les viguier, baile et prud'hommes procèdent 
contre Romero en lui refusant l'entrée de Tortose; il mande donc à 
ces fonctionnaires et notables de permettre audit Romero d'entrer et 
séjourner dans la ville pendant toute la durée des débats, de veiller à la 
sécurité de sa personne et de ses biens ; s'il en arrivait autrement, le roi 
autoriserait Mosse à faire des prises sur les habitants de Tortose. — Espi- 
nella, 17 mai 1280. 

Reg. 48, f° 23 v°. 

786. — Pedro III voulant accéder à la requête de son fils Jaime P. 
qui désire acheter un cheval à P. de Sasala, de Tarrega, mande à Mosse 
Revaya d'inviter les Juifs Jucef Almocacil de Vilagrasa, et Salamon de 
Tarrega de souscrire, à l'ordre du roi, vis-à-vis de Sasala une obligation 
de 2.200 sous barcelonais représentant le prix du cheval. — Au siège de 
Balaguer, 9 juin 1280. 

Retr. 48, t'° 40 \°. 

787. — Pedro III mande à ses fidèles viguier et baile de Barcelone de 
contraindre les débiteurs des Juifs et leurs répondants à s'acquitter de 
leurs obligations, capital et intérêt, nonobstant la criée de prohibition 
faite en sens contraire par le juge royal Jimeno P. de Salanova et 
quelques autres fonctionnaires. — Au siège de Balaguer, 21 juin 1280. 

Semblables mandements en faveur des Juifs de Tortose, de Monzôn 
Alagôn. Montclus, El Frago, Téruel, Borja, Fraga. 

Reg. 48, f° 48. 

(^4 suivre.) 

Jean Régné. 



L'UNIVERSITÉ ISRAÉLITE DE NICE 



DE 1785 A 1803 



La communauté israélite de Nice possède dans ses Archives le 
registre des délibérations de son Conseil d'Administration allant du 
11 septembre 1785 au 24 messidor, an X. Ce volume, parfaitement 
conservé, est tout entier écrit en langue italienne de la main de 
Léon-Ange Sahadun, d'abord secrétaire et plus tard aussi ministre 
officiant de la Communauté. Avec les renseignements que nous y 
puisons, ainsi que dans quelques autres pièces de nos Archives, 
nous pouvons retracer les principaux événements de l'histoire 
intérieure de « l'Université juive de Nice » à cette époque. 

Gomme on s'y attend, ce sont des discussions soulevées par 
l'élection des membres du Conseil qui remplissent souvent les 
procès-verbaux de notre registre. Tantôt c'est un notable qui 
invoque mille prétextes pour demander la radiation de son nom de 
la liste des éligibles, tantôt c'est un groupe de mécontents qui 
poursuit l'annulation d'un scrutin. Mais ces dissentiments n'eurent 
jamais de conséquences graves et ne troublèrent que momenta- 
nément la bonne harmonie de la communauté. 

Le Conseil portait en hébreu le titre de « Maamad » et était 
composé de sept membres : deux massari, deux deputati, un 
trésorier et deux simples conseillers. Les massari sont parfois 
désignés aussi par le nom hébreu de « Parnassim ». Le Conseil 
avait l'administration intérieure de l'Université et était chargé de 
la perception des impôts dus par les Juifs au gouvernement. 

En 1785, le rabbin en fonctions s'appelait Elie-Salvador Margalid. 
Il exerçait son ministère à Nice depuis au moins dix ans, car, à 
cette date, l'engagement décennal qui le liait à la Kéhila venait à 
expiration. Le Conseil lui renouvela, d'ailleurs, son mandat, dans 
la séance du 29 novembre 1785, pour une période de dix ans. Le 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

traitement du rabbin était de 50 louis par an, une indemnité de 
logement, ne pouvant en aucun cas dépasser 4 louis, enfin la 
fourniture gratuite des maççot pour lui et sa famille. 

Le contrat de 1785 est intéressant parce qu'il définit très nette- 
ment, non seulement la situation matérielle, mais encore le rôle et 
les fonctions d'un rabbin à la fin du xvm e siècle. Margalid était tout 
d'abord « Moreh », interprète et docteur de la Loi, tranchant souve- 
rainement les difficultés d'ordre religieux. Il était, en second lieu, 
prédicateur. A toutes les fêtes il était tenu de prononcer une 
homélie (Deracha). — Un membre du Conseil voulait même exiger 
de lui tous les mois un discours sur un sujet moral, mais cette 
proposition n'eut pas de suites. — Il était, en outre, obligé de faire 
une conférence (Limoud) tous les soirs au Temple, après la prière 
de « Min'ha ». Toutefois, en hiver, il était autorisé à la faire à son 
domicile privé, après le dîner. De même, on exigeait de lui un 
« Limoud » à l'occasion d'une circoncision dans la maison de 
l'accouchée. Il était obligé de faire réciter les dernières confessions 
aux agonisants, « sans être requis pour cela ». Tous les soirs il 
expliquait le commentaire de Rachi aux enfants les plus instruits. 
Ces leçons étaient gratuites pour les pauvres ; les autres devaient 
au rabbin une rétribution de 3 francs par mois. Le dimanche et le 
jeudi il inspectait l'école, qui était dirigée par un instituteur. 

Margalid remplissait ses multiples fonctions à la satisfaction de 
tous. C'était un homme dévoué et conciliant selforçant, en toutes 
circonstances, de maintenir l'union dans sa communauté et de 
développer parmi ses membres la connaissance de la Loi. On lit, 
dans un procès-verbal du 18 octobre 1786, que les massiers 
« comprennent, suivant les paroles persuasives du rabbin, qu'ils 
ont le devoir de mettre fin au conflit qui les divise ». Et dans un 
autre, datant du lendemain de la mort du pasteur, « qu'il a formé 
de nombreux Chachamim ». 

Cette mort survint le 28 mai 1787 '. Margalid fut inhumé le lende- 
main au cimetière actuel de la communauté, créé vers cette époque. 
Sa tombe en est une des plus anciennes 2 . 

La veille de sa mort, le rabbin, sentant sa fin proche, avait 
convoqué à son chevet le Conseil ainsi que les principaux membres 

1. Et non pas en 1173, comme l'a écrit M. Moïse Schwab dans L'Univers israélile 
du 23 février 1910. 

2. Elle est aujourd'hui encore entourée d'un profond respect. C'est devant elle qu'est 
célébré chaque année, les veilles de Roch-Hachana et de Kippour, un service funèbre 
pour le repos de l'âme des morts de la communauté de Nice. Elle a été restaurée en 
1876 par les soins du Comité de Bienfaisance. 



L'UNIVERSITÉ ISRAÉLITE DE NICE 271 

du Kahal pour leur demander de veiller sur sa mémoire et de la 
défendre contre toute attaque et principalement contre un adver- 
saire « ayant abandonné sa femme dans le pays de Pologne ». 
Il leur recommanda également sa veuve, dont l'avenir le rem- 
plissait d'inquiétudes. Et l'assistance, fortement impressionnée 
par les exhortations du moribond, s'engagea à tenir pour sacrées 
ses dernières volontés. 

En effet, le 3 juin suivant, le Conseil vota les résolutions sui- 
vantes : 

1° Toute personne portant atteinte à la réputation du pasteur 
défunt sera frappée ipso facto de la peine du hérem (interdit); 

2° Pour perpétuer sa mémoire, une prière (Achkaba) sera récitée 
le jour anniversaire de sa mort et le soir de Kal Nidré ' ; 

3° Sa veuve sera entourée des mômes égards qu'on lui témoignait 
du vivant de son époux ; 

4° Elle jouira pendant trois ans d'une pension annuelle de 
25 louis. 

Cette pension lui fut renouvelée dans la séance du 5 septembre 
1792 et portée à 32 louis, « pour lui permettre de constituer une 
petite dot à sa fille ». 

Le rabbin Abraham Cohen succéda par intérim à Margalid à la 
tête de l'Université. Mais il ne remplit pas longtemps son minis- 
tère. Dès le lendemain du Kippour suivant, il dut quitter Nice, 
après avoir reçu une indemnité globale de 25 louis, plus 3 louis 
pour ses frais de voyage. 

Il fut remplacé par le rabbin Jehouda-Raphaël Israël, originaire 
de Livourne, nommé par décision du Conseil, en date du 
9 septembre 1787. Son traitement était de 25 louis par an, une 
indemnité de logement de 4 louis, enfin les pains azymes pour lui 
et sa famille. L'installation de ce nouveau pasteur fut précédée de 
difficultés. Dès le lendemain de son élection, le bruit se répandit 
en effet qu'on avait fait choix d'un homme malade et impotent. Et 
le Conseil ne parla de rien moins que de poursuivie l'annulation 
de l'engagement pour six ans qu'il avait signé au rabbin. Mais 
celui-ci protesta et appuya sa protestation d'un certificat du méde- 
cin Bondi attestant que « le rabbin avait bien été malade et souffrant 
des jambes, mais était à présent complètement guéri ». Et le Conseil 
s'inclina. Cette contestation réglée, le rabbin en souleva une autre 
en exigeant, avant de se mettre en route, une indemnité de 
déplacement et « bien que cette charge ne fut pas prévue dans le 

1. C'est ce qui se fuit encore aujourd'hui. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contrat », le Conseil, se conformant aux usages établis, lui accorda 
la somme de 150 francs. 

Le rabbin Israël prit possession de son nouveau poste le 1 er Ab. 
1788 et se révéla, dès la première heure, comme un esprit 
indépendant et un caractère énergique. Il était de tradition alors 
au Temple de Nice d'annoncer la néoménie d'Ab d'une voix lugubre 
et d'adopter pour la récitation des Haphtarot des trois semaines 
une mélodie de deuil. Le rabbin s'éleva contre celte coutume 
condamnée, suivant lui, par de hautes autorités religieuses et 
troublant la quiétude du sabbat. L'office sabbatique des trois 
semaines, dit-il, ne doit se distinguer en rien de l'office des autres 
sabbats. Il demanda également la suppression de la traduction 
espagnole qu'on avait l'habitude d'intercaler verset par verset dans 
les Haphtarot du « Hazon » (Isaïe, i) et de « Od Hanob' (Isaïe, x, 32 
et 19). Ces petites réformes ne furent pas du goût de tous, mais, 
soutenu par le Conseil, le rabbin finit parles imposer (19 août 1789). 

Jehouda-Raphaël Israël mourut en 1808, à rage de soixante-dix 
ans. Sur sa tombe, ainsi que dans la « Ascbkaba » récité chaque 
année pour le repos de son âme, son nom est suivi de Tépithète : 
û^is^ rtmErj « perclus de douleurs ». C'est, écrit M. Moïse Schwab, 
l'indice, selon le ïalmud et le Midrach, de la béatitude céleste. Il 
est l'auteur d'un petit ouvrage de morale, intitulé -idto nttiiîî, 
imprimé à Livourne en 179t>. 

Sous l'influence des idées régnantes, il se produisit à cette 
époque chez les Israélites du centre de l'Europe un mouvement 
tendant à rendre les mœurs plus simples et plus austères. Le 
Conseil de l'Université de Nice, suivant l'exemple donné par d'autres 
administrations juives, publia une ordonnance draconienne contre 
le luxe et les dépenses exagérées. Les toilettes des femmes et des 
jeunes filles, leurs bijoux, leur coiffure et jusqu'à leurs épingles à 
chapeaux y sont sévèrement réglementés. Interdiction radicale de 
toutes réceptions et fêtes pouvant donner lieu à des frais impor- 
tants. A l'occasion d'une naissance, de fiançailles ou d'un mariage, 
il n'est plus permis d'offrir aux invités que quelques gâteaux secs 
ou biscuits, et encore est-il formellement recommandé aux mem- 
bres de la communauté de ne prendre qu'un seul de ces gâteaux. 
Un règlement spécial concernant le Ratan Tora et le Hatan Bèrè- 
chit montre que les festins qu'ils pouvaient offrir étaient tout aussi 
frustes. Les principaux membres du Kahal venaient les chercher à 
leur maison pour les accompagner au Temple, et on les ramenait 
également en cortège à leur domicile, après la cérémonie religieuse. 

A plusieurs reprises le Conseil eut à s'occuper du « vieux cime- 



L'UNIVERSITÉ ISRAÉLITE DE NICE 273 

tière, situé, disent les procès-verbaux, au bas du vieux Château » 
et contigu au cimetière des sœurs François de Salles. L'emplace- 
ment correspond à la rue Ségurane actuelle. Il semble que 
TUniversité dut l'abandonner en 1783 ou 1784 et reçut en échange 
le cimetière actuel du Château. En 1786, un éboulement de la 
colline détruisit un mur du vieux cimetière, ainsi que plusieurs 
stèles funéraires. Pour réparer les dégâts causés sur les tombes, le 
Conseil adressa un appel à la générosité des fidèles. Mais pour 
relever le mur, il fallait l'autorisation des sœurs de Saint-Bernard 
et, en cas de refus, de l'archevêque. Les démarches n'aboutirent ni 
d'un côté ni de l'autre. On s'adressa alors au gouvernement de 
Turin sans plus de succès. Quelque temps après, le Conseil eut 
recours à un nouveau moyen. Il chargea un de ses membres, Jacob 
Trêves, de passage à Turin, d'obtenir du gouvernement la permis- 
sion d'acheter le vieux cimetière. L'affaire traîna en longueur et 
échoua finalement. Cependant, en 1788, l'Université reçut l'ordre 
d'exhumer les cadavres et de les transporter au nouveau cimetière. 
L'émotion fut grande. Comme il ne pouvait plus être question 
d'acheter l'ancien champ de repos pour le compte de la Commu- 
nauté, on décida de charger un acquéreur fictif de s'en rendre 
propriétaire, avec les deniers du Conseil, pour son propre compte 
sous le prétexte d'y élever une fabrique d'huile. Un nommé Lopez 
entreprit l'affaire, mais elle n'eut aucun succès. Il est probable que 
beaucoup de corps furent transportés au nouveau cimetière. En tout 
cas, il y existe, aujourd'hui encore, de nombreuses dalles funéraires 
antérieures à sa création. 

Voici maintenant un résumé des principales délibérations de 
notre registre : 

14 février 1787. Sur la proposition de Ventura et Uziel Marchis, 
le Conseil envoie une protestation au Sénat contre la décision d'un 
juge obligeant les Juifs, en cas de contestations entre eux, de prêter 
serment à genoux et le chapeau à la main '. 

2 octobre 1785. On donne quinze jours à la fille de Joseph C... 
qui menait une vie de débauche pour se corriger. Dans le cas 
contraire, on agira énergiquement afin de ne pas laisser au milieu 
de nous des gens de mauvaise vie. 

8 janvier 1786. Abraham Zimra, ministre officiant, est nommé 
également instituteur pour neuf ans. Pour les deux fonctions, son 
traitement est de 360 francs par an. L'instruction était gratuite pour 
les pauvres seulement. Les heures de classe sont ainsi fixées : De 

1. A la suite de cette intervention, le Sénat les autorise à se tenir debout, la tête 
couverte, selon les rits de leur religion. (Arch. départ. IJ. 26.) 

T. LX1II, n° 126. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Souccot à Péçah, de neuf heures à midi et de une heure à quatre 
heures ; de Péçah à Souccot, de huit heures à midi et de deux heures 
à cinq heures. 

8 septembre 1788. Le rabbin Israël se plaint de ne pouvoir suffire 
à ses besoins avec les 25 louis stipulés par le contrat. On l'aug- 
mente de 8 louis, attendu qu'il est impossible de trouver un pasteur 
capable à un prix inférieur. 

18 février 1789. On se plaint du bruit fait au temple à l'occasion 
de la naissance d'une fille, ainsi que des cris de « Kabod » adressés 
aux personnes appelées au Sepher et de « Hazak » quand elles en 
reviennent. « Il est impossible de supprimer cet usage, mais une 
ordonnance affichée à l'intérieur du temple invitera les fidèles à 
modérer leurs congratulations. » 

11 septembre 1789. Interdiction de nommer dans le Michébérach 
un grand nombre de personnes, ce qui allonge les offices et est un 
ennui pour le Kahal. Il faut englober tout le monde dans la formule 
de urnpïi brrpn bs ^nb. A titre exceptionnel, il est permis cepen- 
dant de nommer les personnes célébrant une fête de famille, les 
malades et les voyageurs. 

5 septembre 1790. Institution de deux troncs au temple ; l'un 
pour le Mohar (dot) des jeunes tilles pauvres ; l'autre pour les rab- 
bins de la Palestine. 

22 juillet 1791. Le Conseil adresse un avertissement sévère à 
peux qui « profanent l'honneur du Culte Céleste », et menace de 
contraventions les porlurbaleurs de l'office divin, quel que soit leur 
rang. En outre, le Mahamad prévient, pour le bien public, que la 
caisse se trouvant pauvre ne peut plus suffire aux dépenses et, 
comme on est la veille des fêles, qu'il est nécessaire de fournil' des 
bougies, l'huile et de quoi payer les employés. Par conséquent, tous 
les intéressés sont priés de verser leurs cotisations et offrandes. 
Quant aux M /r trot vendus le samedi, désormais il faudra les régler 
semaine par semaine, faute de quoi tout nouvel honneur religieux 
sera refusé. « On doit s'empresser de faire honneur à un engage- 
ment pris devant Dieu. » 

2 octobre 1797. On décide, attendu qu'il s'agit d'un service 
public, de prélever sur l'argent de la « Zedaka » les sommes 
nécessaires pour payer les gardiens des boutiques de service de 
nuit et de jour 4 , 

Nous avons de parti-pris négligé de relever dans ce travail les 
discussions ayant un caractère personnel qui remplissent parfois les 

1. Il en nsultr ([ne }§ Conseil entretenait une police dans le quartier juif pour pro- 
téger les biens <le ses administrés. 



L'UNIVERSITÉ ISRAÉLITE DE NICE 



275 



procès-verbaux de notre registre, ainsi que les délibérations ayant 
pour but de mettre fin à des contestations très fréquentes entre 
fidèles au sujet de places au temple ou d'honneurs religieux. 

Jules Bauer. 



Inventaire des contrats et documents appartenant au « Kahat Kadorh, 
de Nice » remis à M. Joseph Vita, Moïse, Parnass-P résident, le 2/ sep- 
tembre 1783. 

N° i. Decreto per la separazione délia case del ghetto con muniz ne ai 

consoli délia citta corn pari re dav. il Senato. 
No 2. Decreto del Senato aeciouche l'Universila ne sia risponsabile. 
N° 3. 1 Supplica di Léon Ange Sahadun, 17 ottobre 1779. 

Contratto di Abram Zimra e Sahadun con il Kahal Kadoch, 

25 mag. 1780. 
Supplica dell 1 Hacham Margalid con decreto accordatoli aoumento 

del, 14 mag. 1780. 
Decreto per Laoumento di lugi 10 al H. Margalid. 
Copia di lettera dell' 111. S r Conti Curti del, 25 feb. 1783. 
Copia del Contratto d'imprestito di scudi 600 sig. Cauvin, 

20 giugno 1783. 
Lettera di S. E. il S r M. Samarsano per la concessione del ma 

D^nn, 28 febr. 1783. 
liegolamento del 1738. 
Supplica per ottenere la scuola, 7 nov. 1757. 
Supplica e copia accestatoria per il ritiro délie famiglia nel 

ghetto. 
Contratto con M. Muratori per il û^Tin 'n, 21 Agost. 1783. 
Supplica per gli fitti délia case e riduzione. 
Divisione délie Tasse e posti délia scuola con decreto, 13 feb. 

1733. 
Supplica graziato per servisi délie Baglie, 21 Ag. 1732. 
Supplica per la visita délie case. 

Supplica per potere sortire la settima santa, 23 marz. 1750. 
Privilegi del 19 Ag t0 1738. 

Supplica per fare Mazzod nella settima santa, H rnarz. 1750. 
Cont. cor e del Signor Lattes per ottonere privilegi, 3 mag. 1750. 
Privilegi di 24 nov. 1670. 
Conti entrata c sortita délia scuola nel (îabaiud delli SS° Abraham 

Moise, David Cohen e Moise Avigdor nell' anni 1780-81-82. 
Hicevuta del Tasse lleggio, 15 feb. 1782. 
Conto del .1. Mirando per il Talmud Tora 1780 corne Gaba di 

quella cassetta. 
Contratto di Zimra e Sahadun, 25 mag. 1779. 
Contratto dell. Hacham Margalid, 3 ottobre 1785. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE 

DE PARIS 
PROVENANT DE LA GUENIZA DU CAIRE 

(suite f ) 



197. Fragm. de prière particulière sur parchemin. 1 morceau in-4°, coupé 

du bas. 

198. Prières et explication de diverses parties du Rituel; une- pour le 

jeûne de fin Eloul ; justification des récitations de Ps. ; cérémonie 
de sortie du Séfer. Écrit, orientale, ff. 20, 60, 98 à fin. 4 ff.in-8°. 

199. Prière particulière, Hî« HttJpa, en prose rimée, comprenant 22 

strophes qui commencent chacune par l'une des lettres de l'al- 
phabet, composées au Yémen en (5)581 (= 1821). La dernière 
strophe (un r\bis) contient le nom de l'auteur: hd* Tib"* p^i:" , . 
Elle est suivie (fol. 6) du livre mystique D^n D^tt mptt (source 
d'eau vive), par Hayyim "HT^n, inachevé. La l re moitié en grande 
écrit, rabbin. ; le reste en petite écrit. 10 ff. in-16°. 

200. Prière du môme genre. Au-dessous du mot HUîpa, on lit l'indication 

rmyo N 0, sans que l'on sache si c'est le nom de l'auteur, ou du 
possesseur. 1 f. in-12°, délabré. 

201. Fragm. de prière analogue, en aussi mauvais état. 1 f. in-8'. 

202. Morceau des prières de pénitence. Écrit, orientale. 1 f. in-4°, troué 

et déchiré. 

203. Invocation dite bN3>niZP '1 b«5 ïllZJpa. Écrit, africaine. 2 ff. gr. in-8°, 

déchirés du bas. 
204-5. Invocation en arabe, avec centons bibliques, en prose rimée. 
Hefrain : ^hv2 t"d. Le premier f. in-4°, endommagé sur les côtés. 
Le 2 e f° délabré et troué. 

207. Piout pour l'office du matin de Pentecôte. 1 très longue col. 

208. Piout qui semble se référer à la fin du Schemoné-Esré, à en juger 

d'après le dernier vers paraphrasant le EJlbiD. 1 f. in-4°. 

1. Voyez Revue des Études juives, t. LXll, p. 107 et 267, et t. LX1II, p. 100. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 277 

209. Élégie qui parait faire allusion à un fait historique survenu au mois 

de Heschwan dans la ville d'Ascalon. 2 ff. in-12°, abîmés. 

210. Extrait des Ps., lv-lxxxvj et cxli-cxlviu. Écrit, afric. 2 ff. in-24°. 

211. Invocation liturgique, composée de centons bibliques. Ecrit, carrée 

espagnole. Au v° un texte en lettres arabes. 1 f. in-f°. 

212. Fragm. de prière ; copie commencée (4 lignes). 1 f. in-24°. 

213. Série de versets tirée d'un Rituel, suivie d'un Piout *p7JD "»», pour 

le Sabbat Hanoucca. 1 f. in-4°, endommagé. 

214. Élégie de confession ">Trn, en prose rimée. Écrit, rabbin. 1 f. in- 16°. 

215. Confession de fautes en commun. Cite le More Neboukhim de 

Maïmonide. Écrit, afric. 1 f. in-12°. 

216. Invocation en prose rimée, peut-être une ïimbo. 1 f. in-8°, délabré. 

217. Enumération d'avis liturgiques de R. Yehouda, R. Assé etR. Eliézer. 

Puis un poème liturgique, avec répons N^âs" 1 l&O, le tout en 
arabe. Écrit, africaine. 2 ff. en col., troués. 

218. Bénédiction de la rosée bï3, pour le premier jour delà fête dePàque. 

Écrit, rabbin, primitive, carré à peine déformé. 1 f. in-4°, troué. 

219. Morceau de liturgie en centons bibliques. 1 f. in-16°. 

220. Rituel déjeunes; élégies et confession. Écrit, rabbin. 2 ff. in-8°. 

221. Commencement d'une copie des Ps. par Misraïm Jacob Asriel, 

contenant le titre et l'invocation initiale "pati VP. 1 f. in-8°. 

222. Méditations en arabe pour le Nouvel An. 9 fragm. abîmés, in-12°. 

223. Les 2 prières ÏT721ZJ ^13 (ci-dessus n° 189) et le "pa-rt û"H173. 

1 f. in-fol. 

224. Les 7 bénédictions du mariage. 1 f. rectangulaire. 

225. Liturgie pour fiançailles. Écrit, carrée. 2 ff. in-16°. 

226. Prière de l'opérateur d'une circoncision. 2 ff. in-16°. 

227. Kiddousch et bénédiction du repas pour le vendredi soir, avec minu- 

tieuses indications en arabe. 2 ff. in-4°, grande écrit, carrée. 

228. Prière pour les couches. Écrit, rabbin, orientale. 2 ff. in-16". 

229. Bénédiction de fiançailles par R. Menahem. 1 f. in-8°, trou. 

230. Rituel pour la cérémonie de la circoncision. 2 ff. in-4°, endommagés. 

231. Fragment de rituel relatif au repas. Indications arabes. 1 f. in-8°, 

coupé du haut. 

232. Invocation en arabe pour le jeûne du 10 Tébet. 1 f. in-8°. 

233. Version arabe du Rituel journalier, depuis TH ^~D"n, jusqu'à la fin 

de la 2 e bénédiction rm mriN. Écrit, rabbin, orientale. 7 ff. in-8°. 

234. Traduction arabe des versets bibliques, ïinETi ^piOD. Rubriques en 

hébreu, caractères carrés. Le reste en écrit, afric. 2 ff. in-8°. 

235. Le ÏT73E3 texte hébreu, avec version arabe entre chaque strophe. 

Titre en tète rmasn ^2iy bbn. Écrit, afric. 1 f. in -4°. 

236. Version arabe (seule) du môme texte et du narra \ C'est la dernière 

page d'un volume, comme l'indique la mention tabïîSl En. Au- 
dessous, la date "p-nnn le 28 Schebat 5572 (1812), 1227 de l'Hégire. 
1 f. in-4°. 

237. ÏTlTan "■pïOD en arabe, avec passages en hébreu. 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

238. Page du Rituel pour la fête des Tabernacles, en arabe. 1 f. in-4°. 

239. Prières J-nann pour les femmes, avec nombreuses indications en 

italien. Calligraphie en caractères carrés et vocalises. 8 ff. in-16. 

240. Fragments d'une série de versets bibliques. 1 f. in-4°, déchiré du haut. 

241. Fragment d'un rituel en espagnol, caractères latins jaunis (publié 

par le R. P. Fidel Fita : Boletin de la R. Academia de historia, 
Madrid, janv. 1900). 6 ff. in-8°. 

242. Vœux de bonheur pour fiançailles. Bande oblongue de parchemin. 

243. Morceau d'un recueil de Haftarot (Jérémie, vjii ; Ézéchiel, xxxvu, etc.) 

sur parehemin. fol., à 3 col. 

244. Introduction mystique au cérémonial de la soirée de Pàque. Ecrit. 

carrée calligraphiée. 2 ff. in-8°. 

245. Kiddousch du soir de Pàque, avec développements. lf.in-8°, déchire. 

246. Haggada en arabe. Écrit, africaine. Rubriques en hébreu et caract. 

carrés. 2 ff. gr. in-8°, abîmés du haut. 
247? Morceau de la Haggada. Môme écrit. 1 f. in-8°, écorné. 

248. Haggada complète. Indications en arabe. 19 ff. in-16°, dont le 

ter blanc. 

249. Id., suivie d'un commencement de traduction arabe. 18 ff. in-8°. 

250. Id., Kiddousch en hébreu et en lettres carrées. Puis version arabe 

du même rituel en écrit, africaine. 1 très longue colonne fol. 

251. Indicateur abrégé du même cérémonial, t f. petit in-4°, écorné. 

252. Haggada, commencement ; variantes. 2 ff. in-8 6 , déchiquetés. 

253. Id., morceau du milieu. Rubriques en rouge. 2 ff. in-I2°, larges trous. 

254. Id., id., inachevé au milieu. 2 ff. in-24°. 

255. Id. Finale de la première partie. Ecrit orientale. 1 f. in-4°, troué. 

256. Id., commencement. 4 ff. in-24°, dont le 1 er déchiré. Le tout est troué. 

257. Id., morceau de la première partie. 1 f. in-4°, abîmé. 

258. Id., texte et version arabe pmsn pcb, sic). Écrit, afric. 1 f. in-4°. 

259. Id., id. Lhëbrëû est en caractères carrés; le reste en écrit, afric. 

C'est le 2e feuillet qui subsiste. 

260. Id., texte hébreu. Ecrit, africaine. 4 ff. petit in-4°. 

261. Id., texte et traduction alternant. Même écrit. 2 ff. gr. in-8°. 

262. Indicateur abrégé en arabe de la seconde partie du même cérémonial, 

après le repas. Ecrit, orientale. 1 f. in-4°. 

263. Morceau de la Haggada en arabe. Écrit, africaine. 1 f. in-4°. 

264. Id., en hébreu. Écrit, rabbin, primitive. 1 f. in-16°. 

265. Seconde partie du même cérémonial. Indications en arabe, i f. in 4°, 

déchiré. 

266. Final de la première partie. Indication en arabe. 2 ff . in-16°, troués. 

267. Morceau de la première partie. Ecrit, carrée. 2 ff. in-12°. 

268. Id., id., (2 e p. inachevée), même écrit. 1 f. petit in-4°, coupé du haut 

et de côte. 

269. Morceau du commencement de la Haggada, en arabe. 1 f. gr. in-8°, 

déchiré. 

270. Id., texte et version arabe alternant. 2 ff. in-8°, en mauvais état. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 279 

271. Diverses prières particulières, dont la seconde est de R. Eliézer de 

Worms, î<rov2-\M2 iiybs 'nb ncpi. 1 f. in-4°, écorné. 

272. Prière de R. Salomon b. Gabirol (bri^i "j^àS, sic). 1 f. in-4°, écorné 

du haut. 

273. Morceau de prière particulière. Longue colonne fol., blanche 

au v°. 

274. Prière de Salomon ibn Al-Tabban (ptfrbN). Écrit, rabbinique 

orientale. 1 longue colonne in-fol. 

275. Autre prière particulière, dont le commencement .manque. Fin en 

blanc. Même écrit. 2 ff. in-8°. 
270. Prière pour le repos de lame. Écrit, rabbin. Û ff. petit in-4°. 

277. Prières à tendances mystiques. Même écrit., signée : Eléazar b. 

Moïse Cohen, Fan 5214 de la création ou 4705 des Contrats 
(=1454). 2 ff. in-4°. 

278. Morceau d'invocation en prose rimée. Écrit, rabbin. 1 f. in-12°. 

279. Prière piii) ; belle écrit, carrée. 2 fî. in-lo , dont 1 blanc. 

280. Pefite invocation, signée: Méir Eliakim b. flayyim Eliakim. Au v° 

courte prière de Salomon b. Gabirol : ^SJpaN nrra. 1 f. in-24°. 

281. Prière en prose rimée, avec refrain initial, "fi^àS yw n\ 1 f. 

in-8°. 

282. Invocations se référant à la ruine de Jérusalem. Écrit, africaine. 

1 f. in -8°. 

283. Petites prières supplémentaires du Rituel ordinaire. Écrit, africaine ; 

rubriques en lettres carrées. 8 ff. in-24°. 
284„ Série de versets additionnels aux prières de {pénitence. 1 f. in-lG° 

et 1 fragment. 
285. Prière de pénitence. Petite écrit, rabbin. 1 f. in-24°. 
280. Recueil de courtes prières, dont une pour chaque jour de là semaine. 

1 f. in-24°, v° en blanc. 
287. Formulaire d'invocations pour circonstances diverses. 2 fr. 
288-290. Invocations analogues en arabe. 1 f. in-8° pour chaque jour. 

291. la. Écrit, africaine ancienne. 2 ff. in-8°. 

292. Id. Écrit, carrée. 2 ff. in-12°, très écornés. 

293. Id. Écrit, africaine. Rubriques "TNToi en encre rouge, i f. in-4°, 

coupé du haut. 

294. Id. Écrit africaine. 2 ff. in-8°. 

295. Final d'invocations (en hébreu). Môme écrit, i f. 

290. Id. Écrit, rabbin, orientale. 2 ff. in-8°, en mauvais état. 

297. Fragment analogue. Même écrit, i morceau in-24°. 

298. Fin d'un recueil d'invocations en prose rimée. Écrit, africaine. En 

tète de la page : Si^gnor) Elie b. Abraham, i f. in-4° sur carte. 

299. Schemoné Esré du samedi matin. Écrit, carrée égypt. 1 f. in-8°, 

troué et rogné. 

300. Paraphrase des bénédictions du z^iyiz. Même écrit., texte vocalisé. 

1 f. in-4°, déchiré. 

301. Moussaf de la fête des Tabernacle^. 1 f. in-4°, déchiqueté. 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

302. Lectures liturgiques du Pentateuque pour la fête des Tabernacles. 
Belle écrit, carrée. Sur les 3 marges, notes explicatives. 2 ff. 
parchemin in-8° oblong. 

B. 1. Règles de liturgie, en arabe, avec exemples de prières soit pour la 
néoménie, soit pour l'issue du Sabbat (Habdala), suivies d'indi- 
cations pour la succession des mois et leur durée. Écrit, carrée 
espagnole. 2 ff. in-4°, déchirés du haut. 

2. Indications de lectures religieuses à faire chaque jour de la semaine ; 

p. ex. le vendredi, lire la morale du û^Tin 'o et des extraits 
transcrits du Tour m ûWn "j^n. En tête: pnb tpv, 4* section. 
Écrit, africaine. 1 f. in-8°. 

3. Commentaire homilétique sur la lecture du 1 er jour de Pàque ; puis 

les dix questions posées par Alexandre le Grand aux savants du 
midi. 2ff. in-12°. 

4. Fragment de règles pour la liturgie privée. Écrit, rabbin, africaine. 

1 morceau petit in-4°, déchiré du haut et de côté. 

5. Règles de liturgie relatives à l'office du Kippour. Feuillets 102 et 105 

d'un cahier. Écrit, rabbin. 2. ft. in-8°. 

6. Explication de certaines lectures liturgiques. Fragment en mauvais 

état, parait fort vieux. Écrit, carrée négligée. 1 f. in-4°. 

7. Instructions pour l'ordre des prières. Écrit, rabbin.; rubriques en 

grandes lettres carrées. 1 f. in-12°, trous. 

8. Recueil d'usages, d^aipb 'O. Même écrit. 1 f. in-12°. 

9. Recommandations pour les jeûnes et abstinences au commencement 

du mois d'Ab. Au r° du 3 e feuillet, la signature ^HX prias**. 
Écrit, orientale. Le dernier feuillet, comprenant 4 extraits du 
Rituel, est écrit en lettres carrées. 4 ffin-16°, endommagés. 

10. Règles de liturgie. Papier jauni, à peine lisible. 1 f. in-16°. 

11. Sommaire de Rituel. Écrit, carrée négligée. 1 f. in-8°, déchiré. 

12. Commentaires sur des questions de jurisprudence civile, avec 

remarques de Raschi et d'autres. Petite écrit, africaine. 2 ff., 
déchirés sur les côtés de haut en bas. 

13. Règles et sommaires de Rituel. Même écriture. 4 ff. in-4°, en mau- 

vais état. 

14. Sommaire de Rituel, avec indications pour POmer, en arabe. Écriture 

carrée. 2 ff. troués et déchirés du bas. 

15. Fragment de sommaire analogue. 2 morceaux délabrés. 

1G. Fragment de version arabe du Rituel. Même écriture. 1 f. in-24. 

17. Indications pour la lecture, hebdomadaire du Pentateuque. 1 f. in-32, 

parchemin. 

18. Tel., pour la lecture des jours de fête. Écriture carrée. 1 f. in-4°. 

délabré. 

19. Sectionnement de la lecture officielle du Pentateuque. 1 f. gr. in 4% 

abîmé. 

20. Avis pour l'introduction à la prière quotidienne. 1 f. in-8°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 281 

21. Fragment intéressant l'histoire du Rituel. Écriture carrée. 1 f. in-24. 

22. Règles de préséance pour la lecture de la Loi. En tête nîo'ip 'bn 

min™ avec Z\DV ma. Écriture orientale. 2 ff. en colonnes. 

23. De la rédaction du Pentateuque. 2 ff. in-8°, écornés, dont un blanc. 

24. Prescriptions pour la tenue du grand-prêtre au Temple, en arabe. 

Caractères rabbiniques. 1 f. in-fol., dont toute la moitié latérale 
manque. 

25. Paraphrase en arabe d'un passage du Hallel (Ps., cxvn). 1 f. in-4°, 

déchiré. 

26. Explication pour le Kiddousch du Sabbat et des autres jours de fête, 

ainsi que du Rituel. Ecriture rabbinique. 2 ff. in-4°. 

27. Développements homilétiques relatifs à la circoncision. 2 col., en 

lambeaux. 

28. Fragment de comment, pour le cérémonial du jour du Kippour. 1 f. 

29. Extraits du Tour, D^n miN, relatifs à la liturgie. 4 ff. in-4°, déchi- 

quetés. 

30. Indications rituelles pour fêtes et demi-fêtes. Écrit, orientale. 4 ff. 

in 4°, abîmés. 

31. Homélies synagogales à tendances mystiques. Écrit, africaine. 2 ff. 

in-8°. 

32. Préface d'une publication projetée d'un Rituel aiTt nio par un cer- 

tain Isaac Baroukh. Écriture orientale. 1 f. in-4°, troué. 

33. Règles de liturgie, tin du ch. ï, et ch. n (inachevé). Écriture carrée 

espagnole. 2 ff. in-4°. 

34. Règles pour la sonnerie du Schofar. 2 ff. in-4°, déchirés. 

35. Instructions pour les premières prières du matin. Écriture rabbinique 

primitive. 1 f. petit in-fol., déchiqueté. 

36. Réflexions cabbalistiques pour la mise du Talit et des Tefillin. En 

tète : Tbisnn *ppn roDB. Écriture orientale. 1 f. in-8 a . 

37. Commémoration des sacrifices, en prose riniée. Écrit, rabbin. 1 f. 

in-4°, parchemin. 

38. Règles de préséance pour les appels à la Loi. Écrit, africaine. 1 f. 

in-4°. 

39. Indications en arabe pour le Rituel des deux premiers jours de la 

fête des Tabernacles. Belle écriture carrée. 2 ff. in -4°. 

40. Indications en arabe pour les petites bénédictions à réciter avant la 

consommation des aliments. Écriture carrée orientale. 2 ff. in-4°. 
— Le 2° f. (plus petit) est plus ancien. 

41 . Idem, en arabe. Au v°, formule chaldéenne d'une courte prière à dire 

avant d'agiter le Loulab. Même écriture. 1 f. in-4°, troué. 

42. Sommaire de pièces à réciter aux jours de jeune, avec imprécations 

contre Nabuchodonosor. Même écriture. 1 f. in-4°, troué. 

43. Instructions en arabe pour les diverses cérémonies du Sabbat jusqu'à 

l'issue de la solennité. 2 ff. in-4°, très mutilés du haut. 

44. Idem pour les jours de fêtes, avec extraits de VAmida contenant de 

notables variantes. — Dans une prière en arabe, on remarque la 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mention ">72"nbN bob an ^JfsfiuH^ Toab&o. A la fin, le Kiddousch 
pour le soir de Pàque. Écriture carrée presque régulière. 2 ff. 
iri-4°, nombreux trous. 

45. Explications en arabe pour la sonnerie du Schofar. Ecriture orien- 
tale. 2 ff. in-4°, portant lès n os 36 et 37 d'un Rituel complet. 

40. Traité liturgique, mas 1373, dont le titre est en tête des pages. Dans 
les pages présentes il s'agit spécialement des conditions exigées 
pour les plantes et les fruits servant au faisceau du Loulab. 
Caractères rabbiniques. 8 ff. in-4°. Le v° du f. 4, au milieu d'une 
phrase, est resté blanc. 

47. Tour, Orah Hayyim. Commentaires du Rituel, n ÛS 185 et 186 (différant 

des éditions), invoquant tour à tour l'autorité de Raschi, de Méir, 
de Rothembourg, du Epi, d'Aschéri, père de l'auteur (K"«), de 
13N~i son « frère », de R. Yehiel et des rabbins Isaïa et Jona, 
1 f. in-folio. Écrit, rabbin, i f. in-fol. d'incunable. 

48. Commentaire sur les prières en général. Même écriture. 1 f. in-4°. 

49. Timn Tii"P 'o « livre de l'unification », enseignée par les détails de 

la liturgie; préface achevée le vendredi 12 Adar I de l'an 5293 
(1533) par Josef b. Isaac Donde. 1 f. in-4°, même écrit. 

50. Sommaire des offices et lectures pour les jours de jeune, ou de néo- 

ménies et de demi-fêtes. Écriture africaine. 2 ff. gr. in-8°, à 2 col. 

51. Usages de deuil. Ecriture carrée. 1 f. in-12. 

52. Énumération des Haftarot à réciter après la lecture des 6 premières 

sections hebdomadaires du Pentateuque. Écriture africaine. 1 f. 
in-8°. 

53. Énumération analogue, pour un égal nombre de sections correspon- 

dant aux 2 dernières tlu mois de Tamouz, et aux 4 du mois d'Ab. 
Écriture carrée sur parchemin. 1 f. in-16. 

54. Indication des solennités secondaires, de joie ou déjeune, avec réfé- 

rence aux lectures sabbatiques. 1 f. in-8°, parchemin troué. 

55. Explication homilétique, en arabe, relative au second jour du Nouvel 

An. Écriture africaine. 2 ff. in-4°. 
56 et 57. Versets tirés des Psaumes et prières en prose rimée, avec indi- 
cations en arabe. Écriture carrée. 2 If. in-4°, tachés. Le 1 er est 
jauni. 

58. Explication mystique de la préparation au Sabbat. 6 ff. in-8°. 

59. Explication homilétique, en arabe, pour le second jour de Souceot. 

Belle écriture carrée, ff. 121 et 126 d'un cahier de 6 H. 

60. Commentaire en arabe sur le Rituel. Longues citations accompa- 

gnées de la version arabe. Petite écriture carrée, pâlie. 18 lf. 
in-12, dont le 1 er est endommagé. 

61. Idem, peu lisible. 2 ff. in-8°, le premier est mutilé. 

62. Extrait du apbn ">bai3, se référant à des lectures erronées de la 

liturgie sabbatique. Écriture africaine. 2 ff". in-i n , dont un blanc. 

63. Final des prières quotidiennes tt"Hp et "ntL'N avec indications en 

arabe. Belle écriture carrée vocalisée. 1 fragment. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 283 

64. Origine des bénédictions liturgiques. Écriture carrée orientale. 1 f. 

in-4°. 
G5. Explications, la plupart cabbalistiques, des cérémonies rituelles. 

Écriture africaine. 8 ff. (foliotés 12-19), in-fol., très longues 

colonnes. 

C. 1. Poésies liturgiques, ou Pioutim, de Juda Halévi, Gabirol, etc. Belle 
écriture carrée vocalisée. Rubriques en gr. lettres. 6 ff. in-8°, 
oblongs en mauvais état, sur parchemin. 

2. M., écriture africaine. En tète des 4 premiers ff., le titre STKU; en 

tête des 4 derniers ff., le titre ttiSîn *, qui est aussi la dénomina- 
tion de l'air flnb) dès Pizmonim de la fin. 8 if. in-24, numérotés 
9-12 et 22-25. 

3. Ici., partie détachée d'un fort recueil. 12 ff. in-12, numérotés 33-44. 

4. Ici., indication de l'air arabe *jnb pour chaque morceau. 8 ff. in-16, 

oblongs. 

5. Élégies, mmbo, dont les unes sont de R. Haï Gaon. 2 ff. in-8°, le 2 e 

mutilé. 

6. Poème, dont une partie est à la mémoire de Moïse Maïmonide. 1 f. 

in-8°, coupé. 

7-8. Ici., par Juda Halévi. Pizmonim, chants avec refrain. 2ff. in-8°, légè- 
rement différents. 

9-1 1. Ici., 1 f. in-16, puis 1 f. in-4°, endommagé, et 1 f. in-8° coupé 
du haut. 

12. Poésies du même, puis une autre de Samuel Hanaguid. 1 f. in-4°, 

abîme. 

13. Ici., par Salomon ibn Gabirol. Écriture rabbinique. 1 f. 

14. Ici., par Moïse b. Ezra. Écriture carrée esp. 2 ff. pet. in-4°, déchirés. 

15. Ici., par Israël Nagara. Petite écrit, rabbin., 4 ff. in-12. 

16. Ici., par Isaac b. Halfon. Écrit, semi-rabbinique. 1 f. in-8°, endom- 

magé. 

17. Ici., dont une pièce est dédiée aux « fils d'Israël ». 1 f. petit in-4°, 

abîmé. 

18. Élégies et Pizmon anonyme. Belle écriture carrée. 1 f. in-4°. 

19. Ici. en prose rimée. Même écriture. 2 ff. in-12. 
20-22. Poésies diverses, sans nom d'auteur. 4 ff. 

23. Commentaires sur des poésies, avec citations. 2 ff. in-8°, le 2 e déchiré. 

24. Série de poèmes religieux, les premiers en hébreu, suivis du 

Ps. cxxxvi et de poésies alternativement arabes et hébraïques, 
refrains d'expressions bibliques. Écriture africaine. Cahier qui 
semble complet en 12 ff. in-8°. 
2"ô. Piout, en prose rimée, avec refrain. Écriture carrée. 4 ff. in-16. 

26. Fragment de poésie relative à Rosch Haschana. 

27. Poésie (anonyme), précédant la récitation du Schéma. 2 ff. in-8°. 

1. V. /?. É. J., LIX, 100. 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

28. Morceau d'un recueil de poésies religieuses, les unes alternativement 

hébraïques et arabes, rP^iiïS riNDT, d'autres en arabe seulement. 
1 f. in-32. 

29. Piout de pénitence. Au v° on remarque les lettres bN??2 surmontées 

de points. Vieille écriture carrée. 1 f. en longue bande étroite. 

30. Quatrains ayant pour refrain les mots '■Km*' "in, suivis d'une prière 

de confession, ■"rn. 1 f. in-8°, délabré. 

31. Poème, se référant peut-être à un Sabbat de néoménie, à en juger 

d'après le titre : &H3n»b rrr ïtoj pm en belle écriture 
carrée. Le reste est en caractères rabbiniques. 1 f. in-8° 
oblong, troué. 

32. Élégie se référant sans doute au 9 Ab. 1 f. in-4°, déchiré au bas. 

33. Élévations en prose rimée. 2 ff. in-4°, parchemin, endommagés. 
34-39. Ici. Écriture carrée. in-8° et in-4°, en mauvais état. 

40-62. Fragments dePioutim divers, in-8° et in-4°. 

63. Morceau de poème en arabe, dont quelques strophes commencent 

par l'invocation imbfiO. A la fin, les 2 mots à part rpbl» TTOV2. 

1 f. in-4°. 
64-82. Fragments analogues. Écritures et formats divers. 
83. Recueil de Pioutim de circonstance, pour les fiançailles, pour la 

Habdala, pour un captif. Écriture rabbinique. 2 ff. in-8°, écornés. 
84-89. Fragments similaires, en mauvais état. 
90. Cantiques du Sabbat, dont l'un a pour dédicace ces mots : *5YV3^ 

b"T qo-p -172b, et l'autre : S"t qo-p -rtob (?) »b« as DDBTlb. 2 ff. 

in-4°. 
91-105. Poèmes et chants fragmentaires, sur feuillets délabrés. 

106. Invocation, rimée en UV2, pour demander la pluie. Parchemin. 

Belle écriture carrée. 1 f. in-4°, large. 

107. Recueil de poèmes, uœfin D^TOTD, ayant pour acrostiche le prénom 

Israël (Nagara?). Écriture rabbinique. Feuillets numérotes 11-14, 
soit 4 ff. in-8°. 

108. Cantiques en arabe, ayant pour refrain l'abrégé ^ass. Écriture 

orientale. 4 ff. in-8° dont un blanc. 

109. Quatrains arabes; au bas le mot Ttt. A la fin d'un morceau, ces 

mots : iBO«p b« 'niai "W 17: nyo. Un 1/2 feuillet gr. in-8°, 
encadré de rouge. 

110. Invocations en arabe; prose rimée. Ecriture afric. 2 ff. in-8°. 

111. Strophes en arabe. Final d'un recueil. Même écriture. 1 f. in-8°, 

écorné. 

112. Poème du genre populaire. Au bas de chaque quatrain, le mot rpa 

en rouge. Même écriture. 1 f. petit in-4°. 

113. Hymnes religieuses, en vers populaires; à la suite de chaque 

strophe, soit le terme N3N, soit th. Même écrit. 2 ff. in-8°. 

114. Recueil analogue ; refrain nb^P. Même écriture. 6 ff. in-8°, dont les 

3 prem. coupés. 

115. Cantiques pour cérémonies diverses ; le dernier est pour fiançailles 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 285 

Rubriques en lettres carrées, encre rouge ; le reste en écriture 
orientale. Indications en arabe. 13 ff. in-8°. 

116. Stropbes, ayant pour refrain le commencement du Schéma. Écrit. 

orientale. 1 f. in-16°, troué. 

117. Invocations rimées, suivies de l'abréviation 'nYn bs, et formule 

d'exorcisme ^73 ^a NnbN r^b, en 9 strophes. Écrit, orientale. 

1 f. in-12\ 

118. Poésies liturgiques, dont l'une est intitulée "»a£b 1"H pTTÊ et a 

pour refrain le verset ^iiûN, etc. Écrit, carrée négligée. 2 if. 
in-4° vocalises. 

119. Invocation en prose rimée. Même écrit. 2 ff. gr. in-8°. 

120. Id., trois pièces assez longues se terminant toutes par la formule 

''aan 1'^ then "^N, peut-être par allusion au nom de l'auteur. 
Petite écrit, carrée. 4 ff. in-4°, lacérés. 

121. Cantiques sur airs arabes ("pnb). Écrit, africaine. 2 ff. in-8°. 

122. Paraphrase poétique du Ps. civ; refrain : ">\Z>S2 "D"D. Écrit, carrée. 

2 ff. in-8°. 

123. Elévation rimée, texte vocalisé, suivie de ces mots : D"Oi23m ib ïietb 

ï-mnb b"T «a^iair: ■una rmana ^bion Sn-ieo 'anb. Écrit. 

carrée. 1 f. parchemin in-16°. 
124-139. Pioutim divers fragmentaires de tous formats. 

140. Poésies liturgiques, bNntf D"»3"»TS selon l'en-tête de chaque page, 

par Israël. Une pièce est signée : ^MTiN "^a^N bNiW. Écriture 
orientale. 2 ff. in-8°, écornés du bas. 

141. Cantiques, les uns en arabe, les autres en hébreu, pour fêtes de 

fiançailles ou de mariage, avec refrain û"pa vie T. 1 f. in-8° 
long. 
142-179. Cantiques et chants divers, de tous formats. 

180. Pizmonim pour Ktppour et Souccot sur des airs Cjnb) de chants 

hébreux, tels que "iaOD -nDN na>iD ou *>mT3>b ntain. 1 f. in-4°, 
endommagé. 

181. Autres Pizmonim, sur des airs arabes, dont Pun est intitulé : "jnb 

maa b&nizj"» p "nb p^o ■rçnana *o nbb» yn aaa. En tête des 
pages : naN3 b&niïT rmNtt). Écrit, africaine. 2 ff'. in-12 1 , troués. 

182. Poésie se rattachant à n?au:a. A la tin, cantique pour mariage. Écrit. 

carrée espagnole. 2 ff. in-4°. 

183. Cinq confessions, en prose rimée. Écrit, rabbin. 4 ff. in-4°. 

184. Invocations en prose rimée, avec centons bibliques. 2 ff. in-4°, abîmés. 

185. Cantiques pour l'office du Sabbat, avec additions pour le Samedi de 

la néoménie. A la première page, après la seconde strophe, on lit 
ces mots : "iTa»bN '"ib '"ibp">p (sic). Écrit, carrée négligée. 2 ff. 
in-4°, déchirés. 

186. Office en prose rimée, se référant à Kippour. 2 ff. in-12°, déchirés. 

187. Pioutim pour le matin de Pàque. Belle écrit, carrée vocalisée. 2 ff. 

in-4°, dont la moitié supérieure manque. 

188. Hymne à la louange de Dieu, en arabe. Écrit, africaine. 1 f. in-12°. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

189. Morceaux divers en prose rimée, l'un pour la cérémonie de la 

circoncision, suivie d'une énigme, •ttti. Une autre pièce porte: 
va by pnin np^ nsD ...itt^n rpa^MN flijj pn^ naarï fl#. 1 f.in-4°. 

190. Pioutim "jnb. En tête: biasiT rmn bipb 'rrîçin. Ecrit, africaine. 1 f. 

in-8°, écorné. 
191-213. Élégies et invocations en prose rimée, en tous formats, la 
plupart fragmentaires. 

214. Élégies en prose rimée ; celles des 2 dernières pages ont pour 

refrain les mots "aibs Ty^n. Écrit, orientale. 2 ff. in-4% 

215. Chants de fiançailles ; les uns sont alternativement en hébreu et en 

arabe ; d'autres, en arabe seulement. Écrit, rabbin. 7 il", in-32. 
210. Élégies de pénitence, en forme de tercets, dont le refrain est: 
rm?m Mb "•'fiîajX. suivies d'autres pièces analogues. Ecrit, orien- 
tale. 2ff. in-4°. 

217. Pioutim paraissant se rapporter au 7e jour de Pàque. 2 ff. in-8°. 

218. Fragment de poème religieux en arabe. Écrit, carrée. 1 f. in-8° oblong. 

219. Invocations poétiques des p&o:? "M, 1° de Nissim Habib, sur Pair 

Cjnb) dit Ti^ngn TV» 2 ° dG n$E ' 1D > 3 ° de SPIV ??o. Fol. îos 

d'un recueil. 1 f. in-8°. 

220. Paraphrase versifiée du Cantique des Cantiques, pour Pàque. 2 ff. 

in-8°. 

221. Recueil d'élévations religieuses versifiées: f nDH 'mp ba nrrnD 

rtçjtà'îSï Commencement et fin, n os 1 à 4 et 32-33. 2 ff. in-8°. 

222. Invocations en prose rimée. Écrit, africaine, encre pâlie. 2 ff. in-8°, 

oblong. 

223. Chants de joie, pour réjouissances publiques ou privées. Les dernières 

strophes ont pour refrain le verset ^btf ht (Exode, xv, 4). Même 
écrit. 1 f. in-4°. 

224. Poésies relatives à des persécutions subies à Tlemeen. Ecriture de 

transition du carré au rabbinique. 2 ff. in-4°, mauvais état. 
223. r~ï:rp, complainte d'un père pleurant son fils. Ecrit, carrée. 1 f. 

in-4°, troué. 
220. Autre complainte, T:^, d'un mari pleurant sa femme. Même écrit. 

1 f. in-4°. 

227. Élégie sur la ruine de Jérusalem, pTim "HD, datée de Pan 1750 de 

cette destruction (=1826). Écrit, africaine. 2 ff". in-8°. 

228. Fragment, en arabe, de plainte sur la mort d'un fils. Ecrit, carrée 

espagnple. 1 f. in-4°, écorné du haut. 

229. Éloge funèbre d'un homme éminent. Même écrit. 2 ff. in-10°, dont 

1 blanc. 
230-1. Complaintes, en arabe, sur la ruine du Temple. Ecrit, africaine. 
Rubriques en lettres carrées, à l'encre rouge. 2 tl. in-8". 

232. Elégie sur le même sujet, rn-^bjn JinnbN ri^p. Mêmes dispo- 

sitions. 2 ff. in-12°. 

233. Invocations plaintives, en arabe, ay,ec répons. Ee 1 er des sept "DtOÀ 

manque. Belle écrit, carrée. 3 ff". in-12°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 287 

234. Élégies, dont Tune est intitulée t^p^Sî ^rtfô pjn^rç b*, « frères » 

emmenés sans doute en captivité. Les vers sont précédés d'un 
appel signé : Salomon Bonfed. Petite écrit, orientale. 2 ff. en 
longues colonnes, dont le second est déchiré. 

235. frrpbo, prière de pénitence, en hébreu et en arabe. Écrit, rabbin. 

orientale. 1 f. in-8°, troué et déchiré de côté. 

236. Id. Texte vocalisé. Écrit, carrée. 1 f. petit in-4°, découpé du bas. 

237. Éloge funèbre d'une femme de mérite. Môme écrit. 1 f. in-12°. 

238. Morceau d'invocation. Grandes lettres carrées. 1 f. in- 12°. 

239. Id. Texte vocalisé. Petite écrit, carrée. 1 f. in-16°. 

240. Strophes d'une prière de pénitence, ï";rrbo. Titre en encre rouge. 

Écrit, rabbin, orientale. 1 f. in-fol., troué et taché. 
241-278. Prières de pénitence, mrrbo, et complaintes, m:">p, en grande 

partie fragmentaires. Divers formats à 1 f. 
279-294. Pièces analogues. Divers formats à 2 ff. 

295. Strophes en arabe : Lamentations, en style de chants d'amour. Écrit. 

orientale espagnole (? xn° s.). 2 ff. in 4°. 

296. Quatrains arabes, ayant pour refrain le mot "ODN. Écrit, africaine. 

2 ff. in-4°. 

297. Pizmon en l'honneur de celui qui traduisait, en Targoum Onkelos, 

le passage des Nombres (xxviu, 16-25) relatif à Pàque et le passage 
relatif au Sabbat (ib., 9-10). Ecrit, carrée espagnole. 2 ff. in-4°. 

298. Quatrains en l'honneur des gens appelés à la Loi. N os 42-78. Écrit. 

africaine. 2 ft. in-8°. 

299. Série de sentences (par 12) pour les prénoms Azaria, Mardochéc, 

Daniel, Ezra. Écrit, rabbi nique. 2 ff. in-8°, dont 1 blanc. 

300. Pizmonim se référant à la section sabbatique îS^n "O. Au verso, on 

lit ces mots: "nb p ïiMb b'S'T rJ-j^p") ^bîïïbjS h$V2V 'n. Écrit, 
rabbin. 2 ff. in-12° 

30J . Pizmon oriental, avec refrain nnN fr?» ■ , "" 1 ; chaque phrase com- 
mence par le mot ïinN. Écrit, carrée espagnole. 1 f. in-4°. 

302-315. Pizmonim et partie d'mHTN (résumé des 613 préceptes). in-8° 
et in-4°. 

316. Chants de circonstance (mariage, naissance, etc.). 9 ff. in-16°. 

317. Recueil de poèmes religieux, complet, intitulé : ninn bip bat nn^ns 

ï-pi-p:). Petite écrit, rabbin. 6 ft. in-4°. 

318. Id., en prose rimée. Ecrit, carrée, jaunie. 15 ff". in-4°, délabrés. 

319. M., n os 85-96, selon la formule aOfcO "jnb. Écrit, rabbin. 10 ff. in-8°. 

320. Ztf., no» 120-1 et 133-4, en style de ""OaçraTI et ma». Même écrit. 

2 If. in-8°. 

321. /// Écrit, carrée espagnole. 2 ff. in-12°. 

322. Paraphrase rimée du pT73H PQ13. 2 ff. in-12 n . 

323. Hymnes divers. Petite écrit, carrée. 8 ff. in-16, troués. 

324. Prose rimée et quatrains avec refrain : ?3n?1 tPJa?")* ?$. 2 ft. in-8°, 

déchirés. 

325. Hymnes religieux en arabe. Écrit, orientale. 2 ff. in-8°. 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

326. Élévations ou louanges à Dieu. Petite écrit, carrée. 2 ff. in-12°. 

327. Invocations religieuses. Même écrit. 2 ff. in-24°. 

328. Hymnes se référant à la prière du matin ; une pièce est de R. Rafiah 

!-pe-|. Écrit, similaire. 2 if. in- 16°. 

329. Hymnes. Petite écrit, analogue; encre pâlie. 2 ff. in-16°, dont 

1 blanc. 

330. Hymnes se référant aux sections sabbatiques nbioa et T"in\ Écrit. 

carrée espagnole. 2 ft\ in-12°. 

331. Id., pour les sections sabbatiques id-tnh et riDian nNT. Écriture 

similaire. 2 ff. in-12°. 
332-337. Cantiques et invocations. Chaque pièce de 2 ff., in-8° et in-4°. 

338. Quatrains religieux en arabe. Écrit, orientale. 2 ff. in-4°. 

339. Complainte (î-irp). Écrit, carrée espagnole. 2 ff. in-4°. 

340. Sixains sur air arabe, yn^a^a ïnb. Petite écrit, carrée. 2 ff. in-8°. 

341. Élévation, en prose rimée. Écrit, similaire. 2 ff. in-42°. 

342. Invocation lors de la sonnerie du Schofar. 2 ff. in-8°, dont 1 blanc. 

343. Poèmes liturgiques se référant aux sections sabbatiques û^asttîtt et 

ïraWl. Écrit, carrée. 2 ff., grands trous. 

344. ■nrpn -nia, profession de foi monothéiste, en prose rimée. Copie 

rectifiée de l'édition imprimée, corrigée par un savant de Safed, 
k l'instigation de MM. Isaac Gerson et Natan Ulendj. Écrit, rabbin. 
6 ff. in-12°. 

345. Extraits d'un recueil de Pioutim, f. 98 et 99. Les n cs 187-8 sont 

signés : Israël 1 ; le n° 189 est de Moïse Hazan ; le n° 190, d'un 
certain Jacob, et le n°191 est de nouveau signé Israël. Écrit, 
orientale. 2 ff. in-4°. 

346. Quatrains avec refrains bibliques, sur airs arabes (ïfib). Écrit, afric. 

Rubriques en lettres carrées. 2 ff. in-12°. 

347. Longue série de quatrains. Ceux du 1 er feuillet commencent par le 

mot ^N")^ ; les autres s'inspirent de la Bible. Petite écriture 
rabbin. 2 ff. in-4°. 

348. Hymne pour le Sabbat. Écrit, carrée. 2 ff. in«16 6 . 

349. Élévations et prières de pénitence, n 0s 234 k 241. Écrit, orientale. 

6 ff. in-4°. 

350. Élévations en prose rimée. Écrit, rabbin. 2 ff. in-16°, troués. 

351. Morceaux de poésies religieuses. Écrit, carrée vocalisée. 2 ff. jaunis, 

salis, en mauvais état. 

352. Piout d'Isaac b. Giat. Même écrit. 2 ff. in-16° et 1 fragment. 

353. Piout du même et un autre de Salomon "ppri. 

354. Histoire de Hannah fc«n ïïinp (sic), en strophes arabes k 5 distiques 

ayant pour refrain le mot nbir». Écrit, africaine. 2 ff. in- 12°. 

355. Autres strophes. Même écrit. 2 ff. in-12\ dont 1 blanc. 

356. Élégie en prose rimée ; en arabe mêlé d'hébreu. 2 ff. in-12°. 

357. Invocations en arabe. Même écrit. 2 ff. in -12°. 

1 . Est-ce Israël Nagara ? 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 289 

358. Poème liturgique, en arabe, par 3>ba?abK "^Nnn, par strophes de 5 

distiques. 1 f. fol., déchiré de la partie inférieure. 

359. Ici., par strophes de 5 vers, intitulées laoabb». 1 f. in-8°, troué. 

360. Ici., par quatrains. Même écrit. 1 f. in-16°. 

361. Poème contenant les préceptes positifs et les préceptes négatifs, en 

versiculets, les uns hébreux, les autres persans, i f. in-8°. 

362. Epithalame en 2 quatrains, vers alternativement hébreux et arabes. 

Écrit. Orientale. 1 f. in-12°. 

363. Louanges à Dieu, en prose rimée. Écriture carrée. En tète des 

alinéas, la rubrique ï-pm (même ms. à M. Adler). 1 f. gr. in-4°, 
parchemin. 

364. Pizmon, ou prière de pénitence, en prose rimée. Même écrit. 1 f. in-4°. 

365. Pizmonim pour la section sabbatique marin. 1 f. in 8°. 

366. Invocations rimées, n 0s 6 à 11, ayant pour rubriques les mots 

Sînur '^0- Écrit, orientale. 1 f. in-12°. 

367. Ici. Écrit, carrée espagnole. 1 f. in-4°. 

368-469. Fragments divers, analogues aux précédentes pièces. In-8° et 
in 4°. 

470. Epithalame pour fiancés. Texte vocalisé. Écrit, carrée. 2 fif. in -4°. 

La partie supérieure déchirée. 

471. Invocation en prose rimée, dans laquelle sont intercalées des 

abréviations cabbalistiques; parait se référer au Nouvel-An. A la 
fin (3 e p.), on lit ces mots m&$ 'a tiov '3 nr^rN ia sp'nb ptrt 
...^rcn. 2 fif. in-8°, abîmés. 

472. Poème relatif à la cérémonie de la circoncision. 2 fif. in-8°, dont 

1 blanc. 

473. fcmrpbo, prières de pénitence. Écrit, rabbin, primitive. 4 fif. in-4». 

474. Élévations en prose rimée, les unes se terminant par Uîiip, les 

autres par m«32£ ■>"•> MB. Petite écrit, carrée. 2 fif. in-4°. 

475. Invocations rimées, en arabe. Écrit, africaine. 1 f. in-12°, troué. 

476. Ici., avec rubriques (mataN ou 3îX.b, etc.), en carré. 1 f. in-8°. 

477. Quatrains hébreux, suivis chacun de la traduction rimée en persan ; 

les premiers en caractères rabbiniques, les autres en caractères 
carrés vocalises. Une note finale dit que la copie a été exécutée 
pour Michel fils d'Israël le 1 er du mois Adar II 5475 (mars 1715). 

478. Invocations en hébreu et en arabe ; prose rimée. 1 f. in*4°. 
479-480. Ici. Imitations de Juda Halévi. 2 pièces in-8°. 

481 . Titre (seul) de comédie « Isaac et llébecca » par Franco, fils de Lévi, 

en espagnol. 1 f. in- 12°. 
482 Poème liturgique; refrain t3N3£ 120733 ttafflfi "p-n. 1 f. in-4° 

déchiré et 1 fragment. 
483. Poésie dédiée à un bienfaiteur. Écrit, africaine. 1 f. in-4°à2col. 

Publiée par H. Brody, Ûlprr, II, p. 1-19. 
484-5. Poésies analogues (d'Ibn Gabirol et de Moïse b. Ezra). Môme écrit. 

I f. long, chacune. 

T. LXIII, no 126. 19 



290 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



V. Théologie. 

A. 1. D*np3>!i Nia», « Introduction aux articles de foi », avec notes 
marginales et références bibliques. Écrit, rabbin. 8 lï'. in-4° 
(incomplet du commencement et de la fin). 

2. ï-nitt ^no" 1 « base de l'enseignement religieux », fin du ch. i et ch. h. 

Grande écrit, rabbin. 4 lf. in-4°, mouillures à l'angle supérieur 
de droite. 

3. Traité de philosophie religieuse ; les sections sont désignées par le 

terme nbsnn « utilité » : L. I, §§ 1-14 ; 1. II, §§ 1-4. Même écrit. 
10 If. in-4°. 

4. De la Providence et du libre arbitre, fol. 106-131. L'auteur cite 

R. Abraham b. David et R. Lévi b. Gerson. 25 lf. in-4°. 

5. Théologie inspirée de la cabbale, invoque R. Isaac ^aipj^n (Luria), 

combat Nahmanide. 10 ff. in-4°, en mauvais état. 

6. Des attributs du Dieu. Analyse du livre de Job. 4 ff. déchirés. 

7. Traité de théologie. Cite etaca"»"!. Petite écrit, africaine. 2 ff . in-12°. 

8. Psychologie du chagrin ; cite Aristote et Galien. 2 ff. in-8°. 

9. De l'univers. Feuillets fragmentaires, déchirés du bas. 7 ff. in-4 9 . 

10. Du développement des substances. Petite écrit, rabbin. 2 ft. in-4°. 

11. Philosophie religieuse : contingence, £§ 1-6 d'un traité. 2 lf. in-4°. 
12-13. Autres traités analogues ; le 1 er f. 265 et 272 d'un cahier. 2 tf. 

in-4° chacun. 

14. Psychologie. 2e section (nittb), ch. 3 à 23 ; 3 e section, ch. 1-3 du 

traité. 10 ft. in-4°. 

15. Id. Causes et effets ; recherches (nvnpn) à ce sujet. 2 ff. in-4°. 

16. De l'intellect actif. Controverse contre Averroès. 2 ff. (1 er et dern. 

du cahier) in-4°. 

17. Théorie du bien et du mal. Écrit, africaine. 2 ff. in-4°. 

18. De la nature de l'àme. Écrit, rabbin. l re p. jaunie. 4 ff. in-4°. 

19. Philosophie. 2 ff. in-4°, écornés du haut. 

20. Métaphysique ; cite Averroès. 12 ff. en 2 cahiers, in-4°. 

21. Delà prophétie, ou morceau du 'ba m en». Écrit, rabbin. 2ff. in-4 9 . 

22. Des sphères célestes; ch. 1 à 4. Notes marginales d'une écriture 

postérieure au texte. 7 ff. in-4°, parchemin. 

23. Réveil matériel et spirituel. Même écrit. 1 f. in-4°. 

24. Satan et le mauvais penchant. Cite David Kimhi. 1 f. in-4°. 

25. De l'immortalité de l'âme. Écrit, orientale. 1 f. in-4°, troué. 
26-27. De la pensée. De la cause première. Écrit, rabbin. 2 ff. in-4°. 

28. Traité des causes, en arabe. Écrit, africaine pâlie. 1 f. in-4°, abîmé. 

29. Accessoires de la nature, p. ex. les oiseaux. Écrit, afric. 1 f. in-4°. 
30-34. Métaphysique. Écrit, rabbin. 1 f. in-4° chaque pièce. 

35. Résumé d'un traité de théologie, §§ 69-72. Écrit, carrée espagnole. 
1 f. in-4 u . 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 291 

36. Principes de foi, avec références à la Bible, n 0s 29-40. Petite écrit. 

rabbin. 1 f. in-4°. 

37. De la vision prophétique ; cite Saadia Gaon, Maïmonide, Nahmanide. 

1 f. in-4°, déchiré du haut. 

38. Philosophie religieuse : matière et l'orme. 1 f. in-4°, déchiré du bas. 

39. Théologie. Écrit, orientale. Mouillures. 1 f. in-4°, écorné. 

40. Théorie de l'univers. 8 ff. in fol. fragmentaires. 

41. De la rémunération future. Écrit, rabbin. 2 ff. in-4°, déchirés. 

42. Ouvrage philosophique en arabe. Cite Maïmonide et son ïibfcôn 

•p-pNnbN « Guide des égarés ». Écrit, carrée espagnole. 3 ff. sans 
suite, abîmés. 

43. Dialogue philosophique, en arabe, entre Aristote et "ODirobN. 2 ff. 

in-4°, troués. 

44. Traité philosophique, en arabe ; chap. de l'intellect. Belle écrit. 

carrée. 2 ff. in-4°. 

45. Id., en arabe. Même écrit. 3 ff. troués, et le 3 e déchiré. 

46-47. De la Providence, en arabe. 2 ff. in-8° chaque pièce, la 2 e écornée. 

48. Traité de philosophie religieuse, en arabe : fin du chap. 2, traitant de 

l'unité de Dieu, et commencement du ch. 3, sur le devoir. Écrit, 
orientale. 2 ff. in-4°. 

49. M., en arabe, avec citations du Midrasch. 2 ff. in-8 , longs. 

50. Ici., id. Mouillures et déchirures. 2 ff. petit in-4°. 

51. Id., id. Écrit, orientale. 2 ff . in-16°. 

52. Fragment de philosophie, en arabe, inachevé (blanc au v°). 1 f. in-12°. 

53. Traité de théologie, en arabe. Cite Platon. 2 ff. petit in-4°, larges trous. 

54. Id., id. Écrit, orientale. 1 f. in-4°, écorné. 

55. De la création, en arabe. Même écrit. 1 f. in-4°, écorné du bas. 

56. Du corps humain, en arabe. Fin du 1. I, et commencement du 1. II, 

de Pâme. 1 f. in-4°, endommagé du bas. 

57. De la prédestination, en arabe. Même écrit. 1 f. in-4°, troué. 

58. De l'obéissance que l'homme doit à la Providence, en arabe. 1 f. in-4*. 

59. De la prophétie, en arabe. Fin du ch. 3 et ch. 4. 1 f. in-4°, abîmé. 

60. Révélation de la Loi, en arabe. 1 f. petit in-4°, troué. 

61. Traité de théologie, en arabe; page traitant de la prophétie. Men- 

tionne d'autres œuvres, p. ex. le rr*nDDbN n^ns, le ^itfn 'd 
rmanb», le nsbnN sans. 1 f. in-4°, troué. 

62. Fragment de philosophie religieuse, en arabe. 1 f. petit in-4°, mouillé 

et troué. 

63. M., id. Écrit, orientale. 1 f. in-4°, écorné et troué. 

64. Id., id. même écrit. 1 f. in-12°. 

65. Réflexions, en arabe, sur un commentaire de Samuel ibn Tibbon. 

Même écrit. 1 f. in-16°. 
66-67. Fragments de philosophie religieuse, en arabe. 2 fi. in-4°, en 
mauvais état. 

68. Explication (en arabe) de l'inspiration divine. 1 f. in-16*, parchemin. 

69. Morceau (arabe) d'une lettre de polémique. 1 f. gr. in-8° oblong. 



292 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

70. Polémique religieuse, en arabe ; cite les Cheikhs Abou Seid al-Meroud 

et Tudela (nb'mta). Écrit, orientale. 1 f. in-fol., déchiré du haut. 

71. Gontroverse contre les chrétiens, en arabe. Belle écrit, carrée. 2 ff. 

in-8°. Publiée par Rich. Gottheil, « Mélanges Derenbourg », 
pp. 84-85. C'est un extrait delà controverse d'un évèque, publiée 
par Schlossberg ; cf. Revue, LX1I1, p. 63. 

72. Anecdotes de polémique chrétienne, en arabe. 2 ff". in- 8°, troués et 

piqués. 

73. Polémique musulmane ; réfute Abouhamd (? Algazali). 2 ff. in-4°. 

74. Réplique à l'assertion des Musulmans, disant que la Bible et l'Évan- 

gile parlent de Mahomet. Écrit, rabbin. 2. ff. in-4°. 

75. Controverse contre les Mahométans ; de la prophétie de Moïse. Écrit. 

carrée. 2 ff. in-4°, dont le premier est troué. 

76. Controverse musulmane, en arabe. Écrit, orientale. 1 f. in-4°, abîmé. 

77. Théorie de l'univers, que l'auteur met dans la bouche de Nicolas, 

IMblp'}, 2 ff. in-4° d'incunable, écornés en haut, à l'angle droit. 

78. Controverse philosophique, par Lévi (b. Gerson ?). Écrit, rabbinique. 

2 ff. in-4°, mutilés de la partie inférieure. 

79. Dialogue de polémique entre l'auteur et Diego Medinez, V" , 3'H72 rP"H, 

chrétien, suivi d'une chronologie romaine. 2 ff. in-4°. 

80. Fin d'une controverse chrétienne sur le verset d'Isaïe, ix, 5. 1 f. in-8». 

81. De la constitution du monde, en arabe. 2. ff. in- 24°, parchemin. 

82. Passage du Couzari, en arabe. Écrit, égypt. 2 ff' in-4°, abîmés. 

83. Notes en arabe, touchant la tliéodicée ou la métaphysique. Ecriture 

carrée calligraphiée. 2 ff". in-4°, fendillés. 

84. Morceau de cosmogonie théosophique, en arabe, dans le genre du 

msbtt -ipd de Gabirol. Écrit, orientale égypt. 2 ff. in-4°, troués 
et délabrés du haut. 

B. 1-5. Leçons de morale. Morceaux divers, in-8° et in-4°. 

6. 1<L Écrit, africaine (n" s 2 et 7 d'un cahier de 8 ff'.). 2 ff. in-12 . 

7. Fragment de morale, semi-arabe et semi-chaldéen. Cite Ipîn — iT^bs 

sur Kiddouschin, 50a. Écrit, orientale. 1 f. petit in-4°. 
8-12. /rt\, en arabe. Pièces diverses anciennes et modernes, in-8° et in-16°. 

13. Admonestation. Ecrit, africaine. 2 pages en longue colonne. 

14. Conseils moraux. Fin du ch. n, et ch. ni-vi. 5 ff". in-24°. 

15. Préceptes moraux, ^ 5 à 30. Petite écrit, rabbin. 4 ff. in-12°. 

16. Id. Ecrit, rabbin, primitive. 1 f. in-4°, en mauvais état. 

17. Conseils divers, en chaldéen, n" 15-30 d'un recueil. 1 f. in-4", 

déchiqueté. 

18 . De la bonne influence du juste ; en arabe. Écrit, orientale. 2 ff. in-12°. 

19. Infériorité de l'ignorant vis-à-vis du savant. Écrit, rabbin, primitive. 

2 ff'. in-16°. 

20. De la pénitence, etc. Écrit, rabbin, usuelle. 6 ff in -4°. 

21. Considérations sur le repentir, en arabe. Écrit, orientale. 1 f. in-4°, 

déchiré du haut. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 293 

22. Mérite du repentir. Écrit, cursive africaine. 1 f. in-fol., abîmé. 

23. Explication de la pénitence. Même écrit. 1 f, in-4° à 2 col, 

24. Des penchants bons et mauvais. Écrit, rabbin. 1 f. in-4°. 

25. Traité de morale. Même écrit. ; encre pâlie. 16 ff. in-8°, délabrés. 
26-39. Saadiana, commentaires bibliques, en arabe, sur Genèse, m, vu, 

xvi, xxxv, xlix ; Exode, xl ; Lévit., vi, xxvn et Nombres, i-ii 
(10 ff.); ii, 25-34 ; ni, 1-15 ; Isaïe, xl, 25-34 à xli, 1-4 ; Ps., xxxvm 
et xxxix ; Daniel, m, 32 et s. ; x, 1-5; xi, 7 et s. (3 ft'., avec 
vocalisation supralinéaire), in-8° et in-4°. 

40.. Du même. Observations théologiques. Caractères carrés. 4 ff. in-4°. 

41-2. Ici. Écrit, analogue. L'un 2 ff., et l'autre 4 ff. collés, in-12°, délabrés. 

43-47. Ici. Les 2 premiers ont 2 ff'. in-4°, en mauvais état; les 2 sui- 
vants, chacun 1 f. in-8° troué, et le dernier 2 ff. parchemin, 
déchirés. 

48. Lettre, en arabe, adressée à Moïse Maïmonide par Natanel b. R. Halfon, 

datée du 1er Nissan j 485 (d es Contrats = 1174 de J. C). if. in-fol. 

49. Lettre en arabe à Abraham fils de Maïmonide, déchirée du bas. i f. 

gr. in-8°. 

50. Lettre de Maïmonide à R. Hasdaï (f. 6 et 7 de l'édition de Venise). 

Écrit, orientale contemporaine. 4 ff. in-12°. 

51. Guide, texte arabe, I, ch. lvi-lvu. 2 ff'. in-4°, déchirés du haut. 

52. Ici., l re partie, chap. xxiv à xxix. Écrit, rabbin, primitive. 6 ff. in-4°. 

53. Tel., 3° partie, ch. xxvn-xxix (de la prophétie). 4 ff. in-4*. 

54. Ch. v (incomplets, ch. vi tin et ch. vu partiel des tD^piB "n (8 chap.) 

de Maïmonide. Texte arabe. Écrit, carrée espagnole. 2 ff. in-4°. 

55. Commentaire sur la Mischna, en arabe. Table rimée des onze traités 

de la I" section (m-rartb "<n?:t nmb mmn, etc.) puis (aussitôt) 

Biccourim, fin du ch. n et ch. m. Écrit, carrée espagnole. 4 ff. 

in-4°, en mauvais état. 
56-58. Ici. Morceau de Kildim, avec figures. 3 fragm. in-4°. 
59-60. Ici. Sabbat, i, 1 ; xx, 7-10; xxi, dern. § ; xxn, 1-22. 3 ff. in-4°, le 

1 er abîmé. 

61. Ici. Meghilla, ch. i-iv, le dernier inachevé. 8 ff. in-4°. 

62. Ici. Nazir, m, 2-3 ; iv, 2-4. Même écrit. 2 ff. in-4°, déchirés. 

63. Id. Baba Kamma, i, 2-3 et m, 3-7. Écrit, carrée espagnole. 2 ff'. in-4°, 

coupés du bas. 
64-67. Ici, Abot, n, 16 et s. ; m, 2 ; ni, 16 et s. ; iv, 2-4 ; m fin ; iv, 1-5. 
Morceaux de 1 f. ou de 2 ff. ou de 4 ff. in-4°. 

68. Id. Oukcin, n, 2-6. Écrit, orientale. 2 ff. in-4°, troués et déchirés du 

haut. 

69. Extraits du ï-JpTnr» V. copiés pour Eléazar b. Abraham. Ecrit, carrée 

espagnole. 6 ff. in-4 .. larges mouillures. 
70-80. Parties détachées de la même œuvre, savoir: table des matières, 
tr. de louage ; tr. des puretés ; tr. de la synagogue ; tr. des 
aliments interdits (teréfa) ; tr. de l'Orla ; tr. des nids d'oiseaux ; 
tr. du deuil, de la néoménie, tr. des fêtes ; tr. de la Sehehita. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

81. Bahya, ï—nnabrr tmain, « devoirs des cœurs », en arabe. Écriture 

carrée. 1 f. in-4°, troué, et large déchirure au bas. 

82. Bons effets du juste sur ses contemporains. Écrit, orientale. 1 fragm. 

in-4°, déchiré du haut. 

83. De la pénitence ; en arabe. Ecrit, carrée. 15 ff. gr. fol., délabrés. 

C. 1-13. Sentences morales, dont les unes servaient de modèles d'écriture. 
Pièces diverses. Écritures orientales. in-8° et in-4°. 

14. Ici., en arabe. Même genre. Écrit, africaine. 12ft.in-i2°. 

15. ld., ici. Même écrit. 2 ff. in-8°, dont 1 blanc. 

16-26. kl., ici. Pièces diverses écrites de même, en tous formats. 



VI. Mystique. 

A. 1. Zohar, Idra rabba et Idra zouta. Écrit, rabbin. 76 ff. in-12°, 

déchiquetés. 
2. Ici. Morceaux de l'Idra zouta. Écrit, africaine. 7 ff. in-8°. 
3-4. Ici. Morceaux divers. Écrit, orientale. 1 f. in-12° chacun. 
5-6. Ici., ici. Écrit, orientale. 2 ff. et 1 f. in-fol. 
7-9. Ici. Idra rabba et Idra zouta. Le 1 er et le 2e n 0s ont 4 ff. ; le 3 e , 8 ft. 

10. Ici. Petite écrit, rabbin. 6 ff. in-8°. 

11. Ici., ici. 4 ff. in-8°. 

12-13. Ici. Même écrit. 6 ff. in-4° et 4 ff in-4°. 

14-42. Ici. Extraits divers, in-4° à 1 ou 2 ff. 

43. Ici., ici. (Nombres, vi-xu). 7 ff. gr. Écrit, rabbin. 

B. 1-93. Recueils de formules cabbalistiques ; extraits plus ou moins 

étendus, en tous formats, in-fol., in-4°, in-8°. Écritures orientales. 

94. Fragment d'un recueil arabe d'incantations, avec textes chaldéens : 
a "pby 03W ^3N 135, b •vb ùsrr «b bi-i i^o tria. Écrit, 
rabbin, primitive. 2 ff. in-4°, en mauvais état, vieux. 

95-112. Textes analogues de mystique et de magie. Formats divers. 

H3. De la création. Commentaire mystique sur Genèse, i, avec interpré- 
tation des 22 lettres de l'alphabet hébreu. Cite Nahmanide. Écrit, 
rabbin. 4 ff. in-4°. 

114. Ici., en prose rimée, certains mots vocalises. Écrit, carrée. 2 ff. 

in -4°, troués. 

115. Explication mystique de l'Exode, ni-xiv. Même écrit. 8 ff. in-4°, 

un abîmé. 

116. Application des systèmes cabbalistiques à l'Alphabet hébreu. Ce 

sont les ff. 107-206 d'un grand traité. Les tableaux des lettres et 
les rubriques, à l'encre rouge, en lettres carrées. Le reste en écrit, 
rabbin. Amples notes marginales d'une main plus récente. 10 ff. 
in-4°. 

117. Descriptions de visions nocturnes, basées sur les 28 mansions astro- 

nomiques, aux noms arabes. Sommaires en marge. L'auteur, 
désigné plusieurs fois par les initiales y ,m \'* t cite les « savants 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 295 

de Catalogne », pour justifier ses observations semi-naturelles 
el semi-mystiques. Ecrit, rabbin. 10 ff. in-4°. 

118. Des noms mystiques de Dieu. Écrit, orientale, ch. ix-xi. 6 ff. in-4°, 

dont 1 blanc. 

119. Sens ésotérique des appellations de la Divinité. Même écrit, pâlie. 

3ff. in-4°. 

120. De l'émanation des âmes, chap. m à vi. Écrit, africaine. 4 ff'. in-4°, 

troués. 

121. Livre I d'un traité des visions célestes, ou de la première înM-i», 

servant à interpréter le ch. vi d'Isaïe. Même écrit. Fol. 40 et 43 
d'un cahier incomplet. 2 ff'. in-4°. 

122. ^"t fcrmb '■» "T'nnab nENn i"y D*wn, «commentaires véridiques 

par le Rabbin lsaac Louria », ou explication mystique des 
membres humains. 4 ff. in-4°. 

123. Ca^aipn, parle même. Écrit, orientale. 2 ff. in-4°, abîmés. 

124. Exégèse biblique à la façon du Zohar, p. ex. Exode, i, x. 2 ff. in-4°, 

délabrés. 

125. Invocation avec appareil mystique. Écrit, africaine. Encre pâlie, 

mouillures. 4 ff. in- 4°. 

126. Explication biblique d'Exode xn, se référant (dès la l re p.) à R.Simon 

b. Yohaï. Écrit, carrée ancienne; texte vocalisé. 2 ff. in-4°, en 
mauvais état. 

127. De la création. F. 11, qui est peut-être détaché d'un commentaire sur 

le Se fer Yecira. Belle écriture rabbin. 1 f. in-4°, un peu écorné. 

128. Vade-mecum pour diverses circonstances de la vie, à demeure et en 

voyage, ou en cas de maladie. 2 ff*. in-4°, endommagés. 

129. nbnpn nmoa, « des Mystères de la Kabbale » ; explique les attributs 

de Dieu énumérés dans l'Exode, xxxiv, 7, ff*. 32 et 47 d'un gros 
cahier. 2 ff. in-4°, déchirés à gauche. 

130. Des r-n-pDO. Sefirot ; détermination des 4 e , 5 e , 6s et 7e. Belle écrit. 

rabbin. 2 ff. in-4°. 

131. Considérations sur les noms des attributs divins. Encre pâlie. 8 ff*. 

in-4°. 

132. Valeur mystique de certains termes du Rituel. Même écrit. 4. ff. in-4°. 

133. Explication des mata, « noms » mystérieux des anges. Fin du 

ch. i et commencement du ch. u. Versets et rubriques en lettres 
carrées. 1 f. in-fol. 

134. Du mystère de la constitution humaine. Petite écrit, rabbin. 4 ff . 

troués. 

135. Explication de vocables mystérieux, en tenant compte de la valeur 

numérique des lettres. Écrit, orientale. 4 ff. in-4°, abîmés. 

136. Justification de versets bibliques en langage du Zohar. 2 ff". in-4°, 

déchirés du bas. 

137. De l'origine du monde, selon les théories de Is. Louria. 2 ff. in-4°. 

138. Application du système des Sefirot à certaines circonstances de la 

vie juive. 2 ff. in-4°, dont 1 blanc. 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

139-144. Des noms mystiques par rapport à la Prophétie. 2 ff. in-4° 

chaque pièce. 
145-172. Divers morceaux du même genre, In-4° et in-8°. 

173. Pièce analogue, avec application au samedi précédant Hanoucca. 4 ff. 

in -4°, déchirés en hauteur 

174. Indications nominales, envoyées à Salom Foa. 2. ff. in-8° longs. 

175. Considérations cabbalistiques appliquées à l'histoire juive. 2 ff. 

in-4°, troués. 

176. Réflexions sur les noms, en langage duZohar. Écrit, rabbin. 2ff. in^4°. 

177. La Kedouscha, décomposée en ses éléments mystiques. Rubriques 

en lettres carrées ; le texte en écrit, rabbin. 2 ff. in-4°. 
178-9. Explications mystiques du tétragramme divin. 2 ff. in-4°, chaque 
pièce. 

180. Procédés cabbalistiques, en arabe. Écrit, carrée espagnole. 2 ff. 

in-8°, abîmés. 

181. Cryptographie expliquée en arabe. Écrit, orientale. 6 ff. in-8°. 

182. l'n'iû'i "TDŒ, « Louanges à Dieu parR. Simon b. Yohaï », le prétendu 

rédacteur du Zohar. Extrait de la partie I, f. 22a, et II, f. 179a 
édition. Écrit, africaine. 2 ff. in-8°. 

183. t^nbm^n '0 « Livre des sorts », géomancie ou révélation de l'avenir 

par l'astrologie ; recueil imprimé, attribué indûment à Saadia 
Gaon. Même écrit. 16 ff. in-8°, dont 7 blancs. 

184. Révélation de l'inconnu. Écrit, orientale. 1 f. in-12°. 

C. 1. X—nbiao, Recueil de formules magiques pour opérations miracu- 
leuses ou de sorcellerie, en un millier de cas. Écrit, orientale. 
41 ff. in-8*. 

2. Conseils médicaux par la magie. Môme écrit. 4 ft. in-8°. 

3. Remèdes empiriques et indications de moyens magiques pour avoir 

des facultés surnaturelles. En tête, dédicace au « savant 

R. Abraham ha-Cohen ». 2 ff. in-4°. 
4-22. Autres amulettes, exorcismes, évocations d'anges. Tous formats. 
23. Tableau mystique. Dessin du chandelier sacré et de feuillages, 

composé de versets en micrographie et entouré de vœux de 

prospérité ; en caractères carrés. Grand fol. 

(A suivre.) 

Moïse Schwab. 



NOTES ET MÉLANGES 



IA VERSION GRECQUE DE I SAMUEL, XIV, 13 

Jonathan et son écuyer ont quitté furtivement le camp de Saûl 
pour tenter un coup de surprise contre le poste philistin. Ils 
grimpent jusqu'à l'ennemi et le taillent en pièces ; ils tombaient 
devant Jonathan, et l'écuyer, par derrière, les achevait : 

•vnna nmtttt rba «raai ïrw ^sb nbs-n 

L'hébreu est fort clair et tout à fait satisfaisant. Il n'en va pas de 

même du grec I xod £7i£êX£<|iav xaxà 7ip6(70J7rov 'Icovàôav, xai £7raTa^£v 
auTOuç. xai ô aïpwv rà (txeuï) aùxou ETzeoioou oTncoo aùroiï. Ce texte révèle, 

semble-t-il, une recension de l'hébreu un peu différente de M. 
£7T£êX£'}av, à la place de ibô^l, est expliqué depuis longtemps : G a 
lu Wn, et xaî £7ràTaç£v aùxoùç semble appeler la restitution de tarm 
après yw*. 

Reste IwsBfôou, qui ne paraît guère au premier abord répondre à 
nrrwfl, et n'en saurait d'aucune façon, comme le croit Schloegl 2 , 
être la traduction libre, èirtofôovat n'a jamais signifié faire mourir. 
Il n'est pas plus exact de le traduire par marcher. Le sens que 
propose la Polyglotte de Vigouroux : « et celui qui portait ses 
armes marchait après lui », donne à penser que l'auteur s'est 
référé aux deux passages où Hatch et Redpath font d'êiriSiSovat 
l'équivalent de Nia. Mais il n'a pas remarqué que ni dans un cas 
ni dans l'autre le mot n'a le sens qu'on lui prête : Amos, 4, 1, nanti 
nrnûai « faites venir et buvons », est rendu librement par êirt'Boxe 7](xtv 
onwç icfoffcsv, « donnez-nous à boire ». Esther, 9, 11 , ûwiïitt nsott Na 
*jb»n "oob JTW*1 ïizmn « le nombre des tués à Suse, ville fortifiée, 
vint devant le roi », devient £7T£8oÔ7|T£ ô àptfljxoç tfô pa«iXeï a fut 

1. P. Dhorme, Les livres de Samuel, Paris, 1910, p. 116. 

2. Schloegl, Die Bûcher Samuels, 1904, a. I. 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

livré au roi ». foiSfôcopu s'emploie absolument au sens de remettre 
une lettre. 

Il serait donc illégitime de s'autoriser de ces exemples pour 
traduire e7ce8tôou o-kIgoj aùrou dans I Sam., 14, 13, par « marchait 
après lui ». 

êrcsBiSou est une conjecture du traducteur grec pour rendre un 
mot qu'il ne comprenait pas. Comme ce verbe correspond le plus 
souvent à *jn3, on doit supposer que le manuscrit d'où dépend G 
portait, par erreur, nntt, au lieu de nn[i]7373 ; le traducteur y aura 
reconnu l'équivalent d'iTriBoenç, et comme le tour de la phrase l'exi- 
geait, il aura, sans plus s'inquiéter du sens, remplacé le nom par 
le verbe. 

D'où une double conclusion : 

a) t-Kzùloou dans I Sam., 14, 13, n'offre aucun sens ; 

b) Il ne cache pas une leçon différente de celle de M, nn[i]73» ; 
il la suppose, au contraire, mais altérée par la chute du 12 initial. 

Louis Canet. 



UNE NOUVELLE ÉPITAPHE HÉBRAÏQUE MÉDIÉVALE 

A PARIS 

En juin 1904, plus d'un demi-siècle après la découverte d'un 
cimetière juif sur l'emplacement de la maison Hachette, M. Charles 
Magne, inspecteur des fouilles archéologiques de la ville de Paris, 
déterrait, au coin de la rue d'Ulm, près du Panthéon, une pierre 
tombale juive', revêtue d'une inscription hébraïque de la fin du 
xm e siècle. 

Voici maintenant que, le 24 janvier dernier, le même inspecteur 
a découvert une pierre analogue, dans les caves de l'ancien n°55 
de la rue de la Verrerie (IV e arrondissement), à 11 mètres de l'aligne- 
ment actuel de cette rue et à 17 m. de l'alignement de la rue du 
Temple, à la cote 30, 78, c'est-à-dire, à 5 m. 24 en contrebas du 
niveau de la rue de la Verrerie -. La pierre, cintrée du haut, cassée 
du bas, suivant une ligne légèrement oblique, est un peu plus 
longue à droite qu'à gauche. Hauteur médiale, cintre compris : 

1. Signalée et décrite dans Festschrift zu Ehren des D' A. Harlcavy (Saint-Péters- 
bourg, 1908, gr. in-8»), pp. 137-140. 

2. Selon l'indication signalétique donnée par l'agent-voyer, importante pour la 
provenance de la pierre, couchée à plat sur le limon, ne servant pas de soutènement 
a une fondation. 



NOTES ET MÉLANGES 299 

75 cm. ; au-dessous de la partie cintrée, hauteur à droite : 41 cm. ; 
à gauche : 38 cm. ; largeur: 68 cm. ; épaisseur: 16 cm. et demi. 
La face destinée à l'inscription a été polie, évidée ; au-dessous 
d'un motif décoratif trilobé en relief, dont l'arc supérieur englobe 
le premier mot du texte, sont gravées les quatre lignes suivantes, 
qui occupent à peine la moitié de la surface : 

ï-ï 3 S 73 rr 
(peut-être b*73) 2X12 Vl»1» nNTÏl .1 

•QM^n ■'-nTa nstjbN rvnrr» .3 
'sb n^p rro b'p'at'T apy 'nn 'ifc .* 

1. J'ai placé cette stèle comme une couche (ou au-dessus) 

2. à la tête de Dame Floria, fille de notre maître Rabbi 

3. Juda, veuve de mon maître le saint (le martyr), 

4. maître R. Jacob ; que le souvenir du juste saint soit une bénédiction, 

l'an [5]124 du comput (de l'ère juive = 1364 de l'ère chrét.). 

On remarquera que la rédaction de cette épitaphe diffère un peu 
de ses congénères françaises. Ligne 1 : le troisième mot est d'une 
lecture douteuse, car la dernière lettre affleure la pointe formée 
par la rencontre des deux arcs du motif décoratif, à gauche de 
l'inscription, et la signification n'est pas nette. A supposer justifiée 
la lecture yira, on se demande comment «la pierre placée ...à 
(ou sur) la tête » est une « couche » ; d'autre part, la lecture hyn, 
« au-dessus », ne cadre pas grammaticalement avec le terme 
suivant, premier de la seconde ligne. 

Ligne 2 : Le prénom Floria semble n'avoir été porté que par les 
juives de Paris durant le moyen âge, puisque, au moins jusqu'à 
présent, on n'a trouvé ce nom que sur les épitaphes de la capitale 1 , 
entre 12.50 et 1280. On constate à peine une variante d'orthographe 
dans l'emploi antérieur de ce nom ; au xnr 3 siècle, il comporte de 
plus un n final, qui est superflu. 

Ligne 3 : le terme « mon maître » révèle que la stèle a été érigée 
par l'initiative d'un disciple de « maître Jacob », qui a été un 
« saint », ou martyr, probablement tué pour cause de religion lors 
d'un massacre des Juifs à cette époque troublée. 

Ligne 4 : la date, qui correspond à l'avènement de Charles V le 
Sage, au trône de France, n'est pas complétée, selon la formule 
habituelle, par un quantième mensuel ou hebdomadaire, de même 
qu'il n'y a pas d'eulogie pour l'âme de la défunte. 

1. Rapport sur les inscriptions hébr. de la Fiance, dans : Nouv. Archives des mis- 
sions scientifiques [1905), t. XII, ch. n, § 10, n 0B 10 et 17 ; §11, n° 5 (pp. 247, 250, 273). 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

D'après les documents déjà publiés', on connaissait seulement 
jusqu'à ce jour deux cimetières des Juifs parisiens au xm e siècle, 
l'un, rue Pierre Sarrazin, l'autre, rue Le Harpeur (actuellement 
rue Laharpe). Y avait-il au xiv e siècle d'autres sépultures sur la 
rive droite de la Seine ? D'après M. Lucien Lazard la chose s'ex- 
plique par ce fait que, vers cette époque et tout à côté, il y avait 
des Juifs court Roberl (actuellement rue du Renard-Saint-Merry) 
et rue Saint-Bon, au bout de la rue de la Verrerie, à l'Ouest, comme 
il y en a eu tout près de là, vers l'Est, d'où le nom de « rue 
des Juifs », bien que celle-ci, selon l'historien Gilles Gorrozet, soit 
mentionnée pour la première fois seulement sous Louis XII, un 
siècle après l'exil définitif des Juifs de France. 

Moïse Schwab. 



UNE ÉDITION RARISSIME DU TALMUD 

On sait qu'après la publication de volumes isolés du Talmud, 
parus à partir de 1484, les diverses éditions totales, depuis celle de 
Venise 4521-23, autorisée parle Pape Léon X, sont toutes disposées 
pareillement, ayant la même pagination, donnant le commentaire 
de Raschi sur la marge intérieure et les gloses des Tossafistes sur 
la marge extérieure. 

Une édition fait exception, et — probablement pour avoir été en 
usage plus souvent que les autres — est devenue à peu près 
introuvable. Il y en a un exemplaire presque complet, à Oxford, 
moins Bekhorot. C'est à ce sujet que Steinschneider dit 2 : « Edi- 
tionem hujus formée et dispositions unicam atque rarissimam 
vix ex Sabbtai recenset Wolf . . . » — De môme, dans sa monogra- 
phie hébraïque sur les éditions du Talmud 3 , Raphaël N. Rabinowilz 
a raconté qu'il possédait ce joyau. . . en majeure partie seulement, 
y compris Bekhorot. Dans l'exemplaire si défectueux de cet érudit, 
aucun volume n'a de titre, tandis que dans l'exemplaire d'Oxford, 
il y a des titres, mais seulement pour trois traités ', 

Cependant la Ribliothèque nat. de Paris, sous le n° anc. 845 du 
« Gâtai, de la biblioth. du Roi » (n° actuel : Réserve Inv. 2774), 
possède un exemplaire complet de cette édition du Talmud, reliée 

1. Même Rapport, ibid., pp. 237-280. 

2. Catalog. Bodleianae, col. 221, n° 1409. 

3. Munich, 1877, p. 74-75. 

4. Tr. Berakhot, Ketoubot, Baba Kamma. 



NOTES ET MÉLANGES 301 

eu huit volumes. Voici une reproduction du premier titre (due aux 
bons soius de M. P. Hildenfmger) : 




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£. ■«► ♦»! ftt^ti DÎT *» 

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©»37 *3 :W^ Sijf>M>ft PJETlfrtt >p5#3 ?3 p?S |>6& * P3PJP b3 75 nip D>57?i 

I7»3)7mip)|toi é3D-»»"nDfroDw?Pî6)- opnrrtaio'rwow.P) gec33 

175 Q7& fa» SW »W> # 7»|?ii )7»3 >7i$P) fa3}j,pfoj Wç >73 )7»3. ff »7 
p f»?o jÏ pmw outaJ* wis» CWB W J3 iS'ote fr?%3 f p»7 TÎ3 >>3$» 

9 O70 Pots A o»o *»i * J > • 7*0? ip» >b I-P16 j5î3pbio> 07frç> ipase >73 

3*)P W tf >i> C>t^I î?3 OriP0^ f>3> JU> 533 tt i)7J 0^7p OOiD> OJ 0>B7P 

A on»iw owôfn? bycwrSfr)QPi»»)93) ojv)tf3oj»>p3"onfcwi>?»* 

jtf) :|m)W7b33PWPï»^W?*"i>W7?i J37DJ» fr5i |3>P3 7w55o>i)3>3> , a?3?l 
# iP? O7DP0 ?P)P»3>f>? 37JP»J73? BJ?»3 *B7JD W? D*D D^7?i WDSJWP 0^ [3 

7wW 0^3 o>prt iifrw wO 7w$P3*m)p*n JsayujpV &j?ctt'irpr:i 




Yo'i nanj rtnai nno«ra frnsKba iiw» ' "a wn ru-Tan ^«?o 



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302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En tête de chaque volume, soit sous la première ligne du titre 
(quand il y en a un), soit en haut de la première page du texte, on 
lit : « Acquis par mon argent, Isaac ^ano, pour cinq ducats, Tan 
5403 « (1643). Le nom de ce possesseur est également marqué, au 
fer et doré, sur le plat antérieur de chaque volume, orné d'un 
écusson placé entre le prénom et le nom patronymique, suivi de 
l'eulogie Y'atr — Les traités se suivent sans nul ordre. Ainsi 
Soucca, Taanit et Meghilla sont placés après Yebamot et Ketoubot, 
et il n'est pas certain que ce déplacement soit imputable au relieur, 
car les noms des traités ainsi joints sont inscrits, non au dos des 
volumes, mais sur la tranche inférieure, de façon qu'on puisse lire 
ces noms au bas des volumes, couchés à plat sur des tablettes, ou 
des rayons de bibliothèque. 

Comme on l'a pu voir par le long avis préalable qui accompagne 
le titre, un généreux amateur des études talmudiques, en considé- 
ration du prix élevé des grandes éditions qui devait gêner les étu- 
diants, généralement peu fortunés, s'est efforcé de leur fournir 
une édition moins coûteuse, mais contenant le strict nécessaire : 
le commentaire de Raschi, l'explication des mots techniques et les 
références indispensables pour les recherches et les applications 
des décisions rabbiniques. 

Par économie, les titres ont été imprimés seulement quatre 
fois 1 , savoir : en tète de Berakhot, l'an ûib',25 (1615-16), en tête de 
Ketoubot et de Baba Kamma, tous deux de l'an ûibun (1617-18). 
Enfin, Sanhédrin et Nidda (t. VI et VIT) sont de l'an d*wd "»31D, ou 
380 {— 1620). 

Ce sont, au dire de Steinschncider, les fils de feu Aron b. Isak 
qui ont typographie cette édition. Cependant, à la fin de Nidda, 
on lit d'autres noms de typographes. Ce sont : Moïse b. Casriel, de 
Weisswasser, et Juda dit Lob, fils de feu Isaac Ioudels Kohn 
Cédek. 

Le titre de Ketoubot et celui de Baba Kamma, avant les mots 
. . .i-jbm pm, contiennent 1' « autorisation d'imprimer accordée par 
le rabbin Meschoullam Phebus, chef d'école et Ab bet din de 
Cracovie, mort le 18 Tischri de la même année » (17 octobre 1617). 
Cette mention ne se retrouve plus au commencement de Houllin. 
D'après ce quatrième titre, semblable pour le reste aux trois pré- 
cédents (sauf le lieu et l'omission de la date), ce volume finissant 
par Nidda a été imprimé à Prague, sous les auspices de bao awn 
y""» de Cracovie, par l'imprimeur Abraham b. Simon, natif de 
Heide, surnommé Abraham Lemburger. — Nidda est placé, non 

i. Non trois fois seulement, comme l'avaient cru Steinschneider et R. N. Rabinowitz. 



NOTES ET MÉLANGES 303 

à la fin de la collection, mais après Houllin, à la fin de l 'avant- 
dernier volume. 

Après quoi, pour utiliser un blanc final de ce traité, on a mis 
une longue note imprimée (d'une page et demie) ; elle a pour but 
de justifier le passage agadique msbn rmiarr ba, qui termine Nidda, 
et elle insiste, — d'accord avec les Pirké Abot (ni, dernier §), — sur 
l'importance de ces lois de pureté. Le nom de l'auteur de la note, 
indiqué en tête par l'abréviation a"«, est sans doute celui de l'im- 
primeur Abraham. Puis viennent la date et les noms des typo- 
graphes précités. 

Se fondant sur l'identité des passages jadis rayés par la censure, 
puis rétablis, Rabinowitz est d'avis que cette édition de Cracovie, 
in-4° a été composée d'après l'édit. de Cracovie, fol., 1602-5. Donc, 
dit-il, bien que l'imprimeur ne soit pas nommé, c'est notoirement 
R. Isaac Prostitz, sauf que le dernier traité, mieux typographie, 
doit être d'un autre 1 . 

Dans la présente édition, il n'y a ni la Mischna de la section 
Zeraïm ni celle de Taharot. Le texte, en caractères carrés, forme 
sur chaque page la colonne intérieure, et le commentaire de Raschi 
en caractères rabbiniques est sur la colonne extérieure. 

En marge, des lettres carrées visent les folios d'autres éditions, 
et les références bibliques ou talmudiques sont en caractères rab- 
biniques. A la suite de Sanhédrin, se trouve une table ms. (en 
10 col. et demie) donnant les titres des chapitres, par ordre alpha- 
bétique. L'auteur anonyme (naman 'a) termine cette liste en expli- 
quant l'utilité d'un tel répertoire, daté du 17 Ab l'an pôb riaia rroôb, 
soit 390 (= 1630). Le tout est écrit en cursive judéo-allemande. 

Après Zebahim, sur le verso blanc du dernier feuillet, on voit 
une gravure sur bois qui représente le sacrifice d'Isaac ; cette gra- 
vure doit dater du xvi e siècle, car Abraham a un chapeau et un 
collet style Henri IL MoïSE ScHWAB . 



UN RIDEAU DE TABERNACLE 

Le Musée de Cluny a reçu dernièrement, en don de M. le comte 
de Camondo, un rideau de tabernacle comme on n'en voit jamais 
en Europe. Cet ornement du culte synagogal consiste en une 
pièce quadrangulaire de soie gris éléphant, d'environ 2 m. et demi 
de haut sur 1 m. 1/2 de large, couverte d'inscriptions hébraïques. 

1. Dans l'exemplaire de Paris, on n'a pas lieu de faire une telle distinction. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La première ligne est composée des sept initiales suivantes, 
surmontées de points abréviatifs : h *» bfc h b h V. C'est l'abréviation 
de Psaume, cxviii, 20 : « Voici la porte de l'Éternel, les justes y 
entreront. » — Au-dessous, encadrant un fleuron naïvement figuré, 
on lit les quatre mots formant le premier liémislicbe du Ps., xvi, 8 : 

ï-Tim 

"H^b (ici le fleuron) TniD 
1V2D 

« Je fixe constamment mes regards sur le Seigneur ». Ensuite, en 
deux lignes, le Ps., xxxn, 11 : « Réjouissez-vous en l'Éternel ; 
soyez dans l'allégresse, ô justes ; entonnez des chants de triomphe, 
vous tous, cœurs droits ! ». — Enfin, on lit, transcrit in extenso^ 
le petit Ps. lxvii, sous la forme d'un chandelier à sept branches. 
Le verset 1, ou le titre de ce psaume, est reproduit — procédé 
cabbalistique — en mots trilitères, coupés uniformément de trois en 
trois lettres, comme suit : .,.*»» ans 373b. Puis viennent les versets 2, 
3, 4 transcrits verticalement et recourbés en bas vers la droite, sépa- 
rés les uns des autres par une ligne parallèle, légèrement fleurie. 
La tige médiate de cette image du chandelier comprend le verset 5, 
dont les trois derniers mots, nbo nnsn ynaa, forment la base hori- 
zontale de l'image. Elle est suivie, à droite, des versets 6, 7, 8, éga- 
lement figurés en lignes verticales, mais recourbés vers la gauche. 

Dans l'espace libre à droite et à gauche vers le bas, on lit deux 
abréviations : tain à gauche, sans: à droite ; celle-ci peut repré- 
senter les mots DDUîEn pTS,. En outre, dans les deux angles infé- 
rieurs, sont représentés deux palmiers en éventail 1 , émergeant 
d'une corbeille, qui paraissent révéler un art persan peu raffiné. 

Les lettres, ainsi que les dessins, sont en argent massif; les 
ornements sont forcément d'une venue médiocre, car ils se com- 
posent pour la plupart de têtes de clous du même métal, et toute 
la bordure carrée qui entoure ces textes n'offre d'autre variété que 
le plus ou moins de grandeur des tètes de clous. Cependant, aux 
extrémités des quatre angles, il y a de petites rosaces en rocaille, 
contenant une fleurette, ou une marguerite au milieu. 

Contrairement aux pièces de ce genre, on ne trouve là ni un nom 
de donateur, ni la moindre date, et comme les lettres sont 
purement carrées, on ne saurait leur assigner une époque bien 
déterminée. C'est probablement une œuvre du xvm e siècle, faite par 
un argentier oriental. MoisE Scuwab. 

1. C'est probablement, me fait-on remarquer, une figuration de l' « arbre de vie », 
qui est le symbole de la Tora. 



BIBLIOGRAPHIE 



Joûon (Paul). I. Études de philologie sémitique. II. Notes de lexico- 
graphie hébraïque. III. Notes de critique textuelle (A. T.). In-8° 
de 134 p. (Extrait des Mélanges de la Faculté orientale, Beyrouth, tome V, 
fascicules I, p. 335-415, et II, p. 415-488.) 

M. Joûon, dont nous avons apprécié ici le remarquable commentaire sur 
le Cantique des Cantiques, a réuni en brochure deux articles publiés dans 
les Mélanges de la Faculté orientale et qui contiennent une série d'études 
grammaticales et de notes lexicographiques et exégétiques. En premier 
lieu, l'auteur s'occupe de la distinction des verbes actifs et statifs, sur 
lesquels il fait mainte observation intéressante, et montre que les verbes 
statifs tendent à devenir actifs *. [Au terme «statif» nous préférerions 
« qualificatif». S'il est admissible que les verbes qatila ou qatula s'em- 
ploient en principe pour marquer la persistance dans un état, il n'en est 
pas moins vrai qu'ils marquent aussi le passage d'un état à un autre. Le 
mot qualificatif pourrait s'appliquer dans les deux cas, tandis que statif 
ne s'emploie guère que dans le premier sens. Nous ajouterons quelques 
remarques : En arabe, dans les verbes réguliers, le futur en i se ren- 
contre souvent dans les verbes avec deuxième ou troisième radicale lâm 
ou râ, p. e. halafa, qadara. — Le verbe yon a la voyelle a pour le futur 
à la pause. — Les verbes ■>":» conservent dans le participe un vestige 
de la distinction entre les verbes statifs et actifs. On trouve, en effet, 
comme qualificatifs Ïib3 et ïTin. En outre, !Tfl et rrn peuvent être des 
adjectifs verbaux. Il est à noter que l'assimilation des verbes actifs 
aux verbes qualificatifs qui s'est produite au futur par suite de la trans- 
formation de iy en ay a dû entraîner l'assimilation au passé, et c'est 
pourquoi tous les passés ont pris la voyelle î au lieu de ê =ay, qui aurait 
dû être la voyelle des verbes actifs.] 

Dans la seconde étude (p. 9-16), M. Joiion montre que, contrairement a 
l'opinion de M. Barth, la désinence a de l'état déterminé (emphatique) 

1. Pour plus de clarté nous mettous nos observations entre crochets. 

T. LX1II, n- 126. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en araméen était primitivement accentuée et qu'elle ne peut être autre 
chose que la terminaison de l'accusatif sémitique. 

Dans le troisième article (p. 16-21), l'auteur examine pourquoi dans le 
futur des verbes à première radicale gutturale le préfixe a la voyelle ê 
devant un radical avec a, et la voyelle a devant un radical avec o. Il 
pense que l'on a voulu différencier le futur en o du futur en a. [Nous 
ne pensons pas que ce soit là la véritable raison. En général, il ne faut 
pas faire intervenir les causes finales dans la grammaire et il vaut mieux 
voir dans le fait en question un phénomène phonétique dont on retrouve 
bien des exemples en sémitique. Va est souvent précédé de è et Yi et Yo 
de a, p. e. en syriaque èkal, à côté de akîl, akul.) L'auteur explique ensuite 
que la voyelle a, qui remplace è, p. e. dans ^SDNn, n'est pas affaiblie, 
mais, au contraire, fortifiée par l'éloignement du ton. 

La quatrième étude (p. 21-28) porte sur les noms ségolés. L'auteur fait 
voir que la voyelle auxiliaire n'était pas nécessairement segôl à l'origine. 
[On est d'autant plus étonné qu'il ait cherché à expliquer par ce segôl 
spécial à l'hébreu, probablement moderne et extrêmement variable, la 
présence de Y a dans le pluriel des noms ségolés. Cet a se retrouve en 
arabe et en éthiopien dans une foule de pluriels brisés. Il est donc infi- 
niment probable que nous avons là un procédé de la formation du 
pluriel antérieur à l'emploi des terminaisons, et, à plus forte raison, 
à l'apparition du segôl furtif, qui a été amené par la chute des désinences 
casuelles.] 

M. Joiion pense avec raison que l'analogie seule de l'absolu ne suffit 
pas à expliquer le rafé de la 3 e radicale au construit pluriel. 11 faut 
admettre l'influence persistante de la voyelle primitive, transformée en 
scheva moyen, malkhê venant de malakhê. [Il en est de même dans 
l'infinitif avec suffixes, p. e. ^3??^- Mais, dès que le scheva moyen 
devient tout à fait quiescent, le dagesch qal reparaît, p. e. ^-'9- L'ana- 
logie de l'absolu n'a donc pas d'effet. Pour les mots ntobp, rna*, nnb\ 
il est possible qu'il y ait eu à l'origine une voyelle dans la 2« radicale ; 
mais il ne faudrait pas faire intervenir dans l'interprétation de formes 
aramaïsantes l'influence du segôl furtif hékrtm] 

M. Joiion s'est attaché, en cinquième lieu (p. 29-35), à préciser la double 
prononciation du resch attestée par Saadia et d'autres. Il a réuni tous les 
renseignements relatifs à cette question, et sa conclusion qu'il y avait 
trois sortes d'r, selon le nombre des vibrations, et que Saadia entend par 
resch dagesché Yr « roulé » paraît justifiée. 

En ce qui concerne la sixième étude sur l'emploi de 3 et de D au sens 
temporel avec l'infinitif, l'auteur a eu le mérite d'attirer l'attention sur 
un point négligé par les grammairiens et les lexicographes, et il s'est 
rapproché de la solution véritable du problème. Selon M. Joiion, 3 s'em- 
ploierait lorsqu'il s'agit d'une action durable au milieu de laquelle une 
autre intervient, et serait à traduire « durant que, pendant que, tandis 
que » ; 3 servirait pour marquer une action instantanée, et se traduirait 
« après que, dès que ». [Mais on ne voit pas pourquoi D marquerait une 



BIBLIOGRAPHIE 307 

action instantanée plutôt que 3, et dans la plupart des exemples cités 
par M. Joùon, rien n'indique plutôt une action durable qu'une action 
instantanée, p. e. dans Ex., xxvm, 29: « Aron portera l'iniquité d'Israël 
quand il entrera (1J*33) dans le sanctuaire », et dans xxxiii, 9: « quand 
Moïse entrait (aias) dans la tente, la colonne de nuée descendait ». On 
ne voit pas que l'entrée soit plus longue dans un cas que dans l'autre. 
En réalité, la préposition 3 indique simplement le temps, ainsi dans 
l'exemple précité « quand Aron entrera, il portera, etc. », et la prépo- 
sition 3 indique la cause, ainsi : « Comme Moïse entrait (c.-à-d. parce 
qu'il entrait), la colonne de nuée descendait ». Le second acte est ici 
considéré : comme la conséquence du premier. M. Joiion a bien vu que la 
préposition 3 pouvait se rendre par « dès que, après que », mais il ne 
s'est pas aperçu que le post hoc était amené par le propter hoc. On peut 
encore comparer V)N"13 (Dan., vin, 15) et D3n&n3 (Josué, m, 3). Le 
regard de Daniel n'a pas pour conséquence l'apparition de l'ange, mais la 
vision de l'arche entraîne le départ du peuple. De môme, i^ttttîa, dans 
Deut., xxix, 18, et J'E'OD dans Gen., xxvii, 34. Généralement avec nN^ 
ou fcO£in on emploie 3, parce qu'il s'agit simplement de marquer 
l'époque. Ainsi dans Gen., xix, 17; Ex., m, 12 [non xiii, 12]; xm, 8 ; 
xvi, 32 ; Lév., xxm, 43 ; Deut., xxm, 5 ; xxiv, 9 ; xxv, 17 ; Jos., n, 10 ; 
mais dans Gen., xix, 17 il y a une relation logique entre l'acte de faire 
sortir Lot et celui de lui faire les recommandations nécessaires. Dans 
Exode, ix, 29, la sortie de la ville est la condition préalable de la prière. 
Il y a donc Titf:£D. Ceci établi, il est assez facile de prendre parti pour 
le 3 ou le 3, là où il y a divergence dans le texte masorétique entre le 
qeré et le kelîb, ou bien entre le texte masorétique et les versions. 
Dans Jos., iv, 18, il faut lire 3) avec le qeré. parce que les eaux se mettent 
à couler dès que les prêtres quittent le Jourdain. Il y a connexité entre 
les deux faits. De môme, Ex., vi, 5, 15; Juges, xl\, 25 ; I Sam., ix, 26; 
xi, 6 ; II Sam., v, 24; II Rois, m, 15; îv, 40; Esther, m, 4 et peut-être 
II Rois, n, 9. Par contre, I Sam., xi, 9, il faudrait lire, avec le kelîb, ûri3. 
Il n'est pas nécessaire de corriger le 3 dans I Rois, xvm, 36, car il n'y a 
pas de relation logique entre le moment et l'acte ; cependant cette relation 
aurait pu exister et le 3 serait alors admissible. Dans II Rois, m, 20, il 
faudrait 3 ; mais le texte est très altéré. Dans Jonas, iv, 7, le 3 est parfait ; 
de même II S., xix, 9, mais dans Ez., xlhi, 23, il faudrait 3; de même 
dans Jos., iv, 7; I Sam., xxv, 37 ; I Rois, xvi, 11. Certains moments de 
la journée étant choisis pour certains actes et étant donc la condition de 
ces actes, il en résulte qu'on emploie le 3 dans les propositions intinitives 
qui s'y rapportent; ainsi, dans Deut., xvi, 6. Dans Gen., xvm, 1, Abraham, 
à cause de la chaleur, va voir si des voyageurs passent ; il faut donc bien 
Dro.] 

Dans l'étude 7 (p. 38-39), M. Joiion note la confusion qui s'est produite 
entre le piel et le hifil de ïttj. [Cette confusion a persisté dans le rituel : 
dans la deuxième bénédiction du Schemoné-Esré on devrait lire rrntt au 

v ~; 

lieu de rrrra à côté de rrrnnbj. 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'auteur cherche ensuite l'étymologie de "lira et conclut à une contrac- 
tion de *iriN rstt «ce qui est après». [La difficulté, c'est que H73, en hébreu 
biblique, n'a pas le sens relatif, surtout que l'auteur repousse l'idée, 
cependant naturelle, que le préfixe ma des noms est identique avec le 
pronom interrogatif et indéfini.] 

Dans l'étude 9, M. Joiion étudie l'étymologie de ^22, qui viendrait de 
■^ D3> « auprès de mon côté ». [L'explication est ingénieuse, mais nous 
n'oserions dire qu'elle est juste. En effet, l'auteur se trompe, après 
Brown, quand il dit que "H732 a exactement les mêmes emplois que 
■^ay. Il est vrai que a*, *]")2y, etc. signifient «avec» et « auprès de », 
mais ^12$ n'a que le premier sens, et "HTar le second. Il n'y a de confu- 
sion que dans Ps., lxxxvi, 17; Esther, vu, 8; I Chr., iv, 10; xix, 2. Û3> 
devait primitivement signifier seulement « avec », et l'on ne voit pas 
comment il se serait combiné avec ■'T pour signifier « auprès de». On a 
pu difficilement dire « avec mon côté », pour « auprès de moi ».] 

P. 42-43, l'auteur note avec justesse que les noms communs perdent 
l'article quand il désignent des points cardinaux. 

P. 43-45, M. Joiion établit, conformément à l'opinion de Lagarde et 
contrairement à celle de M. Barth, que la forme de l'adjectif biop, malgré 
la voyelle longue, doit provenir d'un primitif qatul et non qalâl. [Il n'est 
pas impossible que u se change en 6, dans une syllabe non accentuée, 
p. e. "pa'p'??! mais c'est exceptionnel]. 

Dans la 12e étude (p. 46-50), M. Joiion examine les formes simples de 
l'adjectif en hébreu et en arabe, et de la comparaison de ces formes il 
tire des conclusions judicieuses, notamment que la forme d'adjectif qatl 
en arabe serait une réduction de qatul [on s'explique alors qu'en hébreu 
cette forme qatl ou son équivalent qtal ne se rencontre pas pour les 
adjectifs], et la forme d'adjectif qatal ne correspondrait pas à un adjectif 
verbal [cependant en hébreu les verbes Y'* et v 'y ont un participe actif 
de la forme qatal. Les déductions que M. Joiion croit pouvoir établir 
pour la genèse des temps sont moins convaincantes. L'auteur reporte sur 
la forme yaqlul une idée que j'avais émise pour qatal (Revue, t. XXVI, 
p. 52-54), a savoir que les emplois de cette forme pour le passé et le futur 
variaient suivant le ton. Or, ce qui est admissible pour qatal, où les deux 
syllabes sont radicales, l'est moins pour yaqtul, où il n'y en a qu'une 
seule. Il est peu naturel que le radical perde le ton au profit du préfixe. 
Pour yaqtul, si l'on s'en tient aux faits certains, on voit que, sans termi- 
naison, c'est un passé, mais avec un futur la terminaison a u. M. Baucr ' me 
paraît donc avoir raison de penser que yaqlul a d'abord été « intemporel », 
de même d'ailleurs que qatal avant que cette forme ne fût différenciée 
par le ton]. Il est possible que la succession des temps supposée par 
M. Joiion soit exacte, à savoir, 1° l'impératif, 2° yaqlul du verbe actif 
(avec deux accents et deux emplois temporels), 3° qatila et qatula des 

1. Die Tempora im Semitischen, p. 10-11. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

verbes statifs, 4° le futur des verbes statifs, 5° qalala des verbes actifs. 
[Cependant la forme qâtal ou qâtil étant essentiellement active, il 
nous paraîtrait plus probable que qatâl, qatil, qatûl statifs s'opposaient 
d'abord à qâtal, qâtil, qâtul actifs et que la distinction des temps est plus 
tardive. Lorsque cette distinction s'est faite, qatâl a cessé d'être statif et 
a été plus tard employé comme passé actif, tandis que qâtal ou qâtil 
devenaient des futurs actifs. D'un autre côté, yaqlul simple était devenu 
un passé actif, tandis qu'avec la terminaison u il était devenu un futur]. 

La seconde partie du travail de M. Joûon (p. 51-92) contient des notes 
lexicographiques : 

1° nttN, lorsque il est joint à Ton doit en être un synonyme et ne 
signifie donc pas en ce cas «vérité» ou «fidélité», mais «bonté». 
M. Joiïon pense que n^N voulait d'abord dire «justice » et a pris ensuite 
le sens de « bonté », comme, ï-ipiS£ a fini par signifier « charité ». 
[Mais on ne voit pas pourquoi n?:N aurait voulu dire «justice ». Peut-être 
faudrait-il chercher l'origine du sens de « bonté » dans l'acception de 
1?ûN « être tuteur », mm aurait signifié «protection», sens qui a très 
bien pu s'allier à celui de non. Le sens de « protection » peut être ratta- 
ché à l'autre sens de P7JH « fidélité, vérité », si l'on admet que "pJN « être 
tuteur » signifie proprement « tenir solidement (l'enfant) », et que le sens 
de « vérité» dérive de celui de « solidité, stabilité ».] 

2° ^odn dans la locution m? ">ODN signifierait « moi seul ». [Mais on ne 
voit pas alors ce que voudrait dire lu. Il n'est pas étonnant que le suffixe 
î ait subsisté dans une locution spéciale et ait disparu dans les autres. 
T\V "»DDN nous paraît donc équivaloir à mr *pK.] 

3° M. Joiïon explique ">OTpN (Ez., xxvn, 15 ; Ps., lxxii, 10) dans le sens 
d'anneau monétaire, d'après l'araméen anstaN. 

4° "Oi (I Sam., xxiv, 20, et 1s., xxxvi, 19) est changé en "On, comme le 
contexte l'exige. 

5° M. Joiïon explique comme nous rrn nyo par « à ce moment-ci 
l'année prochaine », mais il suppose que fpn a passé du sens de vie au 
sens d'année. 

6° BJTab (Aggée, î, 9 ; II Chr., xxix, 34) signifie o en petit nombre», 
sans que le b ajoute l'idée de «devenir». 

7° a^asa signifie toujours « garnison », non pas « préposé ». 

8° ina Nbc veut dire « faire un vœu par générosité. » 

9° H3p (Juges, xx, 2 ; 1 Sam., xiv, 38 ; 1s., xix, 13; Zach., x, 4) doit 
s'expliquer par « bataillon ». 

10° TlD n'est pas « un villageois », mais « un pays ouvert ». 

11° Y^ie es t celui qui commet un vol avec effraction. 

12° UŒD « fondre sur » signifie à l'origine « se répandre ». 

13° TOI après un nom de ville veut dire «capitale», et non pas 
« grande ». 

14° trm (Cant., î, 17) désigne une solive. 

L'auteur examine ensuite un certain nombre de racines dont il donne 
une explication nouvelle : 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

i° bbrr « être fou » est rattaché à l'arabe hilâl « lune ». [Nous pensons 
plutôt que bbiïi ne vient pas de bbrt, mais de bin, et qu'il faut le rap- 
procher de l'arabe hâla « être épouvanté », de même que bbiiD « troublé, 
éperdu » vient de hrà et non pas de bbrâ ; voir Revue, t. XXXI, p. 276; 
cf. Barth, Mélanges Kohut, p. 88-89]. 

2° Les différentes acceptions de bin sont rangées par M. Joiïon dans 
l'ordre suivant : 1° s'écarter, 2° s'abstenir, renoncer, négliger, 3° cesser. 

3° nnn signifie vraisemblablement d'abord « être brisé », puis « être 
faible, impuissant », enfin « craindre » ou « avoir honte ». 

4° L'auteur précise les significations des verbes !"»ND, ïrfïîD et leurs 
relations avec KD3, HD3 (cf. p. 133-134). Dans Is., lxvi, 2, HD3 paraît être 
mis pour HN53 et ne signifie pas «frappé », mais « affligé ». A ce propos 
M. Joûon corrige rïNDin dans Dan., xi, 30, en r:33i — r-mm et yn* (Is., 
xlii, 4) en Ï13!5\ et fT 1 — nrsD dans Nah., m, 19, en Jrtîlâ (déjà chez Ibn 
Djanah, comme M. J. le remarque en note), — 1ND3 (Job, xxx, 8) en 

5° L'auteur examine l'emploi des verbes tpN, tp\ !1DD, îpD parfois 
confondus. Il corrige nco (Ps., lxxiii, 9) en «IBO* et 1DD" 1 (Is., lxvi, 17) en 

T T -^ 

T • 

6° M. Joiïon étudie de même les verbes yp\ yps, ypn, qui sont appa- 
rentés. 

7° La racine yh ne signifie pas « se moquer », mais « être fou, insensé ». 
Ce sens, d'après l'auteur, s'impose dans certains passages et est admis- 
sible dans les autres. [Toutefois dans Prov., xix, 25, et xxi, 11, où il est 
dit que le pèli devient sage quand le léç est frappé, il ne semble pas que 
ces deux mots soient synonymes. Le léç nous paraît désigner l'homme 
irrégulier, celui qui s'écarte (yib = Tib) des règles de la sagesse, tandis 
que le pèli est un naïf, un ignorant (non pas un fou). Cette irrégularité 
peut être volontaire ou involontaire, de sorte que le léç peut, suivant les 
cas, être assimilé à un méchant ou à un sot. La première acception paraît 
se rencontrer dans Ps., i, I ; Prov., xxi, 24 ; xxn, 10 ; xxiv, 9 ; Ben-Sira, 
vin, 11 ; xm, 9 ; de même pour l'abstrait "patb, dans Prov., xxix, 8]. A la 
fin de l'article, M. Joiïon propose de corriger yb"^ JKin D^Stbb UN (Prov., 
m, 34) en y)9* K*H D^am^b D^nbN. — dïîn yb^ DTmN en cb^iN p2 
D128 "pb^ [déjà chez Frankenberg, Sprùche, 1898]. — ^"i£">bn (Ps., cxix, 
51) en ^i^btf « m'ont pressé ». 

8° L'auteur termine cette série par une étude de la racine y\2, qui 
signifie d'abord « être forte », puis « abuser de la force, opprimer », enfin 
« trouver redoutable ». 

Dans la troisième partie (p. 93-133), M. Joiïon propose une série de 
corrections au texte biblique: Gen., i, 14: lire nn^b pour nnab. Ib. y 
xviii, 5: ~byFi pour nbrn. — Ib., xxvn,40 : T^spri pour nnn [on atten- 
drait cependant un futur]. — Jb., xxix, 11; pttJ*l pour p*3"n. — lb., xxxi, 
35 (xlv, 5), 2-p pour -irp. — Ib., xlii, 1 : iKD-inn ou Ifaïnr pouri&nnn.— 
Ib., xlvii, 17: dbSbâ-n pour Dbn3-n. — 76., xlix, 10: aç : o (lxx), pour 



BIBLIOGRAPHIE 311 

U3U5, et flfttè pour Wy*Û [déjà dans Raschi. Nous préférons ïl'b *V ; voir 
Revue, XXX, p. 145]. — Ex., n, 9 : *|b ^? pour rrb^n. — 76., v, 9 : 153n 
« ils souffriront » et « qu'ils se préoccupent » pour lfÛ3^ et uifp [on pour- 
rait lire w' % & « qu'ils soient éblouis »]. — 76., ix, 28: t|"T/i pour 3n. — 
76., x, 21 : t&ÉP 1 ! pour Bfia'J'l. — 76., xn, 13 : rVtflDan pour rnrnïîjab. — 
76., xiv, 21) : "ibàbin pour irwna'n [ce verbe a pour sujet les Égyptiens, 
non pas Dieu]. — lb , xv, 6 : miND ou Tretn pour ^nND. — 76., xvm, 
9: ins'n pour irm. — 76., 11 : tir^by i-n mas *s pour t*5N im: ^ 
'y Vît. — i6., 15-16 : 106 doit être placé avant 15a et se rapporte aux 
lois religieuses et non aux procès. — 76., xix, 9, lire maya pour aya. 
— 76., xx, 18 : -icnrpi pour -i3nm. — 76., xxi, 19 : ïnïnp pour inaiû [on 
pourrait lire 1l*i31D]. — 76., xxxn, 4 : a"*n «bourse » pour LDin (For est 
serré par Aron dans une bourse). — 76., 17 : D^yna pour rjy~i3. — 
76., xxxiv, 7 : 7Tp*r fcô npa KâÇI pour '■> Nb rrpin riNam [on ne voit pas 
la nécessité d'un groupe binaire et le complément ne se met pas, croyons- 
nous, devant un infinitif absolu. La seconde partie du verset paraît hors de 
propos aussi bien ici que dans Nombres, xiv, 186. Nous sommes porté à 
penser que rtps signifie dans les deux passages « exterminer », comme 
dans Jér., xxx, il ; xlvi, 28; Nahoum, i, 3, et que c'est par suite d'une 
fausse interprétation quon y a inséré la phrase "ipiD etc., empruntée au 
décalogue (Ex., xx, 5)]. — Lév., xm, 556, est à supprimer; c'est une 
dittographie de 42 6, et nnns vient de rms. — 76., xiv, 57, lire NfàuifJ», 
-irrtpn pour mit??, in^n [à moins de changer a-nu en "pn (F. Perles, 
J. Q. R., XI, p. 112)]. — Nombres, n, 2 : nnâw est à supprimer, dittographie 
de D3N ma. — lb., v, 18, lire D" l "i"iN7:rt « malédictions » pour CT-ian 
D^-uxarr. — 76., xxn, 7: trcoa pour b^Dp, — 76., xxm, 1-4, le mot 
byba au v. 2 6 est à supprimer, 46 doit être mis après 2 6. ïtbyîi ne 
signifie pas ici « faire brûler », mais « placer sur l'autel ». [Que Balam 
soit supérieur à Balaq, ce n'est pas une raison absolue pour que 
ce soit lui qui fasse le sacrifice]. — 76., xxvn, 18 : m"! signifie ici « cou- 
rage », et non pas « esprit ». — 76., xxvu, 20, lire *firù1 pour rimai. — 
76., xxxr, 3 : inbtu pour isbm. — 76., xxxu, 32: lann on ni ou rianai 
pour nan&n. — Juges, m, 20, lire împ ou rnpTp a charpente » pour rtip;;. 
— I Sam., i, 5 : ODtf, proposé en place de d^sn, signifierait « seulement », 
et serait à séparer de "O. [Il est douteux que ODN se mette à la fin de la 
phrase, et "O deviendrait difficile à expliquer]. — 76., n, 10, dans )r\yi le 
wâw marque le volitif ; cf. Gen., xxvn, 28 ; Nombres, ix, 2 ; I Sam., xxx, 
22 ; II Sam., xxiv, 3 ; I Rois, xvm, 23. — I Sam., vin, 16-17 :il faut mettre 
17 a, 16 a 3 (en lisant oanp3 pour oamno), 16 a a, 16 6, 17 6. — 76., xn, 
3, lire tpa pour -idd. — 76., xu, 14 : oa-ôy *pbnn DD^nb» 'n nraa "jbari 
pour &3*nbM 'n nnc* DD^by ^bu -tcjn "p 73 " [mettre plutôt dsw ^j^ban 
avant ûa^nbtf 'n]. — /6., xv, 19 : D^aiDTar; signifie « de la seconde portée » 
(Kimhi). — 76.,xvi, 12 : nri? pour Dr. — 76.. xx, 9: "ô pour ^b. — 76., 
xxn, 14 : oioi «admis» pour "lOi [il faudrait oib]]. — 76., xxvin, 12: 
SOirn pour 8~irn [le texte masorétique paraît encore le plus naturel]. — 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

76., xxx, 17 : ann *>D5 pour dmn»b. — il Sam., i, 14: anisb pour nn©bi 
— 76., vi, 21 : immôl pour Tipnto"i. — 76., x, 3 : naûbn pour ^DD^n 
[^r^a serait alors superflu]. — Ib., xi, 23 : mai pour rrnai [il faudrait 
un complément direct de personne ou de chose]. — Ib., xvi, 19: " , » "ODbi 
pour "*»b maiDïn. — Ib. t xvm, 11 : "Vaa^ veut dire « et (si tu le fais main- 
tenant) je m'engage, etc. ». — Ib., xxm, 1 : rn»? « psalmiste » pour 
rm»î. — I Rois, vin, 30: ^naia "ps» D^»i2n pour 5N ^naia oip» 5N 
Û"»»lBn. — Ib., 35 (=11 Chr., vi, 26;, naa>n "O est à supprimer (ditto- 
graphie de OTin "»D au v. 36). — Ib., 38: an pour 7». — Ib., xi, 23 : 
Dp"»"i pour y?" 1 "!. — Ib., xiv, 14 : nn pour n»n. — 76., 21, 20 : *p"nK pour 
^■hn « as-tu trouvé en moi ton ennemi ? » — Ib., xxn, 35 : nbam pour 
i-îb^m. — Il Rois, 8-9 : nnnan pour Tann, et 9: n^rnà pour o^mna 
[cité déjà par Kittel]. A ce propos M. Joùon corrige n» : :3 dans ix, 14 en 
"ittilb. — Ib., vu, 6. La conjonction dans n&n signifie « ou ». On peut lire 
"nat» *]b» au lieu de D^^ WB, — Ib., 13, lire 53» pour bro. — 
Ib., ix, 7 : Titopm pour "T»»p31. — 76,, x, 6 : Û^bna» pour û*>bna?a. — 
Ib., xi, 4: ûna pour ns (de même v. 14 pour D^ib). — 76., 5, lire T1331D1 
pour "nwttJi. — 76., 6. L'indication de la troisième porte a été remplacée 
par les mots m»'J5» pn Dm»lD\ dittographie des v. 5 et 7. — Le "1 du 
commencement de la phrase et le mot nnN sont suspects. — Lire D^DIO 
pour "no. — 76., 8 : miïî signifie barrière (Vulgate). — Ib., 13 : D^m D3>n 
pour DJ>n "p^"" 1 "- — Ib-, 15, rrrnto est à supprimer, et on doit lire n»v 
pour n?an. — Ib., 18 : b^an au lieu de mn\ — Ib., xv, 5 : rsaann pour 
mtiîBnn. [Le !1t de la direction ne se comprendrait pas], — Ib., 20 : 
Nia^ ou oto'n pour «an. — 76., xix, il : Dxnnnb pour D»*nnr;b. — 
Ib., xxi, 13 : mb pour nnbac. — 76., xxm, 6: "ID3Ô pTn doit se rapporter 
à des monuments de pierre, dont la mention a disparu. — 76., 24, 
lire i£»a pour lina. — 76., 26 : inN in&TD est une double ditto- 
graphie de "îr&np. — 76., xxiv, 14 : nbia, qu'on a voulu corriger en tibia, 
est exact. — Nahum, m, 6 : ^fcô est une dittographie de *p Nn > et il ^ ai,t 
peut-être lire vb. — Malachie, n, 12: pNT nao pour naan *\y (cf. Israël 
Lévi, Revue, XXIII, 195). — Prov., xvn, 1 : nriM pour nnn. 

Nous avons cru devoir analyser en détail l'ouvrage de M. Joi'ion, car 
ses études et ses notes méritent toujours qu'on s'y arrête, même quand 
elles prêtent à des objections, et nous pensons ainsi rendre service aux 
sémitisants et exégètes auxquels les Mélanges de la Faculté orientale de 
Beyrouth ne seraient pas accessibles. Nous espérons que l'auteur nous 
donnera bientôt la continuation de ses savantes recherches philologiques 
et critiques. 

Mayer Lambert. 



BIBLIOGRAPHIE 313 



Strack (H. L.). Pesahim. Der Mischnatraktat Passafest, nach Hand- 
schriften und alten Drucken herausgegeben, ûbersetzt und 
erlâutert. Leipzig; Hinrichs, 1911 ; in-8° de 40* -|-48 p. 

En rendant compte de l'édition des traités Sanheclrin-Maccot par 
M. Strack l , je pouvais déjà annoncer l'apparition de Pesahim, édité par 
le même auteur. C'est fait maintenant et nous possédons aujourd'hui la 
Mischna de Pesahim présentée sous la forme excellente à laquelle 
M. Strack nous a habitués. 

Le texte n'est pas basé sur une recension déterminée de la Mischna ; 
l'auteur reconnaît dans la préface (p. 4*) avoir procédé avec éclectisme, 
c'est-à-dire qu'il a mis dans le texte les leçons qui lui ont paru les meil- 
leures. Les choix ainsi faits pourront donc être critiqués en certains 
endroits. Ainsi dans îx, 3, où de fort bonnes sources lisent m^73 by 
Û"n"n>3"i, conformément au verset biblique (Exode, xu, 8), notre auteur 
n'en a pas moins mis dans le texte nirtt. 

L'introduction est un peu plus développée et plus instructive que celle 
des autres traités. La cause en réside dans les nombreux points de con- 
tact avec le Nouveau Testament, que M. Strack examine méthodiquement 
et à fond, notamment en ce qui concerne la Gène, qu'on considère géné- 
ralement comme un repas pascal. On sait que le renseignement donné 
par le Talmud (Sanhédrin, 43 a), d'après lequel Jésus fut pendu la veille 
de Pàque, est inconciliable avec l'indication formelle des Synoptiques, 
qui placent la Gène le soir du premier jour des azymes, c'est-à-dire le 
soir qui suit le 14 Nissan. M. Strack émet ici une hypothèse qui ne paraît 
pas nouvelle : l'accord ne s'était pas fait alors sur le début du mois de 
Nissan et d'aucuns, dont Jésus, faisaient tomber le 14 Nissan un jour plus 
tôt que ne l'avaient fixé les Sadducéens. Cette conjecture est très plau- 
sible et elle peut être appuyée par l'incident bien connu qui s'éleva entre 
R. Josué b. Hanania et R. Gamliel, et duquel il résulte que même le jour 
du grand-pardon était célébré à deux jours différents*. 

A propos du dernier repas de Jésus, M. Strack examine un point fort 
discuté par les théologiens chrétiens, mais qui, pour nous, n'a qu'un 
intérêt archéologique. Dans le repas pascal des Juifs, chaque convive a sa 
coupe devant lui, tandis que Jésus a présenté à ses disciples son propre 
calice (7ioT7]piov), dans lequel tous ont bu (Marc, xiv, 23 ; cf. Matthieu, xxvi, 
27). On avait donc, chose étonnante, une coupe commune, ce que Strack 
et d'autres théologiens chrétiens ne peuvent expliquer. Ce calice fit le 
tour de la table après le repas (d'après I Cor., xi, 25) 3 ; il correspond 
ainsi, suivant la remarque de M. Strack, à ce que les rabbins appellent 
« la coupe delà bénédiction du repas » (ïlD*D biD 0"D). Or, une ancienne 

1. Revue, LX, 303. 

2. b. Rosch ha-Schana, 25 a ; j. R. H., u, 58 h. 

3. La même chose résulte de Luc, xxn, 20. 



-SU REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

baraïta émimère dix choses qui distinguent cette coupe ; Tune d'elles est 
le « couronnement » ("na" , y), ce que le Talmud de Babvlone explique de 
deux manières : 1° on couronnera coupe de disciples, c'est-à-dire la 
personne de marque qui récite la bénédiction est entourée par les dis- 
ciples, par les convives de moindre importance ; 2° on fait entourer la 
coupe principale d'autres coupes 1 . D'après la première explication, nous 
avons presque la même situation que dans l'Évangile : un maître élève la 
coupe de la bénédiction, entouré par les disciples qui font cercle autour 
de lui. On ne dit pas à la vérité que les disciples boivent à la coupe, mais 
c'est d'autant plus vraisemblable que, quelques lignes plus loin, le 
Talmud de Babylone mentionne l'usage de transmettre la coupe de la 
bénédiction en don gracieux aux gens de la maison '. La remise de la 
coupe à l'épouse, aux enfants ainsi qu'aux convives se fait encore aujour- 
d'hui, à vrai dire, dans les maisons juives, aussi bien pour la coupe du 
Kiddoasch que pour celle des grâces. Le sens donné à l'expression "ii'J^, 
« couronnement de disciples, ou couronnement de coupes », pourrait, à 
cause même de son étrangeté, reposer sur une tradition ancienne, et en 
tout cas, on peut affirmer qu'un usage de ce genre a existé, sans quoi on 
n'aurait pas pu en parler. Cependant les savants modernes (Z. Frankel, 
J. Levy et d'autres) expliquent Ti:^:? littéralement : « couronnement ou 
décoration de fleurs » (oreçavoûv) 3 ; dans ce cas, le texte ne donne rien 
pour les Évangiles. 

Notre auteur s'explique très brièvement sur le titre du traité (p. 4*). Il 
rejette sans fondement l'explication, pourtant traditionnelle *, de D^rtOD 
par « fêtes de deux pàques », le chap. ix traitant également de la seconde 
pâque (Nombres, ix, 10 et suiv.). Dans les éditions ordinaires du Talmud 
de Babvlone, on remarque, à la fin du chapitre iv, que les chap. i à iv s'ap- 
pellent « première pàque » ("pis an nDD), d'où il résulte sans plus que les 
autres chapitres (v-x) doivent porter le titre de « seconde pàque » (HOD 
"'3125), non qu'il s'agisse de la pàque du mois suivant, mais parce que le 
sujet de ces chapitres est différent de celui de la première partie : les 
chap. î à îv traitent, en effet, des prescriptions sur ce qui est levé et non 
levé, lesquelles sont toujours applicables, tandis que les chap. v à x s'oc- 
cupent des sacrifices offerts à Pàque, lesquels ont naturellement disparu 
avec la destruction du Temple. On ne peut pas considérer cette solution 
comme heureuse, car d'abord c'est dans le chap. x que se trouve le rituel 

1. b. Berachot, 51a; plus brièvement et sans explication de " , nU" , y dans j. Be>.\ 
vu, 11 d, 1. 2. Cf. ma Tabnudische Archàologie, HT, 265 (ce 3« vol. ('tait encore 
inconnu de M. Strack). 

2. r^n^n in-«3 *«:&$ ■naiûTai. 

3. Levy, III, 637. Cf. Merx, Die mer kanonischen Evanyelien, 11, n, 419 ; G. Bp<m\ 
Paschaoder das judische Oslerfest (Tubingue, 1911), p. 39 (ce dernier n'a plus pu 
être utilisé par Strack). 

4. Voir les développements des Tossafot au début du chap. D^nOD ^1^2 (99 6) et 
des Tossafot Yom Tob au début du traité ; la question est traitée au long, mais 
suivant la méthode du pilpoul, dans les Nouvelles Tossafol, ad x, 1 (dans Véd. de 
Wilna, 1908). 



BIBLIOGRAPHIE 315 

de la haggada (man 110), qui, bien que primitivement rattaché au repas 
de l'agneau pascal, est encore en pratique aujourd'hui, et ensuite il existe 
d'autres traités {Sota, p. ex.) dont le contenu est varié sans que le titre le 
dise. Étant ainsi donnée la difficulté que soulève le titre de ce traité, on 
doit s'étonner qu'on ne se soit pas encore demandé si le traité ne devrait 
pas s'appeler plus justement nos au singulier. Non seulement le manus- 
crit Kaufmann a, dans le titre du traité aussi bien qu'à la fin, le singulier 
nnc 1 , mais il en est de même dans la recension palestinienne de la 
Mischna telle qu'elle est représentée par l'édition Lowe, ce qu'on sait 
depuis assez longtemps*. Néanmoins je ne crois pas que ce titre au sin- 
gulier soit authentique, j'y verrais plutôt une modification faite arbitrai- 
rement par un copiste pour éviter la difficulté. Delà même manière on a 
cherché à changer l'expression û^nos mis en dtiob my 3 . Et c'est jus- 
tement cette désignation pleine, pour ainsi parler, qui fournit à mon avis 
la clef de l'énigme. Dans le néo-hébreu on aime à rendre les indications 
de temps par des pluriels. De là l'expression qui vient d'être signalée, 
Dtiod ^m>' ; de là celle de trai* ^iyizr. dans la première bénédiction 
de la prière du soir 4 , et celle de a"i* "rnnr, pour laquelle les diction- 
naires talmudiques fournissent maint exemple tant du Talmud de Pales- 
tine que du Talmud de Babylone 5 . Dans la mischna de Berachot, i, 2-3, 
les meilleures sources ont, non pas rPhnCJ et mmy, leçon des textes 
ordinaires, mais ■pnniz) ou D^inia, "pmy ou û^nny 6 . Dès lors, on ne verra 
dans le terme û^noo rien d'autre que la désignation de l'époque dont il 
est question dans le traité; c'est une indication de temps, à peu près dans 
le sens de « temps de la fête de Pàque ». C'est ainsi, par exemple, que 
mna tout seul a le sens de mnan ryiD « époque du pressoir 7 ». Le sin- 
gulier nos s'est maintenu néanmoins comme nom de la fête s , tandis 
qu'on dit au contraire Souccot au pluriel, bien que le traité de cette fête 
s'intitule Soucca au singulier 9 , à côté de Pourim, qui ne s'emploie qu'au 
pluriel. Ce sont là des minuties qu'on n'avait pas encore étudiées, encore 
qu'elles recèlent, elles aussi, quelque chose de la vie juive. — On peut 
arriver par un autre chemin à la véritable interprétation du pluriel 

1. Voir ce que j'en ai dit dans la Monatsschrift, Lr(1907), 62. 

2. Taylor, Sayings, 2 e éd., appendice, p. 64. 

3. Tossafot et mNn013 ^"ID" , 1I3 (dans l'éd. de Wilna), ad x, 1 ; de même dans le 
ms. de Munich. On trouve encore D^HDD " | 2"iy dans v, 1. 

4. Le contexte montre que l'expression ne se rapporte pas aux soirs en général, mais 
chaque fois à un soir déterminé. a 

5. Levy, III, 712. Cf. Talmudische Àrchâologie, II, 418. 

6. Point bien établi, avec exemples à l'appui, par Kohut, Aruch, VIII, 58. 

7. Talmudische Archàologie. Il, 233 ; cf. ibid., II, 216 : DTPÏfî. — Du reste les 
Tossafot, Yom-Tob, I, c, indiquent déjà^que D^nOD s'applique au temps de la fête 

("ijnwn dd by). 

8. P. ex. Rosch ha-Scharia, n, 2, 3. 

9. Le pluriel Souccot a été sans doute maintenu par Lévit., xxni, 42 et s. La Mischna 
citée dans la note précédente a une terminologie différente de celle de Deut., xvi, 16, 
par exemple, — verset qui est mentionné dans la liturgie (Tefilla de Moussaf), dont 
il a influencé par ailleurs la terminologie. 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Û^nos. On observe, en effet, que les titres de la Mischna affectent une 
tendance au pluriel : Schekalim, Eroubim (ou Eronbin), Maschkim (alias 
Moëd Katan), Nedarim, Naschim (communément Yebamot), Guittin, 
Kiddouschin, Neziliin, Zebahim, Houllin, Arachin, Kinnim, Kélim, 
Negaïm, Makhschirim, Zabim, Oukcim ; ou avec la terminaison du fémi- 
nin pluriel : Berachot, l^eroumot, Maasserol, Taaniyot y Nezirot, Maccot, 
Schebouot, Edouyot, Abot, Horayot, Menaliot, Bekkorot, Keritot, Oholot, 
Toharot, Mikvaot 1 . Il y a de ces pluriels qui ne sont pas exigés par le 
contenu du traité; ainsi on aurait pu tout aussi bien dire Schékel et 
Oukaç. C'est donc qu'il était dans l'esprit de la langue d'employer un 
pluriel comme Pesahim. 

L'explication adoptée par M. Strack, à savoir que DTtDD signifie simple- 
ment « agneaux pascaux » ou « sacrifices pascaux », soulève bien des 
scrupules. On pourrait, à la vérité, citer un exemple analogue, celui de 
trnaT, d'autant plus que les deux expressions voisinent dans notre 
traité même % mais toute référence manquerait à "pûn et à rrasa qui ne 
peuvent être compris dans OTios. Le grec icdox* désigne aussi bien la 
fête de Pàque que l'agneau pascal (Strack, p. 5*) et le plus sur est de 
trouver aussi les deux notions dans le texte rabbinique &TIOD. — Sur 
cette forme iwfax" M. Strack ne s'explique pas 3 , et pourtant elle est difficile, 
car en araméen on prononce Nno^s, avec la voyelle i ; comp. le syriaque 
OTI2ÊD, avec e\ La forme primitive doit avoir été «paséx ou oaaéx % en 
partant de la forme pausale nop (comme Abel pour ban, Japhet pour 
nç^j) 6 ; puis on a donné au mot une terminaison grecque. L'inter- 
prétation qui raproche itâaya de itàJoç est propre au christianisme et n'a 
pu déterminer la forme du mot. 

Sur les fours de Pàque. pour lesquels l'auteur cite avec raison T. Sanh. % 
u, 12, voir aussi la baraïta de b. Sanh., H a (DTIOD "man). A propos de 
n,7, M. Strack parle de l'élevage des poules en Palestine et cite mes études 
sur la question 7 , en remarquant que ce texte y est omis. On peut suppor- 
ter le reproche d'un cœur léger ; on vient de voir que, chez Strack aussi, 
le passage parallèle manque parfois. Dans le domaine talmudique on ne 
peut pas viser à être complet. En ce qui concerne, p. ex., l'élevage des 
poules, il aurait fallu renvoyer avec plus de raison à la baraïta de Baba 
Meçia, 28 6. 

M. Strack (p. 34, n. 27) en prend un peu à son aise avec la question 
toujours controversée du sens de 1?2ip" , DN (x, 8) et, chose singulière, la 

1. Sur quelques-unes de ces formes voir Monatsschrift, LI, 61 et s. 

2. x, : D^nnTH pT DTIODn ]12 D1D 53N31 (texte qui est entré dans la Hag- 
gada) ; dans l'édition Lowe : D"»73bttJ[n] "TnT *jm OmODH p. 

3. 11 aurait fallu renvoyer au moins àDalman, Grammatik des jud.-pal. Aramàisch, 
I e édition, p. 107, 11. 1 ; cf. p. 126, n. 5. 

4. Payne Smith, Thesaur. Sj/t\, f° 3209, Brockelmann, Lexicon .S ///'., p. 282. On 
disait aussi NJ"IOD, v. Schulthess, Lexicon Syropa/œst., p. 160. 

5. V. Field, Hexaples sur Exode, xii, 11. 

6. La forme pausale se rencontre même une fois au milieu de la phrase (Nombres, ix, 2). 

7. Revue, LUI, 28 et s. ; Talmud. Arch., 1, 109, 124 et s. ; 11, 137 et s. 



BIBLIOGRAPHIE 34 7 

signification de « dessert » {mensae secundae), qu'il déclare fausse dans 
cette note, est acceptée par lui dans le texte, là où il décrit la fête de Pàque 
à Tépoque moderne (p. 40). Contrairement à l'exactitude qui est ordinaire 
à ses travaux, il ne signale même pas suffisamment les variantes du texte ; 
il imprime dans le corps de la mischna ^ip^i* (sans variante dans les 
consonnes) et dans le glossaire 'jittip^SN, ce qui est en soi une inconsé- 
quence. Mais il n'indique pas les variantes iVûp^DN (éd. Lowe), *j?3ipDN 
(Arouch), , p?2ip ,, DN (Yerouschalmi) et d'autres encore l ; la dernière ortho- 
graphe seule justifie la transcription donnée par M. Strack : è7rix<ôjitov, ou 
plutôt inventée par lui, car un tel mot grec est inconnu. En réalité, il faut 
lire èicCxw|xov et traduire, comme je continue à le faire, par «dessert*», 
car cette signification est seule conforme tant au sens du mot qu'au 
contexte de la mischna. 

Dans la traduction on constate, et nous en faisons la remarque avec 
plaisir, un progrès fort sensible sur de précédents travaux de l'auteur. 
Il est vrai qu'elle s'ajuste trop au texte hébreu, mais elle est partout intel- 
ligible avec de la bonne volonté ; l'intelligence en est d'ailleurs facilitée 
par des références bien choisies et des notes d'une grande clarté. Nous 
n'avons à relever que quelques détails. Dans i, 3, n^ttn est traduit « in 
Yenvahrung », il vaudrait mieux : « (mettre) de côté ». — Dans ni, 1, 
nciD3 "Diy HT "Hn ne signifie pas « wird am Passa beseitigt », mais « on 
transgresse sur ce point le commandement de la pâque » ; — ibid., "nït 
H-HTN3 "îbtf est traduit inexactement par « dièse sind im Verbote (mitin- 
begriffen) », il faut : « sont soumis à la défense » ; cf. ni, 3, où la tra- 
duction est bonne. — Dans iv, 7, l pD'b"i72 ne signifie pas « holen », mais 
« mener». — iv, 9, note 34. Il ne s'agit pas de ne pas prendre le bâton 
à la main le samedi, mais de différencier le travail en ce jour de celui de 
la semaine. — Dans v, 10, le mot « Raum » (de même dans le glossaire) 
exprime insuffisamment la notion de bn. Les mots n73im bn (Lament., 
n, 8) sont rendus dans le Talmud (Pesahim, 86 a) 3 par Niv^ -m fcmiZJ, 
c'est-à-dire la grande muraille (extérieure) et la petite (intérieure) ; en 
syriaque aussi le mur intérieur s'appelle smiD 13. Ce point est bien 
expliqué par David Kimhi, sur Isaïe, xxvi, 1, qui fait venir bn de bbn 
(comme b£ de bbst) et lui donne le sens de tranchée amoncelée ; il cite 
même du Targoum une traduction que nous n'avons pas (NnbTi ara). 
La montagne du Temple, à Jérusalem, était certainement entourée d'une 
grande muraille qui en soutenait les déclivités ; ce mur était longé par 
un fossé — que je me figure à l'intérieur du mur — lequel était consolidé 
lui-même par un mur. Le mot bn doit donc être traduit par « muraille 
extérieure ». 

Le texte de la Mischna est partout vocalisé, et l'auteur paraît suivre ici 
les manuscrits ponctués de Parme et de Budapest (ci-devant Kaufmann). 

1. Lehnwôrter, II, 107. Dans l'Index analytique (p. 48), M. Str. a même écrit 
Apikomen, peut-être d'après la prononciation vulgaire. 

2. Talmud. Arch., III, 38. 

3. Levy, Targ. VV6., II, 464. 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Je ne sais si la vocalisation ûbiai-p (vu, 3 et vin, 3) est due à ces textes, 
mais elle n'est pas correcte, car cette forme araméenne est déplacée dans 
le texte néo-hébreu ; il faut plutôt ponctuer, d'après le Keri perpetuum 
de la Bible, ûbttîVP. — Je ne peux pas approuver non plus fiimSJi izy 
dans ni; 8 ; de bons textes ont le verbe au qal et c'est la forme de l'hébreu 
biblique (Gen., xxxi, 52). — Dans vu, 2, ponctuer isan (de aiain) au lieu 
de "i2un, comme "nan (de I72in) dans iv, 1. 

Dans le glossaire, je suis frappé par l'équation û*m7:N= [Airipfa, qui est 
depuis longtemps abandonnée. Je doute qu'on trouve CIT-i^SN ; le sin- 
gulier est oïDVic^DN », au pluriel seulement ■ps'na^BN, avec chute de la 
terminaison grecque. Au lieu de Dri72 il faudrait ponctuer DTTO (participe 
hif'U de ûwn), quia formé un substantif indépendant ; msnD ne signifie 
pas « Zukost », mais « hors-d'œuvre » ; byyffl seul n'existe pas au sin- 
gulier dans ce sens, on dit byno nbatî. 

Ces légères critiques ne diminuent en rien le mérite de l'auteur ; ce ne 
sont que des matériaux pour une seconde édition, sur laquelle un ouvrage 
de M. Strack peut toujours compter. C'est dans ce but que je me suis 
permis d'allonger ce compte rendu un peu au delà de ce qu'il aurait dû 
être avec l'espoir que l'auteur ne fera qu'étendre et approfondir ses 
contributions si utiles à l'étude de la littérature rabbinique. 

Vienne, octobre 1911. Samuel Krauss. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 

T. LXII, p. 122. — Ginzbcrg, Geonica, I, 13, signale encore le passage 
suivant du nis. de Damas, cité par Neubauer, Med. Jew. Chron., I, 189 
(non 198) : Y'ao nara dn «nm -osn isana p inzn bannia isn» "naDDi 
ïH"ap nato îboa rç-in ^"«an b^b "pe*;. pan Sn*i73^ i33yin 13a TOpa, 
et il suppose qu'il faut peut-être lire • . . «ttpiŒP ...1D2 i^DjI ; mais la 
date de 4345 Sel. {= 1034) est celle de la mort de Samuel b. Hofni. Il est 
donc certain qu'il faut effacer au début les mots T33~in p iron 34113V 
(voir Neubauer, ad loc.) et nous obtenons ainsi l'année de la mort de 
Hofni, 1324 Sél. (= 1013). — D'autre part, M. Israclsohn de Kievv, me fait 
remarquer que Zunz, liitus, 16, place notre Israël dans l'Afrique septen- 
trionale. 

Ibid., p. 123. — Au sujet du lieu d'impression du commentaire 
d'Ephraïm b. Simson, M. Marx me signale ces mots de Juda Jacob Néhama, 
qui dit dans une lettre à Luzzatto {^V2 û^m ">an3a, Salonique ; 18'J3, 
p. 13) : d^-idn 'n?3 rrnnn bo? ma-iawi dve-h VYT'Ç ta^-iDN pais 
1ND3 iD^Dnnb ib"»nnn "iqbi (*n '**q '« m» 3"n YATO). Ce serait donc 
une impression de Salonique. — S. Poznanski. 

1. V. Lehnwôrler, 11, 104. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



REVUE 

ARTICLES DE FOND. 

Bauer (Jules). L'Université israéiite de Nice, de 1785 à 1803 269 

Bïjchler (A.). La pureté lévitique de Jérusalem et les tombeaux des 

Prophètes (fin) 30 

Krauss (S.)- Un fragment polémique de la Gueniza 63 

Leszynsky (R.). Simon ben Schétah 216 

Lévi (Israël). I. Un écrit sadducéen antérieur à la destruction du Temple 

(suite) 1 

IL Nouveaux papyrus araméens d'Éléphantine 161 

III. La dispute entre les Égyptiens et les Juifs devant Alexandre, 

écho des polémiques antijuives à Alexandrie 2J 1 

Liber (M.). L Hanoucca et Souccol 20 

IL Les Juifs et la convocation des États Généraux (1789) 185 

Poznanski (Samuel). L'original araméen des Halachot Pesoukot 232 

Régné (Jean). I Étude sur la condition des Juifs de Narbonne du v° 

au xiv e siècle (fin) 75 

IL Catalogue des actes de Jaime I or , Pedro III et Alfonso III, 

rois d'Aragon, concernant les Juifs (1213-1291) {suite) 245 

Schwab (Moïse). Les manuscrits du Consistoire israéiite de Paris 

provenant de la Gueniza du Caire (suite) 100 et 276 

Schwarz (Adolphe). La victoire des Pharisiens sur les Sadducéens en 

matière de droit successoral 51 

NOTES ET MÉLANGES. 

Aptowitzer (V.). Fragment d'un Rituel de Pàque originaire de Pales- 
tine et antérieur au Talmud 124 

Canet (Louis). La version grecque de I Samuel, xiv, 13 297 

Fine (Elias). Essai d'explication d'un passage du Lévitique (xi, 20 

et 23) 121 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lévi (Israël). La Pesikta de Rab Cahna contenait-elle une section 

pour Simhat Tora ? 129 

Schwab (Moïse). I. Une nouvelle épitaphe hébraïque médiévale à 

Paris 298 

II. Une édition rarissime du Talmud 300 

III. Un rideau de tabernacle 303 



BIBLIOGRAPHIE. 

Bachek (W). Religionsgeschichtlichc Studien, 1. Heft : Die Bezeich- 
nungen fur Christen und Gnostiker in Talmud und Midrasch, 
par A. Marmorstein 147 

Krauss (Samuel). Pesahim. Der Mischnatraktat Passafest, nach Hand- 
schriften und alten Drucken herausgegeben, ûbersetzt und 
erlàutert, par H. L. Strack 313 

Lambert (Mayer). Études de philologie sémitique. II. Notes de lexi- 
cographie hébraïque. III. Notes de critique textuelle (A. T.), 
par Paul Jouon 305 

Liber (M.). I. Revue bibliographique [suite) 131 

II. Zadoc Kahn (1839-1905), par Julien Weill 155 

Additions et rectifications 160 et 318 

Table des matières 319 



ACTES ET CONFERENCES 

Assemblée générale du 3 mars 1912 

Allocution de M. Salomon Reinach, président i 

Rapport de M. Edouard de Goldschmidt, trésorier v 

Procès-verbaux des séances du Conseil vu 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



DS 
101 

t. 63 



Revue des études juives; 
historia judaica 



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